Discours du directeur du Bureau international d’éducation. 13ᵉ Conférence internationale de l’instruction publique convoquée par l’Unesco et le BIE : procès-verbaux et recommandations (1950) a

M. Piaget, au nom du Bureau international d’éducation, souhaite la bienvenue et remercie les quarante gouvernements qui ont envoyé des délégués à la conférence. Il remercie aussi le directeur général de l’Unesco de sa belle introduction et lui affirme qu’il peut compter sur l’appui du Bureau international d’éducation dans la réalisation des objectifs que l’Unesco s’est proposés.

Il ajoute quelques remarques sur la signification pédagogique des trois points inscrits à l’ordre du jour de la conférence. L’enquête sur l’initiation mathématique à l’école primaire fait partie des recherches sur l’enseignement des sciences dont l’Unesco a chargé le Bureau international d’éducation. L’éducation scientifique est utile en elle-même, en évitant qu’un fossé toujours plus grand se creuse entre l’opinion publique et les spécialistes. Une initiation aux sciences a une valeur pédagogique particulière, car elle est spécialement favorable au développement des méthodes actives en éducation. En effet, une vérité apprise n’est qu’une demi-vérité, la vérité entière étant reconquise, reconstruite ou redécouverte par l’élève lui-même. L’élève peut réinventer les lois du nombre ou de la géométrie, plus facilement que les règles de la grammaire. Il acquiert une méthode expérimentale par ses propres tâtonnements et une méthode déductive en organisant ses propres opérations. Toute la psychologie de l’enfant montre la richesse des constructions logiques mathématiques et physiques spontanées. Il s’agit donc d’adapter les méthodes pédagogiques à ses possibilités d’action. L’enseignement des sciences a une importance pour la société entière, nationale et internationale, car c’est par l’initiation scientifique que l’élève acquiert cette objectivité, cet esprit critique et cette autonomie de la raison si nécessaires aujourd’hui. La recherche sur l’initiation mathématique comportera deux étapes : la première a consisté à ordonner les résultats d’une enquête faite auprès des ministères de l’Instruction publique. La seconde confrontera les résultats de certaines méthodes et étudiera quelques réalisations spécialement intéressantes sur quelques points particuliers (règle des signes, etc.).

Le second point sur lequel la conférence devra se prononcer est celui des travaux manuels dans l’enseignement secondaire. Toute la psychologie contemporaine nous apprend que l’intelligence procède de l’action. L’école intellectualiste a méconnu cette vérité ; elle risque de rester verbale sans atteindre le noyau actif de la raison humaine. C’est du contact avec le réel que naît l’intelligence pratique, d’où la valeur des travaux manuels. Ces derniers jouent un rôle considérable dans la connaissance des techniques élémentaires mais surtout dans la formation de l’esprit lui-même (rôle de la technique dans la connaissance physique et même dans la connaissance biologique).

Le directeur général de l’Unesco ayant déjà commenté le troisième point de l’ordre du jour de la conférence, il n’estime pas nécessaire d’insister sur les échanges de personnel enseignant.

Il termine en remerciant les participants à la conférence d’être venus si nombreux et en formulant les vœux chaleureux du Bureau international d’éducation pour la réussite de leurs travaux.