- Vie académique
La durabilité s'ancre dans les missions de la Faculté de médecine
Quelle est réellement l'empreinte environnementale de la Faculté? C'est cette question, simple en apparence, qui a lancé le projet PERFoRMed — pour Projet d'évaluation et de réduction de l'empreinte environnementale en formation et recherche médicale. Piloté par Raphaël Tornare, il a donné naissance à la première stratégie de transition écologique de la Faculté. Après un état des lieux structuré et fondé sur des données quantitatives et qualitatives, cette stratégie pose les bases des changements à entreprendre pour une transition ancrée dans les réalités de la Faculté et en cohérence avec les orientations institutionnelles de l’Université de Genève.
© Oriane Lander, UNIGE
Un premier chiffre essentiel: le bilan carbone du CMU s'élève à 16 484 tonnes de CO₂eq par an. Sans surprise, les achats — consommables, matériel biomédical, informatique — en constituent le poste dominant avec 54% des émissions. L'énergie (chauffage et électricité) représente 30%, la mobilité professionnelle 9%. «Ce diagnostic, avec ses bons et ses mauvais résultats, nous a permis de sortir des impressions et d'objectiver les priorités», indique Raphaël Tornare. «Sur la mobilité en particulier, le tableau est contrasté: les trajets domicile–travail restent sobres, mais les déplacements professionnels (congrès, missions) concentrent l'essentiel de l'impact, porté par une minorité de personnes très mobiles.»
Côté enseignement, une cartographie des cours via l'outil LOOOP a identifié près de cinquante heures intégrant des contenus de santé planétaire. Un socle réel, mais dispersé. «Les questions environnementales sont abordées de multiples façons — pollution atmosphérique, alimentation, dérèglement climatique — mais sans former un tout cohérent», souligne Johanna Sommer, professeure de l’Institut universitaire de médecine de famille et de l’enfance et co-responsable du curriculum en santé planétaire, qui a supervisé le projet. «Cela nous indique un besoin clair de réflexion intégrée pour renforcer cette thématique dans la formation que nous offrons aux médecins de demain.»
Une stratégie en cinq axes pour 2026–2030
Directement nourrie par PERFoRMed, la stratégie de durabilité environnementale de la Faculté a vu le jour en mars 2026 — une première dans une faculté de médecine suisse. Elle s'articule autour de cinq axes: énergie et bâtiments, mobilité durable, transition écologique dans les laboratoires, formation et sensibilisation, et gouvernance.
Sur les laboratoires, là où les marges de progrès immédiats sont les plus importantes, la stratégie prévoit le déploiement des fiches «éco-lab» développées par des étudiant-es en sciences biomédicales (Cyril Guilhen et Anne Schoendorf). Cette démarche s’appuie notamment sur le fait que certains organismes de financement commencent à inclure la durabilité des projets parmi les critères examinés. La question des achats centralisés via le Biostock, actuellement contourné dans plus d'un tiers des commandes, est directement adressée. À l’horizon 2035, le projet Genilac devrait en outre permettre une réduction significative des émissions liées au chauffage.
L'axe «formation et sensibilisation» vise à renforcer l'enseignement de la santé planétaire dans le cursus médical et à sensibiliser le personnel non académique. Enfin, l'axe Gouvernance prévoit un rapport annuel de suivi et l'ancrage institutionnel de la démarche — symbolisé par la création d'un dicastère de la durabilité au Décanat. «Au XXIe siècle, la plus grande menace sur la santé publique est le changement climatique. En intégrant la durabilité dans notre stratégie, nous voulons souligner son importance fondamentale, au même titre que l'excellence en recherche ou en enseignement», ajoute Antoine Geissbuhler, doyen de la Faculté de médecine. «Johanna Sommer, nommée déléguée du Décanat, portera cette thématique aux côtés de Stéphanie Hugues, vice-doyenne de la Faculté nommée responsable de la durabilité.»
Genève dans une dynamique nationale
La Faculté s'inscrit également dans le PHUSE (Planetary Health Care for Universities' Sustainability Engagement), un projet financé par swissuniversities réunissant les institutions d’enseignement supérieur de Zurich, Bâle, Lausanne, Genève et le Swiss TPH. Genève y pilote la sensibilisation du personnel académique et non académique aux thématiques diverses liées à la santé planétaire. «Les équipes veulent bien faire, mais entre l'intention et le changement de pratique, il y a un pas», souligne Oriane Lander, chargée de projets. «Notre travail est de proposer des alternatives concrètes, qui s'intègrent dans le quotidien — et d'axer sur le ludique et le pratique sans tomber dans le moralisateur ou l'anxiogène.»
Parmi les premières étapes: une Journée de la santé planétaire, le 7 mai, qui a réuni étudiant-es, membres de l’UNIGE et public intéressé autour d’activités originales, une campagne de communication à l'échelle de la communauté universitaire à l'automne. Un hackathon annuel ouvert à l'ensemble du personnel — toutes catégories confondues — devrait en outre voir le jour dans l’idée de développer des projets concrets de durabilité. «Ces premiers jalons sont extrêmement réjouissants», indique Johanna Sommer. «Le défi sera de soutenir ces projets dans la durée pour espérer un impact réel.»
Repères: Planetary Health Report Card 2025
Le PHRC est un classement international qui évalue chaque année les facultés de médecine sur cinq dimensions: curriculum, recherche, engagement communautaire, mobilisation étudiante, durabilité du campus. En 2025, l’UNIGE obtient une note globale B (2e rang national derrière l’UNIL), avec un A en recherche interdisciplinaire, un B pour le curriculum et un C– en durabilité des infrastructures du campus. Des axes que PERFoRMed et la stratégie 2026–2030 visent précisément à améliorer.
Pre Johanna SOMMER
Responsable académique
Pr Yves-Laurent JACKSON
Responsable académique
Raphaël TORNARE
Chef de projets
Oriane LANDER
Cheffe de projets