Bergson et Sabatier (1914) a b đ
Lâun des hommes qui ont le plus profondĂ©ment modifiĂ© la pensĂ©e contemporaine, est sans doute M. Bergson. Il faudrait assurĂ©ment un recul que nous nâavons pas pour voir si vraiment son systĂšme oriente la philosophie vers un jour nouveau, mais ce quâil y a de certain, câest que, par lâexposĂ© original et tout actuel quâil donne des problĂšmes fondamentaux de la psychologie et de la mĂ©taphysique, il influe considĂ©rablement sur ses adversaires comme sur ses disciples.
Dans ces conditions, il est intĂ©ressant de rechercher sinon les systĂšmes auxquels il a le plus empruntĂ©, du moins les idĂ©es antĂ©rieures aux siennes qui indiquent dĂ©jĂ la direction quâil a suivie.
Il mâa semblĂ© que la cĂ©lĂšbre Esquisse dâune philosophie de la religion, dâAuguste Sabatier, offre avec lâĂvolution crĂ©atrice des analogies remarquables. Il nây aurait du reste rien dâĂ©tonnant Ă ce que M. Bergson se fĂ»t inspirĂ©, dans une certaine part, de cet ouvrage, car on connaĂźt des exemples cĂ©lĂšbres dâune semblable interpĂ©nĂ©tration de deux domaines plus ou moins diffĂ©rents⊠On sait en effet, que le darwinisme Ă©tait en germe dans lâEssai sur la population de Malthus. Or, chose curieuse, ce Malthus a influencĂ© directement et Darwin lui-mĂȘme et Wallace, qui arrivĂšrent tous deux, Ă lâinsu lâun de lâautre, Ă des rĂ©sultats identiques.
Au reste, lâĂ©volution religieuse quâĂ©tudie Sabatier, est une des faces, quoique restreinte, de lâĂ©volution vitale, et la conscience morale peut ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme lâune des formes les plus pures et les plus Ă©levĂ©es de lâintuition bergsonienne. Cette derniĂšre reprĂ©senterait, on le sait, la facultĂ© quâa la vie de comprendre sa nature intĂ©rieure et de saisir lâabsolu qui est en elle. Or, il est frappant de comparer ceci avec la dĂ©finition donnĂ©e de la conscience : « Ce que nous appelons la conscience religieuse dâun homme, câest le sentiment du rapport dans lequel cet homme est et veut ĂȘtre avec le principe universel dont il sait quâil dĂ©pend, et avec lâunivers lui-mĂȘme dans lequel il se voit engagĂ© comme partie dans lâensemble. » 1
LâĂ©volution de M. Bergson est trop connue pour quâil soit nĂ©cessaire de lâanalyser ici. ĂnumĂ©rons seulement les points les plus importants de cette philosophie, que nous reprendrons ensuite en cherchant leurs analogues dans Sabatier.
Pour M. Bergson, la durĂ©e, loin dâĂȘtre lâune des illusions de notre intellect, est au contraire lâĂ©toffe mĂȘme des choses. Autrement dit, le temps psychologique a une existence en soi, par opposition au temps du mathĂ©maticien, qui nâest en somme quâune maniĂšre de symbole. Mais cette durĂ©e est crĂ©ation incessante, câest-Ă -dire Ă©laboration continuelle de lâabsolument nouveau. Elle est analogue en cela Ă lâĂ©lan vital, courant de conscience lancĂ© dans la matiĂšre, quâil traverse en la transformant sans cesse dâune maniĂšre imprĂ©visible et spontanĂ©e. Par lĂ , M. Bergson est amenĂ© Ă critiquer la notion dâimmutabilitĂ©, laquelle, de mĂȘme que celle de nĂ©ant, serait une pure illusion de notre logique. Le progrĂšs nâimpliquerait pas la finalitĂ©, car lâĂ©lan nâa de coordination que dans son dĂ©roulement mĂȘme, derriĂšre lui et non par devant. MĂ©taphysiquement, la vĂ©ritĂ© nâest accessible que par lâintuition car le problĂšme de la connaissance est indissolublement liĂ© Ă celui de la vie. Enfin, lâintelligence nâest pas apte Ă toute spĂ©culation philosophique, car elle est victime de quelques illusions fondamentales, dont la principale est occasionnĂ©e par le mĂ©canisme cinĂ©matographique de la pensĂ©e.
Il mâa semblĂ© que ces neuf points sont en germes dans lâouvrage de Sabatier, et câest ce que je mâen vais essayer de montrer, sans insister beaucoup sur les diffĂ©rences. Quâon me permette ici dâexprimer Ă mon maĂźtre, M. le professeur A. REYMOND, lâexpression de toute ma reconnaissance pour ses conseils prĂ©cieux.
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I. â La thĂ©orie de la durĂ©e se trouve Ă peu prĂšs avec le mĂȘme point de dĂ©part chez nos deux philosophes. Bergson lâaborde Ă la premiĂšre page de son Ăvolution crĂ©atrice, en montrant lâinsensible transformation du moi, le devenir perpĂ©tuel de lâindividualitĂ©. Changer dâĂ©tat ou rester dans le mĂȘme, sont en fait Ă©quivalents, il nây a quâune diffĂ©rence dâintensité : la durĂ©e coule et grossit insensiblement, que nous nous en rendions compte, ou non. Partant de lĂ , Bergson dĂ©veloppe cette thĂšse et conclut Ă lâexistence rĂ©elle de la durĂ©e, mĂȘme en dehors du moi intĂ©rieur.
Sabatier ne fait pas autre chose dans son Ă©volution des dogmes. Voulant expliquer les transformations plus ou moins brusques que nous rĂ©vĂšle lâhistoire de la dogmatique, il replace Ă la maniĂšre de Bergson le problĂšme dans son juste milieu, câest-Ă -dire dans le moi intime, dans la personnalitĂ© du croyant. Tous deux, au nom mĂȘme de ce point de dĂ©part psychologique, concluent en faveur dâune durĂ©e rĂ©elle et extĂ©rieure. De cette continuitĂ© dâĂ©volution intĂ©rieure, sort la matiĂšre du dogme « unie au germe, qui se transforme sans cesse par lâeffet mĂȘme du mouvement de la vie » (Sabatier, loc. cit., p. 307). Et p. 309 : « Sâil faut donc que la vie sâincarne dans un organisme, la pensĂ©e dans le langage et la religion dans le dogme, il nâest pas moins inĂ©vitable, par contre, que cet organisme change, que le langage se modifie et que le dogme Ă©volue. Ceci est une autre loi de la vie, qui ne souffre aucune exception dans la nature. »
Il est vrai que, pages 344-345, Sabatier Ă©tablit une norme, en quelque sorte immuable, qui est lâexpĂ©rience religieuse fondamentale, le germe initial de toute piĂ©tĂ© vraie. Câest en partant de ce principe normatif, que se dĂ©roule toute Ă©volution du dogme.
Mais, Ă part ce point sur lequel il est nĂ©cessaire dâattirer lâattention, lâanalogie subsiste et nous allons voir un peu plus loin que cette Ă©volution semble bien lâĂ©volution bergsonienne, essentiellement crĂ©atrice.
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II. â Bien voisin de la durĂ©e, le temps psychologique est, il est vrai, assez peu clairement dĂ©fini par Bergson. Mais, autant quâon en peut juger, il nâest quâune rĂ©alitĂ© intĂ©rieure et individuelle, alors que la durĂ©e est une rĂ©alitĂ© absolue, perçue par intermittence dans notre moi. « Le temps est invention, ou il nâest rien du tout », dit-il. Voici la mĂȘme idĂ©e dans Sabatier : « Nous conservons, nous rĂ©pĂ©tons les dogmes dâautrefois, mais nous y versons inconsciemment un contenu nouveau. Les termes ne changent pas, les idĂ©es et leur interprĂ©tation se renouvellent de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration⊠Nous passons notre vie, que nous le sachions ou non, Ă verser du vin nouveau dans les vieux vaisseaux⊠Le fleuve coule toujours, mĂȘme quand, Ă la surface, les eaux paraissent stagnantes. » (p. 311).
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III. â LâĂ©lan vital est assurĂ©ment lâune des idĂ©es les plus fondamentales de la cosmogonie bergsonienne. Elle reste malheureusement dans une obscuritĂ© Ă©paisse, au point de vue de la dĂ©finition. Or, autant quâon en peut juger, tous ses caractĂšres sont exprimĂ©s par cette phrase de Sabatier : « La vie est une force idĂ©ale en son essence, rĂ©elle en ses manifestations. Elle ne peut se manifester que dans les organismes quâelle crĂ©e et quâelle anime. Mais, tout en sâincarnant en ses ouvrages, elle ne sâĂ©puise ni ne reste prisonniĂšre en aucun dâeux » (p. 204). Il est mĂȘme remarquable de constater chez le philosophe de la religion, le terme lui-mĂȘme dâ« élan de la vie ». Il est vrai quâil y a une diffĂ©rence fondamentale entre les deux auteurs, sous le rapport de la modestie, car Bergson paraĂźt fort satisfait de sa notion, tandis que Sabatier dit (p. 269), quâ« il y a ainsi, dans toute chose, un don premier, une force posĂ©e par une puissance mystĂ©rieuse, que le savant constate par lâexpĂ©rience, mais quâil ne saurait concevoir et encore moins expliquer ».
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IV. â Le principal caractĂšre de lâĂ©lan vital est donc la puissance crĂ©atrice qui implique une Ă©laboration continuelle de lâabsolument nouveau. Bergson paraĂźt tenir cette idĂ©e comme sa trouvaille la plus originale, du moins le titre de son systĂšme semblerait lâindiquer. Or, il est quelques passages de Sabatier qui posent dĂ©jĂ dâune maniĂšre singuliĂšrement claire cette propriĂ©tĂ© de la vie et de ses manifestations. Le plus suggestif est celui que nous avons vu au deuxiĂšme point, Ă propos du temps psychologique. En voici dâautres : « LâĂ©volution religieuse ressemblerait plutĂŽt Ă celle de lâart, oĂč lâexpĂ©rience du passĂ© nâest fĂ©conde que si elle parvient Ă se traduire par une inspiration supĂ©rieure et une puissance crĂ©atrice plus grande » (p. 135). « La parole de Dieu⊠est essentiellement crĂ©atrice. Elle porte avec elle toute la substance de lâĂȘtre et toute la force de la vie » (p. 54). Et quâon ne croie pas que ce dernier extrait sâapplique Ă quelque affirmation mystique ou autre, car Sabatier, dans les pages immĂ©diatement prĂ©cĂ©dentes, sâapplique au contraire Ă dĂ©montrer que la rĂ©vĂ©lation et le sentiment religieux (autrement dit Parole de Dieu), est tout subjectif et nâappartient quâau moi intĂ©rieur, partant Ă la vie psychologique.
Plus loin, en parlant de lâ« instinct sacrĂ© de la vie », qui est la « religion intĂ©rieure » (p. 365), lâauteur ajoute quâil rend Ă lâesprit sa « spontanĂ©itĂ© crĂ©atrice ». Ce mot de crĂ©atrice a bien le sens bergsonien comme le montre suffisamment le passage sur lâintussusception des dogmes (p. 310 et suivantes).
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V. â Dans la quatriĂšme partie de son livre, Bergson fait la critique des illusions fondamentales et supprime, comme contradictoires, le nĂ©ant et lâimmutabilitĂ©. La premiĂšre dĂ©monstration existe dĂ©jĂ comme on le sait dans la philosophie des IdĂ©es de Platon. Quant Ă lâautre, elle est tout aussi logiquement Ă dĂ©duire de lâĂ©volutionnisme de Sabatier que de celui de Bergson. En effet, le premier auteur prouve du commencement Ă la fin de son ouvrage que la rĂ©vĂ©lation implique une crĂ©ation continue, quâil nây a dâimmuables que les dogmes morts, que le symbole seul est durable, etc., etc., en fin de compte que lâimmutabilitĂ© est une notion contradictoire dans tout ce qui touche Ă la religion. Or, rĂ©pĂ©tons-le, Sabatier estime que la religion est une des manifestations de lâĂ©lan vital et que la conscience morale est avant tout le lien (religio), entre lâindividu et le Principe universel.
Il en rĂ©sulte que, pour Sabatier, comme pour Bergson, lâimmutabilitĂ© est impensable. Impensable, et câest tout, car il ne faut pas croire que lâauteur de lâĂvolution crĂ©atrice ait prouvĂ© quoi que ce soit de plus : en poussant Ă bout son systĂšme, on a pu se demander pourquoi lâintellect serait apte Ă trancher de lâexistence ou non du nĂ©ant et de lâimmutabilitĂ© alors que, suivant lâauteur lui-mĂȘme, nos facultĂ©s actuelles sont chancelantes et bornĂ©es dans la recherche de lâabsolu mĂ©taphysique.
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VI. â Dans son chapitre sur les directions divergentes de lâĂvolution, Bergson donne une signification du progrĂšs, dĂ©barrassĂ©e de finalisme. Il fournit une adaptation ingĂ©nieuse de la thĂ©orie des causes finales en la retournant et en montrant que lâharmonie de la vie se trouve Ă son origine, a tergo, et non dans un but dĂ©terminĂ©.
Mais cette conception se trouve dĂ©jĂ chez Sabatier (p. 180-182), quand il discute le fait, en apparence contradictoire, que la perfection se puisse rencontrer au dĂ©but dâune Ă©volution quelconque, en lâespĂšce dans celle du christianisme. Et passant de JĂ©sus-Christ au problĂšme plus gĂ©nĂ©ral, le passage montre assez clairement quâil en est de mĂȘme dans lâĂ©volution vitale.
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VII et VIII. â MĂȘme lâidĂ©e, en apparence si originale, que le problĂšme de la connaissance et le problĂšme de la vie sont insĂ©parables lâun de lâautre, nâest nullement exprimĂ©e pour la premiĂšre fois, par Bergson. Elle me paraĂźt se trouver en partie dans Sabatier (p. 363-368). Le point de dĂ©part, il est vrai, est fort diffĂ©rent, et le dernier auteur nâenvisage au dĂ©but que lâantinomie du dĂ©terminisme et de la responsabilitĂ© humaine. Ne trouvant pas de solution thĂ©orique, il revient au domaine vital, montre que par la conscience religieuse lâhomme a lâintuition du principe universel et touche Ă lâabsolu. Quây a-t-il de plus dans Bergson sinon que le problĂšme est plus purement mĂ©taphysique et que la conscience est appelĂ©e intuition ?
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IX. â Enfin, la thĂ©orie du mĂ©canisme cinĂ©matographique de lâintelligence est bien prĂšs de cette affirmation de Sabatier : « Les phĂ©nomĂšnes de la vie dĂ©bordent sans cesse toutes les classifications et toutes les nomenclatures. Pour ordonner la nature, la science y trace des compartiments et y marque des sĂ©parations qui ne sont jamais quâidĂ©ales et abstraites. VoilĂ pourquoi la science est toujours Ă refaire », etc., etc. De mĂȘme, la thĂ©orie du symbolisme, qui est suivant lâauteur, la base de la connaissance religieuse est bien voisine des idĂ©es que Bergson professe sur lâintelligence par rapport Ă la fluiditĂ© insaisissable de lâĂ©lan vital.
Mais il est temps de conclure, et nous voyons quâon peut affirmer, sans se compromettre, quâil y a des germes de la philosophie bergsonienne dans lâEsquisse de Sabatier, soit quâil y ait eu influence directe ou profonde, soit quâil y ait lĂ deux courants parallĂšles de pensĂ©e.
Il ne faudrait du reste pas exagĂ©rer lâanalogie, car Sabatier est loin dâavoir tirĂ© de ce quâil affirme par places, tout ce quâil aurait pu en conclure. Son Ă©volution, Ă part les quelques passages que jâai citĂ©s, nâest surtout quâune question de mĂ©thode. ConsidĂ©rant un fait A, puis passant au fait B, il constate que ce dernier est postĂ©rieur dans le temps et quâil porte naturellement lâempreinte, une empreinte assez vague, du premier fait A. Aussi emploie-t-il le terme dâĂ©volution. Mais, si lâon pousse lâanalyse un peu Ă fond, on sâaperçoit que cette Ă©volution est bien superficielle, reconstruite aprĂšs coup avec des fragments de lâĂ©voluĂ©. Ce nâest souvent, Ă part quelques exceptions, quâune sĂ©rie dâĂ©tats juxtaposĂ©s, mais on nây voit aucun courant, aucune transformation lente sâavançant avec la rĂ©gularitĂ© du temps.
Nous sentons fort bien quâun travail se fait continuellement en nous, avec ou sans influence du dehors, et qui fait varier nos conceptions perpĂ©tuellement, dans un certain plan, Ă©videmment, mais avec une progression continue. Les facteurs extĂ©rieurs peuvent intervenir, mais ils sont immĂ©diatement transformĂ©s Ă notre maniĂšre, assimilĂ©s dans une certaine synthĂšse consciente, puis refoulĂ©s dans le subconscient oĂč ils germent et dâoĂč ils ressortent vivifiĂ©s et rajeunis. VoilĂ la vraie Ă©volution du dogme et Sabatier nâa pas assez insistĂ©, Ă mon sens, sur le parallĂ©lisme frappant qui existe entre ce travail intĂ©rieur de chaque individu et le travail collectif de lâhumanitĂ©.
Or, sur des points de ce genre, Bergson est incomparable et a rĂ©ussi Ă Ă©quilibrer logiquement les quelques lueurs dâĂ©volution que nous avons relevĂ©es dans lâEsquisse.
Une autre diffĂ©rence assez importante rĂ©side dans le fait que Sabatier croit en un Dieu personnel et moral alors que Bergson, du moins dans son Ăvolution crĂ©atrice, paraĂźt panthĂ©iste. La consĂ©quence en est que le premier philosophe est nĂ©cessairement plus finaliste que le second, comme lâexige toute religion thĂ©iste. Mais sa tĂ©lĂ©ologie est fort loin, comme nous lâavons vu, du finalisme radical et traditionnel. Enfin, Sabatier semble aussi plus dĂ©terministe que Bergson, du moins pour les phĂ©nomĂšnes matĂ©riels. On comprend mal dans ce cas, la cloison Ă©tanche qui sĂ©pare le non moi du moi moral, lequel resterait libre et responsable. Mais nous avons constatĂ© que, mĂȘme pour ce qui est du monde extĂ©rieur, lâauteur se garde dâun mĂ©canisme absolu et fait la part des contingences.
Ces quelques divergences eussent probablement empĂȘchĂ© Sabatier dâĂȘtre bergsoniste, malgrĂ© les points dâattache que nous avons relevĂ©s et qui constituent sans doute un des germes de lâĂvolution crĂ©atrice.