Le développement des fonctions cérébrales chez l’enfant et l’adolescent (1953) a

Étudiées psychologiquement, les étapes du développement de l’intelligence sont caractérisées par la constitution progressive d’opérations structurées en systèmes d’ensemble. Ces systèmes, dont la forme est semblable à celle des modèles utilisés par la cybernétique, peuvent être considérés comme isomorphes aux structures cérébrales.

Une première période s’étend de la naissance à l’apparition du langage et est caractérisée par la constitution d’une intelligence sensori-motrice, dont le schématisme s’oriente déjà dans la direction de la réversibilité (groupe des déplacements) et de la formation de certaines invariantes (schéma de l’objet permanent).

De 2 à 7-8 ans, l’apparition de la fonction symbolique (langage, etc.) conduit à la constitution d’une intelligence conceptuelle et à l’intériorisation des actions en représentations. Mais cette pensée naissante demeure préopératoire, en ce qu’elle n’atteint point encore la réversibilité sur le plan représentatif (départ de notions de conservation, difficulté des inversions et réciprocités, etc.).

De 7-8 à 11-12 ans se constituent les systèmes d’opérations concrètes, caractérisées par leur réversibilité sous forme d’inversions (logique des classes) et de réciprocité (logique des relations). Un tournant décisif se marque ainsi dès 7-8 ans dans la constitution d’inférences logiques, liées à la manipulation effective ou mentale d’objets concrets. Mais ces structures ne dépassent pas le niveau des « groupements » élémentaires (classifications, sériations, correspondances, etc.).

De 11-12 à 14-15 ans enfin se constitue une logique des propositions proprement formelle, caractérisée par les structures de « réseaux » (lattices) et de « groupes », qui dépassent de beaucoup en mobilité les structures concrètes et qui réalisent la fusion en un seul système d’ensemble, des inversions et réciprocités caractérisant la réversibilité logique.