Les Réactions intellectuelles élémentaires (1923) a 🔗
Pour n’être pas nouvelle, la thèse de Cresson n’en est pas moins présentée avec une grande clarté : « l’esprit se comporte dans ses réactions intellectuelles élémentaires, comme s’il raisonnait, à chaque instant, par analogie, sans aucunement s’en apercevoir ». Cresson analyse, de ce point de vue, la perception extérieure, la représentation que nous nous donnons de l’esprit des autres et le travail de l’imagination. Il montre qu’aucun de ces trois processus ne s’explique par un simple jeu d’associations : il y a dans la « digestion mentale » perpétuelle dont ils témoignent, de véritables actes intellectuels, l’équivalent inconscient des jugements d’analogie.
Cela est, en effet, incontestable et Cresson aurait pu tirer parti, en ce qui concerne surtout l’imagination, des travaux actuels sur la pensée symbolique ou autistique, qui tendent au même résultat. D’autre part, ajoute Cresson, ce raisonnement analogique ne suppose ni déductions ni inductions : il n’est pas un composé, mais la source de ces raisonnements plus évolués. Là -dessus, de nouveau, tout le monde semble d’accord, et Cresson s’en prend trop à des logiciens dépassés, pour pouvoir se donner des contradicteurs, au lieu de citer les théories contemporaines de la déduction, en particulier celle de M. Goblot.
Cela dit, ne conviendrait-il pas d’aller plus loin que M. Cresson, dans sa lutte contre le logicisme, tout en respectant l’activité propre de la pensée et en la distinguant nettement de l’association des idées ? On pourrait à cet égard se demander si le terme de « raisonnement inconscient » n’est pas équivoque. Il y a là sans doute avant tout une question de mots, et Cresson admettrait peut-être volontiers que le raisonnement inconscient est de nature beaucoup plus motrice ou « opératoire » que liée à la pensée discursive. Mais c’est là , selon nous, qu’est le vrai problème : quelle est la nature des implications inconscientes ? Peut-être, d’ailleurs, aurait-il fallu la méthode génétique pour le poser clairement, et, à cet égard, on peut regretter que Cresson n’ait pas tiré parti des travaux de Stern sur la « transduction » des enfants, laquelle procède aussi du particulier au particulier comme le « raisonnement analogique ». Quoi qu’il en soit, son livre reste suggestif, fouillé et très riche dans le détail des démonstrations.