Essai d’une nouvelle explication utilitariste du sentiment d’obligation (1941) a

Cet essai original vise à rien moins que de ressusciter les vieilles explications utilitaristes des sentiments moraux : les conduites altruistes sont d’emblée considérées, par l’auteur, au nom d’un postulat positiviste d’ailleurs explicite, comme ne pouvant prétendre à l’intelligibilité que dans la mesure où on les aura réduites à des intérêts égoïstes.

Mais au lieu de se contenter de la réduction banale de l’amour d’autrui à une extension du moi ou des sentiments désintéressés à l’intérêt bien entendu, M. Hopmann part d’une analyse fort intéressante (c’est là la partie solide de l’ouvrage) du besoin d’approbation et des sentiments dérivés. Puis, ces données une fois établies, il conclut à sa thèse centrale : « Le sentiment d’obligation, c’est la tendance à susciter l’approbation d’autrui » (p. 80) réduisant ainsi explicitement tout impératif catégorique à un simple impératif hypothétique.

Malgré tout le talent déployé par cet auteur, on ne peut s’empêcher de trouver sa méthode plus près de la « Schreibtisch Psychologie » que de la recherche expérimentale. Quant à ses conclusions, il saute aux yeux que si, le sentiment d’obligation une fois constitué, son fonctionnement peut s’accompagner d’une tendance intéressée à rechercher l’approbation d’autrui et à en récolter les fruits éventuels, ce ne saurait être cette tendance qui crée l’obligation. À traduire les choses en termes d’intérêt économique, l’obligation n’est pas un calcul en vue d’un gain futur, mais une dette en fonction du passé : Ce qui oblige, ce n’est pas l’opinion actuelle ou à venir du partenaire, c’est le respect que l’on éprouve à son égard, en conséquence de ses actions antérieures, ou à l’égard de ceux dont les consignes s’étendent jusqu’à cette situation présente. M. Hopmann, qui connaît bien les travaux de M. Bovet sur la genèse du sentiment du devoir en fonction du respect (unilatéral) ou les nôtres sur la réciprocité et le respect mutuel, cherche à les concilier avec sa thèse personnelle, mais nous doutons qu’il y ait réussi.