Les tâches présentes et futures des Instituts de pédagogie curative (1943) a

Un certain nombre de circonstances multiplient actuellement les tâches déjà lourdes des instituts de pédagogie curative et augmentent d’autant leurs responsabilités pour l’avenir.

On sait par exemple, que dans notre pays le nouveau code pénal fédéral a pour résultat indirect d’exiger une préparation encore meilleure que par le passé des rééducateurs d’enfants difficiles, des directeurs d’institutions spéciales, bref de tous les praticiens qui sont en rapport avec l’enfance délinquante ou déficiente. Par ailleurs, et toujours chez nous, les milieux médicaux spécialisés dans la psychothérapie et l’hygiène mentale font de plus en plus appel à des collaborateurs psychologues et pédagogues (assistants-psychologues pour médecins ou rééducateurs et éducateurs spéciaux), dont il importe que la préparation soit toujours plus sérieusement poussée, de manière à ce que l’on puisse lutter avec fruit contre les incompétents et les charlatans soit-disant « psychologues » dont l’action sur le public n’est nullement négligeable (voir leur publicité croissante dans la presse quotidienne).

À l’étranger, de nombreuses institutions nouvelles font appel — et un appel souvent pressant — à des spécialistes suisses. C’est ainsi que les nouveaux instituts psycho-pédagogiques récemment fondés en France ne craignent pas de s’adjoindre des collaborateurs, temporaires ou permanents, préparés dans nos instituts helvétiques.

D’une manière générale, la paix à laquelle tout le monde pense, quelle que soit la date de sa venue, et la reconstruction de l’Europe dans tous les domaines, mais tout spécialement sur le plan de l’éducation et de la rééducation, imposent à notre pays des responsabilités toutes particulières. Le fait d’avoir été miraculeusement épargnés pendant un temps où tous les peuples saignent et souffrent constitue pour nous une dette et une obligation. Or, sur quel terrain saurions-nous mieux rendre service après les hostilités que sur celui qui a toujours été une spécialité helvétique : l’éducation. Il importe donc que nous nous préparions en une sorte de mobilisation totale de nos énergies spirituelles et, si l’on ose dire, pédagogiques.

C’est de la vision de ces tâches immédiates ou lointaines que s’inspire aujourd’hui l’Institut des sciences de l’éducation (Institut J.-J. Rousseau) de Genève. Ses activités dans le domaine de la pédagogie curative sont multiples : la consultation médico-pédagogique, l’éducation des arriérés et des anormaux et la protection de l’enfance constituent les trois sections dans lesquelles l’activité de nos élèves se poursuit durant deux années de formation, jusqu’à l’obtention des diplômes spécialisés qui consacrent leurs efforts (« Diplômes spéciaux » de « Psychologie appliquée aux consultations pour enfants », d’« Éducation des arriérés » et de « Protection de l’enfance »).

Mais, pour que les futurs éducateurs « spéciaux » ou assistants-psychologues pour médecins, etc. que nous préparons, soient à la hauteur de leurs tâches multiples et souvent imprévisibles, nous tenons à observer de façon constante et fidèle les deux principes suivants :

1° que la pédagogie curative, dont nous cherchons à pousser dans toute la mesure du possible les spécialisations diverses, reste toujours, aux yeux des élèves, située dans le cadre général de l’éducation, et essentiellement de cette « éducation fonctionnelle » qui procède de l’étude de l’enfance et de ses besoins propres ;

2° que, par conséquent, toute méthode et toute technique de pédagogie curative s’inspire de la psychologie 1), et notamment de la psychologie génétique ou connaissance du développement de l’enfant. C’est à cette double condition, croyons-nous, d’avoir une solide culture pédagogique générale et une sérieuse préparation psychologique, que les futurs spécialistes de la pédagogie curative parviendront à développer cette discipline jusqu’à la hauteur des tâches qui l’attendent.