Discours du directeur du Bureau international d’éducation. 6ᵉ Conférence internationale de l’instruction publique : procès-verbaux et résolutions (1937) a

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Délégués, il est de tradition que le directeur présente en quelques mots le Bureau international d’éducation aux délégations prenant part pour la première fois à la Conférence internationale de l’instruction publique et qu’il introduise très brièvement les sujets à l’ordre du jour.

La conférence qui s’ouvre aujourd’hui implique pour le Bureau international d’éducation lui-même une signification ou, si je puis dire, une atmosphère affective toute nouvelle par rapport aux précédentes. Jusqu’ici nous vous avons reçus, Messieurs les Délégués, dans des salles prêtées pour la circonstance par l’État de Genève, par la Ville de Genève ou par la Société des Nations. Même l’année dernière, lorsque nous étions réunis dans l’ancienne salle du conseil de la Société des Nations, qui devient actuellement notre salle d’exposition, nous n’étions pas chez nous. Cette année, par contre et pour la première fois, le Bureau international d’éducation reçoit la Conférence de l’instruction publique dans ses propres locaux. Ce qui était jusqu’ici une sorte d’invitation à l’hôtel devient une fête de famille. Veuillez donc me permettre de vous souhaiter dans notre maison une très cordiale bienvenue.

Mais, si nous avons la joie de vous saluer chez nous, vous ne nous en voudrez pas si nous vous faisons participer plus encore que par le passé à la vie du Bureau, à nos espoirs et à nos projets d’avenir. Il y a quelques années déjà que nous avons pris cette fâcheuse habitude. La première assemblée internationale, dans laquelle furent adoptés nos statuts, ne réunissait, il est vrai, que trois gouvernements : ceux de la Pologne, de l’Équateur et du canton de Genève (pas encore la Suisse comme telle). Mais elle voyait déjà les choses en grand. Elle n’a pas eu tort, puisque nous sommes aujourd’hui au nombre de 46. Vous nous pardonnerez donc si nous continuons dans cette voie et si, dès le premier jour, nous vous parlons de l’avenir, mais cette fois d’un avenir immédiat et, pour ainsi dire, actuel.

Ce que nous voudrions, c’est qu’entre la Conférence de l’instruction publique, symbole vivant de la coordination des ministères de l’Éducation nationale, et le Bureau international d’éducation d’autre part, une collaboration plus étroite encore que par le passé puisse s’instaurer grâce à cet excellent instrument de travail que constituent les nouveaux locaux mis à notre disposition dans le palais Wilson, ancien secrétariat de la Société des Nations. On n’hérite pas en vain, en effet, des salles et des bureaux où se sont traitées les affaires internationales pendant tant d’années et, si pénétré que l’on soit du sentiment des proportions et de la relativité des ordres de grandeur, certains stimulants agissent inévitablement sur les saines ambitions.

Il est évident, à cet égard, que nos nouvelles bibliothèques et salles d’exposition vont nous permettre d’assurer un contact beaucoup plus étroit que par le passé avec les différents pays qui sont entrés dans l’organisation du Bureau international d’éducation. Notre bibliothèque est déjà pleine de vos documents et des publications de vos pays respectifs, Messieurs les Délégués. Mais nous voulons faire mieux. La grande salle de verre où se tenaient les conseils de la Société des Nations, et où s’est réunie notre conférence de l’année dernière, ne saurait mieux servir nos projets de collaboration qu’en devenant le siège d’une Exposition permanente de l’instruction publique réservée par le Bureau aux pays qui le constituent. N’est-il pas suggestif de penser que ce local, qui fut le théâtre de tant d’événements aujourd’hui passés et entrés dans l’histoire, va devenir le lieu le plus noble des compétitions, celles des idéaux et des techniques de l’éducation.

Sur chacun des emplacements réservés aux pays exposants, en effet, on pourra trouver en un raccourci synthétique toute la documentation pédagogique du ministère de l’Instruction publique : programmes et manuels, lois et tableaux de l’organisation scolaire, matériel et travaux d’élèves, bref, tout ce qu’un chercheur avide d’information désirerait voir réuni pour comparer un pays à l’autre.

Mais notre ambition n’est pas de transformer le Bureau international d’éducation en un musée, je veux dire d’en faire un dépôt de choses inanimées. L’Exposition permanente de l’instruction publique doit être un instrument de travail, un laboratoire d’éducation comparée, ou tout au moins une perpétuelle illustration vivante de ce que chacune de nos enquêtes réalise abstraitement. Elle doit donc être un stimulant pour des recherches comparatives toujours plus nombreuses, dépassant en précision ce que notre méthode actuelle nous permet d’obtenir. C’est donc un pas de plus que nous voudrions franchir sur la route qui est la nôtre : la coordination progressive des résultats pédagogiques.

Ceci nous ramène au sujet de notre conférence, qui a précisément pour fonction de confronter les résultats obtenus sur trois points essentiels pour les pédagogues : l’inspection de l’enseignement, l’enseignement des langues vivantes, l’enseignement de la psychologie dans la préparation des maîtres primaires et secondaires, que MM. Verheyen, Gräfer et Myslakowski ont bien voulu se charger d’introduire. Comme les autres années, il n’y aura pas de convention, ni même de résolutions adoptées, mais des recommandations qui respecteront les points de vue de chacun.

Grâce à votre compréhension et à la confiance en notre idéal, vous avez su créer, Messieurs, une atmosphère qui est certainement exceptionnelle dans les conférences internationales. Mon vœu est qu’elle se renouvelle cette année et qu’elle se répande de plus en plus largement.