Discours du directeur du Bureau international d’éducation. 4ᵉ Conférence internationale de l’instruction publique : procès-verbaux et résolutions (1935) a

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Délégués, veuillez me permettre de donner quelques indications techniques sur la quatrième Conférence de l’instruction publique, dont le Bureau international d’éducation assure le secrétariat.

Les conférences de l’instruction publique sont nées et se sont développées, non pas à la suite d’une convention d’ordre juridique qui les aurait fait sortir d’un seul coup du néant, mais à la manière des organismes vivants, par une sorte d’intégration et de croissance lentes et continues. De 1929 à 1931, en effet, seuls les pays membres du Bureau international d’éducation, au nombre de 3 d’abord, de 4, puis de 6, se communiquaient à la séance annuelle de notre conseil leur documentation et leurs rapports sur le mouvement éducatif de l’année écoulée. Or, cette expérience s’est révélée si fructueuse qu’en 1932 le conseil du Bureau a invité les pays non membres à participer à ses travaux en une discussion générale sur les événements pédagogiques de l’année. Cette première Conférence de l’instruction publique a été suivie d’une seconde en 1933, à laquelle quatorze ministères ont participé, puis d’une troisième en 1934, à laquelle 37 gouvernements étaient représentés. C’est cette conférence de l’année passée qui a fixé nos vraies méthodes de travail.

Ces méthodes sont faciles à caractériser en deux mots : objectivité et réciprocité, ou, si l’on préfère, information mutuelle et compréhension réciproque, c’est-à-dire méthode scientifique.

Si le Bureau international d’éducation est convaincu de l’utilité de la collaboration internationale en matière d’enseignement et d’éducation, il pense en effet que cette collaboration, pour être effective, doit reposer à la fois sur une information solide et sur un échange réel, sans aucune tentative de pressions ou d’uniformisation. Aussi le Bureau lui-même ne possède-t-il aucune doctrine pédagogique et ne cherche-t-il qu’à savoir et à comparer, de manière à servir chacun et à coordonner sans unifier.

C’est dans cet esprit que le comité exécutif du Bureau international d’éducation a choisi comme premier objet de la conférence la lecture des rapports des ministères de l’Instruction publique. Ces rapports, rédigés par les services officiels responsables, n’ont d’autre but que de fournir à tous une documentation exacte sur les principaux événements pédagogiques de l’année. Mais, si fidèles que soient ces documents au point de vue propre de chaque pays et de chaque gouvernement, quelle étonnante leçon nous donne d’emblée leur comparaison ! Lorsque, réunis et publiés dans notre Annuaire international de l’éducation et de l’enseignement — publication qui est à proprement parler l’organe annuel de la Conférence de l’instruction publique —, ils aboutissent à ce tableau d’ensemble de l’évolution d’une année, il est impossible de ne pas dégager l’idée de collaboration qui leur est immanente.

De même, l’étude des trois questions spéciales que le comité exécutif du Bureau a mises à l’ordre du jour de la Conférence ne doit conduire à rien d’autre qu’à une information mutuelle plus exacte, mais nous sommes certains que cette comparaison conduira ipso facto à un progrès réel.

En effet, pour permettre à la conférence une vision d’ensemble des problèmes, le Bureau a rédigé, à la demande de trois ministères de l’Instruction publique des pays membres, la Colombie, la Tchécoslovaquie et la Pologne, trois publications sur l’état actuel des questions de la formation professionnelle du corps enseignant primaire, de la formation professionnelle du corps enseignant secondaire et des conseils de l’instruction publique. Ce sont ces ouvrages qui serviront de base aux trois rapports que vous entendrez et que MM. Maciszewski (Pologne), Oliveira Guimaraes (Portugal) et Lachenal (Suisse) ont bien voulu se charger de préparer. Or, comment n’être pas frappé, en lisant cet ensemble de documents envoyés par tous les ministères du monde, par l’étonnante similitude des problèmes en des conditions infiniment variées.

Le problème de la formation des maîtres primaires, tout d’abord, se pose actuellement dans tous les pays à peu près dans les mêmes termes. Il est évident, dans de telles conditions, qu’un échange des expériences faites par chacun peut être utile à tous.

Si la question de la formation pédagogique des professeurs secondaires soulève moins de questions délicates, il est non moins visible que la même tendance se fait jour partout en faveur d’une préparation proprement pédagogique plus poussée que dans le passé. Ici encore, l’utilité d’une information mutuelle est donc évidente.

Enfin, si l’organisation des conseils scolaires paraît, au premier abord, ne devoir éveiller qu’un intérêt moindre, le fait que 51 ministères de l’Instruction publique ont répondu au questionnaire que l’un de nos pays membres nous avait prié de confectionner montre assez qu’aucun problème soulevé par un État particulier ne laisse les autres indifférents.

Il est donc évident, Messieurs, que la collaboration internationale en matière d’éducation est souhaitée par tous. Que devons-nous donc attendre des conférences de l’instruction publique ? On l’a déjà dit maintes fois : ni résolutions impératives ni discussions purement académiques, mais des recommandations qui constituent un simple catalogue des solutions possibles et qui mettent en relief les expériences spécialement heureuses. Ainsi chaque gouvernement, mieux informé de ce que font les autres, pourra légiférer en tenant compte de l’ensemble du mouvement pédagogique, et se sentira davantage solidaire, en son entière autonomie, du travail général qu’accomplit le monde en ces années de transformation et de reconstruction.