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Rompre la transmission du trauma

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© Virginie Perizzolo, Schechter lab. Signaux EEG chez les enfants de mères atteintes d’un PTSD montrant une diminution de l’activation neuronale dans le cortex préfrontal dorso-latéral en réponse à des visages colériques et apeurés.

 

Les enfants de mères souffrant du syndrome de stress post-traumatique ont des difficultés à traiter leurs émotions. Définir les bases neuronales de ce dysfonctionnement permettra de développer des traitements.

Transmettre une information qu’on ne possède pas est forcément un exercice délicat, voire impossible. C’est ce à quoi sont confrontées les mères souffrant du syndrome de stress post-traumatique, développé suite à des violences interpersonnelles (IPV-PTSD). Comme elles souffrent de dysrégulation, c’est-à-dire d’une mauvaise modulation de leurs réactions et émotions, elles sont dans l’incapacité de les transmettre à leur progéniture. Ainsi, leurs enfants développent à leur tour des troubles. Pour les comprendre, le groupe de Daniel Schechter (voir article "Exposition maternelle à la violence et psychopathologie des enfants"), dont Virginie Perizzolo, cherche à définir les grandes étapes développementales du traitement des émotions.

Peur ou colère ?

Lors de son travail de thèse, Virginie a demandé à 47 enfants et leur mère PTSD d’associer des émotions à celles exprimées par différents visages. « Trois images de visages exprimant la peur, l’angoisse et la joie étaient présentées aux sujets. Ils devaient associer celles exprimant les mêmes émotions, puis retrouver une des trois émotions dans une autre série de trois visages », précise-t-elle. Ses données montrent que les enfants de mères IPV-PTSD font plus d’erreurs dans l’identification de visages avec des émotions négatives : ils confondent grandement la peur et la colère. « Les mères IPV-PTSD confondent les mêmes émotions et leurs erreurs sont corrélées à la sévérité des symptômes de leur PTSD », ajoute-t-elle.

En parallèle, Virginie Perizzolo a enregistré l’activité cérébrale des 47 enfants par électroencéphalographie (EEG) à haute densité lorsqu’ils réalisaient cette tâche comportementale. Une activation réduite du cortex préfrontal dorso-latéral droit en réponse à la colère et à la peur chez ces enfants a pu être mise en avant. C’est la première démonstration que le PTSD maternel affecte de façon significative l’activité neuronale des enfants.

Interventions à venir

Engagée comme postdoctorante après l’obtention de son doctorat en 2018, Virginie Perizzolo travaille actuellement sur plusieurs collaborations inter-Synapsy et internationales.

« Par exemple, nous avons étudié le lien entre le PTSD et le niveau de compréhension émotionnelle de l’enfant en utilisant un test appelé Test of Emotion Comprehension (TEC). Nous avons fait de même pour la capacité maternelle à prédire les compétences de leur propre enfant en matière de compréhension émotionnelle. Nous étudions également la confiance et la menace grâce à des avatars à l’aide d’enregistrements EEG à haute densité des mères IPV-PTSD. Une étude réalisée en collaboration avec l’université de Princeton », précise-t-elle. Ces travaux sont capitaux pour la future mise en place de traitements interventionnels visant à interrompre les cycles de transmission intergénérationnelle de la violence et de ses traumatismes. ●

10 mars 2020
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