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aperçu des conférences

Pr. Vincent Barras - Crâniotomies et premières interventions neuro chirurgicales sur le cerveau

Aujourd'hui 26 octobre, nous avons eu le plaisir d'accueillir le Pr. Vincent Barras pour une conférence d'histoire de la médecine. Voici un bref compte rendu de cette réunion. Je vous présente une synthèse qui reste personnelle et sans doute pas exempte d'erreurs. Plutôt que corriger, à moins que vous ne trouviez de grossières erreurs, je vous propose d'ouvrir le débat !

Tout d'abord, quelques mots sur la remarquable personnalité que fût l'orateur de ce soir.

L'orateur

Le Pr. Vincent Barras obtient son diplôme en médecine humaine à Genève, en 1981 puis, sept ans plus tard, une licence en lettres (linguistique et sémiologie, grec moderne) et un DEA (diplôme d'études approfondies) en histoire et philosophie des sciences. Depuis 2001, il est professeur ordinaire à la Faculté de biologie et de médecine de Lausanne, et responsable de l'Institut Universitaire d'Histoire de la Médecine et de la Santé Publique (IUHMSP). Son engagement dans les domaines de la médecine et de l'histoire se traduit aussi par d'autres activités de grande envergure ; notamment rédacteur en chef de la revue "Gesnerus" (journal suisse de sciences et d'histoire de la médecine), directeur de la collection "Médecine Société" (Médecine & Hygiène), participation à diverses commissions dans les domaines de la médecine, de la biologie et de la santé publique.

Les premiers gestes neuro chirurgicaux

Le thème de la conférence de ce soir était basé sur les premiers abords neurochirurgicaux. Dans la présentation, vous pourrez vous rendre compte des nombreuses formes et des divers outils associés à cette discipline de la médecine. Néanmoins, comme le souligne le Pr. Barras, l'ambition de telles techniques chirurgicales restent, à ce jour, encore débattue. L'objectif des trépanations (c'est à dire la formation d'un trou dans le crâne - 2ème image) n'était pas nécessairement de soigner, au sens où nous l'entendons aujourd'hui, mais participait peut-être à un rituel propre à la culture en question. En l'occurrence, on apprend que les premières traces d'"opérations" neurochirurgicales datent de la préhistoire (c'est à dire avant le début de l'écriture ! ) C'est d'ailleurs, entre autres, pour cette raison qu'il est difficile d'expliquer leurs objectifs. Toutefois, si les indications à de tels procédés restent peu claires, on remarque qu'ils répondaient à une certaine rigueur: des techniques de trépanation et, plus tard dans l'Histoire, des outils - parfois très particuliers - avaient été développés.

La localisation de l'âme a fait l'objet de nombreux débats. Trois noms en particulier sont à citer: Hippocrate (IVè aC), Aristote (IVè aC) et Galien (IIè pC). Le dernier était un défenseur de la théorie selon laquelle l'âme se situait dans le cerveau. Aristote, quant à lui, localisait cette dernière dans le coeur.

Vous verrez que les artères carotides (ou du moins, c'est ainsi qu'on les nomme aujourd'hui) acheminent les esprits à une structure bien particulière du cerveau, le rete mirabile, représenté par un grillage sur le haut de la tête. Du latin, filet merveilleux, il s'agit d'un réseau capillaire qu'on ne retrouve étonnement pas chez l'homme. La transcription de cette structure anatomique dans les dessins de l'époque traduit une façon très différente de la notre d'aborder l'authenticité scientifique (l'expression est personnelle... toute correction est bienvenue ! ). En effet, comme nous l'explique le Pr. Vincent Barras, le concept de preuve scientifique n'a, à l'époque, pas de valeur ; elle n'existe pas en tant que telle. Une théorie est validée aussi longtemps qu'elle fonctionne. Or, le rete mirabile avait une fonction essentielle dans les substrats de l'âme. Qu'il ne soit pas présent à la surface des cerveaux humains n'importe que peu, puisqu'il est présent en théorie. Ici le Pr. Barras nous donne l'exemple de l'anatomiste Vésale (XVIè pC) dont le traité d'anatomie De humani corporis fabrica expose l'excellence de ses travaux de dissection. Même chez ce rigoureux médecin persiste la représentation du rete mirabile.

A la page 17, on peut observer une schématisation du crâne et du cerveau. Dans la case en bas à droite, vous pouvez lire "Cranium" puis, juste en haut "dura mater" et, au-dessus, "pia mater". En espérant que vous ayez tous noté par quelle couche méningée nos anatomistes complètent les méninges, vous aurez aussi remarqué les trois cellules centrales. Elles sont censées contenir les fonctions cognitives. A la page 30, on retrouve quatre cellules contenant chacune une fonction particulière: (crânio-caudal:) sens commun --- jugement --- fantaisie et imagination --- mémoire. Ce quatre cellules représentent le système ventriculaire. C'est dans ce système que transitent les esprits animaux. Il est intéressant de noter qu'une certaine logique se dessine à travers ces représentations. En effet, on voit à la page 49 (dessin en bas à droite) que les nerfs optiques acheminent les informations visuelles vers la première cellule ; comme si le sens commun était le premier requis pour accueillir les informations du monde extérieur, qui étaient ensuite appréciées, évaluées et jugées et qui, après avoir été encore travaillées dans la troisième cellule, sont finalement enregistrées par la dernière cellule, la mémoire. Cette organisation régionale des fonctions du cerveau nous amène jusqu'à l'homoncule de Penfield (XVIII-XIXè). Vous en avez une représentation aux pages 63-64. Il s'agit de la représentation corticale des muscles du corps et de sa surface sensitive. Par exemple, les muscles de la jambe sont gouvernés par des neurones se trouvant sur la face médiale du lobe frontal.

Au terme de la conférence...

Au terme de la conférence, le Pr. Barras nous enjoint à conserver - et développer - un esprit critique mais ouvert sur l'usage de ce que nous considérons preuve scientifique et de ses déterminants. L'évolution des représentations de l'âme, des indications aux gestes chirurgicaux et de l'organisation régionale des fonctions cognitives est une illustration de la façon différentielle dont tout scientifique, aussi rigoureux soit-il, peut aborder son sujet d'étude.


Laurent Sheybani

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