Le Développement de l’enfant de deux à sept ans (1924) a 🔗
L’ouvrage de Mlle Descœudres est un livre de tests : tests de langage, d’habileté manuelle, d’observation, de jugement et de calcul. On possédait peu de tests précis applicables aux enfants de deux à sept ans, et le nombre considérable des épreuves inventées et percentilées par Mlle Descœudres vient combler une lacune importante. Bien plus, il s’agit là d’excellents tests. D’une part, en effet, le nombre des épreuves qui entrent en jeu dans l’évaluation d’une même aptitude (le langage par exemple) est suffisant pour que cette évaluation soit soustraite aux influences contingentes. Aussi avons-nous été frappé, toutes les fois que nous avons employé ces tests, de la sécurité avec laquelle on peut proposer un diagnostic, alors que la plupart des tests applicables à ces âges laissent une impression d’arbitraire et de flottement. D’autre part, Mlle Descœudres a eu très heureusement le souci d’éliminer autant que possible l’élément verbal du test — sauf, bien entendu, en ce qui concerne les tests de langage.
Les tests de langage sont répartis en six catégories. Pour la compréhension du langage, Mlle Descœudres propose l’exécution d’ordres faciles, ainsi : « lève les bras », et la désignation par l’enfant d’objets réels ou d’images (« montre-moi le plafond », etc.). Pour la phonétique, l’auteur se sert de la liste de mots à répéter proposée par Rouma (ainsi : répéter correctement les mots « chignon », « grogner », etc.). Puis vient une série de tests de mémoire verbale, de vocabulaire (ce sont parmi les tests les plus importants : dénommer des objets, des images, des actions que l’on exécute devant l’enfant, etc.). Mlle Descœudres a, en outre, rattaché aux tests de langage des tests de connaissance (noms des métiers, des matières, des couleurs, etc.) et des tests d’intelligence verbale (lacunes dans un texte ; trouver des contraires, comme le contraire de chaud, de joli, etc. ; tests de comparaison, etc.).
Tous ces tests sont admirablement nuancés. Les barèmes sont gradués par demi-années. Des barèmes différents sont établis pour la classe aisée et la classe populaire, étant donné que le langage enfantin est assurément très influencé par le milieu ambiant. Mlle Descœudres a aussi confectionné une liste de « tests partiels » de langage, qui suffisent à la pratique journalière, et qui contiennent l’essentiel des tests précédents. Il nous est impossible de signaler ici tout ce que comporte de remarques importantes l’analyse de ces tests, complets ou partiels. Les tests d’intelligence verbale, en particulier, donnent des renseignements extrêmement suggestifs sur la logique de l’enfant.
En outre, Mlle Descœudres a publié le vocabulaire intégral de trois enfants (de deux, cinq et sept ans) et croit possible, grâce à certaines extrapolations, d’évaluer le vocabulaire parlé total de chaque enfant examiné. Enfin, un court chapitre montre la possibilité d’appliquer, en les adaptant, plusieurs des tests précédents aux enfants de huit à quatorze ans.
Les tests d’habileté manuelle et d’observation consistent en enfilages de perles, lotos, etc. Le développement de la notion de nombre a été étudié par Mlle Descœudres au moyen des excellents tests de Decroly et Degand, qui ont l’avantage d’être très peu verbaux ; reproduire un nombre d’objets donnés (soit avec d’autres objets soit avec les doigts), imiter les coups frappés, jouer des lotos, etc. Ici, de nouveau, le nombre des tests est très suffisant pour que l’évaluation offre le maximum de garantie.
Enfin quelques tests de jugement : classer des objets par espèces, classer par rang d’âges une série de personnages (photographies ou images), compter des membres invisibles sur des dessins appropriés, etc.
Une échelle métrique globale synthétise tous les barèmes partiels obtenus au moyen des tests précédents, et porte, de demi en demi-années, sur les âges de deux à huit ans.
L’ouvrage de Mlle Descœudres est ainsi appelé à rendre des services inappréciables. C’est un recueil de faits sûrs, recueillis avec conscience et avec précision. Il n’a aucune prétention à la théorie, ni même à l’interprétation des données. Mais les statistiques et les barèmes qu’il nous propose n’en sont que plus dignes de toute confiance.