Préface. Éducation et santé mentale (1955) a

Le bel ouvrage que l’on a bien voulu me demander de présenter est le résultat des travaux de la Conférence régionale sur l’éducation et la santé mentale des enfants en Europe, réunie par l’Unesco à Paris en 1952 à la suite d’une résolution de la conférence de l’organisation tenue en 1951.

L’idée centrale des auteurs de cette résolution et des organisateurs de la conférence régionale, qui en est issue, est que le développement harmonieux de l’individu, du point de vue simultanément intellectuel, affectif et social, est aujourd’hui sans cesse menacé par l’ébranlement des valeurs collectives à la suite des deux guerres dont l’Europe a été le théâtre, et que les solutions d’un tel problème sont à chercher dans un nouvel examen de nos méthodes d’éducation, à la lumière des données actuelles de la psychologie de l’enfant.

Plus concrètement exprimée, l’idée de départ des travaux dont cet ouvrage donne le compte rendu est que le développement mental forme un tout et que l’on ne saurait remonter trop haut ni éviter trop tôt les occasions de déséquilibre pour atteindre finalement cet épanouissement de la personnalité et cette coopération qui constituent le double but de l’éducation. C’est pourquoi, visant en dernier ressort l’adaptation sociale et la compréhension internationale, l’auteur de ce volume et les experts invités à la Conférence régionale n’ont pas craint de remonter à la petite enfance, convaincus à juste titre que les conflits intérieurs qui peuvent se produire au jardin d’enfants ou dans la famille, par suite d’erreurs de méthode ou d’incompréhensions d’adultes, risquent de peser plus qu’on ne l’imagine généralement sur le développement ultérieur. C’est pourquoi, également, ils ont étudié de près le problème essentiel de la coordination de l’école et de la famille et se sont penchés avec une attention particulière sur cette plaie générale dont les responsables de l’instruction publique ne mesurent pas suffisamment la gravité et qui est le surmenage scolaire, source de désadaptation allant à l’encontre même des idéaux que poursuit ou devrait poursuivre l’école. C’est pourquoi, enfin, ils ont mis l’accent sur toutes les possibilités de coopération et de travail en équipe que fournit l’éducation nouvelle et sur toutes les possibilités d’activité réelle que comporte la rénovation des méthodes d’enseignement.

La caractéristique de cet ensemble de travaux est l’intime union, réalisée par chacun des experts, entre les préoccupations éducatives et le recours aux recherches les plus récentes de la psychologie de l’enfant, notamment dans le domaine de la psychologie affective. On pourrait dire que cet ouvrage constitue, d’une part, une étude de la psychologie appliquée à l’éducation et, d’autre part, un inventaire des idées pédagogiques nouvelles et des réformes en cours, jugées à la lumière de la psychologie de l’enfant. On aboutit ainsi à souligner fortement non seulement le rôle social de l’école et du maître, mais encore l’importance de la psychologie dans la formation des maîtres et l’établissement de saines méthodes pédagogiques. C’est cette double inspiration éducative et psychologique qui fait l’unité de ce volume.

Cette unité d’inspiration est d’autant plus remarquable que l’ouvrage résulte de collaborations multiples. Il constitue un exemple réussi de cette coopération internationale dont les adultes voudraient inculquer l’esprit à l’enfant alors qu’ils ne parviennent pas toujours à la pratiquer entre eux. Les documents de travail (résumés de recherches) sur lesquels il repose ont été établis par quinze experts de huit pays différents, par quatre commissions nationales de l’Unesco et par deux institutions spécialisées des Nations Unies. En outre quatorze organisations internationales et quatre organisations nationales non gouvernementales ont envoyé des rapports et présenté des suggestions. Trente-huit experts et délégués, appartenant à treize pays européens et à trois pays non européens, ont ainsi assisté à la Conférence régionale. Le manuscrit issu de cette première collaboration a ensuite été commenté ou enrichi de compléments d’informations par plus de soixante experts de vingt pays différents. Telle est la somme d’efforts en commun dont cette étude fournit le résultat.

Mais si ce volume ne constitue pas une simple mosaïque, malgré ces collaborations multiples, s’il réussit à faire tenir en un nombre de pages limité une collection aussi considérable de travaux, s’il contient surtout un texte intelligible s’adressant à tout lecteur cultivé, même non spécialiste, et insistant sur les réalisations pratiques en évitant dans la mesure du possible les exposés théoriques ainsi que toute interprétation non fondée sur des considérations concrètes ou expérimentales, c’est, bien entendu, que derrière les auteurs des documents de travail et les experts consultés agissait un pouvoir bienfaisant de coordination et de clarification. Nous ne voudrions pas, à cet égard, terminer cette brève préface sans féliciter très chaudement l’Unesco du beau succès qu’elle a remporté en organisant cette Conférence régionale et du non moins beau succès que constitue le présent volume. Nos félicitations s’adressent en particulier aux deux psychologues que comprend le Département de l’éducation, le Dr W. D. Wall et sa collaboratrice Mlle U. M. Gallusser, qui sont les principaux responsables de ce double succès.