Discours du directeur du Bureau international d’éducation. 3ᵉ Conférence internationale de l’instruction publique : procès-verbaux et résolutions (1934) a

Monsieur le Président, Messieurs les Délégués, j’aimerais seulement donner ici quelques indications techniques sur la troisième Conférence de l’instruction publique. Je ne céderai point à la tentation de vous présenter le Bureau international d’éducation, car il ne fait qu’assurer le secrétariat de la conférence et celle-ci vous appartient tout entière.

Il faut pourtant que je rappelle en deux mots ce qu’ont été nos premières réunions, pour faire comprendre l’esprit qui nous anime et la méthode expérimentale que suit le Bureau.

En juillet 1929, trois ministères de l’Instruction publique — dont on ne saurait prétendre qu’il y ait entre eux des affinités directes —, ceux de la Pologne, de l’Équateur et du canton de Genève, ont signé un accord aux termes duquel ils communiqueraient leur documentation au Bureau international d’éducation, aux fins d’information mutuelle.

En juillet 1931, les mêmes ministères, avec ceux de la Tchécoslovaquie, de l’Espagne et de l’Égypte, devenus à leur tour membres du Bureau, se communiquaient mutuellement, à la séance de notre conseil, des rapports sur leur activité pédagogique durant l’année écoulée.

Telle a été l’origine de la Conférence internationale de l’instruction publique.

L’année suivante, en effet, non seulement les gouvernements membres du Bureau, mais encore tous les ministères de l’Instruction publique furent invités à présenter à notre conseil des rapports sur le mouvement éducatif dans leur pays, en une conférence faisant suite immédiatement à la séance de ce conseil (au mois de juillet 1932).

Ainsi était fondée la conférence, dont le premier volume de l’Annuaire international de l’éducation et de l’enseignement a été le fruit.

L’année dernière, l’expérience fut renouvelée et une vingtaine de délégués responsables assistèrent aux séances, beaucoup plus vivantes, au cours desquelles l’essentiel des problèmes pédagogiques de l’année fut passé en revue. Le deuxième volume de l’Annuaire international de l’éducation et de l’enseignement, qui en est issu, contient 53 rapports au lieu des 35 du premier volume.

Voilà notre méthode, toute de réciprocité : aucun essai d’uniformisation, mais information mutuelle sur toutes les questions spéciales soulevées par les rapports. Les délégués ont été frappés de l’atmosphère de collaboration et de compréhension mutuelle régnant à la conférence.

Cette année-ci, outre les rapports des ministères de l’Instruction publique, nous avons à débattre 3 grandes questions qui ont fait l’objet d’enquêtes du Bureau :

a) La scolarité obligatoire et sa prolongation. Inutile d’insister sur l’actualité que ce sujet présente du fait du chômage. L’Organisation internationale du travail a mis au programme de la Conférence du travail de 1935 le problème du chômage de la jeunesse. Ce sujet intéresse, en effet, à la fois les ministères de l’Instruction publique et ceux du Travail, qui manquent souvent de liaison entre eux : il se peut que des résolutions prises à notre Conférence de l’instruction publique contribuent à remédier à cet état de choses.

b) Les conditions d’admission aux écoles secondaires. L’enquête menée par le Bureau sur ce sujet est née d’une demande d’information du chef du cabinet de M. de Monzie, alors ministre de l’Instruction publique en France. Le surpeuplement des universités conduit à envisager une sélection des élèves de l’enseignement secondaire et pose le problème des deux types d’enseignement secondaire : l’école moyenne conduisant à la fin des études et l’école secondaire proprement dite préparant à l’université.

c) Les économies dans le domaine de l’instruction publique. C’est une question posée par le délégué allemand à la séance du conseil de 1932, qui est à l’origine de l’enquête du Bureau sur cette angoissante question, englobant celle de la défense de l’instruction publique contre le mal des économies et celle des remèdes pratiques à envisager.

Trois représentants de pays membres du Bureau ont bien voulu introduire la discussion de ces sujets par des rapports personnels. Je les en remercie bien vivement. Ce sont M. Marcel Nyns de Belgique, pour la scolarité obligatoire et sa prolongation ; M. le professeur Édouard Cros de Pologne, pour l’admission aux écoles secondaires et M. Agustín Nieto Caballero de Colombie, pour les économies dans le domaine de l’instruction publique.

Quant aux trois rapports du Bureau, qui vous ont été envoyés en temps utile, ils présentent simplement la documentation émanant de vos ministères. Vous y trouverez peut-être des erreurs et des lacunes, mais ils sont sujets à des rééditions successives.

Nous n’attendons pas de la conférence des résolutions catégoriques. Elle ne saurait chercher à imposer quoi que ce soit et cela pour trois raisons : 1) les pays et leur organisation nationale sont trop différents ; 2) cette réunion n’est pas un congrès, mais une conférence de délégués responsables qui, par conséquent, engagent leur pays et ne peuvent pas voter à la légère ; 3) lorsqu’on cherche à imposer une mesure quelconque, on provoque la résistance, vérité pédagogique essentielle qu’il est d’ailleurs superflu de rappeler à des diplomates.

Les résolutions de notre conférence seront bien plutôt un catalogue des solutions possibles. Elles seront un appel à l’émulation, au sens noble de ce terme.

Mais assez de préambules : la conférence commence ; elle sera ce que vous en ferez.