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Entre biologie cellulaire et soins aux patients

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Lauréate 2019 de la bourse « clinicien-chercheur » de Synapsy, Zoé Schilliger entame une thèse de doctorat sur un projet qui repose sur l’expertise de deux groupes de travail Synapsy. Un sujet captivant qui comble son intérêt pour la  la psychiatrie et la recherche fondamentale.

Qu’est-ce qui vous a poussé à ouvrir la porte du monde de la recherche médicale ?

J’ai d’abord été tentée par l’architecture, mais ce n’était pas fait pour moi. La théorie et l’esthétique m’intéressaient, mais je trouvais le rythme effréné des projets un peu vide de sens. Je me suis ensuite lancée en médecine en raison de mon intérêt pour la santé et la physiologie humaine. Lorsque j’ai découvert la biologie cellulaire en première année, ce fut la révélation pour les aspects fondamentaux ! Lors de mes stages cliniques, je me suis découvert un plaisir certain dans l’interaction avec les patients. Ainsi, mon intérêt balance aujourd’hui entre recherche et clinique.

Pourquoi la psychiatrie en particulier ?

La psychiatrie est une discipline particulière de la médecine où avoir un sens clinique bien développé est crucial. De plus, les interactions avec les patients suscitent beaucoup de remise en question. Finalement, la psychiatrie est un domaine en pleine évolution. Tout cela est la certitude de ne jamais s’ennuyer et c’est ce qui m’a attiré.

Qu’étudiez-vous pendant votre thèse ?

J’étudie les fondements biologiques de l’anxiété et comment elle pourrait représenter un marqueur de vulnérabilité pour le développement de troubles psychiatriques durant l’adolescence. Mon travail est sous la supervision de Paul Klauser et Daniella Dwir, et sous la direction de Kim Do et Philippe Conus au Centre de Neurosciences Psychiatriques du CHUV. L’objectif est d’identifier des changements cérébraux précoces indiquant une vulnérabilité au stress chez les adolescents anxieux, ainsi que des biomarqueurs sanguins reflétant ces changements. Mon projet repose en partie sur les données cliniques récoltées par l’étude Mindfulteen (voir article "Méditation Anti-stress"). L’idée est également de faire le lien avec les travaux de Kim Do et Philippe Conus montrant qu’une interaction entre stress oxydatif et neuroinflammation sous-tend l’altération des interneurones à parvalbumine (PV) dans la schizophrénie. Nous cherchons à savoir si un mécanisme similaire est impliqué dans l’altération des interneurones PV observée en conséquence du stress chez les adolescents. Concrètement, je prélève des cellules périphériques mononucléées dans le sang des adolescents de la cohorte Mindfulteen pour tester les systèmes de régulation redox et de l’inflammation.

Vous travaillez également avec le groupe de Carmen Sandi à l’EPFL ?

Oui, son laboratoire possède un excellent modèle animal pour étudier les différences interindividuelles de vulnérabilité au stress (voir le portrait de Silvia Monari), à savoir des lignées de rats sélectionnées pour leur niveau de sécrétion de glucocorticoïdes en réponse au stress. L’idée est d’investiguer si ces lignées montrent des différences au niveau des interneurones PV dans les régions préfrontales et limbiques. Ces régions sont impliquées dans la régulation des émotions et se modifient beaucoup pendant l’adolescence.

Comment gérez-vous la clinique et la recherche ?

Je fais de la clinique à mi-temps au Service d’addictologie ambulatoire du CHUV. Je peux heureusement compter sur la bourse Synapsy pour mon salaire de chercheuse. C’est fantastique de pouvoir aller au bout du bout de la complexité mécanistique fondamentale et de revenir au patient. De plus, l’environnement lausannois est très ouvert à l’application des découvertes issues des neurosciences. ●

10 mars 2020
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