- Vie académique
150 ans pour une médecine toujours en mouvement
En 1876, la Faculté de médecine de Genève ouvrait ses portes. Son parcours est indissociable de celui de Genève elle-même: née dans l'effervescence scientifique du XIXe siècle, elle a grandi avec la ville, épousé ses ambitions, et contribué à forger sa position au cœur de la cité, et en prise avec le monde. De l'explosion des savoirs qui a transformé la médecine moderne à la construction, après-guerre, d'un multilatéralisme genevois dont notre Faculté est partie prenante aux côtés de l'OMS et des grandes institutions internationales, son histoire — la nôtre! — est une histoire de fierté partagée. Un éditorial du Décanat de la Faculté de médecine pour saluer un siècle et demi de découvertes, de formations, de soins, d'engagements, et plus encore de projets pour l’avenir.
© Bibliothèque de Genève, Centre d'iconographie. Photographie d'une promotion de l'école de médecine de Genève. On peut remarquer quelques étudiantes 1876-1893 / © Geneva Library, Iconography Centre. Photograph of a graduating class from the Geneva School of Medicine. A few female students can be seen. 1876–1893
Cette année anniversaire est avant tout une chance, celle de célébrer ce que nous avons construit, et de poursuivre avec enthousiasme les chantiers qui façonneront la Faculté de demain. Et parmi les grands défis auxquels la médecine de demain devra répondre — et auxquels nous nous préparons dès aujourd'hui – figurent les enjeux environnementaux. En effet, santé humaine et santé planétaire sont aujourd’hui indissociables. Six axes structurent notre action — et ensemble, ils dessinent une vision à la hauteur de notre histoire.
Apprendre autrement
La formation médicale se réinvente, et c'est une excellente nouvelle. Les réformes en cours de notre cursus ne sont pas de simples ajustements: elles répondent à une question de fond —quel médecin voulons-nous former pour demain? Des professionnelles et des professionnels capables de naviguer l'incertitude, de travailler en équipe, de s'engager pour la santé de la population, entre avancées technologiques et humanisme constant. De nouvelles approches pédagogiques, le renforcement des compétences transversales et la transformation des systèmes de santé ouvrent des perspectives passionnantes dont nous nous saisissons pour proposer une formation réellement en adéquation avec les besoins de la société d’aujourd’hui et de demain.
Une identité professionnelle qui se construit tout au long de la vie
Devenir médecin se travaille durant les études, mais ne s'arrête pas à l'obtention du diplôme — c'est une aventure qui dure toute une carrière. La formation, pré-graduée puis post-graduée, la spécialisation, la formation continue: autant d'étapes qui forgent une identité professionnelle riche et en constante évolution. Dans un contexte où le rôle du médecin dans la société se redéfinit, la Faculté entend accompagner ses diplômé-es bien au-delà des années d'études, en renforçant ses offres et en cultivant un sentiment d'appartenance durable à notre communauté. Nous aimerions ainsi que la Faculté de médecine devienne plus qu’un souvenir de jeunesse pour nos alumni, mais bien un point d’ancrage et un lieu où les débats et les réflexions restent de mise.
150 ans de recherche — et demain?
De la biologie cellulaire aux essais cliniques, de la génomique à la santé globale, la recherche à la Faculté a épousé — et souvent anticipé — les grandes révolutions scientifiques de son temps. Elle a aussi contribué, par son attraction bien au-delà des frontières helvétiques, accueillant des scientifiques du monde entier, qui enrichissent notre communauté et la font rayonner à l’échelle globale. Aujourd'hui, une nouvelle révolution s'impose à nous: celle de l'intelligence artificielle, qui transforme en profondeur les méthodes de recherche, les pratiques cliniques et les outils pédagogiques. Et de nouvelles possibilités techniques— imagerie, analyses multiomiques et bien d’autres — ouvrent aujourd’hui des champs d’expérimentation et de développement des connaissances immenses. Passé, présent, futur: c'est le moment idéal pour dresser ce panorama ambitieux, célébrer l'ampleur de cette aventure intellectuelle, et se projeter vers les grandes questions qui structureront les prochaines décennies.
Cette dynamique d’innovation s’incarne particulièrement dans la mission première de la recherche médicale: renforcer la prise en charge des patientes et des patients sur la base de données scientifiques robustes, dans le cadre d’un système de santé en perpétuel apprentissage. Les avancées technologiques et méthodologiques trouvent ainsi leur pleine portée lorsqu’elles se traduisent en bénéfices concrets.
Dans cette perspective, communiquer de manière transparente les étapes et les résultats de la recherche auprès du public et de la communauté constitue un enjeu majeur. Cette exigence de clarté et de responsabilité est un facteur essentiel de confiance, condition déterminante de l’appropriation et de la mise en œuvre de ces innovations.
La révolution translationnelle
Il y a plus de dix ans, la Faculté créait son premier centre facultaire dédié à une thématique, le Centre du diabète. Ce pari audacieux d’une recherche interdisciplinaire et translationnelle a depuis fait école. Réunir les synergies permet ainsi d’accélérer l’arrivée en clinique des résultats de la recherche fondamentale. Aujourd'hui, nos centres facultaires — qui travaillent dans des domaines aussi divers que l’inflammation, le cardiovasculaire, le cancer, ou encore les muscles et le mouvement — forment un écosystème dynamique et vivant, à l'interface de la recherche fondamentale, de la clinique, de l'innovation et de la valorisation industrielle. Cette révolution translationnelle est l'une des grandes fiertés de notre institution, et elle n'en est qu'à ses débuts.
Libérer le potentiel des médecins-chercheuses et médecins-chercheurs
La recherche clinique constitue l’un des piliers de la médecine académique, et les cliniciennes et cliniciens, qui, s’engageant dans la production de connaissances en plus de leur travail quotidien auprès des patient-es, effectuent un travail essentiel. Pourtant, trop d'obstacles structurels freinent encore la consolidation de ces parcours à double ancrage. Créer les meilleures conditions possibles pour que davantage de médecins puissent contribuer à la production de connaissances, mieux reconnaître et soutenir ces doubles carrières: voilà un défi que nous sommes déterminé-es à relever.
Dans cette perspective, nous avons mis en place — initiative unique en Suisse — des positions dédiées permettant à des médecins internes et à des chef-fes de clinique de bénéficier d’un temps protégé et financé pour développer des projets de recherche en parallèle de leur activité clinique. Ce dispositif structurel vise à sécuriser les trajectoires académiques précoces, à renforcer l’attractivité des carrières cliniques académiques et à consolider l’écosystème de la recherche dans nos institutions.
Des carrières à valoriser, une précarité à combattre
La Faculté ne peut rayonner que si les personnes qui la font vivre — doctorant-es, chercheuses et chercheurs, cliniciennes et cliniciens — évoluent dans des conditions qui leur permettent de s'épanouir pleinement. Agir contre la précarité des parcours académiques et valoriser chaque trajectoire est un engagement fort, sur lequel des actions concrètes sont déjà en marche. Dans un moment où les financements publics et privés se restreignent, les économies de budget ne doivent pas se faire au détriment de la relève scientifique. La recherche de demain se construira avec des scientifiques dont les ambitions académiques reposent sur des fondations robustes. Cela suppose également un engagement résolu en faveur de l’équité des chances, afin de permettre à chacun et chacune de développer pleinement son potentiel: une Faculté qui reflète la pluralité de la société qu'elle sert est une Faculté plus forte, plus créative, et plus juste.
Cent cinquante ans, cela se fête! Tout au long de cette année, un riche programme d'activités — conférences, expositions, événements grand public et manifestations scientifiques — vous invite à découvrir ou redécouvrir la Faculté sous toutes ses facettes, quel que soit votre lien avec elle. Et au-delà des festivités, une conviction plus forte que jamais: la médecine genevoise a encore énormément à apporter — à la science, aux patientes et patients, à la société. C'est ensemble que nous ferons de cet anniversaire le point d’étape d’une histoire encore longue.
Antoine Geissbuhler, doyen
Camilla Bellone, Alexandra Calmy, Serge Ferrari, Idris Guessous, Stéphanie Hugues & Mathieu Nendaz, vice-doyennes et vice-doyens de la Faculté de médecine - Décanat 2023 - 2027