Introduction. Les stades du développement intellectuel de l’enfant et de l’adolescent (1956) a 🔗
L’Association de Psychologie scientifique de Langue française a tenu sa troisième session à Genève du 2 au 4 avril 1955, dans les locaux du Laboratoire de Psychologie de la Faculté des Sciences et de l’institut des Sciences de l’Éducation (Institut J.‑J. Rousseau) de l’Université de Genève. Au cours d’une brève allocution d’ouverture, le président de l’Association pour l’année 1954‑55 souhaita la bienvenue aux quelque 150 participants à cette session et rappela l’histoire des deux institutions actuellement réunies au Palais Wilson : le laboratoire de Psychologie fondé par Th. Flournoy en 1890, lorsqu’il inaugura la chaire de psychologie expérimentale de la Faculté des Sciences de Genève, et l’Institut Rousseau fondé par Claparède et Bovet en 1912 en tant qu’organisation privée, ayant son rattachement à l’Université à titre d’Institut inter-facultés.
Le sujet d’études qui avait été inscrit au programme de cette troisième session était Le problème des stades en psychologie génétique (enfance et adolescence). Dans l’esprit des organisateurs, il s’agissait moins, en centrant la discussion sur une telle question, de chercher à lui donner sur place une solution, par un accord improvisé entre les représentants de différentes tendances (le lecteur des pages qui suivent s’apercevra sans peine du chemin qu’il reste à parcourir avant qu’un tel accord puisse être envisagé) que d’attirer l’attention sur l’importance d’un tel problème et, pour tout dire, de jeter un cri d’alarme.
La psychologie génétique se trouve en effet dans une situation paradoxale en ce qui concerne la délimitation des stades. Tous les auteurs qui s’occupent du développement de l’enfant se trouvent obligés d’introduire un ordre de succession, et des coupures plus ou moins naturelles ou conventionnelles, dans le déroulement des acquisitions ou des transformations qu’ils décrivent. Qu’ils soient conçus comme des têtes de chapitre, ou comme des étapes analogues à celles de l’embryogenèse organique, les stades constituent donc les instruments indis-
[###]pensables dans l’analyse des processus génétiques. Or, il se trouve que, par une sorte d’anarchie juvénile démontrant combien notre science elle‑même est restée jeune, autant il y a d’auteurs, autant existe-t-il de systèmes de stades, comme si les psychologues ne se lisaient pas entre eux ou n’éprouvaient pas le besoin de coordonner leurs efforts.
Pour tout dire, si les stades sont à la psychologie génétique ce qu’une classification est à la zoologie ou à la botanique systématiques, ou encore une stratigraphie à la géologie, les psychologues se trouvent dans la situation où les sciences naturelles étaient à leur origine et qu’elles ont dépassée depuis longtemps, avec une classification par auteur et aucune clef de passage permettant d’homologuer les tableaux des uns et des autres…
Selon le procédé inauguré par M. Michotte à la session de Louvain, le Comité de l’Association avait fait appel à cinq rapporteurs, afin qu’ils exposent d’abord leurs points de vue respectifs, qu’ils discutent ensuite entre eux en présence d’une assemblée provisoirement muette, et qu’ils se prêtent enfin aux objections et aux questions de cette assemblée, rendue à la parole et à son rôle d’arbitre suprême au cours d’une discussion générale.
Les rapporteurs choisis par le Comité ont été les suivants :
M. J. M. Tanner sur La notion de stade en physiologie.
M. R. de Saussure sur Les stades du développement affectif de l’enfant.
M. H. Wallon, représenté par M. R. Zazzo, sur Les étapes de la personnalité chez l’enfant.
M. J. Piaget sur Les stades du développement intellectuel de l’enfant et de l’adolescent.
M. P. A. Osterrieth sur Les stades selon d’autres écoles de psychologie.
Ces cinq rapports constituent la première partie du présent volume, accompagnés des discussions entre les rapporteurs et des interventions survenues en discussion générale.
Suivant l’usage, l’Association a également entendu des conférences de psychologues dont les recherches se poursuivent dans les institutions où siège la session :
M. A. Rey parla de Mises en correspondance de données perçues sur le plan représentatif.
[###]Mlle B. Inhelder exposa Le passage des configurations perceptives aux opérations de classification.
M. M. L. Lambercier traita du Facteur historique dans les perceptions.
Les deux premières conférences sont reproduites en Deuxième Partie du présent volume.
A la suite de ces divers exposés, l’Association a consacré une journée à une visite des services du Laboratoire de Psychologie et de l’Institut des Sciences de l’Éducation, de manière à pouvoir examiner de près les dispositifs utilisés et assister à diverses expériences récentes ou non encore publiées.
J. Piaget,
Président de l’Association.
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