L’Imitation chez l’enfant (1928) a 🔗
Cet ouvrage constitue une excellente mise au point du problème si complexe de l’imitation et un recueil de premier ordre de matériaux originaux. Le problème général du mouvement, l’imitation vocale et l’imitation des mouvements chez l’enfant, la conscience et les aspects affectifs de l’imitation et, enfin, l’imitation chez les animaux sont analysés avec une grande finesse. La thèse générale est la suivante : l’imitation s’apprend et ne repose sur aucune technique instructive particulière. Il y a bien quelque chose d’instructif dans les intérêts, les tendances qui sont à la racine de l’imitation, mais pour réaliser ses modèles, l’enfant doit construire peu à peu une technique. Celle-ci repose essentiellement, selon l’auteur, sur la loi du transfert. Cherchant à atteindre un résultat analogue à celui qui l’a intéressé, l’enfant tâtonne et, au cours de ses essais et erreurs, se laisse peu à peu diriger (ou même « dresser » automatiquement ou avec la complicité des parents) par un système toujours plus complexe de réflexes conditionnés et de transferts. Il associe par exemple lors de ses repas les impressions tactiles ou kinesthésiques liées aux mouvements de sa propre bouche avec les impressions visuelles ou auditives de la bouche d’autrui et ces dernières, de simples signaux qu’elles sont tout d’abord, deviennent peu à peu des modèles consciemment imités. Guillaume a en particulier fort bien vu la difficulté du problème de l’imitation des parties du visage que l’enfant peut percevoir visuellement sur autrui, mais ne connaît sur lui-même que par le toucher ou le sens musculaire. Et c’est surtout à l’occasion de cette question que les théories courantes sont examinées avec un sens critique aiguisé et une information très sûre. Nous pouvons seulement regretter qu’il ne cite pas un chapitre de Claparède (dans la Psychologie de l’enfant), où la notion d’un instinct d’imitation se trouve précisément critiquée et ramenée à l’idée d’un pur « instinct du conforme », sans technique imitative héréditaire. Quant à la thèse centrale de l’ouvrage, nos propres observations nous permettent de nous rallier entièrement aux critiques que Guillaume adresse aux théories courantes. Nous nous demandons seulement si la « loi du transfert » joue un rôle aussi grand qu’il est supposé ici et si la compréhension n’est pas plus précoce qu’il ne semblerait… Mais ce sont là questions de détail et il faut féliciter Guillaume d’avoir su renouveler aussi complètement un problème qui embarrassait chacun.