Introduction. Recueil des recommandations formulées par les Conférences internationales de l’instruction publique convoquées par le Bureau international d’éducation : contribution à la reconstruction éducative (1944) a

Les grandes guerres ou les grandes commotions politiques ont toujours provoqué des modifications profondes dans le domaine de l’enseignement. Nous avons pu le constater après la Première Guerre mondiale et tout porte à croire qu’il en sera de même après les grands bouleversements que nous éprouvons actuellement. Ne voyons-nous pas, alors que l’on se bat encore, les hommes d’État promettre déjà à leur peuple des améliorations substantielles dans leur régime éducatif ?

Mais, pour que ces réformes portent leurs fruits, pour qu’elles soient vraiment constructives et qu’elles ne se réduisent pas à de simples essais souvent décevants, certains principes essentiels à toute évolution de l’enseignement doivent être observés. Il faut, en tout premier lieu, que ces transformations soient basées sur la connaissance exacte des conditions scolaires du pays même, tout en tenant compte des expériences réalisées ailleurs. Il faut aussi qu’elles assurent la continuité avec la situation scolaire précédente car, de même que la nature, l’éducation évolue progressivement et ne saurait subir sans danger de brusques changements.

Jusqu’à la déclaration de la guerre, le Bureau international d’éducation de Genève avait convoqué, par l’intermédiaire du gouvernement fédéral suisse, des conférences intergouvernementales de l’instruction publique, auxquelles participèrent près de soixante gouvernements, dont ceux des « grandes puissances ».

Après avoir examiné les résultats des enquêtes entreprises par le Bureau au cours de l’année auprès des ministères de l’Instruction publique, chaque conférence a voté des « recommandations » sur les sujets étudiés.

Les recommandations approuvées par les conférences internationales de l’instruction publique ont porté sur les 18 sujets suivants :

1) La scolarité obligatoire et sa prolongation ; 2) L’admission aux écoles secondaires ; 3) Les économies dans le domaine de l’instruction publique ; 4) La formation professionnelle du personnel enseignant primaire ; 5) La formation professionnelle du personnel enseignant secondaire ; 6) Les conseils de l’instruction publique ; 7) L’organisation de l’enseignement spécial ; 8) L’organisation de l’enseignement rural ; 9) La législation régissant les constructions scolaires ; 10) L’inspection de l’enseignement ; 11) L’enseignement des langues vivantes ; 12) L’enseignement de la psychologie dans la préparation des maîtres primaires et secondaires ; 13) La rétribution du personnel enseignant primaire ; 14) L’enseignement des langues anciennes ; 15) L’élaboration, l’utilisation et le choix des manuels scolaires ; 16) La rétribution du personnel enseignant secondaire ; 17) L’organisation de l’éducation préscolaire ; 18) L’enseignement de la géographie dans les écoles secondaires.

Ces recommandations, formant un ensemble de plus de 200 articles, constituent une sorte de charte ou de code international de l’instruction publique, un corps de doctrine pédagogique dont on ne doit pas sous-estimer la portée. Sans avoir le caractère de conventions, ces recommandations ne sauraient être confondues en aucun cas avec de simples vœux formulés par un congrès privé. Elles ont été votées par des représentants dûment mandatés de plus de quarante gouvernements et elles expriment, pour ainsi dire, les desiderata pédagogiques des autorités scolaires de tous les continents.

En outre, ces recommandations, adoptées à la suite de la discussion des rapports circonstanciés, n’expriment pas seulement un idéal. Elles tiennent compte des possibilités et de la réalité scolaire de chaque pays.

Le Bureau international d’éducation se permet d’attirer l’attention des autorités responsables sur ces 18 recommandations. Elles gardent aujourd’hui toute leur valeur et sont susceptibles, croyons-nous — de même que les enquêtes dont elles se sont inspirées — , de rendre de grands services aux administrations scolaires qui voudront les utiliser.

Si la guerre déclenchée en 1939 a suspendu les réunions annuelles de la Conférence internationale de l’instruction publique, elle n’a pas empêché le Bureau de mener à bien de nouvelles enquêtes. En attendant qu’elles puissent servir de base de travail aux prochaines conférences, les études réalisées et publiées en pleine guerre sur l’organisation des bibliothèques scolaires, l’éducation physique dans l’enseignement primaire, l’enseignement ménager dans les écoles primaires et secondaires, l’enseignement des travaux manuels dans les écoles primaires et secondaires ont été déjà mises à la disposition des autorités scolaires et des éducateurs en général.

En publiant ce premier recueil de recommandations des conférences internationales de l’instruction publique convoquées par lui, le Bureau international d’éducation entend aussi encourager et faciliter l’œuvre de reconstruction éducative qui va s’imposer au monde dès que les hostilités auront cessé.