Discours du directeur du Bureau international d’éducation. 21ᵉ Conférence internationale de l’instruction publique (1958) a

Je souhaite la bienvenue la plus cordiale aux gouvernements qui ont envoyé des délégations si nombreuses et si compétentes à la XXIe Conférence internationale de l’instruction publique. Cette conférence examinera en premier lieu deux sujets d’intérêt général, c’est-à-dire « l’élaboration et la promulgation des programmes de l’enseignement primaire », puis « les possibilités d’accès à l’éducation dans les zones rurales ». Je rappelle à ce sujet que le but de la conférence, en ce qui concerne les deux sujets généraux, est d’élaborer des recommandations. Pour cela, on entendra un exposé du rapporteur, qui sera suivi d’une discussion générale, de l’élaboration d’un projet de recommandation par un comité de rédaction, projet qui sera ensuite soumis au vote de la conférence.

Vous êtes instamment priés, dans la discussion générale, de vous placer au point de vue des problèmes généraux et de ne pas répéter simplement ce qui se fait dans votre pays. Je dis « répéter », car ce qui se fait dans chaque pays est déjà contenu dans les études qui vous sont présentées. Le troisième point à l’ordre du jour de la conférence concerne les rapports des ministères de l’instruction publique sur le mouvement éducatif pendant l’année scolaire 1957-1958. Je rappelle à ce sujet que ces rapports ont été distribués d’avance. Ils seront discutés par ordre alphabétique d’arrivée, sans exposé ou présentation préalable. On passera directement aux questions, et les délégués sont priés de se limiter à une seule question en séance publique. En dehors des séances, on peut obtenir des informations complémentaires sur les points de détail.

Je ne dirai rien de l’accès à l’éducation dans les zones rurales, mon collègue et ami Evans en a déjà excellemment parlé. Par contre, en ce qui concerne l’élaboration des programmes primaires, j’aimerais faire trois remarques :

En premier lieu, il serait souhaitable de faire une place, dans nos recommandations, à l’éducation internationale et à l’enseignement relatif aux Nations Unies. Une déclaration du secrétaire général des Nations Unies et du directeur général de l’Unesco a été distribuée. Il est inutile de vous recommander ce document, dont l’intérêt est évident.

En second lieu, le ministre de l’Instruction publique de Tchécoslovaquie m’a suggéré, lors d’une visite que je lui ai faite à Prague à l’occasion du tricentenaire de Comenius, que le Bureau international d’éducation étudie un jour le problème du surmenage scolaire. Ce problème est effectivement très actuel et particulièrement grave au niveau secondaire. Il serait à étudier en collaboration avec l’Organisation mondiale de la santé qui s’occupe des problèmes d’hygiène mentale. Malheureusement déjà quinze à vingt sujets ont été proposés, tous plus ou moins urgents. Mais il serait utile d’avoir cette question présente à l’esprit dans nos recommandations : la première qualité d’une recommandation sur l’élaboration des programmes n’est-elle pas de songer aux moyens de ne pas les charger trop ?

En troisième lieu, il est une autre question d’intérêt général que soulève cette recherche sur l’élaboration des programmes primaires : en effet, le questionnaire du Bureau international d’éducation comportait une question sur les instituts et centres de recherches pédagogiques dont les travaux sont utilisés lors de l’élaboration ou de la révision des programmes. Mais les réponses ont été si vagues, sauf en ce qui concerne quelques grands pays, qu’on a dû se borner à les énumérer. On est stupéfait de constater le retard des sciences de l’éducation par rapport aux autres disciplines appliquées. Considérons, par exemple, les questions d’hygiène : sur les buts, tout le monde est d’accord, il s’agit d’éviter les maladies ; en ce qui concerne les moyens, on consulte les spécialistes. En pédagogie, c’est naturellement à l’opinion publique et aux autorités à décider des buts à poursuivre : par exemple, savoir l’orthographe, apprendre le calcul, etc. Mais sur les moyens, il est incroyable de constater combien on se fie davantage à l’intuition et, souvent même, à l’empirisme le plus complet qu’à des recherches contrôlées. Ainsi, pour apprendre l’orthographe, vaut-il mieux avoir deux à cinq heures de leçons hebdomadaires d’orthographe ou s’en remettre à la mémoire visuelle et porter tout l’accent sur les compositions et les lectures ? Quelques expériences ont été faites sur deux groupes d’élèves, l’un ayant reçu des leçons d’orthographe, l’autre pas. Les résultats ont été absolument identiques. Je ne dis pas que l’expérimentation suffit, je dis simplement qu’il est déconcertant de constater qu’on ne l’organise pas systématiquement. Et en mathématiques : faut-il enseigner la soustraction après l’addition, ou ensemble, la géométrie après l’arithmétique, ou les deux à la fois ? On peut se demander ce que l’on fait des recherches effectuées dans le domaine de la psychologie de l’enfant et de la pédagogie expérimentale. La plus simple des expériences consisterait dans un contrôle systématique de ce qui reste des connaissances scolaires des différentes disciplines au bout d’une, deux, trois, cinq, dix ou vingt années après la sortie de l’école primaire.

Le psychologue Morgan a dit que l’homme était l’être vivant chez lequel les habitudes inutiles durent le plus longtemps. Je crains que l’historien futur dise cela de la pédagogie officielle du vingtième siècle dans un grand nombre de pays.

Il serait donc très souhaitable que, dans ses recommandations, la conférence songe au rôle des instituts de recherche dans l’élaboration des programmes primaires. L’Unesco et le Bureau international d’éducation s’en occuperont lors d’une future enquête sur les recherches pédagogiques. Mais il serait bon de ne pas oublier cette question dans nos recommandations de cette année.