Notes sur quelques mollusques de la vallée du Doubs (1914) a 🔗
Tableau des noms d’auteurs
| Abréviation | Nom |
|
Ald. Andr. Baud. Bttg. Bouch. Cant. Brgt. Cless. Drap. Dum. et Mort Fér. Gmel Htm. Jeffr. Jen. Kob. Lam. L. List. Loc. Mke. Moq.-Tand. Mtg. Penn. Pfr. Raz. Reinh. A. Schm. Shep. Stab. Stud. Zgl. |
Alder Andreae Baudon Boettger Bouche-Cantraine Bourguignat Clessin Draparnaud Dumont et Mortillet Férussac Gmelin Hartmann Jeffreys Jenyns Kobelt Lamarck Linné Lister Locard Menke Moquin-Tandon Montagu Pennant C. Pfeiffer Razoumowski Reinhardt A. Schmidt Sheppard Stabile S. Studer Ziegler |
Chargé par la Société helvétique des sciences naturelles de faire une monographie des mollusques du Jura, en vue d’accompagner le bel atlas de feu M. le Dr Paul Godet, j’ai malheureusement constaté l’absence presque complète de données sur la malacologie de la Franche-Comté et particulièrement de la région du Haut-Doubs. Or, il se trouve que cette dernière contrée est précisément une zone de transition intéressante et qu’une étude approfondie en serait nécessaire pour résoudre un grand nombre de questions délicates. Aussi, pour avoir quelque idée de cette faune spéciale, j’ai exploré une petite portion de la vallée du Doubs, exactement située entre Audincourt et Pont-de-Roide. Je livre dans cette note le résultat de ces quelques recherches, en attendant que des travaux plus étendus viennent en compléter les données.
Voici d’abord la liste des formes récoltées, avec l’indication de leur habitat.
Cl. Gastropoda
Fam. Vitrinidæ
- Limax (Heynemannia) maximus (L.) — E. A. 1
Var. cinerea (List.) — T. E.
Var. cinereo-niger (Wolf.) — E.
[p. 198]
- Limax (Heynemannia) tenellus (Müll.) — E. Seulement aux environs d’Audincourt.
- Limax (Simrothia) arborum (Bouch. Cant.). — D. T.
- Amalia marginata (Drap.) — D.
- Agriolimax (Hydrolimax) lævis (Müll.) — T.
Très commune sur les bords du Doubs, etc. - Agriolimax (s. str.) agrestis (Müll.) — T. D. E.
Var. reticulata (Müll.) — T. D. E. - Vitrina (Semilimax) diaphana Drap. — E. A.
Var. planulata Dum. et Mort. — E. A.
Environs d’Audincourt et de Valentigney. - Vitrina (Phenacolimax) pellucida (Müll.). — T. E. D. A.
Var. spreta Fagot. — D. T.
Dasles, Mandeure, etc.
Var. major Drap. — D.
Audincourt.
Var. dubia Piaget. — E.
Dasles, Mandeure, etc. - Hyalina (Euhyalina) Draparnaldi Beck — T. D.
- Hyalina (Euhyalina) cellaria (Müll.) — T. E. A.
Plutôt rare, disséminée par places. - Hyalina (Euhyalina) Helvetica (Blum.) — E.
Environs d’Audincourt, etc. - Hyalina (Polita) nitidula (Drap.) — T. D. A.
Commune à l’état typique ; ses variétés sont également très fréquentes.
Var. subnitens Brgt — D. E. - Hyalina (Polita) pura Ald. — E. A.
- Hyalina (Polita) radiatula Ald. — T. E. D. A.
- Zonitoides nitidus (Müll.) — T. A.
Dans une petite île du Doubs tous les exemplaires que j’ai vus, vivants ou morts (environ une vingtaine), étaient albinos, quant à la coquille (d’un blanc mat, assez opaque), mais à animal normal. - Chrystallus diaphanus Stud. E. A.
- Crystallus subrimatus (Reinh.). — E.
Assez rare, trouvé aux environs d’Audincourt (Sous-Roches, etc.) - Crystallus crystallinus (Müll.). — T. E. D. A.
Var. eburnea Htm. (= H. Andreæi Bttg.) — T. E. D. A. Variété plus commune que le type de l’espèce.
Var. subterranea Brgt. — A. rare : Pont-de-Roide. - Fam. Naninidæ
- Euconulus fulvus (Müll.). — E.
Var. Alderi. — T. — Dans les terrains gras du bord du Doubs. - Fam. Arionidæ
- Arion empiricorum Fer. — T. E. D.
- Arion subfuscus Drap. — E. (Audincourt et Dasles).
- Arion hortensis Fer. — T. E. D.
- Fam. Polyplacognatha
- Punctum pygmæum (Drap.) — E. D. T. A.
Assez commun un peu partout. - Fam. Patulidæ
- Patula (Discus) rotundata (Müll.) — E. D. T. A.
- Pyramidula rupestris (Drap.) — E. D.
Var. saxatilis Stab. — E. D. - Fam. Helicidæ
- Vallonia pulchella (Müll.). — T.
Var. petricola Cless. — T. D.
Var. Bollingeri Piaget (inéd.) 2 — T. D.
Var. Helvetica Sterki. — T. D. E.
Var. costata (Müll.) — T. D. E.
Var. excentrica Sterki. — T. D.
Var. Godeti Piaget. — T. D. - Helicodonta obvoluta (Müll) — T. D. E. A.
- Fruticicola sericea (Müll.). — T. D. E. A.
Var. violacea Godet. — T. (sur des argiles rougeâtres aux environs d’Audincourt).
Var. plebeia Drap. — T. D. — Un peu partout. - Fruticicola (s. str.) hispida (L.) T. D.
- Fruticicola (s. str.) rufescens (Penn). T. E.
Var. montana Stud. — E. A. - Fruticicola (Monacha) incarnata (Midi.) — D. E. A. [p. 200]
- 32. Fruticicola (Euomphalia) strigella (Müll.) — T. D.
- Eulota fruticum (Müll.). — T. D.
- Arianta arbustorum (Müll.) T. D. E. A.
Avec un grand nombre de variations individuelles, qui n’offrent pas d’intérêt particulier à cette région. - Chilotrema lapicida (Müll.) — T. D. E. A.
- Isognomostoma personatum (Lam.) — E.
Assez rare : forêts de Mandeure, etc. - Helix pomatia L. — D. T.
- Helix (Pomatia) lucorum (Müll.). T.
J’ai trouvé à Audincourt un exemplaire mort de cette espèce italienne. Il provenait sans aucun doute des magasins d’un marchand de comestibles, car cette espèce commence à être fort importée dans certaines villes (Neuchâtel, Genève, etc.). - Tachea nemoralis (L.) — T. D.
Cette espèce est passablement moins commune que la suivante et n’atteint jamais une bien grande taille. - Tachea hortensis (Müll.) — T. D. E.
Elle arrive dans la vallée du Doubs aux plus belles proportions. Le test est la plupart du temps recouvert de stries fines et régulières. - Tachea sylvatica (Drap). — E. — Très rare : environs d’Audincourt.
- Xerophila (s. str.) ericetorum (Müll.) — T. D. A.
Sur les rochers grisâtres des bords du Doubs, cette espèce présente un certain mimétisme et offre un test cendré.
Var. Tardyi Brgt. — D. A. Commune dans les endroits arides. - Xerophila (Striatella) candidula (Müll.) — T. D. A.
Var. gratiosa Stud. — T.
Arrive à un diamètre de 8 à 10 mm. - Xerophila (Carthusiana) carthusiana (Müll.) — T.
Très commune près d’Audincourt et y atteignant facilement 15 mm de diamètre et plus.
Var. rufilabris Jeffr. — T. - Fam. Buliminidæ
- Buliminus obscurus (Müll.) — T. D. E. A.
- Fam. Cochlicopidæ
- Cochlicopa lubrica (Müll.) — T. D. E. A.
Var. nitens Koch. — T. (dans les terrains gras des bords du Doubs).
Var. lubricella Htm. D. A. — Rare. - Cæcilianella acicula (Müll.) — T. D. A.
- Fam. Pupidæ
- Pupa (Torquilla) secale. (Drap.) — T. D. E. A.
- Pupa (Modicella) arenacea (Brug.) — D. E. A.
- Orcula dolium (Drap). — D. E.
Très commun dans tous les bois et bosquets. J’en ai trouvé un exemplaire albinos à Audincourt. - Pupilla muscorum (C. Pfr.) — T. D. A.
Var. pratensis Cless. — T. (avec la Cochlicopa nitens Koch.) - Pupilla triplicata Stud. — D. E. A.
- Isthmia muscorum (Drap). — T. D. A.
- Vertigo (Alma) pygmœa (Drap. — A. D. E.
- Acanthinula aculeata (Müll.) — E. — Valentigney.
- Fam. Clausiliidæ
- Balea perversa (L.) — E. Rare : Audincourt.
- Clausilia (Clausiliastra) luminata (Mtg.) — T. ? D. E.
- Clausilia (Cusmicia) dubia (Drap). — E.
Assez rare trouvée seulement à Valentigney et Audincourt. - Clausilia (Cusmicia) cruciata Stud. — E.
Rare, trouvée à Audincourt. La forme de la vallée du Doubs est typique et semblable à celle du Jura suisse. - Clausilia (Cusmicia) bidentata (Ström.) — T. D. A.
Commune un peu partout.
Var. Jurensis Coutagne. — T. D. A. - Clausilia (Cusmicia) parvula Drap. — T. D. A.
Très commune partout.
Var. minima (A. Schm.) — T. D. A. (6 à 8 mm). - Clausilia (Pirostoma) plicatula Drap. — D. E.
- Fam. Succineidæ
- Succinea (Neritostoma) putris (L.) — T. A.
Moins commune que la Pfeifferi.
Var. nigrolimbata Loc. — T.
Bords du Doubs à Pont-de-Roide.
Var. Droueti Moq. Tand. — T. A. - Succinea (Amphibina) Pfeifferi Rossm. T. A.
Var. brevispirata Baud. — T. A.
Var. contortula Baud. — T. A. - Succinea (Lucena) oblonga Drap. — T. E. A.
Var. elongata Kob. — T.
Variété habitant les forêts, parmi les feuilles mortes. - Fam. Auriculidæ
- Carychium minimum (Müll.) — T. A.
Espèce vivant toujours près de l’eau alors que la variété suivante peut s’en éloigner passablement.
Var. striolata Brgt. — E. - Fam. Limnæidæ
- Limnæa (Gulnaria) limosa (L.) sensu latissimo. — F. M. A.
Le type de cette espèce est la L. ovata Drap., qui est fréquente dans la vallée.
Var. fluminensis Cless. — F.
Subsp. mucronata Held. — F. M. A.
Semblable aux exemplaires des environs de Neuchâtel, etc.
Subsp. auricularia (L.) — M. A.
Subsp. peregra (Müll.) — M. A. - Limnæa (Fossaria) truncatula (Müll.) — F. M. A.
Var. pygmæa Piaget — A.
Cette variété, que je n’ai pu trouver vivante, est semblable aux individus typiques du Seeland, etc. - Fam. Physidæ
- Physa fontinalis (L). — M. — La Crochère, près Pont-de-Roide.
- Fam. Planorbidæ
- Planorbis (Tropidiscus) marginatus Drap — M. A. Pas très commun.
- Planorbis (Tropidiscus) carinatus Müll. — F. M. A.
Très commun un peu partout.
Var. dubia Htm. — F. A. Par places.
[p. 203]
- Planorbis (Gyraulus) albus (Müll.). — F. M. A.
Var. stelmachætia Brgt. — F. M. A.
Variété plus ou moins carénée se rapprochant souvent passablement du Pl. deformis Htm, de Suisse.
Var. Crosseana Brgt. F. M. A. - Planorbis (Gyraulus) glaber Jeffr. — F. A.
- Fam. Ancylidæ
- Ancylus fluviatilis (Müll.) — F. A.
- Ancylus capuloïdes Jant. — F. A.
Cette espèce atteint à Audincourt les plus belles proportions. - Fam. Cyclophoridæ
- Ericia elegans (Müll.) T. D. E.
Très commune dans toute la Vallée. - Fam. Cyclopharidæ
- Pomatias septemspirale (Raz.) — T. D. E. A.
Très commune. Les individus albinos sont assez abondants. - Fam. Acmeidæ
- Acme lineata Htm., var. sublineata Andr. — A.
Il me paraît impossible d’admettre avec M. Andreæ l’Acme sublineata comme une bonne espèce étant donnés tous les sujets intermédiaires. J’ai trouvé cette variété à Pont-de-Roide, dans les laisses du Doubs. - Fam. Paludinidæ
- Bythinia tentaculata (Müll.). — F. M. A.
Très commune, avec des tours plus ou moins bombés (var. decipiens Müll.), un test plus allongé (var. producta Mke.), une coquille petite et ramassée (var. Leachi Shepp.), etc. - Fam. Valvatidæ
- Valvata (Cincinna) piscinalis (Müll.). — F. A.
Typique à Audincourt, Valentigney, etc.
Var. subnaticina Piaget. — F.A.
Variété très fluviatile, habitant avec le type de l’espèce.
[p. 204]
- Valvata (Gyrorbis) cristata (Müll). — F. A. M.
Plutôt rare. - Cl. Acephala
- Fam. Najadæ
- Anodonta cygnæa (L.) var. anatina (L.) — F. A.
L’A. anatina se trouve à l’état très typique dans le Doubs, près d’Audincourt. - Unio batavus Lam. (non Consentaneus Zgl.) D. F. A.
Assez typique à Pont-de-Roide, un peu moins près d’Audincourt. - Fam. Sphæriidæ
- Sphærium corneum (L.), F. M. A.
- Pisidium (Flumininea) amnicum (Müll.) F. A.
- Pisidium (Fossarina) fossarinum Cless. — M. A.
Assez typique près d’Audincourt.
Subsp. pusilla (Gm.), F. M. A.
Répandue un peu partout. - Pisidium (Fossarina) Henslowianum Shep. A.
Assez rare : environs d’Audincourt.
Var. inappendiculata Brgt. A. - Pisidium (Fossarina) obtusale Pfr. A.
Assez rare, surtout à l’état vivant. - Pisidium (Fossarina) nitidum Jen. F. A.
Se trouve à l’état bien typique. - Pisidium (Fossarina) milium, Held. — A. — Rare.
Le Jura, région naturelle bien caractéristique et assez exactement délimitée, possède une faune malacologique plutôt hétérogène. Cette chaîne, en effet, est une barrière infranchissable pour bon nombre d’espèces occidentales ou centrales et il n’est pas étonnant que ses versants divers soient peuplés d’animaux dissemblables. Il faut notamment faire une séparation importante entre la partie française du massif et les pentes de Suisse, qui diffèrent non seulement par leur composition faunistique, mais encore par la distribution de leurs éléments communs.
Cependant, sauf l’Unio batavus, il n’y a pas, parmi les quelques matériaux que j’ai réunis dans la vallée du Doubs, de formes à proprement parler étrangères au Jura suisse, comme il s’en trouve par exemple dans la région bugésienne et dans la Haute-Bresse. Nous allons pourtant insister sur des différences notables entre notre champ d’études et les chaînes bernoises, bâloises ou soleuroises situées à même latitude. Rappelons que si les premières régions sont à une altitude sensiblement semblable (380 à 450 m environ) à celle des contrées correspondantes de Suisse (280 à 500 m), l’exposition de ces dernières est de beaucoup la meilleure et le climat en est par conséquent plus doux.
La Fruticicola strigella, par exemple, qui atteint la latitude d’Audincourt sur les bords du Doubs, est absente des chaînes bernoises et soleuroises et ne se trouve que par ci, par là, dans les régions très basses de la plaine bâloise.
La Xerophila carthusiana arrivant également jusqu’à Audincourt, ne se trouve en Suisse que dans les parties chaudes du Plateau et des environs de Bâle.
La Xerophila gratiosa ne vit pas sur le versant suisse ; elle était abondante naguère aux environs de Neuchâtel, (comme le prouvent les formations quaternaires du Seeland) et la Xer. ericetorum est beaucoup moins commune — à latitude égale — que dans la vallée du Doubs.
La Clausilia bidentata qui remonte assez haut dans cette dernière vallée (Audincourt, Dasles), est loin d’atteindre cette latitude en Suisse : apparue par les portes du Rhône, elle est distribuée aux environs de Genève, de Lausanne et de Neuchâtel, et ne dépasse pas Chaumont dans le Jura, Berne dans le Plateau.
L’Unio batavus, qui suit le Doubs jusqu’au-delà de Pont-de-Roide, fait défaut en Suisse, et le Pisidium Henslowianum, habitant le fond de la vallée à Valentigney et Audincourt, ne se trouve ni dans le Jura helvétique, ni dans les contrées voisines. Au Plateau, il était jadis répandu au pied des chaînes neuchâteloises, mais paraît en avoir disparu après les importantes transformations du régime lacustre.
On voit donc que le versant français du Jura est assez différent de l’autre, par la distribution des éléments méridionaux (xérophiles, etc.), par celle des Unionides, etc. Les chaînes suisses ont en outre leurs espèces et leurs particularités caractéristiques.
Maintenant que nous avons esquissé quelque peu cette distinction naturelle, disons quelques mots de la composition faunistique de la vallée du Doubs. La plupart des espèces cataloguées n’offrent, il est vrai, qu’un intérêt zoogéographique médiocre, étant plus ou moins ubiquistes dans la zone paléarctique. Il faut cependant citer, pour ce qui est des espèces terrestres, des formes à distribution très septentrionale, comme les Vitrina diaphana, Hyalina radiatula, Euconulus fulvus, Acanthinula aculeata, etc., d’autres habitant plutôt les montagnes du centre de l’Europe, par exemple les Crystallus diaphanus, Pomatias septemspirale, Orcula dolium et surtout Crystallus subrimatus, Tachea sylvatica et Clausilia cruciata… Un certain nombre de formes sont assez spéciales au Jura ou à ses environs, comme les Vitrina dubia, des chaînes bernoises, neuchâteloises et vaudoises, Hyalina Helvetica, du Jura oriental, environs de Bienne, chaînes neuchâteloises, environs de Pontarlier et Haute-Savoie (près Annecy), Crystallus eburneus, habitant tout le Jura, la Haute-Savoie et une partie du Valais, Vallonia petricola, du Jura allemand, bernois et neuchâtelois, Vallonia Bollingeri, des chaînes neuchâteloises, Fruticicola montana, du Jura oriental, occidental français, de la Haute-Savoie, du Valais et des Alpes bernoises, la Xerophila Tardyi, des chaînes neuchâteloises et des environs de Saint-Claude. D’autres mollusques ont des tendances plus méridionales, comme la Vitrina major, de la Haute-Savoie (et bien plus au sud : bassin du Rhône, etc.), environs de Genève, canton de Vaud, de Berne, etc., et la Clausilia bidentata, apparue en Suisse par les portes du Rhône en formant ainsi un courant parallèle — mais beaucoup plus court — à celui qui alimente la vallée du Doubs.
Enfin, j’ai trouvé quelques espèces xérothermiques, Fruticicola strigella, Xerophila ericetorum, candidula, carthusiana et Ericia elegans, cette dernière très commune dans la vallée du Doubs et absente des chaînes suisses à latitude égale.
Les espèces fluviatiles, dont la plupart sont dénuées d’intérêt à cause de leur distribution trop étendue, appartiennent néanmoins à la zone de l’Unio batavus. Cette région comprend le Nord-Est de la France et l’Allemagne occidentale, étant donné que jadis le Doubs coulait vers le nord, rejoignant ce qui correspondrait dans une certaine mesure au bassin actuel du Rhin allemand, sans aucun rapport avec le Rhône. La Suisse, par contre, fait partie de la zone de l’Unio Consentaneus, avec toute la Haute-Savoie et le bassin du Danube actuel. Cette dernière faune exerce cependant son influence sur la vallée du Doubs, comme le prouve la présence de la Limnæa mucronata, de Bavière, Suisse, Savoie, etc. Au reste, quelques-uns de nos Unio batavus sont assez voisins du Consentaneus et il doit être difficile dans certains cas de distinguer ces deux formes.
⁂
Après cette brève esquisse des origines de la faune de la vallée du Doubs, disons quelques mots des zones naturelles qu’on peut établir dans notre petit champ d’études. Les mollusques terrestres se laissent passablement influencer par l’endroit ou versant méridional des collines, l’envers ou pentes ombreuses et boisées, et par le fond de la vallée, formé de terrains d’alluvions récents.
Tout d’abord, le thalweg est assez propice aux mollusques, peu exposé aux intempéries, humide et fertile. Ces caractères conviendront donc soit à des espèces très xérothermiques, soit à des formes très hygrophiles. En effet, les espèces caractéristiques de cette zone, sont le Xerophila carthusiana, Limax lævis, Zonitoides nitidus, Vallonia pulchella (type), Succinea putris et S. Pfeifferi. Le caractère hygrophile est bien visible à la présence de formes à test corné foncé translucide, comme les Euconulus Alderi, Cochlicopa nitens et Pupilla pratensis.
L’endroit, caractérisé par les Amalia marginata, Vitrina major, Cochlicopa lubricella et Xerophila Tardyi, est une zone très sèche, assez abritée, n’hébergeant par conséquent que des formes xérophiles. On voit donc le caractère commun du « thalweg » et du « droit », qui est la chaleur. Un certain nombre de mollusques, qui ne craignent ni la sécheresse ni l’humidité mais qui nécessitent cependant un climat doux, seront donc communs à ces deux régions, à l’exclusion de la troisième : ce sont les Xerophila ericetorum et candidula, Fruticicola plebeia, hispida et strigella, Eulota fruticum, Tachea nemoralis, Cœcilianella acicula, Clausilia bidentata et parvula, Ericia elegans et Limax arborum.
À noter encore, pour ce qui concerne l’« endroit », quelques variétés très xérophiles d’espèces qui le sont moins. Ces mutations offrent toutes le même caractère, une diminution notable de la taille : Vallonia petricola et Bollingeri, Cochlicopa lubricella et Xerophila Tardyi. La Xerophila candidula, au contraire, augmente de taille dans les endroits très secs (X. gratiosa).
Quant à l’envers, il offre l’opposé de ces conditions, étant recouvert de forêts humides et d’un climat rigoureux. Il sera donc peuplé de formes septentrionales ou montagneuses, comme les Vitrina diaphana, Hyalina Helvetica et pura, Crystallus diaphanus et subrimatus, Euconulus fulvus, Limax tenellus, Arion subfuscus, Fruticicola montana, Isognomostoma personatum, Tachea sylvalica, Bulea perversa, Clausilia cruciata et Cl. dubia. Quelques formes habitent cependant à la fois le thalweg (bois et bosquets) et l’envers — à l’exclusion de l’endroit, — comme les Limax maximus et sans doute Fruticicola rufescens (type.)
Enfin, trois espèces ont besoin d’un terrain accidenté et légèrement boisé les Pyramidula rupestris, Orcula dolium et Clausilia plicatula. Elles n’occupent par conséquent que l’« envers » et l’« endroit ». D’autres sont pour ainsi dire cosmopolites et se font à toutes les conditions.
Quant aux espèces aquatiques, il convient de distinguer les formes essentiellement fluviales et celles qui préfèrent au cours plutôt rapide du Doubs, les petits ruisseaux marécageux et les étangs. Des premières, il faut citer les Limnæa auricularia et peregra, Physa fontinalis, Planorbis marginatus, Pisidium fossarinum et Pis. obtusale. Des secondes, les plus caractéristiques sont l’Anodonta anatina (spéciale aux rivières), Ancylus capuloïdes et fluviatilis, Pisidium amnicum et Unio batavus. Il faut mentionner aussi deux formes auxquelles l’habitat fluviatile a donné le même caractère, les Limnæa fluminensis Cless. et Valvata subnaticina Piaget, toutes deux reconnaissables à leur immense ouverture, relativement aux types dont elles dérivent (Limnæa ovata et Valvata piscinalis). Les autres mollusques aquatiques n’ont pas de préférence bien définie.
Il serait intéressant d’étudier un peu à fond la formation des alluvions du Doubs, ainsi que les variations de leur composition faunistique, d’après les saisons et le niveau de la rivière, mais je n’ai pas eu les loisirs nécessaires à ce travail. Enfin, j’ai retrouvé la plupart des formes de mon catalogue dans le quaternaire d’Audincourt et de Valentigney. Ces formations sont le plus souvent des anciens atterrissements fossilisés, du Doubs ou de ses affluents, et les espèces qu’on y découvre sont sensiblement les mêmes que celles que j’ai relevées dans les laisses actuelles.
Neuchâtel (Suisse), le 20 octobre 1913.