- Vie académique
Andrew Azman rejoint la Faculté pour renforcer la recherche sur les maladies infectieuses
Professeur associé à l'Institut de santé globale depuis juin 2026, Andrew Azman mêle épidémiologie de terrain et modélisation mathématique — notamment aux côtés de Médecins Sans Frontières (MSF). Étroitement associé au Centre des maladies virales émergentes HUG-UNIGE il est le co-lauréat du Prix scientifique Leenaards 2026 avec sa directrice, Isabella Eckerle, et Jérôme Gouttenoire de l’UNIL, pour un projet sur l'hépatite E. Sa nomination vient renforcer le pôle genevois sur les maladies infectieuses.
Votre parcours est peu ordinaire pour la Faculté de médecine: vous avez commencé par l'ingénierie environnementale. Comment êtes-vous arrivé à l'épidémiologie?
Mes études de génie civil m'ont conduit en Ouganda pour travailler sur des systèmes d'eau et d'assainissement. Là-bas, mon voisin épidémiologiste pour MSF a éveillé ma fascination pour les maladies infectieuses. Un heureux hasard, qui m'a renvoyé sur les bancs de l'université: master en biostatistiques, doctorat en épidémiologie à Johns Hopkins, où j’ai ensuite été chercheur sur la modélisation mathématique de la transmission des maladies. Je suis resté fidèle à l'eau, mais en me concentrant sur les maladies hydriques. Mes études de terrain — sur le choléra et l'hépatite E — restent étroitement liées aux opérations de MSF. Ce lien avec le réel est essentiel pour moi.
Sur quoi portent concrètement vos travaux?
Mon travail est à la charnière entre statistique avancée et collecte de données sur le terrain. L'objectif est de produire des données qui répondent à de vraies questions et influencent les politiques de santé.
Un premier axe concerne le vaccin contre le choléra, un vaccin encore imparfait, mais qui, bien utilisé, sauve de nombreuses vies, en particulier chez les plus fragiles. Comment le déployer au mieux dans les populations les plus vulnérables, qui sont aussi les plus exposées? Un deuxième porte sur l'estimation du fardeau réel des maladies. La sous-détection et la sous-déclaration sont massives, pour des raisons scientifiques, économiques et aussi politiques. Pour le choléra comme pour l'hépatite E, les chiffres officiels sous-estiment certainement la réalité. C'est là, aussi, qu'intervient la sérosurveillance: utiliser les anticorps présents dans les échantillons de sang pour reconstituer l'histoire d'exposition d'une population. Au Bangladesh, par exemple, nous construisons avec le ministère de la Santé un programme national à cette fin. Troisième axe: le diagnostic — comment détecter au mieux une maladie quand les tests sont imparfaits.
La recherche académique est souvent excellente, mais sa mise en œuvre sur le terrain peut constituer un point de rupture. Comment l'intégrez-vous à votre démarche?
Calculer mathématiquement la stratégie optimale d'allocation d'un vaccin ne sert effectivement à rien si elle ne peut pas être mise en œuvre. Il y a des chercheurs et chercheuses qui courent après la dernière décimale de précision — moi, je m'intéresse à entrer dans le bon ordre de grandeur, puis à comprendre comment intervenir concrètement. À mon sens, c'est le terrain qui constitue le point de départ de la question de recherche, et non l’inverse.
Pourquoi êtes-vous aujourd’hui à Genève?
De fait, je collabore avec les HUG depuis 2020, à l’époque pour des études épidémiologiques sur le COVID-19. Mon ancrage académique me permet aujourd’hui de m’impliquer dans des projets d’envergure, notamment avec le Centre des maladies virales émergentes. Genève a une place spéciale sur la carte de la santé mondiale. Nous travaillons en étroite collaboration avec l'OMS et de nombreux partenaires ici. Géographiquement, le même fuseau horaire que la plupart des pays africains avec lesquels nous œuvrons facilite considérablement les échanges.
Et un écosystème puissant se développe à l'UNIGE autour des maladies infectieuses, sous l’impulsion notamment de Laurent Kaiser, de François Chappuis, et de plusieurs autres, dont le travail de plusieurs décennies a donné l’élan nécessaire. Aujourd’hui, le Centre des virus émergents, Centre de vaccinologie, de même que les équipes de l’ISG, portent une vision intégrée de la santé globale. Il y a une vraie opportunité, sur la prochaine décennie, de construire quelque chose de bien plus grand que ce que chacun de nos groupes pourrait réaliser seul.
De plus, le retrait des États-Unis de l'OMS transforme forcément la gouvernance de la santé mondiale. Cela engendre des risques, mais aussi des opportunités de penser autrement. Les pandémies ne connaissent pas les frontières et affectent les populations indépendamment des affiliations politiques. L’écosystème genevois, au cœur de la diplomatie mondiale mais en marge des forces politiques à l'œuvre, a un rôle à jouer.
Vous êtes co-lauréat du Prix scientifique Leenaards 2026. De quoi s’agit-il?
De l'hépatite E. J'ai dirigé une étude de terrain au Soudan du Sud qui a généré les échantillons, en collaboration avec Isabella Eckerle pour leur séquençage. Certains d'entre eux ont été transmis à Jérôme Gouttenoire, qui a fait une découverte significative: une méthode permettant de faire répliquer le virus de l'hépatite E in vitro — ce qui était jusqu'alors un obstacle majeur au développement d'antiviraux. L'hépatite E est l'un des virus les plus frustrants avec lesquels nous travaillons: aucun traitement spécifique, et une mortalité très élevée chez les femmes enceintes, et des flambées épidémiques que nous ne pouvons qu’essayer de contrôler. Cette avancée ouvre de nouvelles perspectives.
Quels sont les chantiers prioritaires dans votre domaine pour la prochaine décennie?
Deux surtout. D'abord, mieux interpréter les profils d'anticorps à l'échelle des populations pour comprendre quelles maladies circulent et où se situent les lacunes immunitaires. À mesure que les investissements dans les systèmes de santé se font rares, la sérosurveillance pourrait fournir des données très riches à un coût relativement faible.
Ensuite, percer l'énigme du choléra. John Snow en a décrypté la transmission en 1854, et pourtant, nous sommes encore souvent démunis. Nous savons que l'accès à l'eau potable l'éliminerait, mais ce n'est pas la trajectoire que prend le monde. Nous devrions au moins pouvoir réduire la fréquence et la mortalité des grandes flambées grâce à un meilleur déploiement des vaccins et à des interventions pratiques.
Pour aller plus loin
- Découvrir les projets de recherche du Geneva Disease Dynamics Lab, dirigé par Andrew Azman
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