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Hommage: Anne Beaumanoir, la médecine en résistance

Anne Beaumanoir, ancienne chargée de cours au Département des neurosciences cliniques de la Faculté de médecine de l’UNIGE et ancienne cheffe du service de neurophysiologie des HUG jusqu’à sa retraite en 1989, est décédée en mars dernier à l’âge de 98 ans. Neurologue et spécialiste de l’épilepsie, sa carrière de médecin et de chercheuse commence à Marseille, où elle s’intéresse au développement de l’électro-encéphalographie. Mais la médecine n’a constitué qu’une des nombreuses facettes de la vie hors norme d’Anne Beaumanoir, marquée dès son plus jeune âge par son engagement antifasciste et anticolonialiste. À 17 ans seulement, elle entre en résistance contre l’occupation nazie et fait preuve d’un courage exceptionnel pendant ces années sombres. Pour son action, elle est d’ailleurs reconnue comme «Juste parmi les Nations» par l’Institut international pour la mémoire de la Shoah Yad Vashem, et nommée chevalier de la Légion d’honneur.

Après la guerre, elle retourne à ses études et obtient en 1954 un doctorat en médecine. Elle mène alors des recherches visant à définir les tracés EEG humains fondamentaux. Mais les bouleversements du XXe siècle la rattrapent. Arrêtée en 1959 en raison de ses positions anticolonialistes lors de la guerre d’Algérie, elle est condamnée à dix ans de prison. Elle échappe à sa peine et quitte la France pour rejoindre le premier gouvernement algérien d’indépendance. Un coup d’État en 1965 l’oblige une fois encore à prendre la fuite. C’est alors qu’elle arrive à Genève, en 1965, et rejoint la Faculté de médecine et l’Hôpital cantonal pour reprendre son activité de neurologue et ses recherches sur l’épilepsie. Elle est notamment la première à introduire la télémétrie vidéo-EEG en Suisse. Ses travaux sont récompensés par la Ligue suisse contre l’épilepsie, dont elle est membre d’honneur en 2010 qui lui décerne la Médaille Tissot. Anne Beaumanoir a consacré ses dernières années à maintenir vivante la mémoire des victimes des guerres, en particulier dans les écoles. Elle aura marqué celles et ceux qui l’ont connue par son intégrité et sa force d’âme.