Rapport du directeur. Le Bureau international d’éducation en 1931-1932 : troisième réunion du Conseil (1932) a 🔗
Première partie
Questions administrativesđź”—
I. — Membres du Bureau🔗
Lorsque, le 25 juillet 1929, le statut juridique du Bureau international d’éducation fut modifié de façon à associer plus directement à son œuvre les gouvernements et les ministères de l’Instruction publique, il était impossible de prévoir que cette deuxième période de la vie du Bureau coïnciderait avec une époque critique pour tous les pays et que cette crise limiterait forcément le développement de notre institution. Les restrictions que les États doivent s’imposer dans leurs activités, restrictions auxquelles n’échappe malheureusement pas le domaine de l’Instruction publique, devaient constituer un sérieux obstacle au recrutement de nouveaux membres. Ce n’est pas au moment où l’on réalise des compressions parfois très douloureuses dans les budgets de l’éducation que les États peuvent faire admettre aisément des dépenses destinées à la collaboration internationale, qui est encore considérée souvent comme un luxe. Malgré des circonstances aussi défavorables, le Bureau international d’éducation a eu le bonheur d’enregistrer depuis la dernière réunion du conseil, trois nouvelles adhésions : celle du gouvernement de la Colombie, celle du ministère des Sciences et des Arts de la Belgique et celle du Zentralinstitut für Erziehung und Unterricht d’Allemagne.
Nous savons le trésor de promesses que constitue chacune des jeunes républiques de l’Amérique latine et nous apprécions à sa juste valeur la présence dans notre conseil des délégués de la République de Colombie. Sans pour cela renier le passé qui les relie à la civilisation européenne, les autorités scolaires de la République de Colombie réalisent en ce moment un effort d’adaptation aux besoins les plus modernes, effort dont le résultat peut être envié par beaucoup de pays de l’Ancien Monde. Nous sommes convaincus que le Bureau bénéficiera de cet élan novateur qui anime aujourd’hui la Colombie et qu’il pourra en retour rendre quelques services aux pédagogues de ce pays.
Avons-nous besoin de vous rappeler tout ce que la pédagogie doit à la Belgique, pour justifier la vive satisfaction avec laquelle le Bureau enregistre l’adhésion de ce pays ? Je suis certain que les représentants de la Belgique nous apporteront, avec le reflet de doctrines éducatives universellement appréciées aujourd’hui, un peu de cet esprit réalisateur auquel l’école belge doit d’être admirée et même imitée par beaucoup d’autres pays.
Nous devons reconnaître que tous les États fédératifs dans lesquels, pour des raisons respectables, l’éducation est laissée entièrement à la charge des pays constitutifs, soulèvent au point de vue de la collaboration internationale de réelles difficultés. L’Allemagne se trouvant dans ce cas, nous avions peu d’espoir d’arriver à nouer des relations officielles avec les autorités scolaires du Reich, quel que fût notre désir de voir la pédagogie allemande prendre sa place au sein de notre institution. Malgré cet état de choses compliqué, un pas décisif vient d’être fait et nous ne doutons pas que les délégués du Zentralinstitut ne représentent ici — à défaut d’un ministère central de l’Instruction publique du Reich — les intérêts de l’instruction et de l’éducation tels que les conçoivent les différents « pays » qui constituent l’État allemand.
Outre ces résultats acquis, nous voudrions dire deux mots des espoirs que fait naître en nous l’état des démarches réalisées auprès de quelques autres pays. Le Bureau est en ce moment en pourparlers très avancés avec plusieurs ministères de l’Instruction publique et nous aimons à croire qu’il nous sera possible d’enregistrer, avant la fin de l’année, de nouvelles adhésions.
Nous nous permettons de signaler combien ces démarches nous sont facilitées maintenant par les relations techniques que nous entretenons avec presque tous les ministères de l’Instruction publique. Grâce à ces relations, sur lesquelles nous reviendrons plus tard, les autorités scolaires de chaque pays ont, non plus une image abstraite, mais la représentation concrète de l’activité du Bureau. Le Bureau n’est plus pour eux un simple idéal, il est une réalité qui ne peut qu’éveiller chaque jour davantage leur intérêt. Preuve en soit la demande spontanée de détails sur l’organisation statutaire et les conditions d’admission au Bureau, faite par les représentants diplomatiques en Europe de trois grands pays extraeuropéens.
Nous ne voudrions pas clore ce chapitre sans dire à nos membres actuels toute notre gratitude pour l’appui et les encouragements qu’ils n’ont cessé de nous donner en dépit des circonstances difficiles. L’extension du cercle d’influence de notre institution ne fait que souligner le mérite qu’ils ont eu à être les pionniers — combien hardis — d’une cause dont l’idéal élevé égale les difficultés à vaincre. Qu’ils veuillent bien trouver la récompense de leur courageux effort dans la collaboration d’autres pays à l’œuvre dont ils furent les initiateurs — avec autant de foi que de modestie.
II. — Personnel🔗
Nous signalions l’année dernière à cette place le danger qu’il y aurait pour le Bureau à entreprendre de nouvelles tâches sans nous assurer que celles-ci ne dépassent pas nos possibilités de travail. Nous devons avouer aujourd’hui — le fait que le comité exécutif partage avec nous cette responsabilité facilite cette confession — que, malgré ce souhait, nous nous sommes laissés tenter par de nouvelles entreprises, sans qu’une augmentation parallèle du personnel s’en soit suivie. Seul l’esprit de sacrifice du secrétariat a permis de réaliser ce miracle. Nous ne sommes peut-être pas bien placés pour vous inviter à établir une comparaison entre l’œuvre réalisée par le Bureau pendant l’année et les moyens plus que modestes dont il dispose pour l’amener à chef. Je crois toutefois pouvoir assurer le conseil que c’est en songeant aux restrictions et à l’accroissement de travail exigés presque partout de ceux qui ont fait de l’éducation leur vocation, que nos collaborateurs ont poursuivi leurs efforts sans découragement. Nous espérons cependant que l’adhésion de nouveaux membres permettra à notre Bureau de donner à notre personnel un régime de travail plus normal.
III — Finances🔗
Il n’est en ce moment aucune entreprise publique ou privée pour qui le mot « finances » ne soit lourd de préoccupations inquiétantes. Ce n’est pas à vous, Messieurs, représentants d’administrations publiques, qui connaissez de près ces difficultés, que nous aurons peine à faire comprendre les nôtres. Lors même que l’exercice écoulé s’est développé de façon satisfaisante, c’est avec une certaine anxiété que nous envisageons l’avenir. On pourrait évidemment nous dire que le Bureau ne fait pas exception et qu’il en est de même pour toutes les autres organisations, mais il faut convenir que ces tempêtes sont particulièrement redoutables pour des institutions aussi jeunes que la nôtre, dont la période de croissance exigerait l’absence de soucis financiers : pour d’autres institutions il ne s’agit que de vivre ; pour nous, vivre c’est nécessairement grandir. Quoique les membres aient continué à accomplir leur devoir, et nous les en remercions chaleureusement (en faisant une mention spéciale de l’appui que nous avons encore trouvé à l’Institut des sciences de l’éducation), il est évident que l’accroissement de l’activité du Bureau exige un développement parallèle de ses ressources. Nous avions fondé quelque espoir sur le rendement de nos publications. Certes, à mesure que la collection s’enrichit, les possibilités de vente augmentent, mais la crise générale s’est fait sentir là aussi et la vente de nos ouvrages et du Bulletin n’a pu atteindre le chiffre qu’on obtiendrait sans doute en temps normal. Nous avions mis quelque espoir également dans l’appui que, sous forme de donation spéciale, le Bureau aurait pu trouver auprès de certaines fondations, mais vous n’ignorez pas les sérieuses difficultés que traversent actuellement beaucoup de ces fondations. Cependant, le Payne Fund a bien voulu continuer pendant l’exercice 1931-1932 à accorder son aide financière au Bureau, sous forme d’une donation spéciale de 2000 dollars. Cette donation a permis au service de littérature enfantine de poursuivre son activité et de faire paraître la deuxième édition du catalogue de livres d’enfants. Nous espérons que le conseil appréciera comme nous la valeur de cette collaboration et qu’il s’associera aux vœux que nous formons pour que le Payne Fund puisse continuer à s’intéresser à notre travail.
IV. — Relations avec les membres🔗
Dans nos rapports précédents, nous insistions sur le désir qu’a le Bureau de voir se resserrer les liens qui doivent l’unir à ses membres. L’année dernière, nous constations déjà certains progrès qui se sont affermis durant l’année écoulée. Il y a eu augmentation soit dans le nombre des services d’ordre technique réclamés par nos membres, soit dans celui des informations que nous leur avons demandées à notre tour. Voici le nombre de lettres échangées entre le Bureau et les autorités de chacun des pays membres, pendant la période s’étendant entre le 1er juillet 1931 et le 30 juin 1932 : Colombie, lettres envoyées : 17 ; lettres reçues : 12. Égypte, lettres envoyées : 22 ; lettres reçues : 19. Équateur, lettres envoyées : 27 ; lettres reçues : 12. Espagne, lettres envoyées : 53 ; lettres reçues : 29. Genève, lettres envoyées : 73 ; lettres reçues : 16. Institut des sciences de l’éducation, lettres envoyées : 8 ; lettres reçues : 1. Pologne, lettres envoyées : 57 ; lettres reçues : 28. Tchécoslovaquie, lettres envoyées : 24 ; lettres reçues : 4.
Nous tenons à signaler parmi les principales questions posées par nos membres, les suivantes :
Le ministère de l’Instruction publique de l’Espagne, dont les efforts pour réorganiser l’instruction publique sont notoires, a demandé au Bureau des renseignements concernant l’inspection scolaire dans les principaux pays du monde.
La Colombie, dont l’adhésion a été donnée au Bureau dans le courant de l’année et dont nous avons signalé déjà les préoccupations de réformes scolaires, nous a adressé plusieurs demandes. En premier lieu, elle a chargé notre institution de lui trouver un certain nombre de professeurs pour la nouvelle faculté de pédagogie créée à l’Université de Bogota. En second lieu, le ministère de l’Éducation nationale de Colombie nous a demandé des renseignements sur l’inspection scolaire et les écoles normales et, dernièrement, une bibliographie sur la question du surmenage et de la fatigue scolaires. Enfin, il a prié le Bureau d’élaborer à son intention un plan pour l’organisation d’un centre national de littérature enfantine.
Le ministère de l’Instruction publique de la Tchécoslovaquie a prié le Bureau de lui communiquer des données sur l’organisation de l’enseignement secondaire dans les différents pays et sur les modifications introduites dans cet enseignement après la guerre.
Le département de l’Instruction publique de Genève nous a adressé pendant l’année plusieurs demandes de renseignements. Il s’est intéressé entre autres à la question des congés et des horaires scolaires ainsi qu’à la durée de l’obligation scolaire dans tous les pays.
L’Institut des sciences de l’éducation a demandé au Bureau d’entreprendre une petite enquête concernant les décrets, lois et règlements édictés par les différents cantons suisses sur la question des examens.
Le département de l’Instruction publique et des Cultes de la Pologne, dont plusieurs des demandes formulées l’année dernière donnèrent lieu à des enquêtes qui ont été poursuivies cette année, s’est adressé au Bureau pour obtenir des renseignements sur l’organisation scolaire et sur les budgets de l’Instruction publique des différents pays.
Le représentant de l’Égypte au comité exécutif a signalé au Bureau l’intérêt qu’il y aurait pour son pays à connaître l’état actuel de la question de la situation de la femme mariée dans l’enseignement. Le comité exécutif ayant partagé l’opinion du délégué égyptien, le Bureau a entrepris une enquête internationale sur ce sujet.
Les ministères de l’Instruction publique des pays membres ont fourni de leur côté au Bureau toutes les réponses aux questions qui leur ont été adressées, soit sous forme d’enquête, soit comme demande de renseignements destinés à être communiqués à d’autres autorités scolaires.
Nous remercions ici les ministères de l’aide précieuse qu’ils nous ont apportée en vue de l’établissement de relations techniques et administratives normales entre leurs services et les nôtres. Nous nous permettons toutefois de formuler une suggestion. Nous avons pu constater combien ces relations étaient facilitées lorsqu’elles étaient concentrées sur un seul service ou même sur un seul fonctionnaire du ministère. Tout en tenant compte de la diversité d’organisation des services des ministères, nous nous croyons autorisés à souligner l’intérêt réciproque qu’il y aurait à charger une section ou un fonctionnaire déterminé des relations avec notre Bureau.
V. — Relations avec les autorités scolaires des différents pays🔗
S’il nous fallait souligner le fait le plus saillant de l’activité du Bureau depuis notre dernière réunion, nous répondrions sans doute qu’il a consisté en l’établissement de relations techniques normales avec les ministères de l’Instruction publique de presque tous les pays. Nous ne voulons pas allonger indûment ce rapport en donnant le détail des communications officielles échangées pendant cette année avec les divers ministères de l’Instruction publique et en les comparant avec le nombre des communications échangées l’année dernière. Il nous suffira d’affirmer que nos espoirs ont été largement dépassés. Nous avions craint, en effet, que le contact technique entre nos services et ceux des ministères de l’Instruction publique ne se heurtât à des difficultés qui heureusement ne se sont pas produites. Nous redoutions que, surchargés par la besogne d’ordre intérieur, les ministères de l’Instruction publique vissent avec quelque appréhension leur tâche alourdie encore par des préoccupations d’ordre international. Tel n’a pas été le cas. Nous sommes heureux de pouvoir exprimer ici aux autorités scolaires de tous les pays notre gratitude pour l’empressement qu’elles ont mis à entrer en relation avec le Bureau. Souvent ces relations demandaient un sacrifice de leur part : telles les réponses très complètes et documentées fournies aux questionnaires qui leur ont été adressés à l’occasion des enquêtes entreprises par le Bureau. Nous constatons — et cela est tout à l’honneur de l’intérêt que les ministères de l’Instruction publique portent à la collaboration internationale en matière d’éducation — que le nombre des réponses aux enquêtes de notre Bureau est généralement supérieur à celui des réponses obtenues en pareil cas par des institutions internationales dont l’autorité et les moyens d’action dépassent de beaucoup ceux du Bureau international d’éducation. Mais ce qui, à notre point de vue, a contribué le plus à resserrer les liens techniques entre le Bureau et les ministères, ce sont les initiatives prises cette année par le comité exécutif : 1) l’échange de législation scolaire entre les divers ministères ; 2) le service de communiqués de presse ; 3) la collection de législation scolaire. Nous reviendrons plus loin sur ces trois activités, mais nous tenons à signaler ici leur heureuse répercussion sur les relations du Bureau avec les administrations scolaires. Nous nous permettrons de réitérer la suggestion que nous avons faite aux pays membres et d’insister sur l’avantage qu’il y aurait à concentrer sur un seul service, ou un seul fonctionnaire du ministère les relations des gouvernements avec notre Bureau.
Nous ne voulons pas terminer ce chapitre sans dire combien nous nous félicitons de l’accueil favorable qu’a rencontré en plusieurs pays notre invitation à se faire représenter à la séance d’aujourd’hui ou à y envoyer un rapport. Nous sommes persuadés que cet événement constitue une date dans le domaine de la collaboration entre le Bureau et les ministères et nous faisons des vœux pour que nos relations ne se bornent pas au domaine purement technique, mais qu’elles prennent sous peu un caractère plus large et plus complet.
VI. — Relations avec les institutions internationales🔗
Déjà l’année dernière, nous signalions la disparition des objections formulées contre l’examen des questions éducatives entrepris du point de vue international et la nécessité de poser le problème de la coordination des efforts réalisés dans ce domaine.
En effet, l’opinion publique et les milieux éducatifs ne peuvent comprendre que les organes internationaux, appelés à coordonner les efforts nationaux, ne s’appliquent pas à coordonner aussi leur action internationale, en évitant les doubles emplois. Ce raisonnement a d’autant plus de force aujourd’hui que non seulement la logique mais aussi l’économie imposent la rationalisation des services. On demande trop de sacrifices aux éducateurs dans le domaine national, pour qu’ils puissent envisager sans une certaine appréhension le manque de coordination technique entre les organisations qui poursuivent un but parallèle sur le plan international. Le Bureau international d’éducation n’a laissé échapper aucune occasion de rechercher cette collaboration et, malgré les difficultés rencontrées, il croit avoir fait quelque progrès dans ce sens.
Le comité de liaison avec le Bureau international du travail, présidé par M. Fernand Maurette, chef de la division des recherches du Bureau international du travail, a répondu à l’espoir qu’on avait mis en lui lors de sa création. Dans l’une de ses séances, le comité a examiné les premiers résultats obtenus par l’enquête sur la prolongation de la scolarité et a fait des suggestions très utiles quant à la continuation de ce travail. Il a élaboré aussi le questionnaire de l’enquête sur la situation de la femme mariée dans l’enseignement, enquête entreprise par le Bureau, comme il a été dit plus haut, à la demande du représentant de l’Égypte dans notre comité exécutif. La collaboration du Bureau international du travail et du Bureau international d’éducation dans cette enquête constitue à notre point de vue un exemple typique de ce que doit être la coopération des diverses institutions internationales pour l’étude d’un problème donné. La question de la femme mariée dans l’enseignement intéresse au premier chef le Bureau international du travail, qui a entrepris sur ce sujet des études très remarquables. Mais l’exclusion éventuelle de la femme mariée de l’enseignement présente des aspects pédagogiques qui ne peuvent laisser le Bureau international d’éducation indifférent. Grâce à l’existence du comité de liaison, non seulement le danger de double emploi et de perte d’énergie et d’argent est écarté, mais nous sommes parvenus à établir une précieuse collaboration technique qui ne peut que favoriser l’examen de cette question.
Nous ne doutons pas que cette collaboration, qui avait été jusqu’à un certain point l’œuvre du très regretté directeur du Bureau international du travail, M. Albert Thomas, ne continue à se développer avec l’assentiment du nouveau directeur, M. Harold Butler, dont les sentiments envers notre Bureau sont aussi bienveillants.
Nous n’avons pas négligé pendant l’année nos relations avec le secrétariat de la Société des Nations et avec l’Institut international de coopération intellectuelle de Paris. Nous avions d’autant plus d’intérêt à rester en contact avec ces institutions que soit la Société des Nations, soit l’Institut de Paris ont élaboré, à l’occasion de la Conférence du désarmement, des programmes d’action intéressant au plus haut point le Bureau. Le désarmement moral à l’école qui doit devenir, paraît-il, une des principales préoccupations de l’Institut international de coopération intellectuelle de Paris, comme du Centre d’informations scolaires de la Société des Nations, pose un grand nombre de problèmes pédagogiques à la solution desquels les services du Bureau peuvent collaborer utilement. Notre section de psychologie enfantine et notre section d’éducation internationale se sont préoccupées, cette dernière en particulier, des problèmes didactiques posés par l’enseignement de la paix.
Le Bureau s’est rendu compte depuis la première heure qu’il ne suffisait pas de dire aux instituteurs : « Enseignez la paix, faites que les enfants d’un pays apprennent à connaître et à aimer ceux des autres », mais qu’il fallait leur en donner les moyens psychologiques et méthodologiques.
Nos cours spéciaux pour le personnel enseignant, notre exposition permanente pour l’enseignement de la paix et de la collaboration internationale, une partie de l’activité de la section de psychologie enfantine et des services de littérature enfantine n’ont d’autre but que celui-ci. Nous avons peine à croire que le Bureau international d’éducation puisse être dans ce domaine moins utile aux grandes organisations internationales qu’il ne l’est, du point de vue de la pédagogie générale, aux administrations scolaires nationales.
Nous sommes d’autant plus optimistes que, durant l’année qui vient de s’écouler, nous avons été sollicités de participer aux travaux d’un sous-comité et à faire connaître notre opinion sur un problème technique déterminé. En effet, le directeur du Bureau a été invité à prendre part, en qualité de membre, aux travaux du sous-comité d’experts pour la révision des manuels scolaires et, dernièrement, le secrétaire de la Commission de coopération intellectuelle a demandé à notre direction de lui fournir des suggestions psychologiques à propos d’un film sur la Société des Nations dont la réalisation a été confiée à l’Institut du cinématographe éducatif de Rome.
Nous voyons dans ces faits l’heureux début d’une collaboration pratique et nous souhaitons vivement que les relations du Bureau avec quelques-unes des institutions internationales s’accroissent avec la même rapidité que se sont développées cette année nos relations avec les organisations nationales.
Deuxième partie
Recherchesđź”—
Si nous jetons un bref regard sur les années écoulées, nous nous apercevons, en ce qui concerne les recherches, que la destinée du Bureau, comme celle de tout organisme vivant, ne s’est pas révélée conforme à ce que nous attendions d’elle. Nous avions cru, un peu naïvement, que les principaux travaux exécutés par la division des recherches seraient ceux dont le Bureau prendrait lui-même l’initiative, et que les enquêtes demandées seraient faites par surcroît. La réalité nous oblige à constater que, sauf exception pour les travaux financés par des donations spéciales, c’est l’inverse qui est vrai : nos fonctionnaires sont surtout absorbés par les enquêtes proposées au Bureau (principalement par les ministères des pays membres), et font la portion congrue à celles que nous rêvions. Il va de soi que ce renversement des valeurs est un bien, puisqu’il prouve que le Bureau est souvent consulté, mais nous conservons le désir, peut-être trop ambitieux, de mieux équilibrer à l’avenir les exigences du travail accompli sur demande et celles de la recherche spontanément entreprise.
I. — Éducation intellectuelle et éducation morale🔗
C’est surtout à propos de nos enquêtes sur le travail par groupes et le self-government que les remarques précédentes trouvent leur justification.
Nous annoncions l’an dernier que la publication du Bureau relative à ces recherches comprendrait, outre une analyse générale, une monographie de trois pays choisis à titre d’exemple : la Pologne, la Tchécoslovaquie et l’Allemagne. Or, les documents sont là , un personnel qualifié et tout dévoué est prêt à les étudier — mais, trop peu nombreux et trop chargé de besogne quotidienne, il doit faire passer cette rédaction après les travaux en cours dont nous parlerons dans la suite. Personne ne nous demandant ces enquêtes, ce sont elles qui sont momentanément sacrifiées, tandis que tout le temps est consacré aux recherches dont un gouvernement ou une association attendent le résultat.
Les documents polonais comprennent 400 réponses sur le self-government et une centaine sur le travail par équipes. Les réponses sont très riches et ont donné lieu à une première rédaction qui ne nous a nullement déçus. Mais notre dévoué collaborateur polonais, qui seul est à même d’accomplir cette tâche, a mis tout son zèle en ces derniers mois à terminer l’enquête sur l’organisation scolaire dans 53 pays dont nous parlerons tout à l’heure.
Les documents tchécoslovaques sont arrivés également, moins nombreux mais non moins intéressants. Ils ont donné lieu, eux aussi, à une première élaboration par notre collaborateur tchèque, mais toute la compétence et toute la bonne volonté de ce dernier ne suffisent pas à doubler, comme il le faudrait, le temps dont il dispose et il attend d’être déchargé de tâches plus urgentes pour terminer celle-là .
Quant aux documents allemands, ils sont encore à Berlin. Le fonctionnaire que le Zentralinstitut veut bien nous détacher dès octobre prochain nous les apportera et s’occupera lui-même de les dépouiller.
II. — Éducation internationale🔗
La littérature enfantine et la collaboration internationale. — Le catalogue des livres de 37 pays, précédé d’un rapport sur l’enquête, publication qui est sous presse, illustrera le travail fourni au cours de cette année par le service de littérature enfantine ; l’élaboration d’un catalogue d’ouvrages en langues variées présente de grandes difficultés techniques et a pris de ce fait beaucoup de temps. En prévision de suppléments éventuels, nous avons continué à envoyer des questionnaires dans des pays sur lesquels nous n’étions qu’insuffisamment renseignés. Notre fichier documentaire s’est beaucoup enrichi au cours de ces derniers mois et contient des indications sur tous les aspects importants de la littérature enfantine ainsi que sur l’organisation de bibliothèques, d’expositions de livres pour la jeunesse, etc. Nous possédons, en outre, de nombreuses bibliographies, de même que certaines études générales sur la littérature pour la jeunesse. Cette documentation, ainsi que notre collection de livres d’enfants, est précieuse pour répondre aux nombreuses demandes de renseignements qui nous sont adressées. Nous avons été particulièrement heureux de pouvoir être utiles pour la préparation de travaux de diplômes à l’Institut des sciences de l’éducation, à l’École d’études sociales pour femmes à Genève et à l’Université de Columbia (New York). Une spécialiste de la littérature enfantine, originaire des États-Unis, a passé trois mois au Bureau pour une thèse qu’elle présentera à la Graduate Library School de l’Université de Chicago ; nous avons fourni des renseignements pour des causeries sur la littérature enfantine, la rédaction de revues pour la jeunesse, la création d’une page des enfants dans un grand quotidien et l’organisation de bibliothèques. Des bibliographies ont été établies à la demande de correspondants de divers pays ; citons les principales : listes d’ouvrages qui stimulent la collaboration internationale, de brochures pacifistes susceptibles d’être introduites dans les écoles, de livres décrivant la vie des enfants, de biographies en français et en allemand, de livres recommandés pour la traduction, d’ouvrages étrangers traduits en français, de livres d’images de tous pays pour organiser des expositions chez des libraires de Paris et de Bâle (Suisse), enfin choix d’ouvrages pour constituer une bibliothèque enfantine.
Outre ce qui précède et qui constitue à proprement parler le travail courant, nous avons entrepris une enquête sur les réactions des enfants à la lecture d’ouvrages destinés à les renseigner sur la Société des Nations et à développer en eux la compréhension des problèmes internationaux. Nous avons encore consulté les membres de la commission d’experts sur deux problèmes pratiques. La première de ces enquêtes est maintenant assez avancée pour que nous puissions songer à l’élaboration d’un rapport préliminaire dans lequel nous caractériserons la méthode adoptée et délimiterons le travail futur. Un rapport sur l’activité des membres de la commission d’experts, déjà rédigé, sera sans doute publié prochainement. Le mémoire envoyé au congrès d’Alger — avril 1931 — a paru dans un recueil intitulé La Lecture publique, qui contient tous les travaux présentés au congrès. Si nous n’avons pu, faute de temps, réaliser notre projet de constituer une collection de livres d’images pour une exposition itinérante — nous nous sommes bornés jusqu’à présent à rassembler quelques listes de livres recommandés à cet effet par nos collaborateurs —, nous avons organisé, à l’occasion de l’ouverture de la Conférence du désarmement, une petite exposition spéciale de livres représentatifs, décrivant pour la jeunesse la vie des enfants dans divers pays.
L’activité du service de littérature enfantine s’est donc beaucoup développée au cours de cette année et, par la variété des travaux accomplis, prouve l’utilité de l’existence d’un tel service au Bureau international d’éducation.
Exposition permanente sur l’enseignement de la paix et de la collaboration internationale. — Cette année encore, en dépit de la crise économique, les éditeurs nous ont fait parvenir un grand nombre de livres et de brochures qui, avec des documents de tous genres, sont venus enrichir notre collection. Les livres d’enfants, qui constituent une attraction spéciale, sont maintenant au nombre de 3500 et nous ont été envoyés de 37 pays d’Europe et d’autres continents. Les manuels d’histoire, de géographie et d’instruction civique, ainsi que les livres concernant la paix et la meilleure organisation du monde, constituent eux aussi une importante collection, qui s’augmente sans cesse, grâce aux dons des éditeurs et d’associations diverses. À l’occasion de la Conférence du désarmement, nous avons organisé une petite exposition de livres et de brochures qui permet de se documenter rapidement sur diverses questions touchant au désarmement. Signalons, parmi les nombreux visiteurs, outre les éducateurs de tous pays venus à l’exposition pour faire des recherches, des groupes d’instituteurs, d’élèves d’écoles normales, de participants à des congrès internationaux. L’exposition a certainement rendu service, cette année encore, à maint travailleur pour la paix.
Cours spécial. — D’accord avec la résolution prise par le comité exécutif, le quatrième cours pour le personnel enseignant sur le sujet : « Comment faire connaître la Société des Nations et développer l’esprit de collaboration internationale », a eu lieu du 3 au 8 août 1931. Compte tenu des circonstances que nous traversons, nous devons nous déclarer très satisfaits du nombre des élèves inscrits, soit 83. Les participants appartenaient aux 17 pays suivants : Allemagne (3), Arménie (2), Autriche (1), Belgique (8), Bulgarie (2), Costa Rica (1), Espagne (3), États-Unis (2), France (12), Grèce (2), Perse (2), Pologne (9), Portugal (1), Sarre (10), Suède (1), Suisse (21), Tchécoslovaquie (3). Quelques gouvernements, ainsi que des institutions privées, ont contribué à la réussite de notre cours en y envoyant des boursiers au nombre de 32, venant de 7 pays différents : Suisse (14), Sarre (9), Belgique (3), Perse (2), Tchécoslovaquie (2), France (1), Portugal (1). D’après leurs fonctions, les participants se répartissaient de la façon suivante : professeurs d’écoles secondaires : 24 ; professeurs d’écoles normales : 2 ; instituteurs : 22 ; fonctionnaires de l’Instruction publique : 1 ; inspecteurs : 4 ; directeurs de lycées : 3 ; étudiants : 10 ; divers : 17. Nous tenons à remercier ici les gouvernements qui ont bien voulu envoyer des boursiers, ainsi que nos conférenciers auxquels est dû le succès du cours.
III. — Psychologie de l’enfant🔗
L’enquête sur l’enseignement de la psychologie dans les écoles normales, annoncée dans notre rapport de l’année dernière, est terminée. Elle a donné lieu à un article préliminaire, paru dans notre Bulletin d’octobre 1931, qu’il est inutile de résumer ici. Mais, vu l’intérêt de la question et des réponses obtenues, nous comptons tirer de nos matériaux une publication plus étendue et réunir éventuellement un certain nombre d’experts qui nous donneraient leur avis sur la manière, non seulement de serrer de plus près le problème, mais encore d’en tirer quelques applications pratiques.
Deux autres recherches relatives à la psychologie de l’enfant nous ont été demandées. À la suite de la réunion du comité d’experts pour la révision des manuels scolaires, à l’Institut international de coopération intellectuelle, réunion dont nous avons déjà parlé, et de la Conférence préparatoire du congrès international de l’enseignement de l’histoire, lequel s’est tenu ces derniers jours à La Haye, nous nous sommes mis, encouragés par le secrétariat de la Fédération internationale des instituteurs primaires, à étudier les effets psychologiques de l’enseignement de l’histoire dans l’esprit des enfants. Nous n’en sommes d’ailleurs qu’à un premier coup de sonde relatif à la méthode. Avec la collaboration de l’Institut des sciences de l’éducation, nous avons fait une recherche préliminaire sur les notions du passé et de la perspective historique chez l’enfant et sur ses idées spontanées concernant l’histoire de la civilisation. Un court mémoire présenté au congrès de La Haye nous a permis aussi de répondre aux questions que l’on nous posait quant à la possibilité d’une enquête sur ce sujet. Si le problème continue à préoccuper les éducateurs, nous pourrons l’étudier sur une plus grande échelle.
Mention a été faite plus haut de l’analyse psychologique des réactions des enfants à la lecture d’ouvrages à tendance internationale. Cette recherche, issue tout naturellement de notre enquête sur la littérature enfantine, présente une signification assez générale pour que nous en reparlions ici. Il est frappant, en effet, de constater combien l’adulte est porté à décider lui-même quels sont les livres qui conviennent le mieux aux enfants et cela sans connaître de façon précise les effets de cette lecture. On a beaucoup étudié, par la méthode statistique et les enquêtes collectives, les préférences des écoliers dans le choix des livres de leur bibliothèque, mais rien n’est plus difficile à interpréter que les données statistiques. Ce que nous avons voulu savoir, au contraire, en étudiant des enfants individuellement et à intervalles réguliers, c’est en quoi la lecture d’un ouvrage donné transforme leur manière de voir, modifie leurs attitudes et, d’une manière générale, parle à leur cœur ou à leur imagination. Or, cette enquête aussi caractéristique que la précédente de ce que peut faire le Bureau dans le domaine de la psychologie de l’enfant appliquée à l’éducation, a fourni d’emblée les résultats les plus imprévus. On a peine à se représenter l’écart qui existe entre les intentions d’un auteur d’ouvrages pour la jeunesse et les effets réels de la lecture de ses livres sur l’esprit des enfants. Cette enquête, quoique non achevée, nous a déjà permis de répondre à une demande du secrétaire de la Commission de coopération intellectuelle, qui désirait connaître notre opinion, du point de vue psychologique, sur la meilleure manière de frapper l’imagination des enfants au moyen d’un film cinématographique. Bien que, conformément à notre désir d’éviter les doubles emplois, nous ne nous soyons jamais occupés de cinématographie éducative, nous avons pu donner quelques-uns des renseignements demandés en nous fondant précisément sur l’expérience acquise au cours de notre étude sur les lectures de l’enfant.
Nous comptons poursuivre cette recherche sur les effets psychologiques de la littérature enfantine. Un professeur adjoint d’un collège américain a bien voulu consacrer une partie de son temps à collaborer à cette enquête et à la continuer en liaison avec nos services.
IV. — Organisation et législation scolaires🔗
Le fait qui domine l’activité de la section de l’organisation et de la législation scolaires pendant l’exercice 1931-1932 est sans doute l’achèvement de l’enquête sur l’organisation scolaire dans 53 pays. Vous vous rendrez compte vous-mêmes, par le volume qui vous est distribué, de l’importance et de la portée de ce travail. Il nous faut avouer que, si nous nous étions rendus compte dès le début des difficultés que représente une œuvre de cette envergure, nous aurions sans doute hésité à l’entreprendre. Nous nous sommes aperçus en cours de route qu’il est plus délicat qu’on ne le croirait de lever un plan topographique de l’enseignement mondial !
Certes, il existait de nombreux ouvrages de pédagogie comparée, traitant avec une grande compétence cette question de l’organisation scolaire, mais le Bureau international d’éducation tenait à mettre sur pied, non pas une étude théorique de plus, donnant une idée globale des divers systèmes d’organisation, mais un instrument de consultation ou de travail, où l’on trouverait des données concrètes et précises sur chacun des rouages de l’enseignement primaire, secondaire et supérieur des différents pays. Cette précision dans les données nous a été imposée du reste par l’expression graphique de celles-ci : l’élaboration d’un diagramme ne peut pas se faire au moyen d’idées générales ! Nous nous rendons compte d’ailleurs de toutes les lacunes qui subsistent dans notre travail, nous espérons y remédier dans les éditions successives que nous prévoyons. Nous nous félicitons de la demande d’information présentée au Bureau en 1929 par M. Édouard Herriot, alors ministre de l’Instruction publique de la France, le véritable instigateur de cette enquête. Ses questions sur les modes de raccordement des différents enseignements nous permettent d’offrir aujourd’hui aux administrations scolaires et aux éducateurs en général une vue d’ensemble de l’organisation pédagogique qui leur sera, nous en avons la ferme conviction, d’une très grande utilité.
La somme énorme de travail exigée par cette enquête n’a pas empêché la section de législation scolaire de se vouer à d’autres activités. Elle a dépouillé en effet pendant l’année les réponses reçues à l’enquête sur la durée du travail scolaire et les congés et en a rédigé un rapport, accompagné de graphiques, qui sera publié sous peu. Un extrait de ce rapport a été envoyé au congrès de la récréation de Los Angeles, et nous avons l’espoir que les statistiques et les graphiques présentés auront pu servir de bases objectives aux débats de ce congrès. Nous sommes heureux de constater, là aussi, que la demande du ministère des Cultes et de l’Instruction publique de Pologne a permis au Bureau de poursuivre une recherche dont l’intérêt dépasse sans doute nos espoirs.
La section s’est occupée de l’enquête sur la prolongation de la scolarité obligatoire et a envoyé aux différents ministères de l’Instruction publique le questionnaire sur la situation de la femme mariée dans l’enseignement. Elle a élaboré comme d’habitude un tableau des budgets annuels de l’Instruction publique comparés aux budgets globaux des divers pays. Cette année de nouveau, ce travail a été commenté dans la presse pédagogique et l’on comprend aisément l’importance que prend aujourd’hui cette question.
Disons pour terminer que la collection de législation scolaire que nous venons de créer facilitera grandement le travail futur de la section.
Troisième partie
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I. — Renseignements🔗
Correspondance : troisième trimestre de 1931, lettres reçues : 712 ; quatrième : 766 ; 1932, premier trimestre : 909 ; deuxième : 908 ; total du 1er juillet au 30 juin 1932 : 3295. — Lettres expédiées : 1931, troisième trimestre : 1022 ; quatrième : 1301 ; 1932, premier trimestre : 1116 ; deuxième : 1328 ; total : 4767.
Visites reçues : 1931, troisième trimestre : 333 ; quatrième : 111 ; 1932, premier trimestre, 105 ; deuxième : 193. Total du 1er juillet 1931 au 30 juin 1932 : 742. La légère diminution sur le total de l’année dernière s’explique par le fait des circonstances économiques que nous traversons, circonstances qui influent fortement sur le nombre des éducateurs passant à Genève.
Renseignements fournis : il serait fastidieux d’énumérer chaque fois dans notre rapport annuel les renseignements toujours nombreux et variés, fournis par la section d’information.
Nous avons déjà signalé les demandes d’information qui nous ont été adressées par nos membres. Nous pourrions y ajouter d’autres demandes officielles provenant de pays non membres, telles que celle de l’Institut pédagogique de la Nouvelle-Zélande sur le coût de l’Instruction publique par élève, et le nombre d’élèves par classe, dans chaque canton suisse ; celle du ministère de l’Instruction publique d’Albanie sur l’organisation interne des ministères de l’Instruction publique de plusieurs pays européens ; celle du Bureau international du travail sur l’aménagement des écoles, le matériel et le mobilier scolaires, etc.
À côté de ces demandes officielles, le Bureau continue à recevoir beaucoup de demandes de renseignements provenant d’associations professionnelles et scientifiques, d’instituts, d’éducateurs. Le Bureau cherche à y répondre dans la mesure du possible ; c’est surtout dans le domaine bibliographique que nous croyons rendre de réels services.
Échange de législation scolaire : Dans sa réunion du 22 septembre dernier, le comité exécutif avait chargé le directeur du Bureau de s’adresser aux ministères de l’Instruction publique pour les prier de communiquer au Bureau tout changement dans leur législation scolaire susceptible d’intéresser les ministères des autres pays, auxquels le Bureau devait les transmettre. Le Bureau a traduit en anglais, en français et en espagnol, les textes reçus à cet effet et les a transmis aux ministères. L’accueil rencontré auprès de ceux-ci, nous encourage à poursuivre cette activité avec l’espoir qu’elle pourra s’amplifier à mesure que s’accroîtront nos moyens d’action.
Communiqués à la presse pédagogique : en vue d’intensifier son service d’information, le comité exécutif a décidé que le Bureau enverrait régulièrement à la presse pédagogique de tous les pays des communiqués signalant les initiatives intéressantes prises dans le domaine de l’éducation. Ce nouveau champ d’activité a été inauguré en février dernier et 10 communiqués ont déjà été adressés aux revues pédagogiques sur les sujets suivants : les subventions fédérales à l’enseignement professionnel aux États-Unis ; l’enseignement primaire et professionnel en Belgique ; l’école en plein air en Italie ; le théâtre scolaire au Danemark ; la correspondance scolaire internationale en Italie ; les marionnettes et le théâtre enfantin au Mexique ; l’instruction des indigènes dans quelques pays extraeuropéens ; l’enseignement ménager obligatoire en Suisse ; les écoles secondaires saisonnières dans l’État de New York ; le rapport du Comité départemental des écoles privées en Angleterre.
II. — Documentation🔗
Collection de revues. — Le Bureau international d’éducation et l’Institut des sciences de l’éducation reçoivent régulièrement environ 500 revues pédagogiques, provenant de presque tous les pays du monde. On comprend aisément la richesse que présente une telle collection au point de vue documentaire. En vue d’une utilisation plus rationnelle de celle-ci, le Bureau a entrepris cette année la réorganisation du service des périodiques. Ce travail est déjà fort avancé et nous espérons que notre collection de revues sera de plus en plus utile aux personnes qui, pour leurs études ou leurs besoins professionnels, viennent la consulter.
Collection de législation scolaire. — Dans sa séance du 8 janvier 1932, le comité exécutif décida de créer une collection de législation scolaire et pria le directeur du Bureau de signaler l’existence de cette collection aux ministères de l’Instruction publique et de leur demander de bien vouloir faire parvenir au Bureau leurs documents législatifs qui n’y figuraient pas encore. L’accueil fait par les ministères de l’Instruction publique de tous les pays à cette suggestion a dépassé nos espoirs les plus optimistes. Créée au début de l’année 1931, la collection compte déjà plus de 1500 documents (textes de lois, décrets, règlements, rapports, annuaires, programmes et autres publications officielles éditées par les ministères de l’Instruction publique). La série des documents législatifs fournis par certains pays est très complète. Plusieurs gouvernements ont montré un intérêt spécial pour cette initiative. Les autorités centrales des États-Unis d’Amérique et de l’Allemagne par exemple, ont bien voulu se charger de recommander elles-mêmes aux États constitutifs de leur pays l’envoi de leurs publications officielles au Bureau.
Ajoutons que dans cette collection figurent aussi des revues et bulletins officiels dont l’envoi régulier a été demandé aux ministères de l’Instruction publique. Il va sans dire qu’il est nécessaire, pour que notre bibliothèque de législation scolaire garde sa valeur, que la collection des documents de chaque pays soit tenue à jour. Le Bureau se propose donc de rappeler annuellement à tous ces ministères l’existence de cette collection et de leur communiquer la liste des documents reçus.
III. — Publications🔗
L’effort commencé l’année dernière dans le domaine des publications s’est intensifié. Nous avons essayé en premier lieu d’améliorer la présentation de notre Bulletin trimestriel, tout en augmentant le nombre de ses pages. En 6 ans, la petite feuille de 2 pages s’est transformée en une publication de 50 pages.
Depuis juillet 1931, le Bureau a fait paraître (outre le Bulletin : 392 pages), les ouvrages suivants : La Préparation à l’éducation familiale (80 p.). Le Bureau international d’éducation en 1930-1931 (68 p.). Le Quatrième Cours pour le personnel enseignant (120 p.). La Paix et l’éducation, par Mme Montessori (24 p.). L’Organisation de l’instruction publique dans 53 pays (376 p. et 61 graphiques), soit un total de 1060 pages (774 en 1930-1931). Avant la fin du mois paraîtra encore la deuxième édition du volume Littérature enfantine et collaboration internationale (244 pages).
IV. — Propagande🔗
Relations. — Le Bureau s’est préoccupé de maintenir et de développer dans la mesure du possible ses relations avec les associations nationales et internationales non officielles. Il s’est fait représenter par sa secrétaire générale au deuxième Congrès international de l’enseignement secondaire, tenu à Paris du 16 au 22 juillet 1931. Le Bureau n’a pu accepter l’invitation à se faire représenter au Congrès de l’enfance qui devait avoir lieu à Bucarest, mais il a envoyé du matériel de propagande pour l’exposition annexe. Malheureusement ce congrès a dû être renvoyé. Notre secrétaire générale vient encore de représenter le Bureau au Congrès international de l’enseignement de l’histoire qui a eu lieu à La Haye ces derniers jours. Le Bureau continue à faire partie du Comité d’entente des grandes associations internationales et se fait représenter à ses réunions. Nous sommes invités aussi, en qualité d’observateur, à l’assemblée plénière et aux séances de la commission d’éducation de l’Union internationale des associations pour la Société des Nations. Nous sommes convaincus de l’utilité de tous ces contacts et nous espérons pouvoir les développer dès que les moyens économiques nous le permettront.
Voyages. — Bien que les déplacements des membres du secrétariat aient été moins fréquents cette année, il faut signaler les voyages du directeur du Bureau à Paris où il a pris part à la réunion d’experts pour la révision des manuels scolaires et à la réunion trimestrielle du Comité d’entente des grandes associations internationales. Notre secrétaire générale s’est rendue à Bruxelles, à Pérouse, à Paris et à La Haye pour prendre part aux réunions internationales mentionnées plus haut. Notre directeur adjoint, M. Rossello, a donné à Madrid une conférence sur l’activité du Bureau.
Conclusionđź”—
Le rapport qui précède ne présente aucune des idées générales qu’il nous eût été agréable de développer. Il se borne à résumer, sèchement et objectivement, ce que nous avons fait. Faut-il, en guise de conclusion, répéter ce que nous disions l’an passé ? Que le Bureau international d’éducation demeure, en face de l’immensité de sa tâche, dérisoirement disproportionné ? Que ses faibles ressources et son personnel très peu nombreux et trop chargé contrastent tristement avec la grandeur de son nom ? Ce seraient là paroles d’avant la crise économique et morale qui ébranle le monde d’aujourd’hui. Ce qui nous frappe au contraire, c’est que, roseau parmi les chênes, nous ayons jusqu’ici résisté à l’ouragan. Nous avons survécu matériellement, puisque nous vivons encore et venons même de nous accroître. Mais nous avons surtout résisté moralement, puisque notre idéal de collaboration internationale paraît certainement moins lointain cette année que lors de la dernière séance du conseil. Nos relations toujours plus étroites avec les ministères de l’Instruction publique, notre contact continu avec la presse pédagogique, nos multiples rapports avec les associations d’éducateurs sont autant de preuves de notre vitalité. Il n’y a là , d’ailleurs, aucune raison de nous glorifier : qu’un organisme aussi délicat que le nôtre réussisse en cette époque malsaine à prospérer au lieu de s’étioler, cela prouve tout simplement que l’idée qui l’anime est une idée vivante, dont la logique interne se développe malgré tout, au travers de l’inconséquence des humains.