La préhistoire du CERN (1957) a
Un intéressant article de M. Albert Picot (Journal de Genève du 23 octobre 1957, p. 6) retrace l’histoire du CERN à partir de novembre 1951, c’est-à -dire à partir du moment où il s’occupa de la question, avec le succès que l’on sait. Il peut être instructif de rappeler les origines du projet, en complément des indications de l’éminent magistrat.
En 1949 déjà , la Conférence des mouvements européens sur la liberté de la culture avait suggéré l’idée de la recherche nucléaire internationale sur le plan européen.
À la même époque, les Nations Unies, à New York, ont proposé la création de trois grands instituts destinés à favoriser une collaboration internationale en des domaines où l’achat d’appareils convenables est trop coûteux pour les seules finances nationales : un Institut de calcul mécanique (depuis lors fondé à Rome), un Institut d’étude du cerveau (projet malheureusement avorté, car les gouvernements ne s’intéressent pas toujours suffisamment à cet organe !) et un Institut de recherches nucléaires.
Les Nations Unies ont ensuite confié à l’UNESCO l’étude des modalités de réalisation de ces projets et j’ai eu l’honneur (comme président de la « Commission du Programme » de l’UNESCO en 1950-1951) de présider la Commission mixte Nations Unies-UNESCO qui a décidé les détails de ce transfert de pouvoirs. Après quoi le Département des sciences naturelles de l’UNESCO, sous la direction magistrale du professeur Auger, a établi le projet du futur CERN.
Tout en mettant au point ce projet, la Commission du Programme de l’UNESCO s’est occupée d’emblée des conditions optimum à réaliser pour son futur siège (par exemple le voisinage d’une petite ville possédant une grande université) et il est vite apparu que Genève aurait de sérieuses chances si elle désirait se mettre sur les rangs.
J’ai alors fait deux démarches au début de 1951 pour savoir s’il était opportun ou non de préparer dans les milieux de l’UNESCO la candidature de Genève : l’une auprès du chef du Département politique fédéral, qui a marqué son intérêt pour cette éventualité ; l’autre auprès de la Faculté des sciences de l’Université de Genève (séance du 26 février 1951), qui a compris les avantages d’une collaboration. C’est alors que le doyen de la Faculté des sciences a transmis mon rapport à M. le conseiller d’État Picot (mars 1951), tandis que le Conseil exécutif de l’UNESCO terminait l’étude d’un projet qui a été ensuite approuvé par la Conférence générale de cette institution et a donné naissance à l’organisation nouvelle, destinée à devenir autonome une fois constituée.
Tant comme ancien président de la Commission du Programme de l’UNESCO que comme membre de notre Faculté des sciences, il m’a semblé utile de rappeler le rôle que ces deux corps ont joué, l’un dans la création même du CERN, l’autre dans l’accueil qui lui a été réservé à Genève et auquel M. le président Picot a contribué avec tant de bonheur.