Discours de clôture du directeur du Bureau international d’éducation. 3ᵉ Conférence internationale de l’instruction publique : procès-verbaux et résolutions (1934) a 🔗
Monsieur le vice-président, Madame et Messieurs les délégués, en cette cérémonie de clôture j’aimerais formuler quelques réflexions du point de vue du Bureau international d’éducation, qui a prié le Conseil fédéral suisse de bien vouloir convoquer la conférence.
J’aimerais tout d’abord dire notre reconnaissance aux gouvernements qui, malgré ces temps de crise, ont répondu d’une manière si encourageante à notre invitation. En définitive, ce sont en effet 37 États qui se sont fait représenter ici, et qui ont collaboré d’une manière directe à nos travaux. Ce succès montre l’utilité de notre conférence annuelle, et la nécessité de mettre en commun périodiquement les expériences faites et les résultats obtenus, de manière à ce que chacun puisse en retirer le même bénéfice.
Notre reconnaissance s’adresse également à vous-mêmes, messieurs les délégués, pour l’esprit admirable que vous avez introduit dans vos travaux. Votre méthode a été celle de la compréhension mutuelle et de la réciprocité. Il ne s’est point manifesté, dans vos discussions, de ces rivalités nationales qui surgissent nécessairement dans l’œuvre des institutions à signification politique. Vous êtes restés sur le terrain de la pédagogie, de la pure technique, et c’est là le secret de la réussite de vos délibérations.
Cette méthode que vous avez suivie, c’est celle que s’est imposée le Bureau international d’éducation. Vous connaissez nos publications. Vous connaissez nos enquêtes, en particulier celles qui ont servi de base aux travaux de cette conférence. Ces ouvrages se bornent à comparer entre eux les différents points de vue et à les coordonner. Le Bureau ne cherche à imposer aucune doctrine, parce qu’il n’en possède pas. Nous avons chacun notre opinion personnelle, mais il n’existe pas de pédagogie officielle du Bureau international d’éducation.
Nous tenons à cette méthode pour deux raisons au moins. La première se rapporte aux conditions de l’objectivité scientifique. Je ne crois pas, en effet, qu’il existe de pédagogie universelle. Ce qui est commun à tous les systèmes d’éducation, c’est l’enfant lui-même, ou du moins certains traits généraux de sa psychologie. Par contre, les conditions sociales sont infiniment variables, et, selon la diversité des milieux, on peut concevoir un grand nombre de formes de l’éducation. Le rôle de la pédagogie comparée, cette recherche qui constitue la fonction propre du Bureau, est donc de coordonner la diversité et non de la réduire à l’unité.
Notre seconde raison est d’ordre humain : le respect du point de vue de chacun est la condition nécessaire du succès de notre travail.
Cherchons maintenant à dégager les résultats de la conférence.
Tout d’abord, les rapports présentés par chaque délégué sur le mouvement éducatif de son pays nous ont permis de faire une sorte de tour du monde pédagogique. L’impression la plus vive qui nous en reste est celle tout à la fois de la ressemblance de ces rapports et de l’originalité de chacun. Les problèmes sont à peu près les mêmes partout, mais les données et les solutions diffèrent. Les questions et les discussions qui ont surgi à l’occasion de plusieurs de ces rapports, ont suffisamment montré l’intérêt que nous avons tous pris à cette information mutuelle.
Nous avons, d’autre part, discuté trois problèmes généraux, à la fois complexes et interdépendants. Ce n’est point par hasard que nous les avons inscrits à notre ordre du jour : c’est parce qu’ils se posent avec insistance dans chaque pays. La question de la scolarité obligatoire et de sa prolongation ne peut pas se discuter sans aborder celle de l’admission aux écoles secondaires, et toutes deux sont soulevées par la situation économique présente, c’est-à -dire qu’elles sont liées au problème des économies dans le domaine de l’instruction publique.
Vous avez abordé ces questions dans un esprit de fermeté et de prudence réunies. Vous êtes, messieurs, les délégués de vos gouvernements. Or, une conférence gouvernementale aurait pu aboutir à des conclusions impératives, et même préparer des conventions. Ni vous-mêmes, ni le Bureau international d’éducation, qui a convoqué la conférence, nous ne l’avons voulu. Lors de l’ouverture de la conférence, nous avons insisté sur le fait que telle n’était pas notre intention, et vous avez eu la sagesse d’éviter soigneusement cette imprudence. Car aujourd’hui toute pression en matière d’éducation risquerait d’aboutir à fin contraire. Par contre, vous avez voté des recommandations mettant en valeur les différentes solutions possibles. Or, laissez-moi vous avouer que ces recommandations sont plus fortes que celles que nous avions prévues. Étant donné la diversité des conditions nationales, nous pensions que la conférence s’en tiendrait à des généralités, tandis que sur bien des points, vous avez touché le fond des problèmes.
Vos recommandations insistent sur certains principes généraux, comme les 7 années de scolarité obligatoire minimum — lesquelles méritent de devenir classiques — , comme la nécessité d’une coordination entre les mesures législatives relatives à l’enseignement et celles relatives au travail.
Vous avez touché aussi à des questions d’organisation scolaire, par exemple à celles de la coordination des enseignements, du choix des maîtres appelés à donner un enseignement prolongé au-delà de 14 ans, ou des différents types d’écoles secondaires.
Vous avez, en troisième lieu, abordé même certains problèmes de méthodologie, tels que ceux du programme de l’enseignement prolongé et de la nécessité d’orienter les élèves.
Ces recommandations, j’en suis certain, auront un grand retentissement. Elles seront discutées dans le monde pédagogique, elles stimuleront l’action des dirigeants.
Permettez-moi, enfin, de parler du Bureau. Par votre confiance, vous nous avez fait croire davantage encore à l’utilité de notre œuvre. Nous nous sommes montrés à vous tels que nous sommes : à la fois modestes et ambitieux, modestes par notre situation, et animés d’une noble ambition. Nous avons été profondément touchés de vos remerciements et des paroles que vous avez adressées publiquement à notre secrétariat. Vous comprendrez que l’organisation d’une conférence comme celle-ci n’est pas allée sans des moments de doute et même de découragement. Le résultat obtenu, grâce à vous, constitue — soyez-en certains — la plus belle des récompenses.
Je ne sais si Mme Fannie Fern Andrews, qui représente ici le gouvernement des États-Unis d’Amérique, alors qu’elle avait fait convoquer par lui, en 1914, une première Conférence de l’instruction publique, avait conçu ses travaux de la même manière que nous et si elle considère le Bureau international d’éducation comme répondant à l’idéal qu’elle s’en était formé. Mais ce que je sais, ce que je tiens une fois de plus à affirmer, c’est la filiation de notre œuvre actuelle par rapport à ses initiatives, et c’est notre reconnaissance.
Aujourd’hui, après cinq années d’activité de notre Bureau — cette conférence coïncide avec le 5e anniversaire de notre réorganisation — , nous pouvons dire que les assises annuelles et internationales de l’instruction publique sont devenues une réalité. Pour ceux qui ont suivi l’effort de la collaboration internationale en matière d’éducation, il y a là un résultat d’autant plus encourageant qu’il a été plus difficile à atteindre. Je vous en remercie tous : vous avez été les artisans de cette œuvre.