Discours du directeur du Bureau international d’éducation. 11ᵉ Conférence internationale de l’instruction publique convoquée par l’Unesco et le BIE : procès-verbaux et recommandations (1948) a 🔗
M. Piaget remercie les gouvernements qui ont envoyé des délégués. Reprenant les arguments du Dr Beeby concernant la collaboration entre l’Unesco et le Bureau international d’éducation, M. Piaget avoue qu’il comptait décrire à son tour les rapports entre ces deux organismes, mais ses idées coïncident si parfaitement avec les paroles du Dr Beeby qu’il estime inutile d’y rien ajouter. Pourtant il se permet d’insister sur l’exemple de collaboration, de cordialité et d’efforts communs qu’ont donné ces deux institutions. Il remercie ensuite le Conseil fédéral, qui a convoqué sur le sol suisse les neuf premières conférences internationales de l’instruction publique, créant ainsi une tradition. Il insiste sur l’aspect technique que doit revêtir cette conférence appelée à formuler des recommandations sans rien vouloir imposer. Dans le domaine de l’éducation, l’exemple doit jouer un rôle plus important que la contrainte et il est convaincu que des solutions différentes peuvent voisiner de pays à pays sans uniformité nécessaire. Il rappelle que l’ordre du jour de cette année comprend quatre points. En ce qui concerne l’enseignement de l’écriture, il remarque que c’est la première fois que la conférence aborde un problème de méthodologie, plus difficile à discuter dans une conférence générale qu’un problème d’administration. Quant au problème des psychologues scolaires, c’est un problème en partie neuf, car les rapports des divers pays sur cette question concernent surtout des projets d’avenir. Les rapports entre la pédagogie et la psychologie sont en effet complexes : la pédagogie est un art alors que la psychologie est une science, mais si l’art d’éduquer suppose des aptitudes innées irremplaçables, il a besoin d’être développé par les connaissances nécessaires sur l’être humain qu’il s’agit d’éduquer. Peut-être un tel sujet n’est-il pas de nature à enthousiasmer les peuples. Cependant dans un petit village de son canton natal où il avait été jadis membre de la « Commission scolaire », commission qui comptait, en outre, deux vignerons, un employé de train et un employé de tramway, l’employé de tramway se leva et dit : « J’ai entendu dire qu’en Amérique on a inventé des moyens pour mesurer l’intelligence. Je pense que c’est la première chose que nous devrions faire dans notre petite école, où les élèves doués se trouvent dans la même classe que les élèves retardés. C’est comme si, à la même charrue, on voulait atteler un bœuf et un âne ; il est impossible dans ces conditions, de faire du bon travail ! »