Philosophie spiritualiste… (1946) a 🔗
Ces deux beaux volumes constituent un recueil d’articles, publiés tels quels ou complétés, ainsi que quelques études nouvelles de l’éminent philosophe vaudois. La nature essentiellement philosophique de cet ouvrage nous interdit d’en donner un compte rendu détaillé dans cette revue, mais nous aimerions signaler aux psychologues l’intérêt de la position adoptée par l’auteur en logique, position qui est de nature à favoriser la collaboration entre logiciens et psychologues et nullement à couper les ponts entre les deux disciplines.
La logique est l’étude des conditions de la vérité, et, comme telle, son objet consiste à fonder les principes du jugement et du raisonnement vrais. De ce point de vue, M. Reymond affirme non seulement l’unicité, mais même l’éternité du vrai. Le vrai est unique, tandis que l’erreur est multiple, tels les tirs dispersés autour du centre d’une cible. Mais cette unicité est « fonctionnelle » (au sens de la fonction mathématique et non pas biologique), en ce sens qu’elle constitue un rapport — le seul rapport valable possible — entre le sujet qui juge et le donné auquel s’applique ce jugement. Cette fonctionnalité est même triple : 1° relations entre les objets (élaborés par les sciences particulières) ; 2° relations entre les idées (logique formelle) et 3° relations entre les idées et les choses. Cela étant, cette « position fonctionnelle » constitue donc une relation éternelle, ce qui semblerait impliquer un réalisme logique absolu au sens de Russell et de Whitehead. Mais vient aussitôt la correction : son éternité consiste en ceci que, si l’univers et la pensée rentraient dans le néant pour en ressortir ensuite, mais a) avec le même objet, b) avec notre même constitution mentale (« constitués comme nous le sommes », t. I, p. 143), alors le nouveau jugement vrai retrouverait la même « position fonctionnelle ».
La vérité n’est donc éternelle qu’« en droit » (t. I, p. 224). En fait, elle est toujours relative aux notions acquises et aux principes admis « jusqu’à plus ample informé ». La fonctionnalité n’est donc qu’une relativité, gage d’objectivité, en opposition avec les faux absolus engendrés par le réalisme.
Cette conciliation de l’absolu et du relatif est ainsi de nature à satisfaire à la fois les logiciens, qui raisonnent sur le « droit », et les psychologues, qui raisonnent sur le « fait ». Et cela d’autant plus que les études de M. Reymond l’ont conduit, de ce second point de vue, à l’emploi de la méthode historico-critique, qui cherche à expliquer les notions par leur formation, et qui n’est qu’une extension, sur le plan de l’histoire, de la méthode génétique et comparée en honneur sur le terrain proprement psychologique.