Un nouveau mollusque étranger introduit aux environs de Neuchâtel (1914) a

Il y a quelque temps, je trouvais parmi des coquillages provenant des environs de Boudry, un limnéen fluviatile presque complètement étranger à la Suisse, la Physa acuta, Drap. Aussi est-il peut-être intéressant de signaler ce nouvel élément faunistique aux lecteurs du Rameau de Sapin, car il est bien probable qu’il se répandra quelque peu dans le canton.

La Physa acuta est une espèce assez caractéristique de la région circa-méditerranéenne. Elle est extrêmement commune dans le Midi de la France, d’où elle remonte passablement vers les régions centrales, jusqu’en Franche-Comté, en Alsace et en Belgique. Elle est naturellement bien répandue dans la péninsule ibérique, en Italie, etc. Elle habite même deux contrées de l’Afrique du Nord, l’Égypte et le Maroc. Plus au nord, on en a signalé quelques stations en Angleterre et en Allemagne, mais elle y est assez rare.

Dans notre contrée, la Physa acuta est ainsi distribuée : absente de Haute-Savoie et de toutes les Alpes ainsi que du Plateau, le Frère Ogérien l’a trouvée par ci par là au pied du Jura français (Bresse inférieure, etc.), mais elle ne vit nulle part dans le Jura proprement dit. Elle pousse cependant deux pointes aux deux extrémités de cette chaîne, l’une aux environs immédiats de Genève, où l’ont signalée MM. Stauffer, Kampmann et Mlle Hugocka, l’autre dans la plaine bâloise où l’a recueillie M. Bollinger.

On le voit, la colonie de Boudry ne peut être le prolongement d’aucune de ces stations et comme la Physa acuta est totalement inconnue dans nos contrées jurassiennes, malgré les recherches de M. Paul Godet, j’ai pensé qu’il s’agissait là d’une importation artificielle. M. Jaques, directeur de l’établissement de pisciculture de Boudry, a en effet bien voulu, à ma demande, m’apprendre qu’en 1900 il a introduit un certain nombre d’animaux provenant d’Orléans. Sa Physa acuta était du nombre et s’est depuis lors assez bien propagée.

Il me reste à dire que cette espèce, nouvelle pour notre faune, est bien facilement reconnaissable à sa spire conique malgré la forme générale de la coquille, qui est ovoïde globuleuse. Notre Physa indigène, la Ph. fontinalis (L.) a la même forme d’ensemble, mais une spire très courte et obtuse. Enfin une forme voisine, également de chez nous, l’Aplexa hypnorum (L.), a une forme très allongée qui la distingue des deux dernières.