Rapport du directeur. Le Bureau international d’éducation en 1941-1942 (1942) a 🔗
Première partie
Questions administrativesđź”—
I. — Le Bureau durant les hostilités🔗
Lorsque, dès la première année de cette guerre, le comité et la direction du Bureau international d’éducation décidèrent de tenir à tout prix et même d’entreprendre et de développer les activités humanitaires qui étaient de notre compétence, il était difficile de ne pas se demander, malgré les encouragements précieux de tous nos membres et notamment du Conseil fédéral suisse, s’il n’y avait pas là quelque obstination artificielle et peut-être quelque désir de raffermir malgré tout notre foi en l’œuvre à laquelle nous avions consacré nos forces et nos activités.
En cette quatrième année de guerre, où nous vivons toujours et où le temps n’est plus aux décisions de bravoure, mais à la patience et à la ténacité, nous savons chaque jour davantage combien nous avons eu raison de compter sur nos amis et combien ils nous ont aidés en comptant sur nous. Nous nous sommes, pour ainsi dire, refait une existence. Nous ne vivons plus au rythme des conférences internationales et des allées et venues des personnalités marquantes de la pédagogie internationale. Les problèmes ont changé. L’importance de certaines questions est tombée. Nous n’ambitionnons plus de nouvelles adhésions pour chaque séance du conseil. Mais, d’un autre point de vue et sur les plans imprévus où s’est déployée notre activité, nous éprouvons cependant des sentiments singulièrement semblables à ceux que nous connaissions quand tout était facile. Une nouvelle décision d’un pays belligérant de contribuer à l’œuvre d’aide intellectuelle aux prisonniers de guerre, un nouveau timbre dont la vente alimentera le même fonds, sont autant d’événements qui marquent aujourd’hui aussi profondément la vie du Bureau que les dates des affiliations acquises avant la guerre. Et le contact permanent avec tous ceux qui souffrent et tous ceux qui nous aident à diminuer ces souffrances est aussi tonique et producteur d’énergie que les contacts anciens limités aux préoccupations d’information et de recherches.
D’ailleurs — nous le répétons en chacun de ces derniers rapports —, l’activité du Bureau international d’éducation est actuellement double. Si nous mettons toutes nos forces au service de l’aide intellectuelle aux prisonniers de guerre, ce travail continu et gros de responsabilités obsédantes ne nous empêche pas de poursuivre les enquêtes et les activités héritées du temps de paix. Plus nous cherchons à accomplir les tâches immédiates, mieux nous savons qu’elles préparent le jour où nous devrons servir à la reconstruction. Il ne faut pas que nous soyons surpris par la paix, pas plus que nous ne nous sommes laissés surprendre par les débuts de la guerre. Il faut que nous soyons là dans l’avenir comme dans le présent et le passé proche.
II. — Finances🔗
Ceux auxquels incombe aujourd’hui la responsabilité d’une organisation culturelle ne peuvent s’empêcher d’avoir l’esprit hanté constamment par la disproportion existant entre les moyens gigantesques mis en jeu pour l’œuvre de la guerre et ceux, infiniment modestes, dont doivent se contenter les institutions scientifiques ou éducatives. Sans vouloir comparer avec notre modeste budget les sommes astronomiques englouties par chaque jour de guerre, il suffit de se dire que le statut du Bureau ne demande par an, à chacun des pays associés à son effort, que le prix de deux ou trois mitrailleuses !
Cette constatation d’ordre général n’autorise d’ailleurs nullement le Bureau international d’éducation à se plaindre du sort qui lui a été dévolu jusqu’ici.
Si ses ressources n’ont pas augmenté, elles n’ont pas diminué non plus dans des proportions risquant de mettre en danger ses activités essentielles. Certes, nous aurions souhaité compter avec des moyens qui nous permettent d’intensifier notre action. Lorsque les ponts sont presque tous coupés, ne voudrait-on pas renforcer d’autant plus ceux qui par miracle tiennent encore debout ? Car, c’est à une époque de crise que des institutions de coordination comme la nôtre peuvent, contrairement aux apparences, rendre les services les plus marqués.
Dans les moments difficiles que nous traversons, nous avons vivement apprécié la fidélité avec laquelle les gouvernements membres ont continué à s’acquitter de leurs obligations financières. Nous savons combien leurs crédits sont sollicités de toutes parts. Ils n’en ont pas moins tenu à conserver à leurs budgets des postes introduits dans des moments d’équilibre et de paix.
Un autre facteur nous a permis aussi de doubler le cap de la troisième année de guerre. C’est le dévouement avec lequel le personnel du Bureau s’est acquitté des tâches qui n’ont fait que s’accroître depuis le début des hostilités. Et ceci sans cette contrepartie matérielle que les circonstances imposaient. La direction se plaît à rendre hommage à cette solidarité dont le personnel continue à faire preuve dans les bons comme dans les mauvais jours.
Nous reviendrons ailleurs sur l’aspect financier du Service d’aide intellectuelle aux prisonniers de guerre. Celui-ci a pu réaliser son énorme besogne sans constituer une charge pour le Bureau et sans entraver les activités purement techniques qui constituent la raison d’être de notre institution.
III. — Relations avec les pays membres🔗
Un des avantages, et non des moindres, des Conférences internationales de l’instruction publique organisées par le Bureau, était de permettre de nouer des liens personnels. Grâce à ces contacts annuels, les administrations scolaires cessaient d’être pour nous des abstractions comme nous cessions de l’être pour elles. Déjà fort utiles avant la guerre, ces liens se sont montrés bien plus précieux encore après 1939. Lorsque les frontières se sont fermées l’une après l’autre, lorsque les voyages sont devenus quasi impossibles, nos relations avec les ministères de l’Instruction publique ont semblé gravement compromises. Mais, heureusement, l’intervention personnelle de ceux qui avaient représenté leur pays à nos conférences a grandement facilité nos démarches et le maintien du contact.
Non moindre a été l’empressement rencontré chez les représentants attitrés de ces pays en Suisse ou auprès du Bureau. Qu’ils siègent ou non au comité de gestion, ils ont toujours réservé le meilleur accueil aux suggestions tendant à raffermir les relations de leur pays avec l’organisation internationale dont ils continuent à faire partie. Nous leurs sommes reconnaissants non seulement de la suite donnée à nos propositions, mais des encouragements qu’ils n’ont cessé de nous prodiguer. Chacune de nos rencontres a constitué pour nous une source de réconfort. Nous leur savons gré d’avoir saisi toutes les occasions qui leur ont été offertes pour rappeler auprès de leurs administrations l’existence du Bureau et les services que celui-ci était en mesure de leur rendre. C’est ainsi qu’a pu être maintenu vivant — à un moment où la vie internationale se trouve réduite en de telles proportions — l’intérêt des pays membres envers notre organisation.
Le Bureau a été heureux, à son tour, de pouvoir, dans la mesure du possible, répondre à la confiance que les administrations scolaires des États membres ont placée en lui. Nous nous sommes appliqués, au moyen de nos publications et de notre Bulletin, à faire connaître à travers le monde les points les plus saillants de leur mouvement éducatif. Nous avons signalé, grâce à notre service bibliographique, leurs publications pédagogiques les plus marquantes. En outre, ces ouvrages occupent une place en vue dans nos différentes collections. Enfin, c’est avec empressement que nous avons réservé aux pays membres les stands qui leur reviennent dans l’Exposition permanente de l’instruction publique.
IV. — Relations avec les pays non membres🔗
Nous avons la conviction que, sans la grave crise que nous traversons, le nombre d’adhésions au Bureau aurait continué à augmenter à un rythme accéléré et que celui-ci se serait approché rapidement de l’universalité. Faut-il y renoncer ? Nous ne le croyons pas. La guerre exige, il est vrai, que nous suspendions pour un temps les démarches visant à obtenir de nouvelles adhésions. Mais, dès l’avènement de la paix, ces démarches devront être renouvelées et intensifiées.
À la fin de chaque grande guerre, les espoirs se sont toujours dirigés vers l’éducation. Les mouvements qui se déclenchent un peu partout aujourd’hui pour envisager l’éducation de l’après-guerre font supposer qu’il en sera une fois de plus ainsi. L’expérience et la documentation du Bureau seront alors mises sans aucun doute à une contribution toujours plus étendue. Mais il faudra aussi que — reprenant l’ascension interrompue — il gagne à sa cause de nombreux nouveaux pays.
Les rapports que nous avons maintenus avec les pays non membres nous convainquent qu’il ne s’agit pas là d’une aspiration irréalisable. Les ministères de l’Instruction publique de ces pays continuent à répondre régulièrement aux questionnaires que le Bureau leur envoie. Ils nous font parvenir leurs publications officielles, qui viennent enrichir notre collection législative. Ils font appel à notre service d’information. Là aussi, l’intervention heureuse des anciens délégués aux conférences internationales de l’instruction publique se fait souvent sentir. Nous avons tout lieu d’espérer que, le moment venu, ces amis fidèles sauront se faire les avocats du Bureau et réussiront enfin à associer entièrement leur pays à notre œuvre.
V. — Exposition internationale de l’instruction publique🔗
S’il est une activité que nous avions cru devoir mettre en veilleuse pendant toute la durée des hostilités, c’est bien l’Exposition de l’instruction publique. Nous n’osions aucunement espérer que les gouvernements, absorbés par des préoccupations d’un tout autre genre, prêteraient encore attention à l’initiative prise par le Bureau de créer à Genève une Exposition de l’instruction publique de caractère permanent. Les faits sont venus démentir un pessimisme qui paraissait pourtant bien fondé.
Nous annoncions l’année dernière que le ministère royal hongrois de l’Instruction publique réunissait le matériel destiné au stand qui lui avait été réservé. Ce nouveau stand est aujourd’hui une réalité. Conçu d’après les principes qui ont présidé à l’organisation générale de l’exposition, il offre un tableau, attrayant et clair à la fois, des manifestations les plus caractéristiques de la vie pédagogique hongroise. Le mobilier en noyer poli, orné de motifs de marqueterie, les broderies, les objets en céramique, en bronze et en verre, ainsi que les reliures de luxe ont tous été exécutés par des élèves. Les cahiers frappent par leur présentation artistique ; qu’il s’agisse de grammaire ou de géométrie, ils sont toujours décorés par les enfants d’une façon attrayante. Une très intéressante collection de manuels scolaires, comprenant plus de 700 volumes, permet de se rendre compte des méthodes employées pour l’enseignement des différentes branches d’études. Nous ne saurions oublier le grand tableau mural illustrant graphiquement l’organisation scolaire de la Hongrie.
En attendant l’aménagement définitif du second stand suisse, la commission nommée par la Conférence suisse des chefs des départements de l’Instruction publique y a fait installer, par les soins compétents du Gewerbemuseum de Bâle, une exposition temporaire consacrée à la formation des maîtres de travaux manuels. D’autre part, le premier stand suisse a été complété au cours de l’année. Sa collection de manuels scolaires des différents cantons s’est encore enrichie et a attiré tout particulièrement l’attention des visiteurs. En outre, l’École cantonale de sculpture sur bois de Brienz nous a fait parvenir une série de ses travaux bien dignes de la renommée artistique et pédagogique dont jouit cette école.
Nous avions signalé en son temps le succès remporté par le stand roumain. De nouveaux travaux d’écoliers, remarquables à tous points de vue, nous sont parvenus cet été. L’admiration unanime qu’ont éveillée les riches collections de travaux à l’aiguille et de broderies confectionnés par les élèves des écoles primaires, secondaires et normales roumaines prouve assez l’intérêt de ce stand.
Pour augmenter encore l’attrait de l’exposition, le Bureau a réuni dans deux stands une collection de manuels de lecture appartenant à une quarantaine de pays. Ces volumes, rédigés dans toutes les langues et conçus d’après les principes didactiques les plus divers, ont été consultés avec profit par nombre de membres du personnel enseignant.
Dans le grand couloir latéral, que le plan général de l’exposition réserve à l’activité même du Bureau, un aménagement provisoire offre au visiteur un aperçu historique de notre institution et une vue d’ensemble des résultats atteints dans le domaine de l’information et des recherches. Une vitrine a été consacrée, comme de juste, au Service d’aide intellectuelle aux prisonniers de guerre.
Jusqu’ici, faute d’une entrée indépendante, l’exposition n’avait pu rester ouverte les samedis et les dimanches. Ceci restreignait forcément et d’une façon regrettable le nombre de ses visiteurs. Accédant à la demande du président du comité de gestion, le département des Travaux publics a fait construire un escalier qui relie notre salle d’exposition au quai Wilson. Les heureux effets de cette amélioration ne se sont pas fait attendre. Et — les manifestations pédagogiques et autres qui ont eu lieu à Genève aidant —, l’exposition a vu affluer à plusieurs reprises plus de cent visiteurs en une seule journée.
Les réactions du public, les commentaires entendus, nous ont permis de constater que celle-ci est loin d’intéresser uniquement les milieux pédagogiques. Des enfants, que passionnent les dessins et les travaux manuels de leurs petits camarades étrangers, aux artisans, qui commentent la bienfacture d’un meuble ou d’un objet d’art, peu nombreux sont ceux que ces spécimens de l’activité scolaire d’autres pays ont laissés indifférents. Nous nous réjouissons d’autant plus du jour où, les frontières rouvertes, l’exposition pourra recevoir l’afflux de visiteurs étrangers et l’apport de nouveaux pays. D’ailleurs, les démarches entreprises auprès d’autres gouvernements membres du Bureau en vue de l’aménagement de leurs stands n’ont pas été interrompues.
Rappelons enfin l’édition d’un album présentant en une trentaine de photographies les traits les plus caractéristiques de l’exposition.
VI. — Service d’aide intellectuelle aux prisonniers de guerre🔗
En créant ce service au début de la guerre, il était impossible de prévoir l’envergure et le rythme de son développement. Resté à l’état embryonnaire pendant la première année des hostilités — il n’y avait presque pas de prisonniers —, il a dû faire face à une tâche immense et toujours plus vaste à partir de juillet 1940.
Les totaux des expéditions réalisées à trois ans de distance parlent pour eux-mêmes : au début de juillet 1940, le nombre des volumes envoyés se montait à un millier. En juillet 1941, le chiffre de 50 000 avait été atteint. Et, douze mois plus tard, le 4 juillet 1942, le chiffre de 200 000 était largement dépassé. C’est dire que, pendant l’exercice qui fait l’objet de ce rapport, le travail accompli par le service d’aide a été le triple de celui de l’année précédente. Mais ces chiffres bruts ne peuvent donner qu’une idée imparfaite de la somme de travail qu’implique l’envoi de 168 426 livres au cours d’une seule année : réception des demandes et leur classement, contrôle pour éviter les doubles emplois, démarches pour l’obtention gratuite des volumes ou pour se les procurer auprès des libraires ; formalités pour l’expédition et la confection des colis. Autant d’opérations exécutées avec zèle et promptitude par un personnel restreint qui n’a pas hésité à surcharger son horaire des semaines et des mois durant.
L’organisation interne du service s’étant avérée efficace, celui-ci a continué à partager sa tâche en deux sections parallèles : l’une chargée des envois collectifs aux bibliothèques des camps et aux hommes de confiance ; l’autre spécialisée dans les demandes individuelles. Comme précédemment aussi, un soin tout spécial a été réservé aux étudiants et aux membres du personnel enseignant. Les demandes émanant des universités de captivité ont été l’objet d’une sollicitude compréhensible, quoique nous nous soyons efforcés de subvenir aussi aux besoins individuels de tous ceux qui, en pleine captivité, cherchent dans un livre, à la fois un réconfort et un instrument de perfectionnement culturel ou technique.
Nous n’avions pas compté que cette troisième année de guerre nous réservait une nouvelle difficulté. Nous faisons allusion aux restrictions intervenues dans le marché du livre. Pour des raisons touchant non seulement à l’approvisionnement des matières premières : papier, encre, etc., mais aussi à des motifs d’ordre économique et même psychologique, certains pays connaissent une crise d’édition dont les conséquences ont de graves répercussions sur notre œuvre. Une bonne partie du contenu des commandes adressées à certains libraires nous revient avec la mention « épuisé ». Sans cet obstacle, les envois se seraient faits à un rythme encore supérieur à celui de 700 volumes par jour atteint pendant cette dernière année.
Le Service d’aide intellectuelle n’aurait pu mener à bien son œuvre s’il n’avait continué à rencontrer pendant l’exercice écoulé une sympathie agissante dans tous les milieux. Qu’il nous soit permis de remercier ici le Conseil fédéral suisse, qui nous a versé une troisième subvention de 10 000 francs ; la Croix-Rouge française, qui a mis à notre disposition une nouvelle somme de 200 000 francs français ; le gouvernement allemand, qui nous a accordé une allocation de 17 000 francs suisses ; le ministère de l’Éducation nationale d’Italie, qui nous a annoncé une contribution de 30 000 lires et la Croix-Rouge polonaise, qui vient de nous allouer la somme de 10 000 francs suisses.
Nous nous en voudrions de ne pas applaudir comme il convient au geste du gouvernement de la Roumanie qui vient d’émettre un timbre-poste de bienfaisance, dont la moitié de la surtaxe sera versée au Service d’aide intellectuelle du Bureau. Outre l’apport très important que le rendement du timbre Maiorescu représentera pour le service, il contribuera à valoriser les timbres Pestalozzi et père Girard parus précédemment dans la collection. Qu’on nous permette à ce propos d’exprimer notre gratitude très vive aux ministères roumains des PTT et des Affaires étrangères, ainsi qu’à notre ami M. le professeur Gabriel Badarau qui, en sa qualité de délégué permanent de la Roumanie près le Bureau international d’éducation, s’est fait l’intermédiaire très actif de nos relations avec son gouvernement.
Toutes ces preuves d’intérêt nous ont profondément touchés. Nous y voyons une approbation et un encouragement à persévérer dans l’œuvre constructive entreprise. Le Bureau ne se désintéresse pas du conflit. Il ne s’enferme pas non plus dans la tour d’ivoire de la science. Mais, considérant que sa mission est d’ordre positif, il s’applique à raffermir des espoirs et à faire croire encore dans les valeurs permanentes de l’humanité.
Deuxième partie
recherchesđź”—
Enquêtes réalisées🔗
L’espoir que la guerre n’empêcherait pas le Bureau de poursuivre sa tâche de recherches et d’information s’est raffermi dans le courant de l’exercice 1941-1942. Les difficultés de communications ont pu prolonger les délais que nous nous étions fixés pour terminer nos études. Elles n’ont pas empêché de les mener à bonne fin. Avec une persévérance inlassable, les administrations scolaires ont continué à répondre aux questionnaires que nous leur avons envoyés. Et malgré les problèmes et les soucis toujours plus nombreux causés par les circonstances actuelles, les informations que ces administrations nous fournissent ne sont pas moins complètes que celles d’avant-guerre.
Preuve en soit le volume sur l’enseignement ménager dans les écoles primaires et secondaires, paru au cours de l’année, et auquel ont collaboré les ministères de l’Instruction publique de 40 pays appartenant aux cinq continents. Le succès obtenu par ce volume auprès des autorités scolaires et des éducateurs, montre qu’il répondait à un besoin universellement ressenti. Ceci nous autorise à affirmer une fois encore que, malgré les divisions profondes qui séparent aujourd’hui les peuples, il reste heureusement des domaines où chacun peut se rencontrer dans une pensée commune.
Le problème de l’enseignement ménager avait été limité aux degrés primaire et secondaire, l’aspect professionnel de cet enseignement ayant été laissé intentionnellement de côté. Nous avons porté surtout notre attention sur les buts assignés à cette branche et sur la place lui revenant dans les plans d’études des quarante pays qui ont répondu à notre enquête. L’exposé du contenu des programmes et des méthodes employées constitue une des parties les plus suggestives du volume. Les renseignements sur l’organisation matérielle, les locaux, les installations et les fournitures présentent aussi, étant donné l’aspect pratique de cet enseignement, un intérêt spécial. Enfin les problèmes de l’enseignement de l’alimentation rationnelle, de la composition des repas, de l’utilisation normale des produits régionaux, des budgets d’alimentation, etc., traités également dans le volume, sont malheureusement aujourd’hui de la plus grande actualité.
L’enquête sur l’enseignement des travaux manuels, terminée également pendant cet exercice, va être envoyée à l’impression. Ses points de contact avec l’étude précédente sont trop évidents pour être soulignés ici. L’enseignement ménager n’est-il pas considéré dans certains pays comme une des formes les plus courantes des travaux manuels féminins ?
Nous estimons que ce volume arrive aussi à son heure. La tendance à rapprocher l’école de la vie n’a pas été contrecarrée par la guerre. Tout au contraire. L’école par trop intellectualiste continue à être battue en brèche de bien des côtés. L’on porte partout un intérêt accru aux branches appelées pratiques ou génératrices d’action. Et ceci même dans les pays qui s’étaient montrés jusqu’ici assez rétifs à cet égard. C’est ce qui explique la vogue que, sous des appellations diverses, les travaux manuels connaissent aujourd’hui. Il ne faut donc pas être surpris que 36 pays aient tenu à nous fournir la documentation nécessaire à la rédaction de ce volume.
La division des recherches a commencé le dépouillement de deux autres enquêtes. La première porte sur l’enseignement de l’hygiène scolaire. Au premier abord, ce sujet peut paraître plutôt restreint et d’une importance moindre que la majorité des études précédentes. Que l’on se détrompe toutefois. Cette question est à l’ordre du jour dans un très grand nombre de pays. Le développement corporel et la santé des élèves, relégués pendant longtemps au second plan, constituent de nos jours une des préoccupations primordiales des éducateurs et des autorités.
On se souvient que l’année dernière nous faisions paraître un volume consacré à l’organisation de l’éducation physique dans l’enseignement primaire. Cette étude appelait un complément, c’est-à -dire un examen parallèle du problème considéré du point de vue de l’enseignement secondaire. Les questionnaires ont été envoyés et le dépouillement des premières réponses a commencé.
Encouragé par ces résultats, le comité de gestion a décidé d’entreprendre une nouvelle enquête. Celle-ci concerne la gratuité du matériel scolaire. Le Bureau aborde ainsi une question dont la portée sociale dépasse de beaucoup l’aspect pédagogique. Il ne croit pas cependant s’être laissé entraîner hors des limites de son cadre ; aucun problème scolaire, qu’il soit ou non de pédagogie pure, ne peut le laisser indifférent.
C’est en juin 1932, il y a donc dix ans, que le Bureau international d’éducation entreprenait sa première grande enquête de pédagogie comparée, en associant pour la première fois, par la méthode des questionnaires, les ministères de l’Instruction publique à ses recherches. Qu’il nous soit permis, à l’occasion de ce dixième anniversaire, de jeter un regard en arrière. Et de constater que, depuis notre première enquête — qui portait sur la situation de la femme mariée dans l’enseignement —, vingt-trois études d’éducation comparée ont paru et trois sont en préparation. La simple énumération de ces travaux donnera une idée de l’ampleur des sujets traités :
Questions concernant l’administration et l’organisation scolaires : la situation de la femme mariée dans l’enseignement ; le travail et les congés scolaires ; la scolarité obligatoire et sa prolongation ; les économies dans le domaine de l’instruction publique ; les conseils de l’instruction publique ; la législation régissant les constructions scolaires ; l’inspection de l’enseignement ; la rétribution du personnel enseignant primaire ; la rétribution des professeurs de l’enseignement secondaire ; l’organisation des bibliothèques scolaires.
Questions se rapportant plus particulièrement à l’enseignement (programmes, méthodes, etc.) : l’admission aux écoles secondaires ; la formation professionnelle du personnel enseignant primaire ; la formation professionnelle du personnel enseignant secondaire ; l’organisation de l’enseignement spécial ; l’organisation de l’enseignement rural ; l’enseignement des langues vivantes ; l’enseignement de la psychologie dans la préparation des maîtres primaires et secondaires ; l’enseignement des langues anciennes ; l’élaboration, l’utilisation et le choix des manuels d’enseignement ; l’enseignement de la géographie dans les écoles secondaires ; l’organisation de l’éducation préscolaire ; l’éducation physique dans l’enseignement primaire ; l’enseignement ménager dans les écoles primaires et secondaires.
C’est en vain que l’on chercherait ailleurs une collection d’ouvrages de pédagogie comparée donnant des aperçus objectifs et impartiaux sur la solution donnée à ces problèmes dans une quarantaine de pays.
Si les administrations scolaires ne peuvent se passer de cette documentation aujourd’hui, elles s’en passeront encore moins le jour, que nous souhaitons proche, où l’heure de reconstruire le monde aura sonné.
Troisième partie
informationđź”—
I. — Renseignements🔗
L’effort incessant de documentation et de classement systématique accompli au Bureau depuis sa fondation lui permet de se mettre à la disposition des autorités scolaires, des éducateurs et des étudiants pour leur fournir en peu de temps des bibliographies aussi complètes que possible sur les sujets pédagogiques et scolaires qui font l’objet de leurs préoccupations. Ce service a souvent été mis à contribution cette année et, grâce au fait que nous continuons à recevoir et à dépouiller les revues et les publications pédagogiques de la plupart des pays, nos renseignements bibliographiques s’étendent aux données les plus récentes.
Ceci nous a permis aussi de continuer à publier régulièrement notre Bulletin trimestriel. Il nous a semblé en effet très important de maintenir cet organe qui, à l’heure actuelle, est un des seuls moyens de contact entre des pays que les circonstances éloignent toujours plus les uns des autres. Si nous nous sommes parfois fait quelque souci, la matière ne nous a pas manqué jusqu’ici pour l’alimenter. Fidèles à notre tradition de stricte objectivité, nous avons pu donner des nouvelles impartiales, qui reflètent les préoccupations éducatives des pays les plus divers. Dans les quatre numéros parus pendant l’exercice 1941-1942, le mouvement éducatif a compris des nouvelles appartenant à 36 pays différents. La partie bibliographique a donné le compte rendu de 268 ouvrages, sans compter les références bibliographiques contenues dans les listes de publications reçues. S’il fallait une preuve du rôle dévolu au Bulletin dans ces moments, nous la trouverions dans le nombre toujours croissant de revues pédagogiques qui reproduisent régulièrement les nouvelles qu’il contient.
Le nombre de lettres reçues et expédiées pendant l’année est aussi un témoignage des contacts multiples que le Bureau conserve avec le monde extérieur :
Lettres reçues : troisième trimestre de 1941 : 2105 ; quatrième : 2025 ; premier trimestre de 1942 : 2781 ; deuxième : 3223 ; total du 1er juillet 1941 au 30 juin 1942 : 10 134.
Lettres expédiées : troisième trimestre de 1941 : 3431 ; quatrième : 3616 ; premier trimestre de 1942 : 5462 ; deuxième : 4708 ; total du 1er juillet 1941 au 30 juin 1942 : 17 217.
II. — Documentation🔗
Nous soulignions déjà dans notre rapport de l’année dernière la valeur de nos collections documentaires. Notre bibliothèque n’est-elle pas à l’heure qu’il est un des seuls centres d’information et de consultation auxquels les représentants de tous les pays peuvent avoir librement accès ?
Les revues pédagogiques, bien qu’un peu moins nombreuses que par le passé, ont continué à nous arriver de toutes les parties du monde. Nous avons fait cette année un effort tout particulier pour compléter les collections de périodiques de l’Amérique latine.
La collection d’ouvrages de pédagogie et de psychologie, que nous possédons en commun avec l’Institut des sciences de l’éducation, a atteint le chiffre de 15 000 volumes.
Les publications officielles et dispositions législatives des ministères de l’Instruction publique comptent à ce jour 7913 volumes et documents.
La collection de documents sur l’enseignement privé en comprend 2775.
La collection de manuels scolaires et ouvrages complémentaires s’est accrue d’une façon réjouissante et donne un total de 6827 ouvrages.
Enfin la collection de littérature enfantine a augmenté également et s’élève à 8172 volumes.
Dans son ensemble, la bibliothèque réunit ainsi 40 687 volumes.
conclusionđź”—
Et maintenant, songeons à demain. Nul ne sait quand viendra la paix ni surtout ce qu’elle sera et il peut y avoir quelque ridicule à se faciliter les tâches présentes, et parfois à les oublier, en construisant des projets d’après-guerre. Mais sans se bercer d’aucune musique d’avenir, il faut savoir être prêts. Ce que nous affirmons — et on nous permettra de conclure sur ces paroles de foi après les difficultés innombrables qu’a surmontées le Bureau international d’éducation en 17 ans d’existence —, c’est que, quelles que soient les institutions nouvelles que connaîtra la paix, il restera non seulement souhaitable, mais indispensable que subsiste, sur le sol qui l’a vu naître, un foyer d’échanges et d’émulation pédagogiques. Les écoles de demain auront une tâche gigantesque à accomplir : celle non plus seulement de l’éducation de toujours, mais encore, et surtout, de la rééducation de tous. Nous ne sommes point assez naïfs pour penser que nous saurons les aider à construire ainsi ce dont elles auront besoin. Mais ce que nous affirmons, c’est que nous saurons alors, et comme par le passé, les aider à s’entraider, c’est-à -dire leur fournir le moyen de se mieux connaître les unes les autres et de profiter, tant des expériences accumulées jusqu’à elles que des nouveautés qu’elles seront conduites à créer, et cela à un rythme tel qu’un organe d’information et de coordination sera toujours plus nécessaire et plus utile.