Rapport du directeur. Le Bureau international d’éducation en 1940-1941 (1941) a 🔗
Première partie
Questions administrativesđź”—
I. Le Bureau durant les hostilités🔗
En commençant notre rapport de l’année passée, nous disions déjà que c’est durant les périodes de crise générale que les besoins réels auxquels répond une institution se manifestent vraiment et font évanouir l’artificiel ou l’adventice. C’est dans le même sentiment que nous avons le privilège de présenter aujourd’hui le rapport de l’année qui s’est écoulée depuis lors.
Comme ce fut le cas dès le début des hostilités, les activités du Bureau se sont réparties en deux catégories bien distinctes, que l’on pourrait appeler activités de paix, ou continuation des activités de paix, et activités de guerre.
Les premières consistent essentiellement à informer le monde de l’éducation par le moyen de notre Bulletin et des volumes condensant en eux les résultats des enquêtes dont nous sommes périodiquement chargés sur des questions particulières et d’intérêt actuel. Or, bien que la rédaction du Bulletin, l’envoi des questionnaires d’enquêtes, la réception des réponses et de la documentation variée qui nous est nécessaire, supposent un contact permanent avec les autorités scolaires de tous les pays, notre travail a pu se poursuivre durant toute cette année. Je dirai davantage : nous avons été incités à le continuer par la certitude cent fois renouvelée qu’il était indispensable et répondait à ce que chacun réclamait de nous. Jamais nous n’avons éprouvé l’impression de travailler dans le vide ou, pis encore, de travailler seulement pour persévérer dans l’être, sans autre mobile déterminé. Nous avons, au contraire, continuellement senti qu’il fallait aller de l’avant pour encourager ceux qui ne peuvent se consacrer aux mêmes besognes et surtout pour remédier aux manques tragiques de liaison et d’information entre les éducateurs de tous les pays.
Quant aux activités spécifiques qui nous ont été imposées par les hostilités, nous avons poursuivi à un rythme accéléré les envois collectifs et individuels de livres d’études aux prisonniers de guerre, et avons considéré ce travail non seulement comme une tâche toute naturelle pour un bureau qui s’est toujours soucié du corps enseignant autant que des écoliers, mais encore comme un privilège particulier. Nous reviendrons, au cours de ce rapport, sur les aspects administratifs de cette dernière activité. J’aimerais seulement dire, en ce bref avant-propos, combien une telle « aide intellectuelle aux prisonniers de guerre » nous a saisis et quel nouveau facteur de contact humain elle a représenté pour chacun de nous et en général pour le Bureau tout entier, dont la technicité lui faisait souvent trop voir les éducateurs et les hommes sous un aspect d’ensemble, plus que sous les espèces de l’individu qui souffre et veut poursuivre son enrichissement spirituel malgré toutes ses souffrances.
C’est donc sans autres commentaires que nous pouvons aborder le détail de notre rapport, avec la certitude d’avoir vécu, non pas au ralenti, mais en affirmant sans cesse, dans la faible mesure de nos possibilités d’action, une raison d’être qui s’est révélée réelle.
II. Financesđź”—
Si nous constations, dans le rapport de l’année dernière, que les quatre premiers mois de guerre n’avaient pas, du point de vue économique, mis en danger la vie du Bureau, nous ne nous dissimulions pas que l’avenir nous réservait certaines difficultés financières. Les faits sont venus, hélas, confirmer nos appréhensions. Mais, douze mois plus tard, nous pouvons affirmer que ces difficultés n’ont constitué en aucun cas une menace mortelle pour le Bureau. Nous comptions, l’an dernier, sur l’aide des pays « qui ne seraient pas atteints directement par la tourmente ». Nous nous excusons très vivement aujourd’hui d’avoir sous-estimé le degré d’attachement au Bureau de ceux des pays membres qui ont payé ou qui payent encore à la guerre un si dur tribut. C’est avec un sentiment de gratitude et d’admiration que nous avons vu plusieurs d’entre eux, lourdement éprouvés, s’acquitter malgré tout de leurs obligations financières envers le Bureau. Ce geste, plus qu’aucun autre, nous a aidés dans ces moments d’épreuve à puiser de nouvelles forces et à considérer comme utiles et solides les principes sur lesquels repose notre institution.
Le comité de gestion voudra, sans doute, s’associer à la direction pour exprimer aux autorités de ces pays la reconnaissance toute particulière du Bureau. Nos remerciements vont aussi aux gouvernements des pays membres épargnés par la guerre, qui ne doivent pas moins supporter des charges financières sans cesse accrues. Leur fidélité a été aussi pour nous un continuel réconfort et une des plus fermes raisons de croire en l’avenir du Bureau.
La fondation Rockefeller nous a fait parvenir au cours de l’année 1940 la troisième et dernière tranche de la subvention qu’elle nous avait accordée pour l’enquête sur la littérature enfantine en Amérique latine. Nous exprimons, une fois de plus, notre reconnaissance à cette fondation. Grâce à son aide, nous avons pu non seulement approfondir les recherches du Bureau dans le domaine des livres pour enfants, mais aussi développer nos rapports avec les pays de l’Amérique centrale et de l’Amérique du Sud.
Le Council of Education de Washington a bien voulu témoigner aussi de sa sympathie à l’œuvre du Bureau en lui accordant une subvention pour l’exercice 1940.
Malgré ces faits encourageants, le Bureau a dû s’imposer des limitations matérielles, d’autant plus regrettables qu’elles affectent une organisation jeune et en voie de développement. Comme les individus, les institutions atteintes en pleine croissance ne souffrent-elles pas davantage du régime des restrictions ? Que de fois, pendant cette année, devant les sommes astronomiques que coûte un seul jour de guerre, nous avons songé à ce que le Bureau pourrait faire si chaque pays voulait lui sacrifier par an le montant d’un seul char de combat !
III. Relations avec les pays membresđź”—
Plus que l’année précédente, c’est l’année 1940-1941 qui devait nous donner la mesure de la vitalité du Bureau en temps de guerre. En effet, ce n’est qu’à partir du printemps de l’année passée que les hostilités ont profondément bouleversé les relations entre les peuples. Jusqu’alors, malgré certaines limitations et certains retards tout à fait naturels, les rapports avec presque tous nos membres pouvaient être considérés comme normaux.
Les événements de mai 1940 devaient avoir forcément des répercussions beaucoup plus graves. Ce fut pendant quelques semaines un isolement presque complet, un arrêt total du courrier pesant plus lourdement que tout autre chose sur le moral du personnel. Et, peu à peu, les communications postales reprirent, des réponses à nos enquêtes recommencèrent à arriver, des revues garnirent à nouveau les rayons de notre bibliothèque, et des lettres nous rassurèrent sur le sort des représentants au Bureau. Si le second acte du grand drame avait violemment secoué les liens qui nous unissaient aux pays membres de notre institution, il ne les avait donc pas rompus.
Dans les moments de crise collective comme celle que nous traversons, l’éducation semble être un moyen d’éviter de nouvelles catastrophes vers lequel tout naturellement se portent les regards. Est-il donc surprenant que la documentation réunie par le Bureau sur l’organisation scolaire des divers pays ait été particulièrement mise à contribution ? La guerre a posé en outre à l’école des problèmes pressants et inédits. Nous avons eu la satisfaction de pouvoir contribuer à faire connaître à plusieurs de nos membres comment ces problèmes avaient été résolus ailleurs que chez eux.
Désir nouveau de se documenter sur l’organisation scolaire comparée, voilà donc ce que le Bureau a ressenti très nettement chez ses membres pendant cette deuxième année de guerre. Et, ce qui n’a pas laissé de nous frapper, cet intérêt émanait aussi bien des administrations scolaires de grands États que de celles de pays d’importance secondaire, souvent soucieux de mettre à profit l’expérience de ceux qu’ils considèrent comme plus avancés qu’eux. Sans doute, lorsque les communications se trouvent rompues entre une partie du monde et l’autre, éprouve-t-on plus que jamais le besoin d’un centre objectif et impartial, qui puisse continuer à enregistrer et à diffuser les manifestations du monde pédagogique, ralenti peut-être, mais non point arrêté par les hostilités. Le Bureau a été heureux de se mettre ainsi à la disposition de ses membres. Il a donné en même temps la preuve que des organisations intergouvernementales d’information et de recherches ont à jouer un rôle tout aussi utile en temps de guerre qu’en temps de paix.
IV. Relations avec les autres ministères de l’Instruction publique🔗
Ce que nous venons de dire des rapports entre le Bureau et les pays ayant adhéré à son statut peut s’appliquer aussi en principe à nos rapports avec les autres gouvernements. Le nombre des ministères de l’Instruction publique des pays non membres ayant répondu à nos enquêtes n’a pas souffert de diminution appréciable. De son côté, le Bureau a continué à recevoir, des autorités scolaires, des institutions ou des éducateurs de ces pays, de nombreuses demandes de renseignements. Ces contacts se sont intensifiés à mesure que les milieux éducatifs du monde entier apprenaient que le Bureau international d’éducation, en dépit des circonstances actuelles, n’avait pas interrompu son activité.
Nous nous rendons parfaitement compte que le moment présent n’est point des plus propices à de nouvelles adhésions. Nous avons toutefois la certitude que les contacts établis en pleine tempête ont plus de poids et créent des liens plus solides que ceux d’avant-guerre. Nous osons donc espérer, qu’une fois la guerre finie, ces pays tiendront à s’associer aux gouvernements qui ont donné le jour au Bureau et lui ont garanti la vie pendant les hostilités.
V. Exposition permanente de l’instruction publique🔗
Là encore, le Bureau a appliqué la devise qu’il a adoptée pour la durée de la guerre : tenir et servir.
Ce n’est pas sans une certaine mélancolie que nous nous sommes rappelé parfois les heureux débuts et l’élan initial de l’exposition. Fallait-il renoncer à la poursuite de cette initiative et attendre des temps meilleurs ? La réponse nous a été fournie par les gouvernements participants.
Bien que son gouvernement soit préoccupé par des soucis d’un tout autre ordre, le ministère de l’Instruction publique de Hongrie a continué à réunir le matériel pédagogique destiné au stand qui lui a été réservé. Une communication récente nous a annoncé que tout ce matériel se trouve actuellement à Budapest, prêt à être expédié à Genève. Nous savons quel enrichissement la participation de la Hongrie apportera à notre exposition et nous tenons à remercier chaleureusement tous ceux qui ont contribué à la réalisation de cette idée.
Nous annoncions, dans notre rapport précédent, l’aménagement d’un deuxième stand suisse. Grâce surtout aux efforts du secrétaire de la Conférence des chefs des départements de l’Instruction publique de la Suisse, M. Antoine Borel, un comité suisse a été créé. Les plans du nouveau stand ont été approuvés, et les élèves des écoles professionnelles de Bâle, Berne et Zurich sont actuellement en train d’en confectionner le mobilier et les vitrines. Pendant l’année écoulée, le stand suisse a été complété par une collection de manuels provenant de différents cantons. Cette collection, dont plusieurs spécimens atteignent, en présentation matérielle comme en valeur pédagogique, un haut degré de perfection, a mérité les éloges de bien des visiteurs étrangers. Pour nous, cette collection de manuels suisses — comprenant des ouvrages écrits en quatre langues différentes et répondant à des conceptions éducatives diverses — constitue une preuve indéniable de l’intérêt que l’exposition présentera lorsque le visiteur aura le loisir d’étudier et de comparer les manifestations pédagogiques d’un plus grand nombre de pays.
Nous souhaitions, l’année dernière, que les circonstances permissent enfin aux autres pays membres du Bureau d’occuper la place qui leur est réservée dans cette exposition. Quoique ces circonstances ne soient encore guère favorables, notre appel a été entendu d’un autre pays membre : l’Espagne. Le ministère de l’Éducation nationale de Madrid s’est déclaré prêt à occuper les deux stands auxquels ce pays a droit en sa qualité de membre fondateur du Bureau. Le comité se félicitera sans doute avec nous de cette nouvelle preuve d’intérêt des autorités espagnoles pour l’œuvre de notre organisation.
VI. Service d’aide intellectuelle aux prisonniers de guerre🔗
Créé en 1939, au début de la guerre, le Service d’aide intellectuelle aux prisonniers de guerre — comme du reste toutes les autres œuvres de secours — ne fut appelé à donner son plein rendement qu’à partir de l’été 1940. Nous avions mis à profit le laps de temps écoulé entre le début des hostilités et l’augmentation soudaine du nombre des prisonniers pour mettre au point notre technique de travail. Et, lorsqu’une véritable avalanche de demandes de livres déferla sur le Bureau, le service, grâce à l’expérience acquise, put faire face à la nouvelle situation.
Le travail fut réparti en deux sections, celle des envois collectifs de livres aux hommes de confiance des camps, et celle des envois individuels, répondant aux besoins particuliers de chaque prisonnier, la seule qui avait fonctionné jusqu’alors. L’organisation d’« Universités de captivité » dans un certain nombre de camps a retenu tout particulièrement l’attention de la section d’envois collectifs, tandis que les familles des prisonniers utilisent largement notre section d’envois individuels.
Pour se rendre compte de la somme de travail fournie par le service — saisissons cette occasion pour exprimer notre reconnaissance au personnel qui en est chargé — il suffit de citer deux chiffres : au premier juillet 1940, le service avait expédié un millier de volumes à peine. Douze mois plus tard, le 30 juin 1941, le nombre d’ouvrages envoyés atteignait le chiffre de 49 983. De ces volumes, 33 070 ont été distribués dans les bibliothèques des camps et 16 913 répondaient à des demandes individuelles.
Ces données statistiques doivent être complétées par le nombre de camps desservis par le service du Bureau. Tandis qu’au début de l’été 1940, nous étions en rapport avec une douzaine de camps de prisonniers, à la fin de juin 1941, nous avions établi un contact avec 170 camps répartis dans tous les continents. Et nous faisons abstraction des camps d’internés militaires en Suisse, auxquels le service a étendu aussi son action.
La plupart des livres étant des livres scientifiques et des livres d’études, on peut estimer à près de 250 000 francs suisses la valeur des ouvrages envoyés par le Bureau à fin juin 1941.
Une partie de ces livres nous ont été généreusement fournis par des autorités scolaires, des universités, des écoles, des associations professionnelles (personnel enseignant, architectes, médecins, etc.), et par des particuliers. Mais il fallait envisager aussi l’achat d’ouvrages spéciaux dont les possesseurs se dessaisissent difficilement. D’autre part, l’organisation matérielle du service entraînait certains frais trop élevés pour être portés au budget ordinaire. Les dons reçus en espèces — une soixantaine de mille francs — nous ont permis de faire face à toutes ces dépenses. Qu’il nous soit permis de remercier tout spécialement le Conseil fédéral suisse, qui a octroyé à notre service une seconde subvention de 10 000 francs suisses, le gouvernement français qui, par l’intermédiaire du Comité aux prisonniers de guerre à Paris, a versé à notre service une première allocation de 100 000 francs français, le ministère de l’Éducation nationale de Roumanie et la Croix-Rouge britannique, qui ont tenu eux aussi à contribuer à notre œuvre. Nous exprimons enfin notre gratitude aux membres du personnel enseignant suisse pour leur participation à la souscription ouverte en faveur des besoins intellectuels des prisonniers.
Mention doit être faite, enfin, des résultats encourageants obtenus par le timbre Pestalozzi vendu au profit du service. Ce succès a été satisfaisant non seulement au point de vue financier, mais pour faire connaître dans les milieux les plus divers l’œuvre humanitaire du Bureau pendant la guerre.
Deuxième partie
Recherchesđź”—
I. Enquêtes réalisées🔗
Nous n’envisagions pas sans crainte, lors de la lecture de notre dernier rapport au comité de gestion, le sort qui semblait attendre l’activité du Bureau dans le domaine des recherches sur l’éducation comparée. Les communications entre Genève et un très grand nombre de pays étaient alors coupées et nous nous demandions comment il nous serait possible de mener à bonne fin les enquêtes commencées et s’il n’était pas trop aventureux d’en entreprendre de nouvelles. La bonne volonté des ministères de l’Instruction publique nous a incités à aller de l’avant. En effet, des réponses nous sont parvenues dès le rétablissement des courriers, et depuis lors celles-ci continuent à nous arriver avec régularité.
Nous avons toutefois décidé de ne pas clôturer immédiatement les trois études dont le dépouillement était presque terminé en juillet 1940 et à ne faire paraître leurs résultats que dans le cours de 1941.
L’accueil réservé par les autorités, les éducateurs et la presse pédagogique aux volumes sur l’organisation des bibliothèques scolaires et sur l’éducation physique dans les écoles primaires — celui sur l’enseignement ménager est sous presse actuellement — a confirmé notre impression sur l’opportunité de ces publications. Loin d’avoir enlevé à ces recherches, entreprises en pleine paix, leur caractère d’actualité, la guerre en avait accentué l’intérêt, notamment en ce qui concerne l’organisation de l’éducation physique.
Cette constatation est vraie aussi — croyons-nous — pour les enquêtes dont le dépouillement a commencé en 1941 : l’enseignement de l’hygiène et l’enseignement des travaux manuels.
On a beaucoup parlé ces dernières années du principe — plus ou moins ouvertement accepté par tous — de l’école et la vie. Si l’on tient compte de la situation d’une bonne partie du monde, on doit admettre que l’enseignement de l’hygiène, qu’il s’agisse de l’hygiène du corps ou de l’hygiène alimentaire, répond pleinement à cette formule pédagogique et que ce n’est pas sans raison que cette branche est de plus en plus à l’ordre du jour. Contrairement à d’autres études antérieures, notre enquête embrasse l’enseignement préscolaire, l’école primaire et l’école secondaire. Elle porte, entre autres, sur la nature des écoles et des classes où se donne l’enseignement de l’hygiène, le nombre d’heures qui y sont consacrées, son caractère obligatoire ou facultatif. Tout comme dans les enquêtes précédentes, des chapitres spéciaux sont réservés aux buts assignés à cet enseignement, au contenu des programmes, aux méthodes plus généralement appliquées, ainsi qu’à la formation et au perfectionnement du personnel chargé de cet enseignement.
À l’exemple des grands bouleversements dont nous parle l’histoire, la conflagration actuelle aura inéluctablement une influence profonde sur l’éducation. Nous sommes encore trop près du remous créé par les événements pour discerner l’ampleur et le vrai sens de ces répercussions. Si nous regardons toutefois autour de nous, en nous élevant quelque peu au-dessus des questions de détail, nous constatons que les autorités scolaires des pays les plus opposés sont toutes d’accord pour préconiser un enseignement moins abstrait, et par conséquent plus rapproché des intérêts des écoliers. C’est la raison qui a mis les travaux manuels — ce nom quelque peu démodé a été rajeuni par d’autres appellations plus ou moins éphémères — en vedette un peu partout.
Et c’est pourquoi, après l’enquête sur l’éducation physique et l’enseignement ménager, une étude comparée de l’état actuel de l’enseignement des travaux manuels nous apparaît être un complément logique et même nécessaire. L’élaboration du questionnaire a démontré combien ce thème est riche et combien il touche de près aux problèmes fondamentaux de la science pédagogique. Considérons, par exemple, le but assigné à cet enseignement : Y voit-on avant tout son utilité ultérieure dans la vie pratique quotidienne et professionnelle ? Est-il davantage un auxiliaire précieux pour la concrétisation de l’enseignement ? Ou plutôt un facteur primordial pour l’éducation de l’activité sensorielle ou motrice ? Quel rôle lui attribue-t-on pour le développement de l’intelligence ? La rubrique des programmes pose aussi des questions importantes, telles que celles des programmes différenciés pour les garçons et les jeunes filles et pour les écoles rurales et urbaines. La didactique du travail manuel apparaît en étroite relation avec l’aménagement des locaux, l’outillage et les fournitures dont dispose l’école. Des données précises sur ce qui est fait à cet égard dans chaque pays augmentera l’intérêt pratique de la publication envisagée. L’enquête portant à la fois sur l’enseignement primaire et secondaire, un parallèle entre l’importance qui est accordée à cette branche dans chaque degré et les modalités différentes qu’elle y revêt, accroîtra encore la valeur de cette étude comparée. Lors de sa dernière séance, le comité de gestion a chargé la direction d’entreprendre une enquête sur l’organisation de l’éducation physique dans l’enseignement secondaire. On se rappellera que le comité avait jugé opportun de limiter aux seules écoles primaires la première enquête consacrée à l’éducation physique. Le nouveau questionnaire a déjà été envoyé aux ministères de l’Instruction publique. Nous ne doutons pas qu’ils y répondent avec leur complaisance et leur précision coutumières.
II. Service de littérature enfantine🔗
L’enquête sur les livres d’enfants en Amérique latine, commencée au début de 1938, devait, d’après les plans établis, prendre fin en décembre 1940. Personne ne s’étonnera que les perturbations dans les communications avec l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud nous aient incités à prolonger le délai fixé pour la réception des réponses venant de ces pays et des spécimens de livres qui les accompagneraient. Actuellement le catalogue est élaboré et toutes les monographies rédigées. Ce n’est plus qu’une affaire d’impression.
Signalons, en outre, que pendant l’année qui nous occupe, la section de littérature enfantine a terminé la rédaction du volume consacré à l’organisation des bibliothèques scolaires.
Troisième partie
Informationđź”—
I. Renseignementsđź”—
Aux termes de ses statuts, le Bureau est chargé non seulement d’agir comme centre de recherches sur l’éducation comparée, mais aussi « d’assurer un large échange d’information et de documentation afin que chaque pays se sente stimulé à bénéficier des expériences des autres ». C’est dire l’importance que ses fondateurs ont attribué aux fonctions du Bureau dans le domaine de la diffusion des nouvelles pédagogiques venant de toutes les régions du monde civilisé.
La joie avec laquelle nos lecteurs habituels ont vu arriver — après l’interruption des communications — notre Bulletin ou nos publications, nous prouve à quel point ce rôle de pure et simple information est aujourd’hui apprécié par les autorités scolaires et les éducateurs du monde entier. Un effort particulier a été réalisé pour maintenir le contact avec nos nombreux correspondants et pour continuer à les renseigner. Preuve en soit le nombre de lettres reçues et expédiées pendant l’année :
Lettres reçues : troisième trimestre de 1940 : 955; quatrième : 2237 ; premier trimestre de 1941 : 2110 ; deuxième : 1824 ; total du 1er juillet 1940 au 30 juin 1941 : 7126. — Lettres expédiées : troisième semestre de 1940 : 1477 ; quatrième : 4404 ; premier trimestre de 1941 : 2816 ; deuxième : 2900 ; total du 1er juillet 1940 au 30 juin 1941 : 11 597.
Du 1er juillet 1939 au 30 juin 1940, il avait été reçu 2405 et expédié 3506 lettres. La forte augmentation de cette année est due surtout, il est vrai, au surcroît de correspondance amené par le Service d’aide intellectuelle aux prisonniers de guerre, mais elle n’en constitue pas moins une preuve de l’activité grandissante du secrétariat dans le domaine des relations.
II. Documentationđź”—
En ces temps où les échanges entre les pays paraissent de plus en plus compliqués, nous avons appris à apprécier encore davantage la documentation réunie par le Bureau depuis sa fondation. L’aménagement de nos collections dans la salle de la bibliothèque choisie à cet effet dans les locaux que nous occupons depuis 1937, contribue à les mettre spécialement en valeur.
La collection de revues pédagogiques — avant la guerre nous en recevions plus de 600 — présente déjà à elle seule un intérêt historique et documentaire indéniable. Tous ceux qui voudront connaître le mouvement pédagogique d’entre les deux guerres y puiseront des données uniques. Exception faite de quelques pays, les revues continuent du reste à nous parvenir de toutes les parties du monde.
La collection d’ouvrages de pédagogie et de psychologie s’enrichit sans cesse. Elle constitue un fonds commun avec l’Institut des sciences de l’éducation, qui compte à ce jour 14 639 volumes.
Une place spéciale a été réservée aux publications officielles et dispositions législatives des ministères de l’Instruction publique et des administrations scolaires. Cette collection représente un ensemble de 7800 volumes et documents publiés dans une cinquantaine de pays.
Parallèlement à la documentation officielle, le Bureau a soin de recueillir la documentation concernant l’enseignement privé. Jusqu’ici, 2672 ouvrages et documents ont été catalogués dans cette collection.
La collection de manuels scolaires et ouvrages complémentaires s’est notablement accrue dans le courant de l’année et atteint aujourd’hui le chiffre de 6475 exemplaires. Plusieurs de ces manuels occupent une place d’honneur à l’Exposition permanente de l’instruction publique.
La belle collection de littérature enfantine suscite toujours l’intérêt des visiteurs. Elle contient un choix de livres d’enfants édités dans une quarantaine de pays et comprend — sans compter les revues enfantines — 7881 ouvrages où rivalisent les talents de l’auteur, du dessinateur et de l’éditeur.
En résumé — la collection de revues pédagogiques non comprise —, les services du Bureau disposent de près de 40 000 ouvrages de caractère éducatif pour leur travail de recherches et d’information. Ces ouvrages sont aussi, cela va sans dire, à la disposition des étudiants et des visiteurs.
Nous nous sommes efforcés, tout particulièrement cette année, de tenir autant que possible ces collections à jour. N’est-il pas à prévoir que tout ce qui se publie pendant des moments si lourds d’histoire éveillera plus tard un intérêt insoupçonné ?
III. Publications du Bureauđź”—
Si, comme nous l’avons vu, la publication des résultats de nos enquêtes n’a pas rencontré de sérieux empêchements, il en a été autrement de notre Bulletin trimestriel. À certains instants, la tâche nous est apparue presqu’insurmontable même. Comment continuer à présenter au public un tableau trimestriel du mouvement pédagogique mondial, tableau qui, par son actualité sans cesse renouvelée, constituait le principal attrait de notre Bulletin ? Seul l’enthousiasme et l’esprit de dévouement de la division d’information ont pu vaincre les obstacles et maintenir le Bulletin à son niveau.
En dépit des difficultés à se procurer de nouvelles publications, la partie bibliographique du Bulletin n’a pas souffert non plus, et le service bibliographique continue à être un instrument de travail dont les bibliothèques pédagogiques, les administrations scolaires et beaucoup d’éducateurs ne sauraient se passer — surtout dans les moments présents.
Avec les volumes sur l’organisation des bibliothèques scolaires et sur l’éducation physique dans l’enseignement primaire, la collection de publications non périodiques éditées par le Bureau a atteint le n° 73. Nous ne croyons pas nous tromper en affirmant qu’une collection d’ouvrages de pédagogie comparée d’une portée internationale aussi large n’a été constituée nulle part ailleurs, si l’on tient compte que tous les volumes édités par le Bureau contiennent des données sur plus de quarante pays.
Conclusionđź”—
Le sentiment dominant au terme de ce bref rapport est celui de la reconnaissance. Reconnaissance à l’intérieur et à l’extérieur, si je puis dire. Pour ce qui est de l’intérieur, il sera permis sans doute au directeur du Bureau de dire publiquement, en cette occasion annuelle, la gratitude qu’il éprouve à l’égard de ses collaborateurs et amis : le « personnel du Bureau », ainsi qu’on a coutume de s’exprimer en un terme générique, s’est assurément surpassé cette année en activité et en dévouement. Car, si nous avons bien deux catégories de services, les services habituels et le Service d’aide intellectuelle aux prisonniers de guerre, il ne faut pas se représenter deux escouades nombreuses de travailleurs répartis eux-mêmes en des locaux séparés : chacun, en plus de son travail accoutumé, a tenu à participer à la correspondance avec les prisonniers, à la récolte de livres et à l’expédition des colis. Aucune autorité n’a réussi à obliger ces collaborateurs infatigables à quitter nos locaux aux heures réglementaires. Aucun découragement ne les a arrêtés en face de l’accumulation souvent désespérante des tâches quotidiennes.
Mais notre reconnaissance va aussi à l’extérieur, à tous les amis proches ou lointains que le Bureau s’est faits en 15 ans d’existence et qui lui sont restés fidèles au travers de la tourmente, à tous les représentants des pays membres ou non membres avec qui nous collaborons et qui nous soutiennent avec une persévérante confiance, à tous ceux qui, enfin, sans contact personnel direct, sont en relation avec nous, et pensent comme nous que le Bureau doit vivre et vivra.