Pour promouvoir l’action climatique, l’émotion prime sur l’information

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Une étude de l’UNIGE montre que les campagnes visant notamment à susciter un engagement émotionnel ont davantage de chances d’inciter la population à agir en faveur du climat.

Les messages faisant appel aux émotions et basés sur l'image sont plus efficaces que ceux diffusant des preuves scientifiques. © Adobe Stock

Quelles sont les stratégies de communication les plus efficaces pour inciter la population à agir en faveur du climat? Pour répondre à cette question, une équipe de l’Université de Genève (UNIGE) a passé en revue un vaste corpus d’études menées en Suisse et à l’étranger sur l’impact de différentes campagnes de communication climatique. Il en ressort que les messages faisant appel aux émotions – par exemple l’émerveillement face à la beauté d’un paysage – sont plus efficaces que la simple transmission de faits scientifiques. Quant aux messages mettant l’accent sur la responsabilité individuelle et collective, ils se révèlent peu, voire pas, efficaces. Publiés dans le Journal of Environmental Psychology, ces résultats offrent des pistes concrètes aux collectivités publiques et à toutes les organisations qui souhaitent mieux communiquer sur les enjeux climatiques.

Chaque année, les collectivités publiques et les organisations non gouvernementales consacrent des millions à des campagnes de communication visant à encourager l’action climatique. Mais quelles sont les stratégies les plus efficaces? Faut-il miser sur des messages anxiogènes ou positifs, privilégier les faits ou faire appel aux émotions, mettre l’accent sur le texte ou sur le visuel?

Une équipe du Laboratoire de décision du consommateur et de comportement durable, rattaché à la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation ainsi qu’au Centre suisse des sciences affectives de l’UNIGE, a mené la première étude de grande ampleur sur le sujet. Les scientifiques ont analysé et synthétisé les résultats de 71 études consacrées à l’impact de différentes stratégies de communication climatique, représentant au total les données de 216 000 participantes et participants.

Les scientifiques constatent également que l'utilisation d'images augmente l'efficacité des messages.

Toutes les stratégies, ou presque, ont un effet positif

Les stratégies passées en revue - quinze au total - allaient de la transmission d’informations factuelles pour combler un déficit de connaissances à la mobilisation des émotions – par exemple en suscitant l’émerveillement ou la crainte face à la nature –, en passant par des approches fondées sur le principe de la rationalité limitée qui sont conçues pour faciliter la prise de décision en mettant en avant des aspects spécifiques du changement climatique (les conséquences sur la santé ou financières, par exemple).

«Nos travaux montrent que toutes ces stratégies, ou presque, sont susceptibles d’avoir un effet positif sur les intentions, les comportements et le soutien aux politiques climatiques», explique Tobias Brosch, directeur du laboratoire, qui a conduit l’étude avec Mario Herberz, post-doctorant. «Seules les stratégies fondées sur la responsabilité individuelle et collective – avec des messages du type “le succès dépend en grande partie de vous” – s’avèrent peu, voire pas, efficaces. Elles ont même tendance à susciter de la défiance.»

La fiction plutôt que des faits

Mais toutes les stratégies efficaces ne se valent pas. «Les campagnes qui suscitent un fort engagement émotionnel, notamment à travers des récits ou l’émerveillement face à la beauté de la nature, s’avèrent nettement plus performantes que la simple transmission de faits et de preuves scientifiques. Les messages fondés sur des considérations morales et éthiques - voire religieuses –, mettant en lumière notre appartenance à quelque chose de plus grand, que nous devons préserver, obtiennent eux-aussi de meilleurs résultats.»

Les scientifiques constatent également que l'utilisation d'images augmente l'efficacité des messages.
 
«Malgré ces différences, le fait que presque toutes ces stratégies puissent avoir un effet positif est encourageant», estime Tobias Brosch. «D’autant plus que les études passées en revue ont principalement mesuré l’effet de messages auxquels les personnes n’étaient exposées qu’une seule fois. Or, on sait que la répétition renforce l’adhésion. À l’heure où les faits sont désormais bien connus et où l’enjeu est de passer à l’action, il existe donc une marge de progression importante pour la communication climatique.»


Contact

Tobias Brosch
Professeur ordinaire / Directeur
Laboratoire de décision du consommateur et de comportement durable Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation
Centre suisse des sciences affectives
UNIGE
+41 22 379 92 23
Tobias.Brosch(at)unige.ch


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Cette recherche est publiée dans
Journal of Environmental Psychology 
DOI: 10.1016/j.jenvp.2026.103176

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