Le Bureau international d’éducation. Cinquième congrès international d’éducation morale. Vol. II : rapports et mémoires supplémentaires, comptes rendus des séances et discussions, liste des membres du congrès (1930) a b 🔗
Vous avez entendu ici même l’honorable M. Mario Govi réclamer la création à Genève d’un Bureau international d’éducation, et montrer le rôle indispensable que jouerait ce Bureau pour la centralisation des documents pédagogiques et l’étude des problèmes internationaux d’éducation. J’ai le grand plaisir de répondre à M. Govi que ce Bureau existe, qu’il est à Genève et que son vœu est ainsi déjà réalisé.
Persuadé qu’un effort tenté, même avec de modestes moyens, démontrerait l’utilité d’un centre international d’information et documentation pédagogiques, un comité d’organisation créa en décembre 1925, à Genève, avec l’appui de l’Institut universitaire des sciences de l’éducation, et sous forme d’association corporative, le Bureau international d’éducation. L’absence, dans la Confédération helvétique, d’intérêts politiques extérieurs, qui avait contribué déjà à faire choisir Genève comme siège de la Société des Nations, de même que l’importante tradition pédagogique de la Suisse et la collaboration de personnalités désintéressées universellement connues dans le monde des sciences de l’éducation, voilà des facteurs bien faits pour éloigner les suspicions et éveiller la sympathie des éducateurs, comme celle des milieux officiels chargés dans chaque pays de l’instruction primaire et secondaire.
L’œuvre réalisée pendant les trois premières années par le Bureau international d’éducation confirma les prévisions de ses fondateurs, et prouva la nécessité et la possibilité d’examiner certaines questions techniques d’ordre éducatif par les mêmes méthodes que celles que l’on emploie à Genève pour la solution des questions sociales, humanitaires, économiques ou politiques.
Mais ce succès ne pouvait que mettre en relief l’énorme disproportion existant entre les moyens dont disposait le Bureau (ses ressources provenaient des modestes contributions de ses membres individuels et collectifs) et l’ampleur d’une collaboration internationale en matière d’éducation. Une reconstitution juridique du Bureau s’imposait. Le 25 juillet 1929 eut lieu, au Département de l’Instruction publique de Genève, la signature du nouveau Statut. Le Bureau international d’éducation devenait une institution d’intérêt public, contrôlée à travers son Conseil et son Comité exécutif par ses membres en majorité des gouvernements, qui s’engageaient à le soutenir financièrement.
À partir de ce moment, il existe un document où il est reconnu officiellement que « le développement de l’éducation est un facteur essentiel pour la paix et pour le progrès moral et matériel de l’humanité, et qu’il importe, pour favoriser ce développement, de recueillir la documentation sur les efforts de recherche et d’application réalisés dans le domaine éducatif, et d’assurer un large échange d’information et de documentation afin que chaque pays se sente stimulé à bénéficier des expériences des autres ». L’oubli dont les éducateurs avaient été victimes était réparé.
Ont signé jusqu’à ce jour le Statut du Bureau : les gouvernements de Genève, de l’Équateur, de la Pologne, de l’Espagne, de l’Égypte, de Tchécoslovaquie, ainsi que l’Institut universitaire des sciences de l’éducation de Genève.
Organisé en trois divisions (Administration, Recherches, Information), le secrétariat du Bureau international d’éducation s’efforce de réaliser la tâche technique que les Statuts lui assignent.
Dans le domaine des recherches, citons entre autres les enquêtes faites sur les occupations des enfants libérés des écoles avant quatorze ans (à la demande du Bureau international du travail) ; sur la collaboration de l’école et de la famille ; sur la littérature enfantine ; sur le self-government ; sur le travail scolaire par équipes et sur l’éducation familiale ; ainsi que les réunions d’experts (conférence de Prague sur la « paix par l’École », placée sous le patronage du président Masaryk et des ministres Bénès et Hodza ; conférence de Luxembourg patronnée par le gouvernement du Grand-Duché, relative aux problèmes psychologiques et pédagogiques posés par le bilinguisme).
À partir de 1928, et faisant suite à une des recommandations de la Commission internationale de coopération intellectuelle, le Bureau organise un cours spécial, pour le personnel enseignant, sur le sujet : « Comment faire connaître la Société des Nations et développer l’esprit de collaboration internationale [?] » Ce cours, auquel plusieurs gouvernements envoient des boursiers, a été l’objet d’une expression très encourageante d’approbation de la part d’un grand nombre de délégations à la neuvième Assemblée de la Société des Nations. Dans ce même domaine, le Bureau a installé une exposition permanente sur l’Enseignement de la paix et la collaboration internationale, et a réuni une intéressante collection — provenant de 30 pays — de livres pour les enfants, propres à les intéresser à la vie de la jeunesse dans les autres pays.
Au point de vue information, le Bureau se voit toujours plus sollicité, soit par les gouvernements et les autorités scolaires, soit par les associations pédagogiques ou par les éducateurs. Il publie un Bulletin trimestriel qui contient des renseignements sur l’activité du Bureau, les études réalisées par ses services, ainsi que des notices bibliographiques et des renseignements groupés sous les rubriques suivantes : le mouvement éducatif, l’éducation pour la paix et la collaboration internationale, la lutte contre l’abandon des campagnes, l’éducation morale, la législation scolaire. Les résultats des travaux de recherches ou des réunions d’experts, paraissent dans la collection de publications du Bureau. Citons parmi les publications déjà parues ou sur le point de paraître : le Guide du voyageur s’intéressant aux écoles, La Paix par l’école par P. Bovet, L’Éducation, Travail et Paix par Albert Thomas, Le Bilinguisme et l’éducation, Premier et troisième cours spéciaux pour le personnel enseignant, Littérature enfantine et collaboration internationale, L’Éducation en Pologne, Quelques méthodes pour le choix des livres de bibliothèques, La Pédagogie et les problèmes internationaux d’après-guerre, de M. Kiritzescu.
Il m’est impossible, avec le temps, dont je dispose, de vous en dire plus sur l’activité du Bureau. J’aimerais seulement exprimer combien est grande notre reconnaissance pour l’encouragement que nous avons trouvé auprès des différents congrès d’éducation morale. Nous avons l’ambition de ne pas décevoir les espoirs que ces congrès ont mis en nous, et je forme, en terminant, le vœu de voir une collaboration toujours plus étroite s’établir entre vous et nous.