Contribution à la théorie générale des structures : I. les structures perceptives : II. les structures intellectuelles. Thirteenth international congress of psychology, held at the University of Stockholm, July 16ᵗʰ to 21ᵗʰ 1951 : proceedings and papers (1952) a

I. Les structures perceptives

Les structures perceptives sont caractérisées par (1) une loi de totalité (subordination des parties au tout) et (2) une composition non additive et irréversible.

Or, le caractère (2) est dû à la nature probabiliste de la perception, c’est-à-dire à la nature incomplète de ses compositions.

Par exemple, on peut ramener toutes les illusions géométriques à une formule unique :

P = ((D1 − D2) · n (D2 / Dmax)) / Surface

où D1 est la plus petite de deux longueurs comparées et D2 la plus grande ; où Dmax est la plus grande longueur de la figure et n le nombre des rapports en jeu entre D2 et Dmax (Dmax peut être égal à 1 ou à l + n 2).

Le principe de cette formule revient à tout réduire à la surestimation des plus grands (1) et à la sous-estimation des plus petits (2) éléments comparés. Or, ces deux effets corrélatifs s’expliquent aisément par la probabilité des rencontres entre les parties de la figure et certaines régions des organes récepteurs (au sens large du terme). Cette probabilité implique alors un facteur de proportionnalité qui se retrouve dans la loi de Weber.

II. Les structures intellectuelles

Les structures de l’intelligence sont caractérisées par (1) une loi de totalité (subordination des parties au tout) et (2) une composition additive et réversible.

Le caractère (2) est dû au caractère complet des compositions logiques. Par exemple l’ensemble des nombres entiers forme une totalité bien structurée (1) et cependant comporte une composition additive ou réversible rigoureuse.

La réversibilité qui oppose ainsi l’intelligence à la perception s’accroît au cours du développement mental : la pensée du petit enfant est d’abord irréversible, puis la formation des opérations concrètes (7-8 ans) et surtout formelles (11-12 ans) marque une réversibilité progressive de la pensée.

Or, la réversibilité est le caractère des états d’équilibre. La réversibilité graduelle de l’intelligence exprime donc une marche orientée vers des états d’équilibre à la fois mobiles et stables, c’est-à-dire vers certaines structures d’ensemble de plus en plus complexes et de plus en plus réversibles.

Il existe deux sortes de réversibilité : l’inversion (négation) et la réciprocité (symétrie), principes respectifs des structures de « groupe » et de « réseaux » (lattices).

Les structures d’ensemble caractéristiques des opérations concrètes (de classes et de relations) ne sont que des « groupements », c’est-à-dire des semi-réseaux et des groupes incomplets qui réalisent séparément l’inversion et la réciprocité.

Les structures formelles constituent à la fois des groupes et des réseaux. Ces formes d’équilibre finales se retrouvent dans certains modèles cybernétiques de l’activité cérébrale, ce qui montre leur généralité.