Théodore Flournoy (1854-1920). Histoire de l’Université de Genève : annexes : historique des facultés et des instituts : 1914-1956 (1959) a

Flournoy fut le père de la psychologie genevoise et le fondateur de la chaire et du laboratoire de psychologie expérimentale que possède toujours notre Faculté des Sciences.

Né à Genève le 15 août 1854, Théodore Flournoy appartenait à une famille originaire du Languedoc, réfugiée et bourgeoise de Genève depuis 1600. Son père était Alexandre Flournoy, agent de change et sa mère, Caroline Claparède (il était ainsi le cousin d’Édouard Claparède).

Bachelier ès lettres en 1872, il prit encore le baccalauréat ès sciences mathématiques en 1874 puis continua ses études à l’Académie de Genève où il suivit entre autres un semestre en théologie et se fit Zofingien. Il prit le baccalauréat ès sciences physiques et naturelles en 1875. Il fit ensuite sa médecine à Fribourg-en-Brisgau, puis à Strasbourg où il prépara une thèse avec le professeur Recklinhausen parue en 1878, en cette ville, sous le titre de Contribution à l’étude de l’embolie graisseuse. Il continue ses études à Leipzig de 1878 à 1879 et à Paris de 1879 à 1880 et rentre à Genève en 1880 après avoir complété ses études médicales en suivant des enseignements de philosophie et de psychologie.

De plus en plus séduit par cette dernière discipline, il y consacre des cours de privat-docent, à la Faculté des Lettres (1885, 1886 et 1889) et à celle des Sciences (1889-1890) et donne à l’Athénée en 1886 une série de leçons sur Kant. Il obtient la création d’une chaire de psychologie physiologique à la Faculté des sciences (loi du 30 mai 1891) et en est nommé titulaire le 10 juin 1891 avec le titre de professeur extraordinaire. Il crée en 1892 le laboratoire de psychologie expérimentale qui débutera dans les sous-sols pour passer en 1900 au nouvel étage du bâtiment actuel de l’Université. En 1901 il fonde les Archives de psychologie, avec Édouard Claparède à qui il confie dès 1904 la direction du laboratoire. Nommé professeur ordinaire à la Faculté des sciences en 1908 il abandonne la Faculté en 1915, pour reprendre, après la retraite d’Adrien Naville, l’enseignement de la philosophie des sciences à la Faculté des Lettres et prend sa retraite en 1919. Il est décédé à Genève le 5 novembre 1920.

Trois étapes marquent ainsi la carrière de Théodore Flournoy, les deux dernières s’annonçant d’ailleurs dès la première. À la fois médecin et passionné des choses de l’esprit, Flournoy débute par la psychologie expérimentale au sens strict, publiant une série de travaux de laboratoire (dont son ouvrage Des phénomènes de synopsie, Genève et Paris, 1893, 259 p. in-8°), et par une mise au point méthodologique, destinée à marquer les frontières et les oppositions entre la psychologie et la philosophie métaphysique (Métaphysique et psychologie, Genève 1890, 135 p. in-8°).

Mais très tôt il est attiré par les problèmes de l’inconscient et par la production de l’imagination subconsciente. Avec une méthode à la fois très rigoureuse et libre de tout préjugé il étudie les soi-disant médiums et découvre à propos d’un cas remarquable presque toutes les idées directrices de la psychanalyse (Des Indes à la planète Mars, étude sur un cas de somnambulisme avec glossolalie, Genève, 420 p. in-8° paru en 1900), l’année même où Freud publiait sa Traumdeutung ! Il abandonne alors ses travaux de laboratoire et multiplie ses recherches en ce nouveau domaine, ainsi qu’en psychologie religieuse (avec entre autres une étude de grande valeur sur Une mystique moderne).

Enfin, constamment préoccupé par les problèmes de théorie de la connaissance (avec une fidélité constante envers la pensée de Kant) il termine sa carrière en se consacrant à la philosophie des sciences, continuant en ce domaine à occuper les positions d’avant-garde, comme au cours de toutes ses activités successives et harmonieusement liées.