Discours de clôture du directeur du Bureau international d’éducation. 20ᵉ Conférence internationale de l’instruction publique (1957) a

Au terme de cette conférence, je me sens pressé d’exprimer ma reconnaissance tout d’abord à son président, M. Martinez Cobo. Une conférence vaut ce que vaut son président. Nous avons eu un excellent président, énergique, courtois, aux décisions rapides — c’est une grande qualité — et jamais fatigué. Nous avons eu d’excellents vice-présidents qui ont mis leurs talents respectifs à notre disposition lorsque cela a été nécessaire ; nous avons eu d’excellents rapporteurs de types bien différents et qui nous ont permis de faire d’intéressantes observations de psychologie comparée. Je dois aussi remercier l’Unesco, M. Evans, son directeur, M. Loper, M. le Dr Akrawi, M. Legrand, et nos deux secrétariats qui ont plusieurs fois travaillé tard dans la nuit pour permettre aux délégués de prendre connaissance des documents le lendemain matin. Les interprètes ont été remarquables, comme toujours.

Mais surtout, je tiens à vous remercier vous, Mesdames et Messieurs les délégués, de votre ardeur et de votre gentillesse. Je regrette de ne pouvoir vous remercier tous personnellement. J’aimerais néanmoins exprimer ma gratitude à M. l’ambassadeur Migone, parce qu’en 1929 c’est lui qui a présidé avec M. Rosselló et d’autres à l’organisation du BIE et qui est l’auteur de ses statuts. C’est un très grand plaisir de l’avoir retrouvé parmi nous. J’aimerais vous remercier parce que vous avez gardé le sourire. Il n’y a pas eu un seul incident, et pourtant notre travail est loin d’être parfait, il aurait besoin d’être repensé. Nous avons reçu des conseils, plusieurs remarques et observations ont même été faites publiquement. Il y a dans tout cela d’excellentes idées et nous allons chercher à les retenir. Mais ce n’est pas si simple. Par exemple la suggestion de nommer les rapporteurs deux mois à l’avance est certainement très bonne, mais malgré nos efforts nous ne savons jamais que quelques jours à l’avance les noms des délégués. Et puisque j’en suis aux confidences, il nous est arrivé de ne pas savoir si le président présumé pourrait accepter la présidence, faute de savoir une heure avant l’ouverture de la conférence si son gouvernement le nommerait comme délégué. Vous voyez donc qu’il est très difficile de prendre les dispositions à l’avance sur les questions de détail. Cependant, il y a une série de problèmes sérieux que nous reprendrons. Notre technique, que nous croyions éprouvée puisqu’elle avait fait ses preuves l’an dernier, concernant les rapports nationaux, s’est révélée cette année beaucoup moins heureuse. Nombre de petites questions qui auraient pu être traitées en privé ont occupé la discussion qui aurait eu avantage à se concentrer sur des questions plus importantes. Différentes solutions ont été suggérées, par exemple que chaque pays ne présente son rapport que tous les deux ans, en l’envoyant toutefois chaque année pour l’Annuaire international de l’éducation ; cela ne ferait à chaque conférence que 20 ou 30 rapports à discuter. On a pensé également à suggérer que les questions aux différents délégués soient déposées d’avance, mais on s’est demandé si les délégués ayant suffisamment de temps pour réfléchir ne feraient pas un discours pour chaque réponse.

Je me permets de recommander aux délégués de faire tout leur possible pour que les recommandations de la conférence soient mises en pratique le plus rapidement possible.

Et maintenant, je dois vous faire un aveu : pour ne pas allonger la conférence, j’ai supprimé un discours. Je n’ai d’ailleurs pas eu de difficulté avec l’orateur car c’est moi qui devais prendre la parole.

 

On célèbre cette année à Prague le 300e anniversaire de l’œuvre de Comenius. Or cette célébration intéresse tous les éducateurs du monde et, en particulier, l’Unesco et le Bureau international d’éducation. C’est pourquoi l’Unesco éditera une publication commémorant cet anniversaire. Comenius est, en effet, une très grande figure de la pédagogie qui a su réunir trois aspects complémentaires de l’éducation : a) Il s’est intéressé à la science pédagogique et à la collaboration scientifique. La Grande Didactique est un effort pour adapter l’éducation à l’enfant et à son développement, et contient l’idée du développement spontané et des stades du développement. b) Il s’est intéressé à l’administration scolaire, et ses efforts ont porté sur l’organisation des écoles, la généralisation de l’éducation à tous les milieux et à tous les peuples. c) Il s’est intéressé à l’éducation internationale et à l’organisation de la paix ; il a eu l’idée d’un organe de coordination des responsables de l’éducation, le « Collegium Lucis », comprenant non seulement des administrateurs, mais aussi des savants.

J’aimerais donc, en conclusion de cette conférence, placer nos travaux sous le patronage de Jan Amos Comenius et me demander ce qu’il penserait de nous s’il revenait sur la terre. Il se dirait avec une certaine tristesse que les gouvernements n’ont pas encore réussi à promouvoir la paix perpétuelle qu’ils souhaitent et qu’ils sont encore loin d’une organisation rationnelle telle qu’il la concevait déjà clairement. Il dirait comme un ministre des Affaires étrangères que j’ai entendu cet hiver : « Si un peu plus d’esprit scientifique, c’est-à-dire d’objectivité, se rencontrait dans les discussions internationales, les affaires du monde marcheraient mieux ». Il se dirait aussi que les ministères de l’Éducation nationale utilisent encore trop peu les méthodes scientifiques ; qu’on y fait quelquefois trop d’administration pure et pas assez la coordination des recherches dans le sens de l’amélioration des méthodes ou de la didactique. Il se dirait que le BIE a peut-être trop cédé à la pédagogie administrative et n’a pas su faire la synthèse entre les enquêtes administratives et la diffusion des résultats des sciences pédagogiques et psychologiques au profit des éducateurs et des ministères eux-mêmes. Il se dirait enfin que les recommandations aux ministères de l’Instruction publique sont une belle chose, mais une chose incomplète tant qu’on n’aura pas montré par des faits le moyen de les réaliser, et que le BIE devrait contribuer à fournir ces faits.

Mais il ne se bornerait pas sans doute à critiquer : il nous donnerait des leçons d’optimisme et de renouvellement ; il nous dirait : « Ce que vous faites est bien, mais cela ne suffit pas ; ajoutez-y encore beaucoup de nouvelles entreprises ! » Et ce vieillard, qui a gardé toujours une jeunesse d’esprit étonnante, nous encouragerait en nous disant : « Ne vous laissez pas dominer par vos automatismes ; trouvez de nouvelles formules à ajouter à celles qui ont déjà réussi. »