Genèse et mesure du temps… (1941) a

Ce remarquable ouvrage nous donne dans sa première partie une mise au point des études psychologiques et sociologiques sur la genèse des notions de temps (par opposition aux perceptions temporelles qui ne sont pas envisagées par l’auteur), puis une étude fouillée sur l’objectivation, la spatialisation et la relativité progressive du temps. Une foule de remarques et de schémas ingénieux constituent une contribution originale à l’étude des jugements temporels et de leur organisation dans la conscience adulte. Des formes élémentaires de la conscience temporelle à la constitution du temps métrique, les principales étapes sont ainsi décrites de façon fort suggestive (chap. II, III).

La seconde partie (ch. IV) est consacrée à une tentative d’axiomatisation du temps métrique. Cet essai aboutit à réduire le temps à 17 définitions, 13 postulats, 10 axiomes et 19 théorèmes. L’intérêt pour le psychologue en est que ce qui, dans le temps métrique, relève de l’expérience psychologique est donné sous la forme de postulats, tandis que les axiomes sont réservés aux opérations rationnelles ou mathématiques.

D’une manière générale, l’utilité de ce livre pour la psychologie consiste précisément dans l’emploi simultané de la méthode génétique et de l’axiomatique, M. de la Harpe ayant fort bien vu (chap. I) le secours qu’elles peuvent se porter mutuellement. Notre seul regret est que l’auteur se soit borné à les juxtaposer. En réalité, les « postulats » du chap. IV (p. ex, postulat de la simultanéité, de la succession, de l’estimation des intervalles, etc.) supposent eux-mêmes chacun, du point de vue psychologique et génétique, un ensemble d’opérations élémentaires et ce sont celles-ci qui — antérieurement au temps métrique comme tel — pourraient constituer le point de départ d’une axiomatique du temps 1.