Rapport du directeur. Le Bureau international d’éducation en 1942-1943 (1943) a 🔗
Première partie
Questions administrativesđź”—
I. — Introduction🔗
L’existence même et le développement du Bureau international d’éducation ne seront pas plus faciles, on s’en doute bien, à assurer au seuil de cette cinquième année de guerre qu’au cours des années précédentes. Néanmoins, deux choses nous frappent constamment, et nous encouragent vivement à persévérer et à regarder plus loin que l’avenir immédiat : l’une est que jamais les gouvernements n’ont autant parlé d’éducation qu’aujourd’hui et l’autre est l’étroite collaboration que nous ne cessons de maintenir avec nos pays membres.
Il n’est que de lire la presse quotidienne et de se renseigner sur les manifestations oratoires des gouvernements pour constater que, non seulement les ministères de l’Instruction publique, mais encore ceux des Affaires étrangères et parfois les chefs des gouvernements eux-mêmes ne cessent de parler d’éducation dans leurs projets d’organisation de la paix. Nous ne disons pas qu’ils aient tous raison, ni que tel ou tel de ces projets ne puisse être envisagé sous des aspects bien différents après un examen objectif des conditions de fait et une confrontation avec les réalités pédagogiques permanentes. Mais nous affirmons qu’il y a là un fait nouveau et extrêmement significatif. On ne se borne plus à soutenir que seule la solution des problèmes économiques et sociaux est indispensable à celle des problèmes politiques. On va jusqu’à prétendre que le problème de la formation des générations futures commande le fond des autres questions. Il y a là , croyons-nous, un encouragement très réel pour notre activité.
Or, si nous en avions besoin, cet encouragement serait presque chaque jour entretenu par les amis que nous comptons toujours davantage parmi les représentants des pays membres auprès du Bureau international d’éducation. De ces contacts fréquents, nous avons tiré la certitude que l’on compte sur nous pour l’avenir. Jointe aux réflexions précédentes, cette expérience constitue à coup sûr le meilleur des réconforts.
II. — Relations avec les pays membres🔗
Lorsque, une fois la guerre finie, on considérera avec le recul suffisant toutes les difficultés que le Bureau a dû vaincre pour rester en rapport avec les administrations scolaires des pays membres, on s’étonnera que ce contact ait été maintenu. C’est avec une tristesse profonde que nous avons vu se rétrécir de mois en mois depuis 1939 le cercle des pays épargnés. Et néanmoins, chez chacun de ces peuples entraînés par le cycle désastreux de la guerre, nous avons senti le besoin de ne pas rester isolé et de conserver le contact avec les autres et avec une institution internationale comme la nôtre.
Ce désir nous a émus d’autant plus que dans beaucoup de cas, c’est de la chair de leurs enfants et du sang de leurs intellectuels et de leurs maîtres que ces pays ont payé le plus dur des tributs de guerre. Nous avons dès lors compris combien il était de notre devoir de ne pas les décevoir. Chacune de nos communications et chacune de nos publications devaient leur apporter une assurance et un espoir.
Une assurance, celle que tout n’était pas perdu, que sur un tout petit point de la carte du monde, l’absence de guerre permettait encore de se préoccuper de l’éducation des générations futures.
Un espoir, celui de pouvoir un jour se donner tout entiers à la reconstruction éducative de leur pays tout en contribuant du même coup à préparer un renouveau pédagogique mondial. Si « tenir » a été le mot d’ordre de tant d’administrations scolaires nationales, « tenir » a été aussi la devise du Bureau. En communiant dans ce même idéal, les liens entre le Bureau et ses membres, loin de se relâcher, se sont au contraire, nous en sommes sûrs, raffermis à travers cette dure épreuve.
III. — Relations avec les autres pays🔗
Ce que nous avons dit des pays membres peut s’appliquer aussi aux autres pays qui, sans faire partie du conseil, participaient annuellement aux conférences internationales de l’instruction publique.
Le Bureau international d’éducation n’est pas né, comme d’autres institutions intergouvernementales, d’une convention générale, signée simultanément par la plupart des gouvernements. Suivant la voie empirique, au noyau initial constitué par les membres fondateurs se sont joints peu à peu d’autres gouvernements, convaincus des services que le Bureau était appelé à rendre à l’éducation.
La guerre est venue interrompre le recrutement de nouveaux membres. Mais le Bureau attend avec impatience que la paix soit venue pour continuer ses démarches en vue de s’assurer de nouveaux concours.
Il considère comme de très bon augure que des liens techniques aient pu être maintenus avec tous ces pays. Le fait qu’ils répondent régulièrement aux enquêtes entreprises par le Bureau montre que la guerre a renforcé le désir des administrations scolaires de connaître et d’utiliser les expériences réalisées par les autres.
Plus que jamais après la guerre, cette information mutuelle sera alors nécessaire. Les difficultés de communications ont obligé les pays à travailler, jusqu’à un certain point, en vase clos. En outre, les difficultés économiques seront tellement grandes pour la plupart des pays que ceux-ci ne pourront plus se permettre le luxe de certains tâtonnements. Ils devront, pour échapper à des erreurs coûteuses — l’école d’après-guerre ne risque-t-elle pas d’être une école pauvre ? — connaître et utiliser, en les adaptant à leurs besoins particuliers, les solutions qui se sont imposées ailleurs.
C’est en mettant à la disposition des administrations scolaires des pays qui ne collaborent pas encore directement au Bureau, toute la documentation que celui-ci possède et qu’il s’efforce de tenir à jour, que nous espérons convaincre ces pays de l’utilité de s’associer plus intimement que par le passé à la tâche de collaboration intergouvernementale en matière d’instruction publique que le Bureau s’est assignée.
IV. — Exposition internationale de l’instruction publique🔗
L’idée d’une exposition permanente de l’enseignement, d’une sorte de musée pédagogique international, n’est pas nouvelle. Plusieurs des précurseurs du Bureau international d’éducation en avaient entrevu toute l’importance pour le développement de l’éducation. Les expositions universelles temporaires avaient réservé une place à l’enseignement. Mais la viabilité d’une organisation permanente, consacrée à mettre en relief l’apport des différents pays au développement de l’éducation, n’avait pas encore été démontrée. La preuve est maintenant faite. Et, malgré les circonstances difficiles créées par la guerre, elle a été concluante. Une exposition permanente et internationale de l’instruction publique répond à une nécessité évidente et l’on conçoit difficilement que l’essai commencé puisse ne pas se poursuivre avec toujours plus de succès dans l’avenir.
Ouverte juste avant la guerre, l’exposition s’est développée contre vents et marées, comme en font foi nos rapports précédents.
Aujourd’hui encore, nous pouvons enregistrer l’aménagement définitif du second stand suisse venant compléter le premier stand inauguré en 1939.
Tandis que les vitrines, le mobilier et la décoration du premier étaient l’œuvre des élèves de l’École des arts et métiers de Genève, c’est à la collaboration des écoles professionnelles des cantons de Bâle, Berne et Zurich, que nous devons l’installation du second.
Conçus par M. William Kienzle, les plans de ce stand frappent le visiteur par le souci constant de mettre en valeur l’objet exposé ; les vitrines, interchangeables, se prêtent à différents genres d’exposition. Pour parler en langage pédagogique, nous dirons que le problème « fonctionnel » a été ici pleinement résolu. Voilà pourquoi, tandis que le premier stand reste réservé à la documentation et au matériel d’intérêt permanent, le second servira aux expositions temporaires. On peut y admirer actuellement un choix de travaux réalisés par les élèves dans les ateliers des écoles professionnelles de la Suisse alémanique mentionnées plus haut.
Toujours dans le même cadre des expositions temporaires, nous pourrons, l’année prochaine, grâce aux plans et aux maquettes que plusieurs départements de l’Instruction publique nous feront parvenir, nous rendre compte des tendances qui règnent actuellement en Suisse dans le domaine des constructions scolaires.
De son côté, le gouvernement royal de Roumanie, qui va ouvrir un second stand, a saisi cette occasion pour remanier complètement l’aménagement du premier. Les travaux de transformation vont commencer sous peu. Nous ne doutons pas que le riche matériel réuni dans le stand actuel ne gagnera encore à être exposé dans un cadre plus large qui lui donnera tout son relief.
Avant de terminer ce chapitre sur l’exposition, nous tenons à dire tous les espoirs que nous mettons en elle lorsque les hostilités auront cessé. Nous l’avons toujours considérée comme un puissant moyen d’émulation entre les pays. Ce qui existe déjà constitue un gage de ce qui pourra être réalisé demain. On peut, sans vouloir jouer au prophète, s’imaginer tout l’intérêt que présenteront, du point de vue des progrès techniques, les expositions d’après-guerre. Pourquoi n’en serait-il pas de même pour l’éducation ? Genève offre à ce point de vue tous les avantages souhaitables. Chaque pays, atteint au non par la guerre, tiendra, nous en sommes persuadés, à montrer aux autres ses efforts, soit dans le domaine de la reconstruction scolaire, soit dans celui des innovations et des réformes pédagogiques.
Le Bureau international d’éducation sera alors heureux d’offrir aux pays qui ne sont pas encore représentés à l’exposition, le cadre et l’ambiance propices à faire connaître l’état actuel de leur éducation.
V. — Service d’aide intellectuelle aux prisonniers de guerre🔗
Dès le jour de la déclaration de guerre, une lourde responsabilité a pesé sur la direction du Bureau. Assurer à celui-ci, dans la mesure où les circonstances allaient le permettre, sa marche normale, telle a été sa première préoccupation. L’associer à l’œuvre humanitaire qui n’a cessé d’irradier de Genève pendant la guerre, tel a été son second souci.
En nous plaçant à ce second point de vue, c’est dans le domaine des secours d’ordre intellectuel que notre action nous semblait pouvoir être le plus efficace. Cette action cadrait parfaitement avec les buts du Bureau et quelques-uns de nos services du temps de paix pouvaient facilement s’adapter à cette activité de guerre.
Nous devons avouer aujourd’hui, qu’en créant le Service d’aide intellectuelle aux prisonniers de guerre, nous étions loin de nous imaginer qu’il aurait à faire face à des besoins aussi étendus.
Nous avions pensé tout d’abord nous cantonner aux demandes de livres provenant des professeurs et des étudiants en captivité. Nous avons dû vite élargir le champ de nos envois, car les demandes d’ouvrages scientifiques et littéraires ne provenaient pas uniquement des milieux directement intéressés à l’enseignement.
Ceci explique les proportions atteintes aujourd’hui par notre service et la disproportion grandissante entre les demandes que nous pouvons satisfaire et les nouveaux besoins qui se font jour de toutes parts.
Pour donner une idée de l’évolution de l’activité de notre service, voici quelques données statistiques sur le nombre des volumes envoyés :
Tandis qu’en juillet 1940, le service avait expédié à peine un millier de livres, une année plus tard, ce chiffre se montait à 50 000. Au début de juillet 1942, nous avions envoyé 203 578 livres. L’année suivante, soit le 5 juillet 1943, le chiffre de 361 263 avait été atteint. Et nous nous plaisons à constater qu’au moment où nous écrivons ce rapport, nous approchons du demi-million.
Que nous voilà loin des calculs que nous avions faits lors de la création du service !
Comment ce résultat a-t-il été possible ? Nous en sommes redevables à trois facteurs : premièrement à l’écho favorable rencontré auprès de certains gouvernements. Nous avons déjà mentionné dans nos derniers rapports les subventions dont a bénéficié notre service. Nous tenons à signaler aujourd’hui la quatrième subvention de 10 000 francs qui nous a été allouée par le gouvernement suisse, la seconde subvention de 10 000 francs suisses du gouvernement polonais et le don de 68 696 francs en espèces et 20 000 francs en nature, produit de la vente du timbre Maiorescu émis par le gouvernement roumain au profit du Service d’aide intellectuelle du Bureau.
Nous exprimons une fois de plus notre reconnaissance à ces trois gouvernements pour l’aide précieuse qu’ils nous ont accordée en 1942-1943. Leur geste ne représente pas pour nous un simple apport matériel. Nous y voyons un encouragement moral à persévérer dans notre œuvre et une approbation implicite de la ligne de conduite que le Bureau s’est tracée pendant la guerre.
Ce résultat n’aurait pu être atteint en outre sans la confiance rencontrée auprès du public. Celui-ci a démontré, en répondant avec empressement aux appels qui lui ont été adressés par les organisations s’occupant des secours intellectuels, que tout ce qui touche aux prisonniers ne saurait le laisser indifférent.
Les livres recueillis lors des collectes organisées récemment ont permis de résoudre en partie les difficultés créées au service par la crise du livre qui sévit actuellement dans tous les pays belligérants.
Sans la bonne volonté du public, les chiffres indiqués plus haut auraient été de beaucoup inférieurs à ce qu’ils ont été.
Permettez-moi, en troisième lieu, de souligner l’effort réalisé par le personnel du Bureau. Resté numériquement presque le même qu’avant la guerre, on se demande comment il a pu parvenir à un tel résultat. Il faut se rendre compte, par exemple, que pendant l’année 1942-1943, le service a expédié une moyenne de près de 500 livres par jour. Le comité de gestion voudra, je suis sûr, rendre avec moi un hommage au personnel affecté à ce service et lui témoigner non seulement notre gratitude, mais aussi toute notre admiration.
Deuxième partie
Recherchesđź”—
EnquĂŞtesđź”—
Nous annoncions dans le rapport sur l’activité du Bureau en 1941-1942 la prochaine publication des résultats de l’enquête sur l’enseignement des travaux manuels dans les écoles primaires et secondaires. Le volume a paru depuis lors et contient les réponses fournies par les ministères de l’Instruction publique de 37 pays.
Cette enquête présentait pour nous une difficulté spéciale. Comment délimiter la portée de ce travail ? Quelles activités fallait-il comprendre sous la dénomination générique de « travaux manuels » ? Le Bureau a adopté une attitude empirique et a considéré comme travaux manuels tout ce que les autorités scolaires ont l’habitude d’inclure sous ce terme. C’est-à -dire, d’un côté, les activités manuelles qui contribuent à concrétiser l’enseignement, à poser des problèmes et à servir d’auxiliaire pratique à l’enseignement de la géographie, des mathématiques, des sciences naturelles, etc. Et, en second lieu, nous avons envisagé les travaux manuels comme branche séparée destinée à développer les aptitudes créatrices en général et les aptitudes manuelles en particulier. Ceci explique l’ampleur de ce travail et l’intérêt qu’il présente pour tous ceux qui, à l’heure actuelle, se préoccupent d’organiser une école plus proche de la vie.
Voici les principaux problèmes posés dans les 24 questions que comportait le questionnaire : place faite à l’enseignement des travaux manuels dans les plans d’études ; caractère facultatif ou obligatoire de cet enseignement; buts à poursuivre ; programmes pour les garçons et pour les filles, pour les écoles urbaines et pour les écoles rurales ; dispositions officielles ou suggestions concernant les méthodes à employer ; manuels ; organisation matérielle de cet enseignement, locaux, fournitures ; personnel enseignant chargé de cette branche ; préparation à cet enseignement des futurs instituteurs et institutrices et formation de maîtres spécialisés ; inspecteurs spéciaux de travaux manuels, etc.
Pendant l’année en cours, la division des recherches a mis le point final à une autre enquête : celle sur l’enseignement de l’hygiène. Le rapport va être envoyé à l’impression. La guerre et les conséquences désastreuses sur la santé et le développement de tant d’enfants donnent à cette étude un triste caractère d’actualité. Puissent les suggestions contenues dans ce volume contribuer dans une certaine mesure à alléger le lourd handicap que notre génération léguera à tant de milliers d’enfants.
On se rappellera du succès, il y a deux ans, de notre étude sur l’organisation de l’éducation physique dans les écoles primaires. Cette première enquête exigeait un complément. Nous avons commencé le dépouillement des réponses reçues au questionnaire sur l’organisation de l’éducation physique dans les écoles secondaires. Au lieu de le diminuer, la guerre n’a fait que donner un caractère plus aigu au problème de l’éducation physique de la jeunesse. Il est peu probable que cette question disparaisse de l’ordre du jour des préoccupations des éducateurs de l’après-guerre. On peut espérer toutefois, et le Bureau sera le premier à s’en féliciter, que tout en étant plus forte, cette jeunesse n’aura plus besoin de mesurer sa force sur les champs de bataille de tous les continents.
Le principe de la gratuité du matériel scolaire semble constituer un corollaire logique du principe de l’obligation et de la gratuité de l’enseignement. Mais, en réalité, il en va tout autrement.
Il y aurait eu, déjà en temps normal, un grand intérêt à connaître la position prise par les administrations scolaires nationales en face de ce problème. Cet intérêt est encore plus évident aujourd’hui. Que l’on songe aux bouleversements apportés par cette guerre dans la situation matérielle de tant de familles. Il ne faut pas être prophète pour prédire que l’enquête dont nous avons commencé le dépouillement vient aussi à son heure et sera consultée avec le plus grand profit.
Sans doute les bruits de la lutte empêchent-ils le Bureau de percevoir avec autant de précision qu’en temps de paix les signes de l’évolution pédagogique mondiale. Mais, nous ne croyons pas nous tromper en entrevoyant la formation d’un puissant courant en faveur d’une plus grande justice scolaire. Une des formes concrètes prises par ce mouvement est la campagne entreprise dans plusieurs pays en faveur d’une véritable égalité d’accès des élèves de toutes les classes sociales à l’enseignement du second degré. Ceci a décidé le Bureau à approfondir un des aspects de l’étude réalisée par lui en 1934 sous le titre de L’Admission aux écoles secondaires et à entreprendre une enquête sur l’égalité des conditions d’accès à l’enseignement du second degré.
Avec cette enquête sur un problème qui dominera sans doute le panorama pédagogique de l’après-guerre, nous inaugurons la série des travaux destinés à reprendre, tout en les étudiant plus à fond, certains aspects des questions traitées d’une façon plus générale dans les enquêtes entreprises avant 1939.
Pouvons-nous, enfin, considérer comme une contribution à l’éducation comparée le volume consacré par le Bureau aux précurseurs d’une organisation internationale de l’éducation ? Nous croyons pouvoir répondre par l’affirmative. En étudiant un à un les différents projets qui se sont succédé de 1817 à 1925, le Bureau international d’éducation ne croit pas avoir servi uniquement sa propre cause.
Nous avions certes besoin, à un moment crucial comme celui que nous vivons, de faire le point. Le Bureau se devait de faire un examen de conscience, de se rendre compte s’il avait dévié ou non de sa propre voie. Rien de mieux pour cela que de consulter ses ancêtres, tous ceux qui, depuis Marc-Antoine Jullien, avaient rêvé ou avaient même mis sur pied, dans les circonstances les plus précaires, un centre mondial d’information et de recherches éducatives. Nous tenions aussi, admirant la fermeté, jamais vaincue par les déboires, de nos devanciers, à puiser l’énergie nécessaire pour surmonter les obstacles chaque fois plus grands créés par ces quatre années de guerre. Nous désirions enfin — et là le service rendu dépasse l’intérêt du Bureau — sortir de l’oubli cet aspect inconnu de l’histoire des organisations internationales et montrer l’erreur que l’on commettrait si, dans le domaine de l’éducation internationale, l’on cherchait à faire table rase de l’expérience du passé.
Si les pionniers du Bureau, par ignorance surtout, se sont souvent rendus coupables de cette faute, rien ne saurait excuser aujourd’hui sa répétition. En consacrant le 80e volume de sa collection de publications à honorer la mémoire de ses ancêtres, le Bureau a tenu avant tout à souligner la continuité des efforts réalisés depuis le début du xixe siècle pour placer, dans le domaine international, l’éducation sur le même plan que d’autres activités moins transcendantes qu’elle.
Troisième partie
Informationđź”—
I. — Renseignements🔗
Il est dévolu à la division d’information, la plus ancienne du Bureau, de maintenir la continuité entre le travail du présent et celui du passé. En effet, comme nous l’avons déjà maintes fois répété dans nos rapports parus depuis le début de la guerre, les devoirs de l’heure présente ne devaient pas nous empêcher de poursuivre les activités du temps de paix pour autant qu’elles pouvaient rendre encore service et être utiles pour l’avenir. C’est pourquoi nous avons cherché à nous tenir comme autrefois au courant de toutes les questions pédagogiques et scolaires et des mouvements éducatifs des différents pays. Si les communications avec l’étranger sont plus difficiles, nous arrivons toutefois à garder les yeux ouverts sur l’éducation dans le monde entier. Notre documentation, nos fichiers, nos bibliographies, sont constamment mis à jour et complétés et offrent aux éducateurs des sources de recherches et des moyens d’études comparatives qui, nous semble-t-il, seront particulièrement opportuns lorsqu’il s’agira de reconstruire et de réorganiser l’enseignement après la guerre.
Les revues pédagogiques qui parviennent encore régulièrement au Bureau sont au nombre de 200 environ. Ce sont elles qui nous offrent l’image la plus vivante de la vie scolaire des divers pays, et nous avons le moyen de dépouiller méthodiquement celles de langues française, allemande, anglaise, italienne, espagnole, portugaise, hongroise et roumaine. Que ces revues proviennent de pays neutres ou de pays belligérants, nous avons été frappés, en les lisant, de constater à quel point l’école et l’éducation subissent les effets du conflit qui bouleverse le monde.
Nous avons donc cru utile de constituer un fichier spécial sur les répercussions de la guerre sur l’enfant, l’école et l’enseignement. Cet ensemble de renseignements, montrant les conséquences innombrables de la guerre sur la santé physique, morale et intellectuelle de la génération qui formera le monde de demain, devra, lui aussi, servir aux personnes qui travailleront à la reconstruction.
D’autre part, nous voyons que la guerre n’a pas que des effets négatifs sur l’éducation. Elle a pour ainsi dire, dans bien des cas, rendu les autorités scolaires et le personnel enseignant plus conscients de leurs responsabilités et de la nécessité d’adapter l’éducation aux besoins de la vie en améliorant ses méthodes et en la rendant accessible à tous. Aussi voit-on surgir de toutes parts des projets de réformes scolaires qui entendent répandre l’éducation d’une façon beaucoup plus large et donner à l’enfant une meilleure préparation à la vie qui l’attend et à ses devoirs et d’individu et de membre de la société. Dans ce domaine aussi, le Bureau cherche à se documenter et à se tenir au courant.
Tout en nous renseignant nous-mêmes, nous nous efforçons à notre tour de renseigner les autres, puisque, dès le début, le Bureau s’est donné comme tâche d’utiliser la documentation dont il dispose pour faire connaître la marche de l’éducation dans les différents pays et mettre en contact les uns avec les autres tous ceux qui participent à l’effort pédagogique. C’est toujours notre Bulletin, reflet fidèle des préoccupations éducatives et scolaires les plus actuelles, qui nous permet le mieux d’assumer cette tâche. Les quatre numéros parus pendant l’exercice 1942-1943 contiennent des nouvelles sur 37 pays et les comptes rendus de plus de 250 ouvrages. Quoique fortement condensées, les informations que nous donnons par ce moyen sont susceptibles d’orienter sur les diverses tendances pédagogiques et ouvrent des aperçus souvent instructifs sur la vie scolaire de chaque pays. Comme nous le faisions remarquer l’an dernier, plusieurs revues pédagogiques du monde entier se servent de notre Bulletin pour alimenter leur chronique d’informations internationales.
À titre individuel, la section d’information a continué à répondre, dans la mesure de ses possibilités, aux personnes qui s’adressent à elle pour se documenter sur telle ou telle question d’éducation ou d’enseignement. Ces demandes sont nécessairement moins nombreuses qu’en temps normal. Nous avons pu cependant utiliser aussi nos fichiers pour fournir des indications bibliographiques à des éducateurs prisonniers de guerre désirant se consacrer à l’étude de certains problèmes ou organiser dans leur camp des cours de pédagogie.
Il est d’usage que nous citions à la fin de ce chapitre le nombre des lettres reçues et expédiées par le Bureau pendant l’année. Ce nombre, remarquons-le, embrasse tous les services du Bureau, y compris le Service d’aide intellectuelle aux prisonniers.
Lettres reçues : troisième trimestre 1942 : 2821 ; quatrième : 2690 ; premier trimestre 1943 : 2751 ; deuxième : 3509 ; total du 1er juillet 1942 au 30 juin 1943 : 11771.
Lettres expédiées : troisième trimestre 1942 : 3824 ; quatrième : 5185 ; premier trimestre 1943 : 4954 ; deuxième : 5682 ; total du 1er juillet 1942 au 30 juin 1943 : 19 645.
II. — Documentation🔗
Nous nous en voudrions d’insister une fois de plus sur l’importance de notre bibliothèque. Nous nous bornerons à constater qu’elle s’est enrichie cette année d’un millier d’ouvrages pédagogiques nouveaux. Seule la collection des revues pédagogiques est en voie de diminution, surtout depuis le début de 1943 où les communications postales ont été presqu’entièrement suspendues avec certains pays d’outre-mer. Nous recevons cependant encore 185 revues régulièrement et ceci de presque tous les continents.
Les autres collections ont toutes continué à s’accroître normalement, en particulier celles des ouvrages de pédagogie et de psychologie, des manuels scolaires et ouvrages complémentaires et de littérature enfantine.
Dans son ensemble, la bibliothèque compte au 30 juin 1943 41 760 volumes et documents qui se répartissent comme suit:
Collection d’ouvrages de pédagogie et de psychologie : 15 251.
Collection des publications officielles et dispositions législatives des ministères de l’Instruction publique : 7965.
Collection de documents privés sur l’enseignement dans les divers pays : 2843.
Collection de manuels scolaires et ouvrages complémentaires : 6991.
Collection de littérature enfantine : 8710.
Conclusionđź”—
Supposons que la paix revienne, soudaine et inattendue. Elle ne nous prendrait pas au dépourvu. Les services que nous avons organisés en vue de l’aide intellectuelle aux prisonniers de guerre et toute l’expérience acquise en ce domaine qui n’était guère le nôtre, seraient employés du jour au lendemain aux innombrables œuvres de reconstruction qui appelleront la collaboration de chacun : aide à la réfection des bibliothèques et du matériel scolaire, à la réadaptation de l’école aux nouvelles situations économiques, à l’éducation des enfants à scolarité incomplète et entravée, etc., etc. Quant à nos travaux permanents d’information et de recherches, il est inutile de développer en quoi ils serviront à la paix future plus encore qu’à l’intervalle compris entre les deux guerres que notre génération a connues.
Mais c’est ici que se pose le problème des projets éducatifs auxquels nous faisions allusion dans l’introduction de ce rapport : et si une autre organisation surgissait ailleurs plus ou moins semblable à la nôtre ? Eh bien, de deux choses l’une : ou bien elle s’inspirera comme nous des seuls désirs d’objectivité et de collaboration indispensables à la paix, et nous ne pourrions que coordonner tôt ou tard nos efforts communs, ou bien elle s’orientera vers d’autres buts et l’on aura certainement, en fin de compte, besoin d’un organisme impartial et technique, tel que le Bureau international d’éducation de Genève avec ses 18 ans d’existence, sa documentation et son expérience. Ayons et gardons la foi : elle sera certainement récompensée un jour.