[Intervention dans le colloque] L’importance du mouvement dans le développement psychologique de l’enfant (1957) a 🔗
La motricité joue tout d’abord un grand rôle dans l’organisation de certaines structures perceptives, comme avait déjà insisté Sherrington à propos de la perception de l’espace. En reprenant avec Lambercier l’expérience d’Auersperg et Buhrmester sur la perception d’un carré en mouvement de circumduction, nous avons pu observer un progrès très régulier avec l’âge dans la vitesse et dans l’adaptation des mouvements oculaires (ce qui se mesure au nombre de tours à la minute à partir desquels le carré n’est plus perçu comme tel mais sous la forme d’une croix simple ; cette figure étant elle-même intermédiaire entre le carré et l’image de fusion).
De même les difficultés rencontrées par les enfants dans la structuration de la figure en mouvement employée par Michotte pour l’étude de la causalité perceptive, mettent en évidence les mêmes progrès de la motricité oculaire avec l’âge.
Troisième exemple : la comparaison de la verticale et de l’horizontale dans les figures en équerre fait intervenir un transport oculo-moteur de l’un de ces éléments sur l’autre qui varie avec l’âge, avec l’exercice, et avec l’ordre de présentation des figures (augmentation de l’erreur avec l’âge et avec l’exercice en fonction du transport).
La motricité joue de toute évidence un rôle aussi important dans l’organisation des schèmes sensori-moteurs, tels que les groupes de déplacement en rotation ou en translation. On retrouve ce même rôle aux débuts de la représentation dans l’organisation des images mentales. Celles-ci constituent en effet une sorte d’imitation intériorisée qui prolonge l’organisation sensori-motrice plus que la perception elle-même. En étudiant le développement de l’image mentale avec l’âge, on est frappé de la difficulté des petits à imaginer les transformations, et des progrès dans le sens de la mobilité au cours des stades ultérieurs.
Mais c’est jusque dans la constitution des structures opératoires que la motricité joue son rôle. L’opération est plus qu’une forme de pensée verbale. Elle est une action qui modifie le réel matériellement ou en pensée, et dans les deux cas, elle tire son pouvoir de sa source sensori-motrice. Un exemple typique à cet égard est fourni par l’intuition de l’ordre. Cet ordre ne résulte pas d’une simple lecture de la propriété des objets, il n’est pas seulement non plus le résultat d’un énoncé verbal ; il tire ses racines de la coordination même des actions, puisqu’il intervient un ordre en toute coordination, et cela dès les niveaux les plus élémentaires.