L’intelligence et la maturation nerveuse (1948) a 🔗
Nous avons cherché à définir l’intelligence par les formes de composition réversible vers lesquelles tend la coordination des actions comme à sa structure d’équilibre finale. On a cherché à opposer à cette conception un tableau de l’intelligence consistant en une superposition hiérarchique de conduites déterminées par les étapes de la maturation du système nerveux.
À une telle objection, il convient d’abord de répondre que la première de ces deux interprétations n’exclut nullement la seconde, mais l’implique au contraire. Il est évident que dans la mesure où l’on ne réduit pas tout au rôle de l’expérience et de l’exercice, mais où l’on invoque des lois d’équilibre et une assimilation continue des données nouvelles à des structures antérieures, on se réfère entre autres à des facteurs de maturation. Tant la myélogenèse étudiée depuis Flechsig, que la cytodendrogenèse que de Crinis a suivie jusqu’à  6 et 9 ans (ce dernier âge pour la circonvolution frontale) jouent évidemment un rôle nécessaire dans le fonctionnement nerveux correspondant à l’organisation progressive des opérations intellectuelles.
Mais la maturation n’explique pas tout et cela pour trois raisons principales. La première est que l’activation successive des appareils nerveux considérés en leur structure n’exclut pas une certaine continuité fonctionnelle, dont l’importance est essentielle dans le développement de l’intelligence. Ainsi certaines habitudes, dont l’acquisition est liée chez l’homme à une intervention de l’écorce, peuvent être contractées par des animaux sans cerveau ou à télencéphale rudimentaire. L’évolution des fonctions nerveuses procède par différenciation et intégration complémentaires des circuits, comme le développement de l’intelligence en ses schèmes et ses opérations.
En second lieu, la maturation elle-même est souvent subordonnée à un certain exercice ou à certaines stimulations fonctionnelles, comme le montrent les faits de remyélinisation après blessures, la lutte contre la dysmélinisation dans certains traitements par l’exercice (paralysie infantile) ainsi que certains faits remarquables d’embryoneurologie (la neurobiotaxie, etc.). Aussi bien un spécialiste comme Mac Graw conclut-il son étude récente sur le rôle de la maturation 1 en disant que la dichotomie « maturation × apprentissage » (« maturation versus learning ») est une charpente encombrante pour la théorie du développement !
Enfin, la maturation comme telle est une résultante et non pas une cause. Elle obéit elle-même à des lois d’organisation et d’équilibre. Ce sont ces lois qui importent pour la psychologie plus que la superposition statique des appareils parvenus à l’état de maturité. En définissant l’intelligence par des lois d’équilibre on établit plus sûrement l’accord avec la neurologie qu’en invoquant la maturation, à titre de cause particulière, toutes les fois qu’une lacune est à combler dans le tissu des explications psychologiques.