L’Esprit et le réel dans les limites du nombre et de la grandeur ; L’Esprit et le réel perçu (1942) a

Ces deux très beaux ouvrages de portée surtout épistémologique intéressent cependant de près la psychologie de l’intelligence : non seulement l’analyse de la pensée scientifique et mathématique mais encore la discussion des processus sensori-moteurs (physiologie de la sensation, chronaxies, etc.) et en général du problème des relations entre le physique et le mental sont poussées très loin et avec une grande finesse par l’auteur. L’hypothèse d’ensemble est que les états psychologiques sont comparables aux variations d’une fonction solidaire d’une variable. Cette variable, c’est le réel s’imposant sans cesse à l’esprit comme une résistance dont il doit s’accommoder. Une telle loi de type fonctionnel et même différentiel permettrait de définir l’esprit comme un pouvoir de fusion, limité par les antagonismes moteurs. Dans le domaine du nombre et des grandeurs, M. Maugé met ainsi en évidence, sous l’harmonie apparente des résultats, les tâtonnements inhérents à la construction des notions et « les conflits de processus opératoires » et dans le domaine de la perception il analyse du même point de vue les inhibitions motrices, sources de discriminations et les répétitions, sources de fusions. Plus philosophique qu’expérimentale, mais riche en lumières multiples et imprévues sous son apparence un peu dialectique, la pensée de M. Maugé force l’admiration par son effort d’unification scientifique et de cohérence.