CorrĂ©lation entre la rĂ©partition verticale des mollusques du Valais et les indices de variations spĂ©cifiques (1920) 1 a đ
Bien que les rĂ©sultats suivants soient essentiellement provisoires, et bien quâils soient empruntĂ©s Ă un travail de longue haleine qui cherchera leur vĂ©ritable signification, ils peuvent avoir leur intĂ©rĂȘt propre Ă titre de premiĂšre approximation.
LâĂ©tude de lâadaptation des Mollusques terrestres aux altitudes est dâune certaine portĂ©e biologique, car les espĂšces font preuve dâhabitudes tout Ă la fois trĂšs diffĂ©rentes dâun cas Ă lâautre, et respectivement assez stables. Câest ainsi quâil est possible dâĂ©tablir une hiĂ©rarchie des espĂšces, depuis celles qui ne dĂ©passent pas 1000 ou 1200 m jusquâĂ celles qui atteignent 2500 m et plus.
Quelles sont les raisons de ces faits ? Raisons assurĂ©ment Ă©cologiques et physiologiques. La vie aux altitudes est conditionnĂ©e par des facteurs spĂ©ciaux comme le froid, la siccitĂ© de lâair, la pĂ©nurie de nourriture, etc. Or, les espĂšces sont les unes eurythermes, les autres stĂ©nothermes, les unes xĂ©rophiles ou hygrophiles, les autres indiffĂ©rentes, et ainsi de suite. Ce sont ces caractĂšres qui rĂšglent lâadaptation des espĂšces aux conditions des hauteurs. Mais le problĂšme nâest que reculĂ©. Y a-t-il des raisons Ă ces divergences spĂ©cifiques ? Ă dĂ©faut de solution, on peut cependant se demander si dans le caractĂšre, sinon hĂ©rĂ©ditaire, au moins « phĂ©notypique », dâune espĂšce, on trouverait quelque donnĂ©e permettant de prĂ©dire le comportement de cette espĂšce vis-Ă -vis de lâaltitude.
Il me semble possible de rĂ©pondre affirmativement. Le problĂšme examinĂ© ici nous met, cela va de soi, en dehors de toute thĂ©orie biologique sur lâhĂ©rĂ©ditĂ© et en dehors de la question capitale des rapports entre les gĂ©notypes et les phĂ©notypes. Ce quâil nous paraĂźt permis dâaffirmer, câest quâentre le polymorphisme brut dâune espĂšce linnĂ©enne observĂ©e dans la nature et sa rĂ©action Ă un facteur nouveau (comme lâest toute diffĂ©rence dâaltitude pour des espĂšces entrant au Valais aprĂšs le retrait des glaces), il y a corrĂ©lation. Je laisse donc intact le problĂšme de savoir oĂč sont, dans cette corrĂ©lation, les sĂ©quences causales exactes, pour autant que ces sĂ©quences font intervenir les questions dâhĂ©rĂ©ditĂ©.
Voici, pour preuve, les mesures faites sur les cinq gros Helix qui dĂ©passent le coude de Martigny. Sur ces espĂšces, quatre sont dâorigine orientale, les Helix pomatia, Tachea nemoralis, Tachea sylvatica et Eulota fruticum et la cinquiĂšme est ubiquiste. Aucune ne vivait au Valais pendant le glaciaire, mais on est encore mal renseignĂ© sur leur Ă©volution interglaciaire et prĂ©glaciaire. Les courbes de frĂ©quence Ă©tablies sur 5 à 600 exemplaires de chacune de ces espĂšces, mesurĂ©es au calibre aprĂšs avoir Ă©tĂ© recueillies en plaine du RhĂŽne, entre 450 et 750 m dâaltitude environ, ont rĂ©vĂ©lĂ© ce qui suit : les Ă©carts Ă©talons de ces courbes (Ï) rapportĂ©s aux dimensions moyennes respectives des espĂšces (b) sont en corrĂ©lation directe avec les limites supĂ©rieures dâaltitude atteintes par ces espĂšces 2 :
[p. 127]| 10 Ï : b | Limites dâaltitude | |
|---|---|---|
| Tachea nemoralis | 0,493 â 0,017 | 1000, 1200, 1300 m |
| Eulota fruticum | 0,610 â 0,016 | 1400, 1500 m |
| Helix pomatia | 0,658 â 0,023 | 1800, 2000, 2100 m |
| Tachea sylvatica | 0,751 â 0,024 | 2400, 2600 m |
| Arianta arbustorum | 0,826 â 0,029 | 2400, 2600 m |
On voit que, sauf pour les deux derniÚres espÚces, la corrélation est bonne. Si nous la calculons par la formule de Spearman :
Ï = 1-(6â(a-b))^2/(n(n^2-1))
oĂč a et b reprĂ©sentent respectivement les rangs successifs dans la premiĂšre et dans la seconde colonne (dans le cas particulier a = 1, 2, 3, 4 et 5 et b = 1, 2, 3, 5 et 4) et n le nombre de termes de la sĂ©rie, on a pour la corrĂ©lation :
Ï = 0,90
Les limites supĂ©rieures assignĂ©es dans le tableau des altitudes sont peut-ĂȘtre sujettes Ă caution, mais lâordre dans lequel ont Ă©tĂ© classĂ©es ces 5 espĂšces me paraĂźt sĂ»r, et câest pour cette raison que jâai calculĂ© la corrĂ©lation par la mĂ©thode du rang plutĂŽt que par la formule plus exacte de Pearson.
Or le rĂ©sultat Ă©tait assez imprĂ©vu. Il Ă©tait impossible de dĂ©cider Ă vue laquelle de ces espĂšces Ă©tait la plus variable, les dimensions respectives diffĂ©rant passablement. Mais surtout, la deuxiĂšme, la quatriĂšme et la cinquiĂšme de ces espĂšces Ă©taient connues pour leurs variĂ©tĂ©s alpines, Eulota godetiana, Tachea montana et Arianta alpicola qui passaient pour causĂ©es par les conditions dâaltitude. Il sâest trouvĂ©, au contraire, quâen plaine elles font dĂ©jĂ partie de la courbe de frĂ©quence de lâespĂšce.
Mais, avant toute chose, il importait de vĂ©rifier sur dâautres espĂšces cette corrĂ©lation entre lâĂ©cart Ă©talon et lâaltitude atteinte. Or, dans le cas de ces cinq Helix, les mesures ont Ă©tĂ© faites sur la plus grande dimension de la coquille, câest-Ă -dire sur le plus grand diamĂštre. Est-il possible de comparer de telles donnĂ©es avec le polymorphisme dâespĂšces non plus globuleuses mais fusiformes ou allongĂ©es, en prenant pour mesure de ces derniĂšres la hauteur, qui est encore la plus grande dimension ?
LâexpĂ©rience a Ă©tĂ© concluante. Il sâest trouvĂ© cette chose intĂ©ressante que les variations de la hauteur des espĂšces allongĂ©es est du mĂȘme ordre de grandeur que les variations du diamĂštre des espĂšces globuleuses, tout en respectant la corrĂ©lation gĂ©nĂ©rale des Ă©carts Ă©talons des espĂšces avec lâadaptation. Câest ainsi que lâOrcula doliolum, petite espĂšce qui sâarrĂȘte vers 1150 m a un Ă©cart Ă©talon de 0,482 qui est donc comparable Ă celui de la Tachea nemoralis, tandis que le Pupa secale qui atteint 2250 m mesure 0,743 comme la Tachea sylvatica (0,751).
Nous avons donc la série suivante :
| 10Ï Â± 10m_Ï)/(b ± mb_b) | Limite dâaltitude | Rang dâaltitude | |
| Orcula doliolum | 0,482 â 0,036 | 1000-1150 m | 1 |
| Tachea nemoralis | 0,493 â 0,017 | 1200-1300 m | 2 |
| Pomatias septemspiralis | 0,604 â 0,027 | 1400-1500 m | 3 |
| Eulota fruticum | 0,610 â 0,016 | 1400-1500 m | 3 |
| Buliminus montanus | 0,649 â 0,036 |
1800-2000 m (2250 m) |
4 |
| Buliminus obscurus | 0,684 â 0,036 | 2000-2050 m | 4 |
| Helix pomatia | 0,658 â 0,023 | 2000-2100 m | 4 |
| Clausilia parvula | 0,777 â 0,039 | 2350-2450 m | 5 |
| Pupa avenacea | 0,725 â 0,023 | 2200-2400 m | 5 |
| Pupa secale | 0,743 â 0,038 | 2550 m | 6 |
| Arianta arbustorum | 0,826 â 0,029 | 2500-2600 m | 6 |
| Tachea sylvatica | 0,751 â 0,024 | 2500-2600 m | 6 |
Ce tableau Ă©tant incomplet, je nâassigne pas de nombre prĂ©cis Ă la corrĂ©lation. Je me suis bornĂ© Ă rechercher si cette derniĂšre dĂ©passait les limites du hasard, malgrĂ© les irrĂ©gularitĂ©s. Ă cet effet, les espĂšces ont Ă©tĂ© classĂ©es par rang dâaltitude, de 1 Ă 6, puis nous nous sommes demandĂ© si les parallĂ©lismes et des divergences (corrĂ©lation) entre ces rangs et les Ă©carts Ă©talons respectifs dĂ©passaient les Ă©carts fournis par la formule de Lipps :
ÂŒn (n â 1) ± Q oĂč Q = 1/12 â2n (n â 1) (2n + 5) lorsque n = nombre des termes de la sĂ©rie.
Dans notre sĂ©rie de 12 termes ÂŒn (n â 1) = 33 et Q = 8. Les limites dâĂ©cart sont donc 41 et 25. Or si lâon calcule la corrĂ©lation entre le rang et les valeurs simultanĂ©ment maximum et minimum des Ă©carts Ă©talons on trouve 52 et 14. Il y a donc corrĂ©lation nette, puisque ces chiffres dĂ©passent de 11 dans chaque sens les limites de lâĂ©cart dĂ» au hasard. Si lâon fait le mĂȘme calcul avec les valeurs minimum seulement, on trouve 60 et 6, et avec les valeurs maximum seulement 59 et 7.
Quant aux rangs dâaltitude, on en trouvera la justification dans le catalogue des Mollusques valaisans que publie actuellement la Murithienne 3. Si par exemple, jâai donnĂ© au Buliminus montanus le rang 4 comme Ă lâHelix pomatia, câest que lâaltitude de 2250 m quâil atteint Ă Zinal est trĂšs exceptionnelle pour lâespĂšce, etc. Le mĂȘme catalogue donnera les renseignements voulus sur les habitudes et les migrations de ces espĂšces, dont aucune nâest adaptĂ©e aux altitudes par ses origines gĂ©ographiques. Enfin, des publications ultĂ©rieures donneront le dĂ©tail des courbes de frĂ©quence, Ă©tablies sur des mesures au micromĂštre dâune prĂ©cision dĂ©passant de beaucoup lâordre dâunitĂ© choisi dans chaque cas.
AssurĂ©ment, ces 12 espĂšces sont peu de chose en regard de la faune valaisanne. Mais les sondages que jâai faits dans le polymorphisme des autres Mollusques semblent confirmer cette rĂ©gularitĂ©. Câest ainsi que 55 Vitrina pellucida mesurĂ©es au hasard ont donnĂ© 0,868 dâĂ©cart Ă©talon. Or cette espĂšce atteint 2900 et 3000 m. La Pupilla halleriana, qui sâarrĂȘte Ă 1350 m, mâa donnĂ©, avec 230 exemplaires un Ă©cart Ă©talon de 0,512 et si je nâai pas mis ce rĂ©sultat remarquable dans le tableau, câest simplement faute dâavoir encore Ă©lucidĂ© le rapport de cette espĂšce avec le restant des Pupilla. Les Helicodonta et la Chilotrema lapicida ont un petit Ă©cart Ă©talon et ne montent pas haut. Les Cochlicopa lâinverse, etc., etc.
Il est intĂ©ressant de constater dans cette corrĂ©lation que la loi de variation est indĂ©pendante de la taille des espĂšces, comme elle lâest de la forme. Câest ainsi que lâĂ©cart Ă©talon de lâOrcula doliolum, espĂšce qui mesure 4 Ă 5 mm de hauteur, ou mĂȘme de Pupilla halleriana qui en mesure 2 Ă Â 3 b, est du mĂȘme ordre que celui de la Tachea nemoralis (23,25 mm de diamĂštre en moyenne), et que lâĂ©cart Ă©talon du Buliminus obscurus (9 Ă 10 mm) est du mĂȘme ordre que celui de lâHelix pomatia (37,89 mm de diam. en moyenne)
Nous pouvons donc considĂ©rer comme Ă©tablie une certaine corrĂ©lation entre lâĂ©cart Ă©talon des espĂšces et leur capacitĂ© dâadaptation Ă lâaltitude. Il nous reste Ă nous demander ce que signifie cette relation.
Rappelons-nous dâabord que ces Ă©carts Ă©talons ont Ă©tĂ© mesurĂ©s sur des exemplaires de plaine, ou peu sâen faut, en tout cas sur des exemplaires recueillis dans le â infĂ©rieur des arĂ©as spĂ©cifiques verticales. Dans ces conditions, il est permis de conclure que ce nâest pas lâadaptation aux altitudes qui dilate les courbes de frĂ©quence et qui explique les caractĂšres de lâĂ©cart Ă©talon, mais bien lâinverse.
Or câest le contraire de ce quâon aurait pu attendre. Il semblait que si la Tachea sylvatica Ă©tait une espĂšce trĂšs variable, câĂ©tait parce que les hautes altitudes avaient eu pour effet de dĂ©terminer lâapparition dâune var. montana. En rĂ©alitĂ©, câest parce que la var. montana est virtuellement dessinĂ©e dans la courbe de frĂ©quence de plaine que la Tachea sylvatica atteint les hautes altitudes.
Mais peut-ĂȘtre les conditions biologiques des altitudes sont-elles contenues dans certaines conditions de plaine, lesquelles prĂ©cisĂ©ment expliqueraient la courbe de frĂ©quence de lâespĂšce ? MalgrĂ© toutes les apparences, il y a, en effet, entre les versants brĂ»lĂ©s de Sierre ou dâArdon et les sommets calcaires de 2400 et 2500 m de trĂšs fortes analogies, en particulier en ce qui concerne la siccitĂ© de lâair. Des espĂšces aussi originales que les Vitrina annularis et Pupilla alpicola habitent en effet exclusivement ces deux sortes de stations, de mĂȘme que plusieurs variĂ©tĂ©s dâautres Mollusques. DĂšs lors il devient possible de concevoir les variĂ©tĂ©s dâaltitude comme des variĂ©tĂ©s de sĂ©cheresse et de considĂ©rer les grands Ă©carts Ă©talons comme produits par lâadaptation Ă de telles conditions de plaine. Rien ne serait plus naturel que les mĂȘmes espĂšces soient prĂ©cisĂ©ment celles qui sâĂ©lĂšvent le plus haut.
Mais les choses sont moins simples et cette explication nâest que partielle. On ne peut, par exemple, considĂ©rer lâArianta alpicola comme une variĂ©tĂ© xĂ©rophile. La forme xĂ©rophile de la Tachea sylvatica est la trĂšs grande var. aimaphilopsis qui ne monte presque pas, au lieu que les petits exemplaires sont aussi bien hygrophiles que xĂ©rophiles. Certaines Pupa avenacea trĂšs xĂ©rophiles sont Ă©normes (Saxon). En outre, il est impossible de poser en rĂšgle gĂ©nĂ©rale que les espĂšces xĂ©rophiles montent haut et que les espĂšces hygrophiles se limitent aux basses altitudes. Les Xerophila, certaines variĂ©tĂ©s de Tachea nemoralis, etc., feraient exception Ă la premiĂšre proposition, les Hyalina pura, nitidula, radiatula, etc., Ă la seconde.
Ni la tempĂ©rature, ni les terrains ne peuvent tenir lieu dâexplication. La dĂ©nutrition seule pourrait ĂȘtre invoquĂ©e pour expliquer les courbes de frĂ©quence Ă grands Ă©carts. Il est mĂȘme probable que ce qui importe dans le facteur sĂ©cheresse, pour ce qui est des espĂšces xĂ©rophiles atteignant les sommets, est prĂ©cisĂ©ment lâadaptation possible Ă la dĂ©nutrition. Mais, Ă supposer â ce qui est contestable â que les petites variĂ©tĂ©s soient toutes des variĂ©tĂ©s de dĂ©nutrition, le problĂšme se pose dans les termes suivants. La dĂ©nutrition frappe virtuellement toutes les espĂšces. Par consĂ©quent, ou bien le quartile infĂ©rieur de toutes les courbes est dĂ» Ă la dĂ©nutrition et cette derniĂšre nâexplique pas les variations des Ă©carts Ă©talons spĂ©cifiques, ou bien seules les courbes Ă grands Ă©carts sont dues Ă la dĂ©nutrition, mais câest encore la courbe spĂ©cifique qui reste le facteur primitif : on ne voit pas, sans cette hypothĂšse, pourquoi certaines formes sâadaptent et les autres pas. Ou, tout au moins, il sâĂ©tablit entre les facteurs personnels de lâespĂšce et la dĂ©nutrition un compromis expliquant la courbe actuelle de frĂ©quence.
Nous pouvons donc conclure que la courbe dâune espĂšce, en plaine, nâest pas le produit simple des facteurs constituant la vie Ă lâaltitude, mais un phĂ©nomĂšne plus complexe oĂč sâenchevĂȘtrent deux sortes dâinfluences : 1° lâaction du milieu (sĂ©cheresse dĂ©nutrition, etc.) sur les phĂ©notypes ; 2° les facteurs hĂ©rĂ©ditaires des gĂ©notypes. Or, cette courbe une fois donnĂ©e, lâadaptation aux facteurs nouveaux (altitude) est conditionnĂ©e par elle, de mĂȘme que le comportement dâun individu est conditionnĂ© Ă la fois par son hĂ©rĂ©ditĂ© et par ses habitudes personnelles.
Il nous reste Ă faire entrevoir les phĂ©nomĂšnes secondaires qui viendront altĂ©rer la simplicitĂ© de cette corrĂ©lation. Un groupe important de formes valaisannes paraĂźt en bloc faire exception Ă la relation Ă©tablie ; ce sont les espĂšces mĂ©ridionales, qui ont un fort Ă©cart Ă©talon, sans sâĂ©lever en proportion. Je nâai pas encore de mesures Ă publier, mais le peu que jâai fait est significatif. Câest ainsi que les Pupa variabilis et Xerophila candidula ont un Ă©cart au moins Ă©gal Ă celui des Tachea sylvatica ou Arianta arbustorum, sans pour cela dĂ©passer 1500 Ă 1600 m.
En fait, une explication sâoffre. Ces espĂšces sont Ă la pĂ©riphĂ©rie de leur arĂ©a. Il faudrait, pour les comparer utilement aux formes non mĂ©ridionales, les observer chez elles. Or, dans le dĂ©partement des Hautes Alpes, jâai pu trouver la Xerophila candidula et la Chondrula quadridens jusquâĂ 2400 et 2500 m (en dessus de Vallouise 4 : sommet du Sablier, Coste Blaor, col de la Pisse) et mĂȘme exceptionnellement 2600 m pour la premiĂšre. La Pupa variabilis se conduit en vrai Pupa secale : une petite variĂ©tĂ© habite les sommets, entre 2400-2500 m (mĂȘmes localitĂ©s). Ces espĂšces sont donc Ă considĂ©rer au Valais comme apportant avec elles leurs caractĂšres morphologiques et statistiques, sans que leur adaptation sâensuive immĂ©diatement. Sans doute nây a-t-il que dĂ©calage entre ces deux phĂ©nomĂšnes, ce que montrera la suite des temps. Il y a donc lĂ non pas exception Ă la corrĂ©lation entre lâadaptation et la courbe de frĂ©quence, mais confirmation de notre interprĂ©tation.
Il convient, en outre, de signaler dĂšs maintenant les difficultĂ©s auxquelles se heurte lâĂ©tude dâespĂšces non encore bien dĂ©limitĂ©es, telles que les sous-espĂšces de Pupilla et Cochlicopa. Ces formes prĂ©sentent en effet lâexemple de courbes de frĂ©quence empiĂ©tant les unes sur les autres. Câest ainsi que la Pupilla triplicata sâest trouvĂ© avoir un Ă©cart de 0,683. Mais, au Valais, cette espĂšce offre souvent des intermĂ©diaires avec la Pupilla cupa. En faisant le calcul sur un mĂ©lange de triplicata et de cupa lâĂ©cart Ă©talon monte Ă 0,855. Or il est intĂ©ressant de comparer ceci avec le fait que la triplicata monte dâune part jusquâĂ 2000-2100 m dâune maniĂšre autonome, ce qui correspond bien au premier Ă©cart, et dâautre part se retrouve plus haut vers 2400-2500 m mĂȘlĂ©e Ă des cupa et en continuitĂ© morphologique avec eux, ce qui correspond au deuxiĂšme Ă©cart. Mais de nombreux problĂšmes viennent se greffer lĂ -dessus.
Ne cherchons donc pas Ă dĂ©passer nos conclusions actuelles. LâĂ©tude expĂ©rimentale des gĂ©notypes pourra seule introduire quelque clartĂ© dans cette complexitĂ©.