Rapport du directeur. Le Bureau international d’éducation en 1930-1931 : deuxième réunion du Conseil (1931) a

Première partie
Questions administratives

I. — Membres du Bureau

La présence parmi nous du délégué du ministère de l’Instruction publique et de la Culture nationale de Tchécoslovaquie qui, l’année dernière, assistait à notre première réunion en qualité d’observateur, vous a déjà dit qu’un nouveau membre fondateur est venu s’ajouter au groupe initial pendant l’année qui vient de s’écouler. Cette adhésion, dont nous comprenons toute l’importance, nous l’avions toujours escomptée. Le ministère de l’Instruction publique et de la Culture nationale de Tchécoslovaquie avait été, en effet, un des premiers à nous prêter son appui. Il était à prévoir que tôt ou tard l’on consacrerait de façon juridique l’adhésion de fait existant déjà. Notre reconnaissance envers le ministère de l’Instruction publique, et surtout envers M. Spisek, qui n’a pas cessé de plaider chaleureusement notre cause à Prague, n’en est pas moins grande.

Soucieux de voir s’augmenter le nombre de membres de notre Bureau, le comité exécutif chargea le directeur de communiquer aux ministères de l’Instruction publique de tous les pays l’existence et l’activité du Bureau, de les inviter à utiliser ses services de documentation et d’information et de leur suggérer la possibilité d’adhésion. Le texte de cette communication fut approuvé par le comité exécutif, lors de sa réunion du 17 avril dernier. Jusqu’à présent nous avons reçu la réponse des ministères de l’Instruction publique de Belgique, de Chine, de Roumanie et de Bolivie. Dans les trois premières, nous ne trouvons que des promesses relatives au développement des relations techniques avec le Bureau. Par contre, le ministère de l’Instruction publique et de l’Agriculture de Bolivie, après avoir commenté avec enthousiasme l’œuvre de notre Bureau, nous annonce qu’il saisira la première occasion favorable pour donner son adhésion, afin de pouvoir être représenté dans le conseil et le comité exécutif et de prendre ainsi une part active à l’administration et au contrôle des travaux du Bureau.

Dans l’esprit du comité exécutif, cette notification officielle de l’existence du Bureau ne devait pas empêcher la continuation de démarches spéciales auprès des pays s’intéressant plus directement à notre œuvre. Nous avons une impression favorable des nouvelles qui nous parviennent de plusieurs côtés. Nous nous rendons compte des difficultés, surtout économiques, qui s’opposent au bon vouloir des autorités scolaires de beaucoup de pays. Nous avons bon espoir toutefois de voir s’accroître sous peu l’influence et le rendement du Bureau, grâce à l’appui des pays les plus intéressés à la collaboration internationale dans le domaine de l’éducation.

II. — Personnel

Une meilleure répartition du travail et un léger accroissement des effectifs, ainsi que la collaboration bénévole de plusieurs stagiaires, nous ont permis de remédier en une certaine mesure au surmenage auquel avait été soumis le personnel jusqu’à l’année dernière. Cela ne veut pas dire que nous ayons atteint un régime normal qui nous permette d’envisager sans crainte une augmentation éventuelle de travail.

Pour ne pas retomber dans la situation dont nous commençons à sortir, nous pensons que nous ne devons pas songer à de nouvelles tâches sans nous être assurés que celles-ci ne dépassent pas nos possibilités. Témoin journalier de l’activité et du dévouement de tout le personnel du Bureau, je tiens à dire ici combien j’apprécie son effort. Si depuis le jour de la fondation du Bureau, suivant l’exemple de celle qui a été à l’œuvre dès la première heure — notre secrétaire générale —, le personnel ne s’était pas surpassé, jamais le Bureau ne compterait à son actif les résultats que nous pouvons montrer aujourd’hui avec une certaine fierté.

III. — Finances

Le développement du Bureau est forcément lié à l’amélioration de sa situation économique. Le caractère fixe de quelques-unes de ses principales ressources nous a permis de réaliser avec moins d’inquiétude qu’avant sa réorganisation juridique le programme que nous nous étions tracé l’année dernière. Le cadre de nos recettes et de nos dépenses a fait ses preuves. Mais n’oublions pas que ce cadre constitue un minimum et qu’il faut, par tous les moyens, tâcher de l’agrandir.

La crise financière, qui passe actuellement sur le monde et impose partout des restrictions, ne va pas sans nous causer des soucis. Nous n’en sommes que plus reconnaissants à nos membres de l’effort qu’ils font en ce moment pour soutenir notre œuvre, donnant ainsi une preuve de la suprématie qu’ils accordent aux choses de l’esprit, et en particulier à ce qui touche à la formation des générations futures. Nous tenons à mentionner spécialement les facilités de tout genre qu’a continué à nous accorder généreusement l’Institut des sciences de l’éducation de l’Université de Genève.

Étant donné que c’est par ses publications, périodiques ou non, que le Bureau peut surtout exercer son influence, nous n’avons pas craint de sacrifier le rendement de celles-ci à leur diffusion. Nous espérons toutefois que les sacrifices consentis jusqu’ici seront compensés, au fur et à mesure que la collection s’augmentera.

Parmi les ressources mentionnées à l’article 15 des statuts figurent les donations affectées à des travaux spéciaux. À l’épuisement de la donation de Mme Stokowska pour l’enquête sur la littérature enfantine, la fondation américaine du Payne Fund a repris à son compte cette prestation pendant l’exercice septembre 1930-août 1931. Nous avons l’espoir que le Payne Fund voudra bien renouveler pour l’exercice suivant le geste qui nous a permis de ne pas interrompre le travail commencé.

Nous voulons rappeler ici la donation du gouvernement polonais, destinée à l’édition d’une monographie nationale L’Éducation en Pologne, puisque c’est pendant cet exercice que les travaux ont été exécutés, ainsi que la donation du Congrès d’éducation morale, en vue de la propagande pour le congrès de Paris. Nous devons mentionner aussi la donation spéciale du ministère de l’Instruction publique de Roumanie, destinée à la publication — dans la collection de monographies nationales — d’une brochure sur La Pédagogie de la paix et les problèmes d’après-guerre en Roumanie.

Les donations en vue de travaux spéciaux ont une grande importance puisqu’elles augmentent puissamment le rayonnement et l’influence du Bureau, sans empiéter sur son budget ordinaire. Aussi, en remerciant les gouvernements et les fondations qui en ont donné l’exemple, nous voulons espérer que leur générosité suscitera de nombreux imitateurs.

IV. — Relations avec les membres

L’année dernière, nous faisions des vœux pour que les relations entre nos membres et nos services s’intensifient. Sans avoir encore atteint l’intensité que nous souhaitons, les demandes d’information reçues des différents ministères membres ont augmenté. Comme il était à prévoir, ce sont surtout les questions se rapportant à l’organisation scolaire qui intéressent les administrations nationales. Nous reviendrons en détail sur quelques-unes de ces demandes en parlant des recherches auxquelles elles ont donné lieu ; permettez-moi cependant d’énumérer tout de suite les principales questions qui nous ont été posées.

Le ministère des Cultes et de l’Instruction publique de la Pologne nous a demandé des renseignements sur les publications officielles des ministères de l’Instruction publique des différents pays, sur l’organisation interne des ministères de l’Instruction publique, sur les congés scolaires ; il nous a priés aussi de vérifier les données recueillies par lui sur l’organisation scolaire de neuf pays européens.

Le ministère du Travail de l’Espagne, qui s’intéresse à nos travaux du point de vue de l’enseignement professionnel, nous a chargés de le renseigner sur les écoles d’agriculture. Le ministère de l’Instruction publique de ce pays nous a demandé des renseignements sur la prolongation de la scolarité obligatoire et sur l’organisation de l’enseignement secondaire.

Le Département de l’instruction publique de Genève s’est intéressé à la documentation que possède le Bureau sur le mobilier scolaire.

Les universités de l’Équateur nous ont fait demander, par l’intermédiaire du représentant de ce pays au conseil, de leur faire parvenir la documentation du Bureau sur des sujets les intéressant.

De leur côté, tous les gouvernements membres nous ont donné de nouvelles preuves de leur attachement en nous communiquent les renseignements dont nous avons eu besoin.

À côté de ces relations techniques, les relations administratives se sont développées régulièrement ; nous en exprimons notre reconnaissance aux services des ministères avec lesquels nous avons été en rapport et aux représentants des membres au comité exécutif, qui ont servi d’intermédiaires actifs et dévoués entre leur ministère et nous.

Les administrations nationales comprennent de mieux en mieux, nous le voyons, le véritable rôle du Bureau et les services qu’elles peuvent en attendre. Nous avons l’impression qu’elles se rendent compte de l’intérêt qu’il y a, avant d’entreprendre une réforme quelconque, à connaître les résultats des expériences faites par les autres pays, non pour les copier exactement, mais afin d’éviter les erreurs possibles.

V. — Relations avec les autorités scolaires des différents pays

Là aussi, nous constatons une augmentation sensible des relations techniques avec les ministères de l’Instruction publique. En dépit de la fréquence avec laquelle nous nous sommes adressés aux autorités scolaires et du travail parfois considérable que représente la réponse à nos questionnaires, nous sommes heureux de constater que nous pouvons compter sur la collaboration de tous les ministères de l’Instruction publique. Vous vous rendez compte de l’importance de ce fait. Si l’on était arrivé depuis la guerre à une collaboration internationale dans presque tous les domaines, on était loin d’y avoir atteint dans celui de l’éducation. Vous connaissez les objections que l’on faisait à ceux qui préconisaient cette collaboration et ce n’est pas sans une certaine appréhension que les créateurs du Bureau international d’éducation se demandèrent, en 1926, et lors de sa réorganisation juridique, en 1929, si les pessimistes n’avaient pas raison. Aujourd’hui, la preuve est faite : la collaboration en matière d’éducation est une réalité. Le Bureau et son conseil peuvent être fiers d’avoir été les artisans de cette collaboration. En répondant avec soin et promptitude aux différents questionnaires qui leur ont été soumis, les ministères de l’Instruction publique du monde entier se sont associés de fait à l’œuvre du Bureau. Nous voyons là un heureux présage et une promesse de collaboration plus étroite, fertile en résultats. Un grand nombre de gouvernements ont collaboré encore avec nous en faisant connaître, par l’intermédiaire de leurs publications officielles, notre cours spécial sur l’enseignement de la Société des Nations ou encore en y envoyant des boursiers. L’Allemagne, l’Angleterre, la Chine, l’Espagne, la Roumanie, la Sarre, la Suisse et la Yougoslavie ont en effet facilité par des bourses la participation d’un ou plusieurs membres de leurs corps enseignant au troisième cours du Bureau (juillet-août 1930).

VI. — Relations avec les institutions internationales officielles

La disparition des obstacles de principe qui s’opposaient à ce que les questions éducatives soient traitées du point de vue international, a posé un nouveau problème : celui de la collaboration des institutions appelées à s’occuper de questions présentant un aspect pédagogique plus ou moins marqué. L’opinion publique ne comprendrait pas, en effet, que les organismes internationaux appelés par définition à coordonner les efforts nationaux ne s’appliquent pas à coordonner aussi leur action, au lieu de gaspiller par des doubles emplois les énergies si nécessaires à l’accomplissement de la tâche internationale entreprise. Nous avons toujours été convaincus que cette collaboration était non seulement nécessaire mais réalisable, l’année qui vient de s’écouler nous en a apporté la preuve. En effet, la collaboration occasionnelle avec le Bureau international du travail, inaugurée lors de l’enquête au sujet des occupations des enfants libérés des écoles avant 14 ans, a pris une forme définie. Après quelques conversations, se constitua un comité de liaison, formé de trois fonctionnaires du Bureau international du travail et de trois fonctionnaires du Bureau international d’éducation, et chargé de suivre le développement des problèmes étudiés en commun et susceptibles de fournir la matière d’une collaboration utile entre ces deux institutions. Le comité de liaison, présidé par le chef de la division des recherches du Bureau international du travail, M. Fernand Maurette, s’est immédiatement mis à l’œuvre et, en élaborant le questionnaire sur la prolongation de la scolarité obligatoire, a démontré pratiquement l’utilité de cette collaboration.

Bien que nous ne soyons point parvenus encore à un résultat semblable avec l’Institut de coopération intellectuelle et avec le Secrétariat de la Société des Nations, qui abordent — eux aussi — certains problèmes présentant un aspect pédagogique indéniable, nous avons la certitude qu’une entente de ce genre n’est pas impossible. Nous nous sommes efforcés d’intensifier les relations, soit avec le nouveau directeur de l’Institut de coopération intellectuelle, soit avec les fonctionnaires chargés au Secrétariat de Genève des questions concernant l’enseignement de la Société des Nations, et chez tous nous avons rencontré un accueil très cordial. En nous inspirant de ce principe, nous avons été heureux de communiquer à l’Institut de Paris notre documentation sur la question des manuels d’histoire et nous avons subordonné notre participation éventuelle à l’organisation de la conférence pour l’enseignement de l’histoire, préconisée par le 5e Congrès d’éducation morale, à notre décision de ne pas faire double emploi avec les travaux entrepris dans ce domaine par l’Institut de coopération intellectuelle.

L’organisation du cours spécial sur l’enseignement de la Société des Nations et la collaboration internationale a contribué — plusieurs membres du Secrétariat de la Société des Nations et du Bureau international du travail ayant participé au cours en qualité de professeurs — à resserrer les liens entre les grandes institutions officielles et notre Bureau.

Voilà autant de motifs, me semble-t-il, d’envisager l’avenir avec optimisme. Il y aura encore des efforts à accomplir, peut-être des malentendus à dissiper, mais j’ai la ferme conviction qu’il ne se passera pas longtemps — les exemples ne manquent pas dans d’autres domaines — avant que notre apport purement scientifique et technique soit utilisé sur une plus grande échelle qu’il ne l’a été jusqu’à présent.

Deuxième partie
Recherches

Étant donné le personnel restreint et le peu de ressources dont nous disposons, on peut affirmer, croyons-nous, que la division des recherches a fourni durant cet exercice le maximum de travail possible.

I. — Éducation intellectuelle et éducation morale

Les deux sections de l’Éducation intellectuelle et de l’Éducation morale ont entrepris concurremment en 1929 deux enquêtes sur l’état actuel du travail par groupes et du self-government dans les écoles. C’est à propos de ces importants problèmes que nous avons fait nos premières expériences concernant les questionnaires qui s’adressent aux éducateurs eux-mêmes. Il n’est donc pas inutile de commencer par examiner les avantages et les inconvénients de la méthode suivie.

L’expérience a montré qu’il est plus difficile, en dehors des relations que nous pouvons avoir avec les pédagogues des pays membres du Bureau international d’éducation, d’obtenir des réponses précises de la part d’individus que de la part des ministères de l’Instruction publique. L’idéal pour mener à bien les enquêtes purement pédagogiques serait donc de disposer de sommes suffisantes pour permettre à nos fonctionnaires d’aller visiter les écoles, afin d’interroger directement les éducateurs. Pour ce qui est des pays membres, nous parvenons à l’équivalent de ce contact direct grâce aux personnalités pédagogiques qui les représentent dans les différents organes du Bureau. Pour les autres pays, par contre, nous dépendons avant tout de nos relations personnelles et de correspondants, qui, si excellents soient-ils, ont peine à consacrer le temps nécessaire à recueillir les matériaux. Aussi le nombre des réponses est-il extrêmement variable d’un pays à l’autre. À ces facteurs s’ajoute d’ailleurs le fait que le self-government et les méthodes de travail par équipes sont très inégalement répartis selon les différents pays.

Ces considérations expliquent que, pour la Pologne, le nombre des réponses soit de 405 au questionnaire sur le self-government et de 101 à celui sur le travail par équipes, que pour la Tchécoslovaquie il soit de 43 et de 24, tandis que tous les autres pays, à l’exception de l’Allemagne, ne parviennent à fournir ensemble qu’une soixantaine de réponses. Les documents allemands sont recueillis par la Deutsche Pädagogische Auslandstelle, qui nous a aimablement promis de nous les envoyer prochainement.

Le dépouillement de ces matériaux, mené de pair — cela va sans dire — avec une enquête bibliographique minutieuse, touche maintenant à sa fin et nous permet de prévoir ce que seront les publications du Bureau relatives à ces deux problèmes. À propos de chacune de ces deux questions nous pensons éditer une monographie, qui comprendra : 1° une introduction pédagogique et psychologique précisant l’historique de la méthode et ses conditions psycho-pédagogiques ; 2° une étude détaillée des données spéciales de trois pays, choisis à titre d’exemples, sur l’application de la méthode ; 3° une partie générale, analysant (par questions et non par pays) les réponses au questionnaire envoyé ; enfin 4° une conclusion pédagogique. Bien entendu, si ces publications obtiennent quelque succès il sera possible, dans la suite, de les rééditer périodiquement, en les complétant et de parvenir ainsi, pour ces deux questions, à ce qui constitue notre idéal : la mise au point périodique et comparée des expériences pédagogiques les plus utiles aux éducateurs de tous les pays.

II. — Éducation internationale

La littérature enfantine et la collaboration internationale. — Ce travail perd de plus en plus son caractère d’enquête pour prendre celui d’un service, où toutes les activités de l’année dernière ont été non seulement poursuivies, mais développées. Les demandes faites pour obtenir des renseignements de nouveaux pays ont abouti à des résultats satisfaisants, puisque — outre des pays d’Europe tels que la Hongrie et la Lettonie — de lointains pays, tels que le Chili, l’Australie, la Chine et l’Union sud-africaine, nous ont fait parvenir des réponses à notre questionnaire. Notre collection s’est enrichie de nombreux volumes qui en augmentent l’intérêt. Les listes de livres recommandés pour la traduction, établies maintenant pour la plupart des pays, trouvent un accueil favorable, bien que la traduction des ouvrages indiqués rencontre un obstacle dans la crise économique actuelle. Les demandes de renseignements, toujours nombreuses, ont porté principalement sur les sujets suivants : livres qui développent l’esprit de collaboration internationale, ouvrages recommandés pour bibliothèques scolaires et enfantines, organisation des bibliothèques pour la jeunesse. Une bibliographie très complète a été établie pour la bibliothèque circulante de la Ville de Genève, bibliographie où une place spéciale a été faite aux ouvrages développant l’esprit de collaboration internationale. Notre documentation, qui s’est beaucoup augmentée, porte maintenant sur la plupart des sujets concernant la littérature enfantine.

Quelques causeries et quelques cours ont contribué à faire connaître notre travail, de même qu’un rapport présenté au Congrès international de la lecture publique à Alger, où étaient réunis des spécialistes du livre venus de la plupart des capitales de l’Europe.

La brochure Quelques méthodes pour le choix des livres des bibliothèques scolaires a suscité un vif intérêt. En vue d’accroître encore l’activité de notre service de littérature pour la jeunesse, le comité exécutif du Bureau a créé en décembre de l’année dernière une Commission d’experts pour l’étude de la littérature enfantine et l’a chargée de « contribuer à obtenir, des éditeurs et des auteurs, des facilités pour la traduction des livres particulièrement favorables au développement de l’esprit de collaboration internationale, ainsi que de contribuer à diffuser le catalogue et les listes de livres recommandés pour la traduction ».

Un certain nombre de questions d’ordre pratique, dont l’une porte sur les moyens d’éviter les doubles emplois dans le domaine de la littérature enfantine considérée du point de vue international, seront posées incessamment aux membres de la commission.

Exposition permanente sur l’enseignement de la paix et de la collaboration internationale. — Notre collection de livres, de brochures et de documents de tous genres, s’est beaucoup enrichie cette année, grâce à la générosité des éditeurs et des associations pour la paix et le catalogue sur fiches a été tenu à jour. L’exposition, qui comprend aussi une très belle collection de livres d’enfants (en 32 langues et venant de 33 pays), a été assez fréquentée. Plusieurs éducateurs — français, allemands, américains et scandinaves — sont venus y travailler jour après jour, soit pour préparer des conférences ou rédiger des brochures sur l’enseignement de la paix, soit pour dresser des listes de livres à acheter pour des expositions analogues ou des bibliothèques. Notre exposition — quoique modeste, peut-être précisément parce qu’elle est petite et qu’on n’y est pas débordé — rend manifestement des services et sert la cause de la paix par l’école.

Cours spécial. — Pendant la dernière semaine de juillet 1930, a eu lieu le troisième cours pour le personnel enseignant. Nous avons été agréablement surpris par le nombre des participants et par l’intérêt que ceux-ci ont pris aux travaux du cours, intérêt manifesté surtout dans les discussions qui ont suivi chacune des conférences. Encouragés par ces résultats et convaincus de l’utilité qu’il y a à fournir aux éducateurs les moyens pédagogiques dont ils ont besoin pour travailler, déjà à l’école, à l’œuvre du désarmement moral des peuples, nous avons organisé un quatrième cours qui s’ouvrira à Genève le 3 août prochain. Que tous les professeurs du cours et les gouvernements qui y envoient des boursiers veuillent bien trouver ici l’expression de notre reconnaissance.

III. — Éducation familiale

Le Bureau vient de publier le rapport complet de son enquête sur la préparation à l’éducation familiale, basé sur plus de 150 réponses venues de 49 pays différents. Un bref aperçu d’un des aspects du sujet examiné avait été présenté déjà par notre secrétaire générale au 4e Congrès international d’éducation familiale, à Liège, au début d’août de l’année dernière. Le rapport envisage d’abord l’enseignement de la puériculture, puis l’enseignement de la pédagogie familiale donné aux jeunes filles, aux jeunes garçons et enfin aux parents.

Le Bureau continue à être en relations suivies avec la Fédération internationale de l’école et la famille, dont le bulletin contribue à nous tenir au courant du mouvement de l’éducation familiale dans le monde. Un rapport sur notre enquête vient d’être envoyé, à la demande de la présidente de la Fédération, à son 4e congrès, qui aura lieu prochainement à Denver (États-Unis).

IV. — Psychologie de l’enfant

À la suite de la demande d’un psychologue danois concernant l’enseignement de la psychologie de l’enfant dans les écoles normales, nous avons lancé un questionnaire, adressé aux ministères de l’Instruction publique et à quelques institutions pédagogiques des principaux pays. Les 27 pays suivants nous ont fait parvenir des réponses : Afrique du Sud, Argentine, Australie, Autriche, Belgique, Canada, Chili, Danemark, Égypte, États-Unis, Finlande, France, Grande-Bretagne, Hongrie, Irlande, Italie, Luxembourg, Norvège, Nouvelle-Zélande, Palestine, Pologne, Roumanie, Suède, Suisse, Tchécoslovaquie, Uruguay, Yougoslavie. Nous procédons maintenant au dépouillement de l’enquête. Les données fournies sont d’un intérêt incontestable pour les psychologues et donneront lieu à un rapport fort suggestif.

V. — Organisation et législation scolaires

Nous avons déjà signalé précédemment l’importance que les ministères de l’Instruction publique de tous les pays, et surtout ceux des pays membres du Bureau, attachent à ces questions. Ce souci est fort compréhensible. La rénovation pédagogique, qui jusqu’ici s’était bornée à de modestes essais d’ordre privé, est en train de conquérir les sphères officielles, surtout dans les pays nouveaux. D’autre part, les besoins économiques imposent chaque jour davantage la rationalisation de l’organisation de l’enseignement public. Ajoutons à ces deux facteurs, la place toujours grandissante que les préoccupations éducatives prennent dans l’État moderne et nous comprendrons l’étendue du problème que les autorités scolaires de chaque pays ont à résoudre en ce moment. Dans d’autres circonstances, il est probable que chacun des ministères aurait essayé de trouver des solutions en tâtonnant, sans tenir compte des expériences faites ailleurs. Mais aujourd’hui, le tâtonnement est considéré comme un luxe et les autorités scolaires préfèrent baser leurs réformes sur les résultats obtenus en des circonstances semblables par l’administration scolaire d’autres pays.

Le Bureau international d’éducation ayant pour but de centraliser la documentation se rapportant à ces expériences, il est logique que ce soit à sa division des recherches que l’on s’adresse avant d’entreprendre une modification des lois scolaires. L’enquête sur l’organisation scolaire, entreprise à la suite d’une question posée par le ministère de l’Instruction publique de la France, illustre ce que nous venons d’énoncer. Ce travail, qui a pris plus d’envergure que nous ne l’avions prévu au début, est sur le point d’être terminé. La mise au point de l’expression graphique des données fournies par les ministères a exigé un effort énorme. On se rendra compte de l’importance de cette recherche si l’on considère qu’elle aboutit à une vue d’ensemble des rouages scolaires, presque toujours très compliqués, de 54 pays. Nous espérions que les autorités scolaires et les éducateurs en général comprendraient les services que cette synthèse pourrait leur rendre. Notre attente n’aura pas été déçue, comme le prouve le nombre déjà grand d’exemplaires souscrits du volume qui contiendra les résultats de ce travail.

Une autre recherche, qui peut avoir une heureuse répercussion sur le monde pédagogique, est celle entreprise à la demande du ministère des Cultes et de l’Instruction publique de la Pologne sur l’organisation interne des ministères de l’Instruction publique. Le développement de l’instruction exige une réadaptation de l’administration scolaire et une rationalisation de ses services. Vingt-sept ministères nous ont envoyé déjà la documentation concernant le nombre, la distribution, le caractère de leurs services. Parmi les conclusions, il sera intéressant de constater la place de plus en plus grande faite dans les ministères aux services d’ordre technique par rapport aux services d’ordre administratif.

Les ministères de l’Instruction publique ont aussi été consultés par le Bureau au sujet de la durée et de la répartition des congés scolaires dans chaque pays. Trente-deux ministères ont fait parvenir leur réponse.

Ce travail, qui au début paraissait d’une importance secondaire, a posé plusieurs problèmes dont la solution intéressera, plus directement qu’on n’aurait pu le supposer, le personnel enseignant. N’a-t-on pas constaté, par exemple, qu’il existe un écart d’une centaine de jours dans la durée des congés scolaires de différents pays !

Nous avons déjà fait mention du questionnaire sur la prolongation de la scolarité rédigé par le comité de liaison avec le Bureau international du travail. Ce questionnaire a été envoyé dernièrement à tous les ministères de l’Instruction publique et nous avons déjà reçu plusieurs réponses intéressantes. Nous attribuons une haute portée à cette recherche, non seulement parce qu’elle consacrera le principe de collaboration avec d’autres institutions internationales, mais aussi par l’importance qu’acquiert cette question, après l’inscription à l’ordre du jour de la XVe Réunion de l’Organisation internationale du travail, du problème de l’admission des enfants à des occupations non industrielles. La limitation du travail des enfants, que l’extension du chômage pose avec une acuité imprévue, exige une augmentation parallèle de la scolarité ; cette prolongation pose à son tour une série de problèmes pédagogiques qu’on ne saurait laisser de côté. En essayant de réunir les opinions les plus autorisées sur les modalités de cette prolongation, le Bureau international d’éducation peut rendre un service d’une portée générale, intéressant non seulement le monde pédagogique, mais aussi tous les milieux sociaux.

L’intérêt éveillé l’année dernière par l’étude des budgets des ministères de l’Instruction publique, faite à la demande du département de l’instruction publique de Genève, nous a conduits à reprendre ce travail cette année. Nous l’avons fait d’assez bonne heure pour permettre la publication du résultat avant la votation des budgets dans la plupart des pays. Nous avons été frappés de nouveau par la répercussion que ce travail, dont nous sommes les premiers à reconnaître le caractère sommaire, a eu dans la presse pédagogique et nous y voyons un exemple de l’heureuse influence que peut exercer le Bureau pour créer l’esprit de noble émulation qui doit régner entre les pays dans les questions d’éducation.

Troisième partie
Information

I. — Renseignements

Correspondance. — 3e trimestre de 1930, lettres reçues : 879 ; lettres expédiées : 971. 4e, lettres reçues : 753 ; lettres expédiées : 1122. 1er trimestre de 1931, lettres reçues : 968 ; lettres expédiées : 1445. 2e, lettres reçues : 768 ; lettres expédiées : 1254. Total, du 1er juillet 1930 au 30 juin 1931, lettres reçues : 3368 ; lettres expédiées : 4792.

Visites reçues. — 3e trimestre de 1930, 433. 4e, 165. 1er trimestre de 1931, 102. 2e, 199. Total du 1er juillet 1930 au 30 juin 1931 : 899.

Renseignements fournis. — Comme toujours, les demandes concernant l’éducation pour la paix et la collaboration internationale ont été fort nombreuses : listes de livres en diverses langues, pour divers milieux et divers âges, indication de matériel et de documents utiles pour plusieurs expositions, etc. Le Bureau continue à servir d’agence de renseignements pour les éducateurs en voyage et à fournir souvent des adresses d’écoles et d’institutions pédagogiques intéressantes à visiter dans les divers pays. Parmi les autres questions qui nous ont été posées, et qui ont donné lieu parfois à l’élaboration de longues bibliographies, figurent les suivantes : enseignement du dessin ; statut, en Europe, des institutrices mariées ; modalités et valeur des examens ; coéducation ; législation sur la durée de la scolarité obligatoire ; enseignement de l’orthographe dans les écoles françaises ; effets du bilinguisme ; école unique ; psychologie et pédagogie du jeu ; constructions scolaires ; élaboration des programmes scolaires (Curriculum Building) ; livres récents sur l’école active.

II. — Documentation

Fichier documentaire. — Notre fichier documentaire continue à s’enrichir rapidement. Des revues pédagogiques provenant de tous les pays du monde sont dépouillées régulièrement dans la mesure où nos connaissances linguistiques le permettent (c’est-à-dire en français, allemand, anglais, espagnol, italien, polonais et tchèque). Nous accordons une attention particulière aux résumés des articles de quelques revues parmi les plus importantes. Toutes nos fiches sont classées d’après un index qui a été établi au Bureau par M. J.-L. Claparède sur la base des classifications décimales existantes. Celles-ci ont dû être entièrement revues, et élargies de façon sensible, pour correspondre au développement actuel de la pédagogie. Nous avons publié dans notre Bulletin une adaptation de ce plan pour l’usage courant. Avant de procéder à l’impression d’une classification complète, nous désirons recueillir les avis des bibliothécaires et d’autres spécialistes de la documentation pédagogique, sur le projet qui sert pour le moment de base à nos propres essais. C’est d’une franche coopération de tous que nous attendons la réalisation de notre espoir de voir adopter le plus tôt possible, pour la bibliographie pédagogique, un cadre commun.

Livres reçus pour comptes rendus et pour notre exposition permanente. — 3e trimestre de 1930, 84. 4e, 289. 1er trimestre de 1931, 207. 2e, 373. Total, du 1er juillet 1930 au 30 juin 1931 : 953.

III. — Publications

À l’article 2 des statuts, il est prévu que le Bureau s’efforcera de porter le résultat de ses travaux à la connaissance des éducateurs. Dans ce domaine, nous croyons avoir fourni un très grand effort, étant donné les moyens dont nous disposons. Sans parler du Bulletin trimestriel dont quelques numéros dépassent les 40 pages prévues, nous avons fait paraître dans notre collection de publications les ouvrages suivants : Troisième Cours pour le personnel enseignant, L’Éducation en Pologne, Quelques méthodes pour le choix des livres des bibliothèques scolaires, La Pédagogie et les problèmes internationaux d’après-guerre en Roumanie, Le Bureau international d’éducation, Classification décimale de la pédagogie pour l’usage courant. Tout cela représente un total (bulletins compris) de 774 pages, chiffre qui n’avait pas encore été atteint.

Nous avons inauguré cette année, avec les volumes sur l’Éducation en Pologne et la Pédagogie et les problèmes d’après-guerre en Roumanie, la série des monographies nationales. Cette série présente un très grand intérêt au point de vue de l’œuvre de diffusion que s’est imposée le Bureau, c’est pourquoi nous espérons pouvoir sans trop tarder faire connaître, par l’intermédiaire de cette collection, les activités pédagogiques d’autres pays. Très prochainement paraîtront encore deux volumes importants : La Préparation à l’éducation familiale et L’Organisation de l’instruction publique dans 54 pays (avec 54 graphiques) ; cette dernière publication est déjà mise en souscription.

IV. — Propagande

Relation. — Le Bureau a été représenté au Congrès international d’éducation familiale (Liège, août 1930) par sa secrétaire générale, qui y a présenté un rapport sur l’enseignement de la pédagogie familiale, et au 5e Congrès d’éducation morale (Paris, sept. 1930) par son directeur, qui y a présenté un rapport sur les divers procédés de l’éducation morale, par son directeur adjoint, sa secrétaire générale et M. J.-L. Claparède. Sur l’invitation très cordiale du comité d’organisation du 13e Congrès international de l’enseignement secondaire, Mlle Butts ira représenter le Bureau au congrès de Paris (16 au 21 juillet 1931).

Nos relations avec les associations internationales non officielles sont excellentes. Notre secrétaire générale est toujours membre du comité de la Fédération des institutions internationales (semi-officielles et privées) établies à Genève et continue à représenter le Bureau aux séances trimestrielles du Comité d’entente des grandes associations internationales, qui ont lieu à Paris.

L’Union internationale des associations pour la Société des Nations nous invite régulièrement à envoyer un observateur à ses assemblées plénières, et aux séances annuelles de sa commission d’éducation qui ont lieu à Bruxelles. Nous acceptons l’invitation à ces dernières ; la distance des villes où se tiennent les assemblées plénières (Madrid, Dantzig, Budapest) nous empêche le plus souvent d’y assister.

Le 5e Congrès d’éducation morale, ainsi que la XVe assemblée plénière de l’Union internationale des associations pour la Société des Nations ont adopté des résolutions favorables à notre Bureau ; le premier souhaitant que d’autres gouvernements que ceux qui sont membres profitent des services du Bureau, et invitant ses délégués à contribuer de toutes leurs forces à la réalisation de ce vœu ; la seconde invitant sa commission d’éducation à rester en étroit contact avec le Bureau pour ce qui a trait à l’aspect technique des problèmes éducatifs dont elle est appelée à s’occuper.

Voyages. — À l’invitation d’institutions culturelles de Madrid, du ministère de l’Instruction publique de la Pologne, des écoles normales de Londres et d’Édimbourg, du Sénat de l’Université de Londres et du Congrès des associations pédagogiques de Grande-Bretagne, le directeur du Bureau a fait plusieurs tournées de conférences qui lui ont donné l’occasion de se mettre en rapport avec les autorités pédagogiques et les éducateurs de divers pays. M. Adolphe Ferrière, directeur adjoint, a entrepris un grand voyage dans les principaux pays de l’Amérique du Sud — entre autres dans l’Équateur où l’avait invité le président de la République — et partout il s’est donné pour tâche de faire connaître le Bureau.

Conclusion

Cette année, bien plus encore que l’an dernier, les éducateurs du monde entier doivent sentir la grandeur de leur tâche. Plus que jamais depuis la guerre notre civilisation est au point critique, et les deux voies entre lesquelles elle hésite ne peuvent mener qu’à une régression vers la barbarie ou à l’organisation internationale et sociale. Or, malgré les efforts de la Société des Nations, l’état d’esprit qui règne dans presque tous les pays demeure singulièrement trouble et inquiétant. Plus que jamais la conviction s’impose que l’éducation seule remédiera au mal.

La disproportion entre les moyens et les hommes dont dispose notre Bureau, et l’immensité du devoir présent est d’une triste ironie. Néanmoins la grandeur du but est un aiguillon pour nous tous et c’est sur cette note que j’aimerais terminer mon rapport. Malgré la modestie des résultats obtenus, le Bureau international d’éducation a beaucoup travaillé et il a travaillé parce que son idéal n’est point mort. La réorganisation juridique du Bureau en 1929 nous a mis en contact avec les gouvernements et les exigences de la pédagogie officielle. Elle a orienté notre activité dans une direction essentiellement technique. Elle nous a appris à coordonner ce qui se fait plutôt qu’à construire de l’absolument nouveau. Ce contact avec la réalité, loin de détruire notre idéal, l’a vivifié. Les perspectives qui s’ouvrent à nous dans le domaine de la collaboration pédagogique sont illimitées.

Et surtout, en s’orientant de la sorte, notre Bureau a la certitude de ne prendre la place de personne. Plus les centres analogues aux nôtres se multiplieront et mieux avancera le travail commun. À cet égard, nous tenons à exprimer combien nous réjouit l’intérêt croissant qui se fait jour, dans les grandes institutions internationales comme dans tous les pays, pour le problème de la coopération pédagogique. Le Bureau international d’éducation n’a qu’une ambition : perfectionner son travail technique afin de le mettre au service de tous.