Discours du directeur du Bureau international d’éducation. 10ᵉ Conférence internationale de l’instruction publique convoquée par l’Unesco et le BIE : procès-verbaux et recommandations (1947) a

M. Piaget remercie tout d’abord les gouvernements qui ont accepté d’assister à la conférence. Ils sont actuellement au nombre de 38, car il convient d’ajouter encore l’Inde, le Chili et la Yougoslavie à la liste qui vient d’être distribuée. Il remercie aussi M. Thomas des paroles aimables qu’il a prononcées au nom de l’Unesco. La Xe Conférence internationale de l’instruction publique revêt cette année un aspect traditionnel et un aspect nouveau. L’ordre du jour comprend, comme d’habitude, les rapports des ministères de l’Instruction publique et deux sujets qui ont fait au préalable l’objet d’enquêtes de la part du Bureau international d’éducation : la gratuité du matériel scolaire et l’éducation physique dans l’enseignement secondaire. Le BIE présente les données et la conférence sera appelée à voter des recommandations, qui ne sont ni des résolutions ni des conventions, les travaux de la conférence restant purement techniques. Quant à la question de la Charte des éducateurs, elle a été inscrite à la demande de l’Unesco. C’est ici qu’apparaît l’aspect nouveau de la conférence. C’est en effet la première fois qu’elle est convoquée par le BIE en commun avec l’Unesco. Le BIE en éprouve une joie profonde. Il se félicite de cette collaboration entre deux institutions travaillant pour l’éducation. Cette collaboration entre l’Unesco et le BIE a été qualifiée de « mariage ». À ce propos, on peut dire que le mariage peut avoir des significations multiples, si on le considère au point de vue biologique, sociologique ou psychologique. Sociologiquement, il y a des mariages par capture, par enlèvement, par achat, des mariages décidés d’avance par la famille à la naissance des futurs conjoints et des mariages où les conjoints eux-mêmes décident de s’unir. Biologiquement, il y a des mariages dans lesquels la mariée est cent ou même mille fois plus grande que le marié, d’autres, comme celui de la mante religieuse, où la mariée supprime le marié après les épousailles. Psychologiquement, il y a le mariage d’amour, le mariage de raison ou le mariage de rhumatisme. Mais un psychiatre, bien au courant des difficultés de l’union conjugale, proposait en outre le « mariage à l’essai ». C’est précisément ce qu’ont voulu l’Unesco et le Bureau international d’éducation : l’essai marche fort bien et l’on espère parvenir à une formule intermédiaire entre le mariage d’amour et le mariage de raison.