Édouard Claparède (1873-1940). Histoire de l’Université de Genève : annexes : historique des facultés et des instituts : 1914-1956 (1959) a
Né à Genève le 24 mars 1873, d’une famille originaire du Languedoc et fixée à Genève après la révocation de l’Édit de Nantes, É. Claparède fit ses classes et ses études de médecine dans sa ville natale. Neveu du zoologiste qui porte le même nom, il avait hésité entre les sciences naturelles et la médecine, mais il choisit celle-ci à l’exemple de son grand cousin Th. Flournoy, qui le convertit très tôt à la psychologie et dont il suivit l’enseignement tôt après sa création. Il obtint, en 1897, son doctorat en médecine avec une thèse de psycho-physiologie (Du sens musculaire à propos de quelques cas d’hémiataxie posthémiplégique). Un semestre à Leipzig et une année à Paris, où il fut l’élève du neurologiste Déjerine à la Salpêtrière et où il se lia avec le psychologue A. Binet, complétèrent sa formation.
Dès 1899, il donna à la Faculté des Sciences, un cours de privat-docent sur les sensations, tout en conservant certaines activités neurologistes et psychiatriques. Il s’intéressa aussi à la psychologie animale et, dès cette époque également, à la psychologie pédagogique (à propos d’un rapport que lui demanda le Département de l’instruction publique sur l’enseignement des arriérés).
En 1904, Th. Flournoy se déchargea de la direction du laboratoire de psychologie en faveur d’É. Claparède et celui-ci, qui avait publié en 1902 un ouvrage d’avant-garde sur L’Association des idées, se livra à un ensemble de recherches sur l’intérêt, sur la signification fonctionnelle du sommeil (conçu comme une activité protectrice contre l’intoxication et non pas comme un résultat de celle-ci) et de l’hystérie (comparée aux réactions défensives dont on trouve l’équivalent chez les animaux), sur l’illusion de poids, sur le témoignage, etc.
En 1908, Claparède fut nommé professeur extraordinaire de psychologie et en 1915, il succéda à Flournoy dans la chaire ordinaire de psychologie expérimentale, tandis que Flournoy se consacrait à un enseignement de philosophie des sciences.
Dès 1906, Claparède avait organisé un séminaire de psychologie pédagogique auquel l’État s’intéressa au début, mais qui suscita ensuite diverses oppositions : le séminaire se transforma alors en un institut privé, l’Institut J.-J. Rousseau, que Claparède fonda en 1912 avec la collaboration de son ami P. Bovet et qui fut rattaché, en 1929, à l’Université. C’est dans cette ligne d’intérêts que Claparède a publié ses deux ouvrages les plus connus : Psychologie de l’enfant et pédagogie expérimentale et L’Éducation fonctionnelle.
Claparède a abordé les problèmes les plus divers de la psychologie, dernier représentant d’une génération qui pouvait embrasser la totalité de cette discipline. Ses études sur l’intelligence, sur la volonté, sur la « loi de prise de conscience », sur le rôle de l’intérêt et des besoins dans le mécanisme des conduites, témoignent (en continuité complète avec ses travaux de début, à partir du moment où, dans son ouvrage paru en 1902, il se libérait de l’associationnisme) d’une interprétation très personnelle des phénomènes mentaux constamment inspirée par le fonctionnalisme. Ce qui ne l’empêchait pas d’ailleurs de fournir de belles analyses structurales comme dans son étude classique sur La Genèse de l’hypothèse.
Caractère foncièrement généreux et bon, il était apprécié par ses collègues dans le monde entier et on lui avait confié la charge de secrétaire permanent des congrès internationaux de psychologie, qu’il anima toujours de son esprit objectif et profondément humain.