L’évolution de l’illusion dite « verticale-horizontale », de ses composantes (rectangle et équerre) et de l’illusion de Delboeuf en présentation tachistoscopique (1961) a

par

Jean Piaget, Benjamin Matalon et Vinh-Bang

La recherche précédente nous a permis de mette en évidence l’existence d’un maximum de l’erreur systématique pour des durées d’exposition comprises entre les temps très courts et ceux de la vision libre (0,2 sec pour l’illusion d’Oppel). Mais les problèmes qui se posent immédiatement sont d’établir si un tel maximum est constant pour toutes les figures ou s’il varie d’une figure à l’autre, et si, pour une même figure, il demeure le même pour tous les points de fixation imposés au sujet ou s’il varie d’une centration systématique à une autre (pour ces problèmes voir le § 1 de la Rech. XLI).

Nous avons alors choisi, comme terme de comparaison avec l’illusion d’Oppel et précédemment étudiée, la figure en T renversé (dite à tort illusion verticale-horizontale), et cela pour différentes raisons. La principale est qu’elle comporte parmi les facteurs de sa déformation perceptive, le facteur de verticalité : or, celui-ci relève en partie de facteurs de mise en référence (coordonnées perceptives) plus « secondaires » que les facteurs d’exploration qui confèrent à l’illusion d’Oppel une situation intermédiaire entre les illusions « primaires » et « secondaires » ; la comparaison en est d’autant plus fructueuse. D’autre part, Fraisse et Vautrey1 ont déjà utilisé cette figure au tachistoscope pour des durées de 0,2 et 1 sec et sur des groupes différents de sujets. Enfin, nous l’avions analysée et formulée (en vision libre) avec A. Morf2.

Le programme que nous nous sommes donné était le suivant. Il s’agissait d’abord (voir § 1-3) de mesurer l’illusion en T renversé aux temps très courts d’exposition ainsi qu’aux durées déjà étudiées par Fraisse, de manière à déterminer la situation temporelle du maximum, et il s’agissait de le faire soit avec fixation sur la verticale soit avec centration sur l’horizontale elle-même. C’est ce qui a été réalisé par V. Bang sur des enfants de 5-7 ans et sur des aldultes.

1 P. Fraisse et P. Vautrey, The influence of age, sex a. specialized training on the vertical-horizontal illusion. Quart. exp. Psychol., vol. 8 (1956), pp. 114-120.

2 Rech. XXVIII.

Mais il s’agissait ensuite, du fait que le maximum découvert l’a été pour 0,1 sec et non pas pour 0,2 comme dans le cas de l’illusion des espaces divisés, de décomposer l’illusion en ses éléments et de mesurer le maximum dans le cas de ceux-ci respectivement. Or, nous savons par la Rech. XXVIII, que l’illusion de la figure en T renversé comporte deux composantes bien distinctes : elle est, d’une part, réductible à un effet de semi-rectangles, donc à l’illusion des rectangles ; elle comporte, d’autre part, un effet de verticalité qui se manifeste sous sa forme la plus dissociée ou pure lorsque l’on déplace la tige de ± par rapport à sa barre jusqu’à transformer la figure en un équerre de forme L. Nous avons donc cherché à mesurer le maximum temporel des illusions des rectangles et de la figure en équerre, sur des enfants et des adultes et en variant les points de fixation. C’est ce qui a été réalisé par M. Mata- lon (§ 4-7).

Mais la comparaison entre les maxima obtenus pour la figure en T et les maxima observés sur les rectangles et les figures en équerre ne nous permettant nullement d’interpréter, comme nous l’avions pensé un moment, les différences observées entre ceux de la figure en T et ceux de l’illusion d’Oppel-Kundt, le problème était alors de rechercher si les différences de distribution observées ne résulteraient pas simplement des relations entre la structure figurale, d’une part, et le champ des « rencontres » possibles compatibles avec une seule centration, autrement dit si elles se réduiraient à des effets que l’on pourrait appeler des « centrations enveloppantes », c’est-à-dire portant simultanément sur les divers éléments déformants de la figure. C’est pourquoi, à titre de comparaison, nous avons enfin étudié, avec B. Matalon, la distribution temporelle des erreurs sur une illusion « primaire » bien distincte des précédentes, celle de Delbœuf (§ 8-9).

I. L’illusion du T renversé

§ 1. La technique adoptée

La figure 1 est dessinée en traits noirs sur du bristol blanc. L’épaisseur du trait est de 0,25 mm. La verticale à 30 mm et reste constante. L’horizontale varie de 27 à 51 mm, de 3 en 3 mm (9 variables au total) et elle est divisée en deux moitiés par la verticale. — Ces dimensions ont été retenues (contrairement à celles de 50 mm pour l’étalon que nous choisissons ordinairement) pour être comparables à celles de Fraisse (seule l’épaisseur des traits étant différente).

Le tachistoscope utilisé est celui de Harvard (n° II du § 2 de la Rech. XLI). Le champ de préexposition est en bristol mat noir avec point de fixation blanc.

Nous avons étudié les effets de deux sortes de fixation distinctes : (a) Un point de fixation sur la verticale, à 10 mm au-dessus de l’horizontale, sur le centre géométrique de la figure (comme chez Fraisse). (b) Deux points de fixation simultanés placés sur l’horizontale à distance égale de son point médian (20 mm d’écart entre ces deux points). Nous avons constaté, en effet, qu’en se contentant d’un seul point de centration coïncidant avec l’intersection de l’horizontale et de la verticale, le regard risquait de se déplacer sur celle-ci au moment de l’apparition de la figure. En demandant de fixer deux points à la fois (ce qui est contradictoire pour la centration du regard, mais non pas pour celle de l’attention comme l’a montré Fraisse), le sujet a tendance à fixer le milieu de l’intervalle entre ces deux points et son regard est orienté dans le sens de l’horizontale.

Les sujets sont 20 enfants de 5-7 ans et 20 adultes. Dans chacun de ces groupes 10 sujets ont commencé par les mesures avec la fixation (a) pour terminer avec la fixation (b) et 10 sujets ont été examinés dans l’ordre inverse.

Les durées de présentation étudiées ont été de 0,04 ; 0,1 ; 0,2 sec et 1 sec pour chaque série de variables et une présentation complète en vision libre (à la fin).

§ 2. Résultats et interprétation

Les résultats obtenus au moyen de cette technique sont consignés au tabl. 1 (où DL signifie durée libre) :

Tableau 1. Erreurs systématiques moyennes (en %) selon la durée d’exposition de la figure en T renservé.

Temps : 0,04 Fixation sur la verticale DL
0,1 0,2 1
5-7 ans 35,5 39,5 38,5 32,5
±8,3 ±7,6 ±9,5 ±8,4
Adultes 28,1 43,0 38,5 32,2 26,1
±10,5 ±9,0 ±8,8 ±9,9 ±11,2
Fixation sur l’horizontale
Temps : 0,04 0,1 0,2 1 DL
5-7 ans 25,0 26,3 26,8 28,1 29,5
±9,9 ±10,7 ±7,4 ±9,9 ±7,0
Adultes 30,0 30,5 32,5 32,3 28,5
±7,0 ±6,1 ±5,0 ±8,8 ±4,1

On peut ainsi faire les constatations suivantes :

(1) Chez l’adulte l’illusion est très forte (plus de 40 % au maximum), sous la forme d’une surestimation de la verticale ou sa double qualité de verticale et de grand côté des deux semi-rectangles engendrés par le T renversé.

(2) Chez l’adulte le maximum avec centration sur la verticale se trouve situé à 0,1 sec déjà avec décroissance notable et régulière pour les durées plus longues de présentation.

(3) Chez l’adulte à 0,04 sec déjà l’illusion est plus forte qu’en vision libre mais sensiblement plus faible qu’à 0,1.

(4) Chez l’adulte, la fixation sur l’horizontale affaiblit l’illusion aux durée de 0,04 à 0,2 et la renforce légèrement en vision libre (avec égalité à 1 sec).

(5) Chez l’adulte, le maximum avec fixation sur l’horizontale est à la fois plus faible dans la proportion de 4 à 3 et décalé à 0,2 sec.

(6) Chez l’enfant l’illusion est plus forte que chez l’adulte (comme il est normal pour une illusion primaire de semi-rectangle, indépendamment du facteur de verticalité qui augmente d’importance avec l’âge), mais à partir seulement d’une durée de présentation déterminée : à partir de 0,2 avec fixation sur la verticale et à partir seulement de la vision libre pour la fixation sur l’horizontale. Jusqu’à ces durées respectives l’illusion demeure plus faible que chez l’adulte.

(7) Chez l’enfant les maxima sont décalés par rapport à ceux de l’adulte : de 0,1 à 0,2 pour la fixation sur la verticale et de 0,2 jusqu’à la vision libre pour la fixation sur l’horizontale.

(8) Chez l’enfant la fixation sur l’horizontale affaiblit l’illusion pour toutes les durées.

De tels faits sont extrêmement instructifs, tant par leurs relations internes qu’en comparaison avec le tableau, très semblable par certains aspects et très différent par d’autres, fourni par l’illusion d’Oppel- Kundt (tabl. 4 de la Rech. XVII).

I. A commencer par les analogies, on retrouve clairement, chez l’enfant comme chez l’adulte et avec centration sur l’horizontale comme sur la verticale, la loi de croissance et de décroissance (avec passage par un maximum entre deux) des illusions ou fonction de l’augmentation des durées d’exposition. Le fait que dans l’un des quatre cas étudiés (chez l’enfant avec fixation sur l’horizontale) le maximum trouvé coïncide avec la vision libre ne constitue par nécessairement une exception à cette loi, car il reste à établir si, en allongeant le temps d’exploration en vision libre, on aboutit à une diminution ou à une augmentation de l’illusion : s’il y a diminution, c’est donc qu’une brève vision libre coïncidait avec la durée optimale, correspondant au maximum ; s’il y a augmentation, il reste alors à établir si elle est indéfinie, ce qui n’est pas vraisemblable, ou jusqu’où elle se produit et c’est alors pour cette longue durée de présentation qu’il y aurait maximum.

II. Mais si la loi du maximum se vérifie, on constate d’emblée que les maxima observés : (a) d’une part ne coïncident pas avec ceux de l’illusion des espaces divisés : 0,1 sec chez l’adulte avec fixation sur la verticale et 0,2 pour l’illusion d’Oppel, comme dans le cas particulier avec fixation sur l’horizontale ; 0,2 et vision libre chez l’enfant contre 0,5 dans l’illusion d’Oppel ; (b) d’autre part, ne coïncident pas entre eux selon qu’il y a fixation sur la verticale ou sur l’horizontale et selon qu’il s’agit d’adultes ou d’enfants.

Ce polymorphisme des maxima peut alors donner lieu à différentes interprétations entre lesquelles il nous faut chercher à choisir en contrôlant le rôle éventuel des différents facteurs possibles :

(1) On peut d’abord se demander si le décalage de 0,2 à 0,1 du maximum avec fixation sur la verticale chez l’adulte (en comparant la présente illusion à celle des espaces divisés) serait du au fait qu’il intervient ici un facteur « secondaire » de verticalité par opposition aux facteurs « primaires ».

C’est pour vérifier l’intervention éventuelle de ce facteur que nous avons décomposé l’illusion du T renversé en ses composantes de semi- rectangles et de verticalité (celle-ci mesurée dans l’illusion de l’équerre qui constitue un cas particulier de celle du T). Or, nous constaterons dans la partie II de cette Recherche que les maxima obtenus pour

l’équerre et pour les rectangles n’expliquent en rien le maximum si fort pour 0,1 sec du tabl. 1.

(2) On peut en second lieu invoquoer comme facteurs possibles la grandeur absolue de la figure. Les figures ayant servi aux mesures du tabl. 1 sont limitées aux dimensions de 30X30 mm (maximum 30X51 mm) tandis que la figure totale utilisée pour l’illusion d’Oppel oscille autour de 10X100 mm (maximum 10X115 mm). Il est donc concevable que, pour une figure dont la longueur est entre deux et trois fois plus petite, les points de « rencontre » soient beaucoup plus nombreux (relativement et pas seulement absolument) dès les temps les plus courts : en ce cas les couplages seraient plus rapidement incomplets et l’illusion plus rapidement forte. Ces seuls faits suffiraient peut- être à expliquer le décalage du maximum situé à 0,1 sec déjà, avec une courte beaucoup plus différenciée (beaucoup moins « plate ») que ce n’est le cas pour l’illusion d’Oppel-Kundt.

C’est pourquoi nous avons complété les présentes mesures par un sondage sur des figures en T renversé de 60X60 mm (avec épaisseur des traits de 0,5 mm au lieu de 0,25 pour conserver les proportions). Nous avons pris ces mesures sur 8 adultes, dont 4 en commençant par la petite figure et 4 par la grande. Les résultats sont consignés au tabl. 1 bis :

Tableau lbis. Erreurs systématiques moyennes (en %) avec présentation de 0,1 sec de la figure en T renversé de 30x30 mm (/) et de 60X60 mm (II).

On constate alors que la figure de dimensions doubles donne trois fois sur quatre une erreur légèrement plus faible mais selon des différences non significatives (du moins pour 8 sujets). Mais, d’une part, ces erreurs de 44 et 25-31 mm demeurent du même ordre de grandeur que celles du tabl. 1 (à 0,1 sec) pour la figure de 30X30 mm (soit 43 et 30,5 mm). D’autre part, et là est l’essentiel pour notre discussion, ces erreurs demeurent très supérieures, même à 60X60 mm, aux maxima observés pour l’illusion d’Oppel (Rech. XLI) ou pour la figure en équerre (voir plus loin tabl. 2), etc. Ce n’est donc pas la grandeur absolue de la figure qui en est responsable.

(3) Un troisième facteur possible serait la grandeur comme telle de l’illusion, indépendamment des raisons qui rendent compte de cette

grandeur. On constate, en effet, que le maximum des adultes atteint 43 % d’erreur systématique, contre 8,2 % dans l’illusion d’Oppel-Kundt. Il est alors naturel de penser qu’une illusion plus forte croisse plus rapidement aux temps très courts d’exposition, ce qui décalerait le maximum. D’autre part, on constate que chez l’adulte l’illusion avec fixation sur l’horizontale est plus faible et que son maximum passe de 0,1 à 0,2 sec. Chez l’enfant, qui a une illusion beaucoup plus faible avec fixation sur l’horizontale qu’avec fixation sur la verticale, le maximum est décalé de 0,2 sec jusqu’à la vision libre. Quant aux illusions enfantines du T et d’Oppel, la proportion des maxima est de 39,5 à 6,0 % et leur décalage est de 0,2 à 0,5 sec.

Mais, s’il existe une relation entre la force d’une illusion et la précocité temporelle de son maximum (c’est-à-dire sa situation d’autant plus proche des durées les plus courtes), cette relation n’est sans doute pas univoque dans le détail. Et surtout elle ne constitue pas une explication suffisante car la grandeur d’une illusion tient à des raisons qu’il s’agit de dégager. Il est vrai que la loi des centrations relatives ne nous permette pas d’expliquer la force relative de deux illusions distinctes ni même la valeur relative des surestimations ou sous-estimations dans la comparaison de deux figures différentes : par exemple pourquoi le diamètre du cercle semble plus petit que le côté, de valeur égale, d’un carré (nous avons bien expliqué dans la Rech. XXVII pourquoi le diamètre du cercle est contracté, mais nous n’avons pas de formule permettant de comparer quantitativement un cercle et un carré). Il n’en reste pas moins que la grandeur moyenne d’une illusion comparée à une autre soulève un problème et que c’est la raison de cette grandeur qui rend sans doute compte de la position du maximum en fonction des temps d’exposition plutôt que cette grandeur comme telle (celle-ci n’étant qu’une résultante tenant sans doute aux mêmes raisons que la situation temporelle du maximum).

(4) Cela dit, et sans rien pouvoir encore formuler de général quant à cette raison commune de la force d’une illusion et de la précocité temporelle de son maximum, on peut cependant essayer de procéder par comparaison deux à deux, comme entre les illusions du T renversé et d’Oppel ou entre chacune d’entre elles et les illusions des rectangles et de l’équerre.

Or, le commun dénominateur à trouver doit sans doute être cherché dans la direction de ce que l’on pourrait appeler les « centrations enveloppantes », ce qui rendrait compte du même coup de ce fait que la position temporelle du maximum varie avec le point de centration.

Il n’y a pas de doute, en effet, qu’une figure comme le T renversé, centrée en son milieu géométrique et mesurée par la comparaison de l’un de ses éléments avec l’autre, permet d’atteindre plus directement

les relations constitutives de l’illusion qu’une figure comme celle d’Oppel (droite hachurée prolongée par une droite non hachurée) centrée également en son milieu géométrique mais mesurée grâce à des variables extérieures à la figure principale. Dans le premier cas les relations constitutives de l’illusion sont la relation entre la verticale et les deux moitiés de l’horizontale qui forment des semi-rectangles avec cette verticale, et les relations entre la verticale comme telle et l’horizontale comme telle : la centration sur le milieu géométrique de la figure (au tiers de la hauteur de la verticale) distribue alors les « rencontres » d’une manière telle que les éléments déformants sont directement reliés entre eux. Dans le cas de l’illusiion des espaces divisés, les relations constitutives de l’illusion sont les relations entre chaque intervalle A et la longueur totale (B), d’où les couplages de différence {B— A)Æ L’illusion ne devient alors forte qu’avec une centration au milieu de la partie hachurée (20 % chez l’adulte), tandis qu’une centration entre la partie hachurée mesurée et la partie non-hachurée variable et mesurante entraîne une grande déperdition des relations déformantes.

Si la force d’une illusion tient ainsi au nombre des relations appréhendées par une seule centration enveloppante, on comprend naturellement pourquoi la fixation sur l’horizontale diminue de beaucoup la grandeur de l’illusion de la figure en T : les deux petits côtés des semi-rectangles sont bien englobés, mais ce n’est plus le cas de leur grand côté commun qui est la verticale.

Ce serait alors ce facteur de centration enveloppante, dont dépendrait la force des illusions, qui expliquerait par cela même pourquoi les « rencontres » sont nombreuses dès les temps les plus courts de présentation, ce qui rendrait improbables les « couplages complets » pour ces mêmes durées et ferait ainsi croître l’illusion rapidement ; la précocité temporelle du maximum ne serait donc pas autre chose que l’expression de la facilité avec laquelle le sujet atteint, à partir du point de centration choisi, les relations déformantes, c’est-à-dire constitutives de l’illusion, telles que la loi des centrations relatives les formule pour une figure donnée.

III. Si cette explication est la bonne, on comprend alors immédiatement pourquoi les maxima sont décalés temporellement chez l’enfant par rapport à l’adulte, et toujours dans le sens d’une plus longue durée d’exposition. Ce que, dans la Rech. XLI(§ 3) nous appelions la difficulté éprouvée par l’enfant à structurer la figure présentée aux temps d’exposition très courts, difficulté qui entraîne un moins grand nombre de rencontres, donc un couplage plus complet et une illusion plus faible, n’est pas autre chose qu’une inaptitude (faute d’exercice suffisant) à englober dans une seule centration enveloppante le même nombre de relations que l’adulte ! Quand ces relations sont déformantes, il en

résulte alors paradoxalement une illusion plus faible et par conséquent un maximum décalé dans ces temps de présentation.

En d’autres termes il suffit, pour interpréter le décalage du maximum temporel des enfants de nous référer aux explications de la Rech. XLI, § 6 (II, sous 5 et 6). Nous pouvons seulement ajouter une précision au sujet du schématisme perceptif invoqué alors (sous 4) et dû aux activités perceptives antérieures du sujet : nous comprenons maintenant que ce schématisme, qui augmente simultanément le nombre des rencontres et des couplages, ne fait qu’un avec la capacité d’utiliser des centrations enveloppantes, lesquelles sont évidemment fonction des activités perceptives d’exploration et de transports. On peut alors conclure en un mot que les centrations enveloppantes accélèrent sans plus le processus évolutif dû à l’augmentation des temps de présentation : elles renforcent l’erreur aux très courtes durées (excès des rencontres sur les couplages), aboutissent plus tôt au maximum de l’erreur, et diminuent ensuite celle-ci en de plus fortes proportions (rattrappement progressif des rencontres par les couplages complets).

§ 3. Comparaison avec les résultats de Fraisse-Vautrey

11 vaut la peine de confronter les résultats précédents et surtout les interprétations qu’elle nous ont suggérées avec les mesures prises par Fraisse et Vautrey sur des enfants de 6 ans, de 9-10 ans et surtout sur trois groupes distincts d’adultes, les uns « non cultivés », les seconds formés par des étudiants en lettres et les troisième par des étudiants en sciences (mathématiciens, etc.). Non seulement, en effet, ces données s’insèrent de façon cohérente dans le cadre précédent, mais encore elles fournissent une précieuse contribution à l’étude du schématisme perceptif inhérent aux effets de champ, autrement dit aux instruments de la centration enveloppante dont nous parlions plus haut et de la structuration dont elle est l’agent.

Rappelons d’abord les données en question (mise en %) :

Temps d’exposition : 0,2 sec 1 sec vision libre
6 ans 22,3 21,6 21,6
9-10 ans 28,3 28,6 21,0
Adultes non cultivés 31,6 28,3 18,6
Etudiants en lettres 34,6 30,3 20,0
Etudiants en Sciences …. 26,3 23,6 11,6

 

Il faut d’abord remarquer que toutes ces illusions sont plus faibles que celles du tabl. 1, ce qui peut tenir à l’épaisseur des traits (1 mm

contre 0,25 mm), qui modifie les proportions, et à la distance du sujet à l’écran (1 m contre 47 cm). Cela dit on retrouve en vision libre la diminution de l’erreur, de 6 ans à l’âge adulte. Par contre à 0,2 et à 1 sec il y a augmentation avec l’âge (étudiants en sciences mis à part), comme sur le tabl. 1 en fixation sur l’horizontale, mais contrairement à ce que donne ce tabl. 1 pour la fixation sur la verticale aux mêmes durées de 0,2 et 1 ; enfin il y a convergence avec nos résultats pour 0,1. Il est donc probable que, en raison des différences dues à l’épaisseurs des traits et à la distance du sujet, il y a décalage des maxima temporels : on le voit au moins à 9-10 ans où le maximum est situé entre 0,2 et 1 sec (28,3 et 28,6) et non pas à 0,2 comme chez nos sujets de 5-7 ans ni à 0,1 comme chez nos adultes.

Mais le résultat le plus intéressant pour nous de ces données de Fraisse-Vautrey est la réaction différente des trois groupes d’adultes et surtout le fait que les différences de réactions se manifestent de façon cohérente (c’est-à-dire en conservant chaque fois le même ordre de grandeur d’illusions) aux trois durées de la vision libre de 1 et de 0,2 sec : les plus fortes erreurs sont (comme il se doit) celles des étudiants en lettres, puis viennent les adultes à formation simplement professionnelle et enfin les étudiants en sciences. Or, que la forte diminution d’erreurs de ces derniers se manifeste même à 1 et 0,2 sec suggère comme dit Fraisse, « que la formation spécialisée a développé chez les scientifiques une attitude analytique qui se manifeste dans le moindre coup d’œil » : en notre langage cela signifie donc qu’il se constitue en fonction, entre autres, de l’expérience acquise, des schèmes perceptifs susceptibles de favoriser à la fois les rencontres et les couplages 1 et cela jusquà l’intérieur des effets de champ. En d’autres termes (et quel que soit le langage adopté) il y aurait là un bel exemple de rejaillissement des résultats d’activités perceptives sur les effets de champ.

Quant à savoir si, comme le soutient Fraisse (à propos d’ailleurs des figures étudiées par Wursten comme de la figure en T), ce sont les activités opératoires, sous la forme de constructions géométriques, qui sont responsables de la baisse de l’erreur chez les adultes entraînés ou si, comme nous le soutenons, les activités opératoires se bornent à orienter ou à canaliser les activités perceptives, le seul fait qu’il se constitue des schèmes perceptifs susceptibles d’intervenir au sein des effets de champ et aux durées raccourcies de présentation nous paraît renfermer notre interprétation.

1 U faut, à cet égard, distinguer deux causes possibles des faibles erreurs aux temps très courts d’exposition : ou bien il y a peu de rencontres et par conséquent plus forte probabilité de couplages complets (ce qui est le cas des petits de 5-7 ans) ou bien il y a (à la fois) plus de rencontres mais avec un renforcement des couplages complets, ce renforcement par rapport à la moyenne pour un groupe d’âge donné étant alors dû à l’action des habitudes acquises donc d’un schématisme perceptif.

II. La figure en équerre

§ 4. Introduction et technique

Le maximum temporel présenté par la figure en T renversé étant de 0,1 chez l’adulte et de 0,2 chez l’enfant (avec fixation sur le centre géométrique de la figure) contre 0,2 chez l’adulte et 0,5 chez l’enfant pour l’illusion des espaces divisés, la première interprétation possible à contrôler était d’attribuer cette différence au fait que la figure en T fait intervenir le facteur de verticalité. On pourrait, en effet, considérer la surestimation des verticales par rapport aux horizontales comme due à une anisotropie innée du champ visuel (ce que nous ne croyons pas, mais ce n’est pas une raison pour ne pas retenir cette possibilité) et c’est alors ce qui expliquerait la forte erreur observée dès les temps d’exposition les plus courts. On pourra aussi (ce qui est notre opinion, fondée sur le fait que l’erreur de la verticale augmente avec l’âge) interpréter l’erreur de la verticale comme le résultat « secondaire » des activités perceptives de mises en référence (coordonnées perceptives), et admettre que celles-ci entraînent alors la formation progrssive d’un schématisme susceptible d’intervenir dès les effets de champ : en ce cas également il pourrait y avoir dès les temps les plus courts de présentation manifestation de cette erreur secondaire, mais en fonction de l’âge. Il convenait donc de vérifier l’action éventuelle de ces facteurs innés ou acquis relatifs à la verticalité et par conséquent de mesurer à part les maxima temporels correspondant aux deux sortes d’erreurs systématiques qui interfèrent dans la figure en T : l’illusion des rectangles qui intervient dans les semi-rectangles _J et L et l’illusion de la verticale elle-même.

La question se pose alors à nous de la manière suivante : ou bien l’illusion de la verticale donnera un maximum temporel aux environs de 0,1 sec pour toutes les figures où elle domine et il y aura présomption en faveur de son caractère coercitif privilégié, ou bien le maximum temporel de 0,1 observé pour la figure en T restera sans relation avec ceux de ses composantes (verticale ou rectangle) et leur explication sera alors à chercher dans la direction des centrations enveloppantes comme cela a été indiqué au § 3.

Quant à la technique nous avons commencé par employer la même pour la figure en équerre que pour celle en T, y compris la dimension des cartons de bristol et les caractères du champ de préexposition.

La figure adoptée comporte une verticale sur la gauche et une horizontale dans la partie inférieure de la figure (soit L). Pour un premier groupe de sujets, la verticale est demeurée constante (50 mm) et l’hori-

3

zontale a servi de mesurant en variant de 34 à 60 mm avec un échelon de 2 mm.

Les points de fixation ont été situés pour le premier groupe soit au milieu de la verticale soit au milieu de l’horizontale, la moitié des sujets en suivant cet ordre, l’autre moitié dans l’ordre inverse.

Pour un second groupe de sujets l’horizontale a été maintenue constante à 50 mm et la verticale choisie comme mesurant. Les points de fixation sont demeurés les mêmes et les deux ordres de succession ont été maintenus par moitiés des cas.

Mais le maximum temporel n’ayant pas été très net pour le second groupe de sujets, l’un de nous (Matalon) a eu l’idée, qui s’est révélée fructueuse, de faire les mêmes mesures (avec verticale variable) mais sur des groupes séparés de sujets, chaque groupe n’étant retenu que pour une seule durée de présentation. Cette méthode, beaucoup plus longue naturellement pour l’expérimentateur, a présenté l’avantage d’éliminer le facteur d’exercice et de donner ainsi des courbes à illusions en moyenne plus élevées et surtout à maximum temporel beaucoup mieux dégagé.

Ces troisièmes groupes de sujets ont alors été soumis à des mesures selon trois points distincts de fixation : (I) sur la verticale à 25 mm au-dessus du sommet de l’angle (donc au milieu de la verticale lorsqu’elle a 50 mm) ; (II) au milieu de l’horizontale ; (III) en un point situé à 25 mm au-dessus du point II et à 25 mm à droite du point I, donc à peu près au centre du champ vide compris entre la verticale et l’horizontale.

§ 5. Résultats numériques et interprétations

L’ensemble des erreurs systématiques mesurées est fourni par le tabl. 2, avec naturellement indications distinctes pour les trois techniques adoptées. Par contre les deux ordres de succession (fixation sur la verticale d’abord, puis sur l’horizontale ou l’inverse) ont donné les mêmes résultats pour les techniques 1 et 2, ce qui permet de ne pas les dissocier.

On voit ainsi que :

(1) En groupes séparés (c’est-à-dire avec la meilleure technique), l’adulte donne un maximum temporel net (12,3 %) lorsqu’il y a fixation sur la verticale et le maximum se retrouve chez l’enfant en groupes séparés et avec le même point de centration.

(2) En groupes séparés et avec fixation sur l’horizontale, l’adulte ne donne pas de maximum temporel, mais un abaissement moyen de l’erreur avec l’augmentation de la durée de présentation. L’enfant dans les

Tableau 2. Erreurs systématiques moyennes1 (en % de l’étalon) sur la figure
en équerre, en fonction de la durée d’exposition (durées en sec ; DL = durée
libre)2.

mêmes conditions ne donne pas non plus de maximum mais un accroissement de l’erreur avec la durée (passage du négatif au positif).

(3) En groupes séparés et avec fixation au milieu de la figure (point de fixation III) l’adulte ne donne pas de maximum aux durées intermédiaires : l’erreur est la plus forte au temps le plus court (13,6 à 0,22 sec), puis il y a décroissance suivie d’un nouvel accroissement de l’erreur vers 0,5 et 1 sec. La même distribution se retrouve chez l’enfant dans les mêmes conditions et en beaucoup plus net (passage de 8,7 à 0,2 puis de là à 7,3).

1 L’erreur est donnée relativement à la verticale, même quand l’horizontale et variable (et y compris les moyennes négatives qui signifient alors une dévaluation de la verticale).

2 N = nombre de sujets. Pour les groupes séparés les nombres indiqués sont ceux de chaque groupe, changeant donc d’une durée à l’autre.

3 Verticale variable.

(4) En groupes non séparés les adultes comme les enfants donnent des erreurs plus faibles dans la région qui est celle du maximum en groupes séparés, ce qui témoigne sans doute d’un effet d’exercice.

(5) En groupe non séparés avec horizontale variable et fixation sur la verticale, l’adulte donne un maximum (significatif) de 7,4 à 0,5 sec c’est-à-dire pour une durée plus longue qu’en groupes séparés. Mais avec verticale variable et (fixation sur la verticale) ce maximum s’estompe et se distribue entre 0,1 et 0,5. 11 en est de même chez l’enfant entre 0,1 et 0,2.

(6) En groupes non séparés et fixation sur l’horizontale l’adulte ne donne pas de maximum, mais une décroissance de l’erreur avec l’augmentation des durées.

Tableau 3. Pourcentage (en % des sujets) des erreurs négatives ou nattes sur la figure en équerre, en fonction des durées d’exposition (sujets du tabl. 2) k

Durées 0,02 0,04 0,1 0,2 0,5 1,0 DL
Adultes :
Groupes non séparés :
(1) Horizontale variable ;
Fixât, sur la verticale .. —  12(4) 12(0) 12(4) 8(8) 8(12) — 
Fixât, sur l’horizontale . —  8(21) 8(8) 21(12) 8(16) 4(29) — 
(2) Verticale variable :
Fixât, sur la verticale .. —  6(14) 14(6) 6(6) 6(6) 0(14) 0(14)
Fixât, sur l’horizontale . —  18(6) 25(12) 12(18) 18(12) 6(6) 6(18)
(3) Groupes séparés :
Fixât, sur la verticale .. 20(0) 10(0) 0(12) 0(0) 0(0) 12(0) 11(0)
Fixât, sur l’horizontale . 25(12) 0(0) 12(0) 25(0) 50(25) 12(62) 22(11)
Fixât. III (champ) …. 9(0) 0(0) 9(0) 18(18) 20(0) 11(0) 14(0)
Enfants :
Groupes non séparés :
Fixât, sur la verticale .. —  20(0) 20(0) 10(20) 30(20) 50(0) 50(0)
Fixât sur l’horizontale . —  50(0) 66(0) 66(33) 66(33) 83(17) 50(17)
Groupes séparés ;
Fixât, sur la verticale .. —  30(0) 22(0) 11(11) 37(0) 0(33) 25(0)
Fixât sur l’horizontale . —  50(0) 57(14) 14(28) 28(14) — ■ — 
Fixât III (champ) …. —  30(0) 40(10) 40(10) 40(0) 0(10) — 

1 Les nombres indiqués sans parenthèses sont les % d’erreurs négatives. Entre parenthèses les % d’erreurs nulïes.

Tableau 4. Erreurs maximales (et, entre parenthèses, minimales) sur la figure
en équerre, en fonction des durées d’exposition (sujets du tabl. 2).

(7) En groupes non séparés (verticale variable) et fixation sur l’horizontale, l’enfant ne donne ’que des erreurs négatives (surestimation de l’horizontale) qui augmentent progressivement jusqu’à 1 sec.

(8) D’une manière générale, l’enfant fournit des erreurs (surestimations de la verticale) nettement plus faibles en moyenne que l’adulte, à conditions identiques, et un nombre bien plus élevé d’erreurs négatives.

Comme ce résultat (8) peut tenir, soit à une différence d’adaptation perceptive aux courtes durées de présentation, soit au fait que la surestimation de la verticale augmente avec l’âge, il est utile de connaître, pour chacun des groupes de sujets et chacune des durées, le % d’erreurs négatives ou nulles ainsi que les erreurs maximales et minimales. Les tabl. 3 et 4 nous renseigneront sur ces deux points.

La comparaison de ces deux tableaux montre ce qui suit :

(1) Les maxima et minima des enfants et des adultes en groupes non séparés ne diffèrent guère de façon systématique, car des influences

temporelles diverses (exercice ou persévération) peuvent altérer les réactions.

(2) En groupes séparés, par contre, il est clair (a) que les maxima enfantins ne sont pas inférieurs à ceux de l’adulte et (b) que les minima de l’enfant (en particulier les erreurs négatives maximales) sont bien inférieurs à ceux de l’adulte, du moins jusqu’à 1 sec.

(3) A comparer maintenant les pourcentages d’erreurs négatives, on voit que, sauf quatre exceptions (fixation sur l’horizontale en groupes séparés pour les durées 0,2 et 0,5 et autres fixations pour la durée 1,0 sec), les erreurs négatives de l’enfant sont massivement plus fréquentes que celles de l’adulte.

La réunion de ces constatations (2) et (3) semble alors indiquer que les erreurs plus faibles de l’enfant au tabl. 2 ne sont pas, dans le cas particulier, dues à un défaut d’adaptation perceptive aux temps courts (tel que l’incapacité d’envelopper toute la figure à partir du point de centration obligée), mais bien au fait que la surestimation des verticales est moins systématique chez l’enfant (mais néanmoins possible comme le montrent les maxima) et qu’elle augmente en moyenne avec l’âge par une sorte de polarisation à partir d’un mélange des erreurs positives et négatives. Il convient alors de souligner l’intérêt de ces différences de réaction du point de vue du schéma explicatif sur lequel nous reviendrons dans les conclusions générales de cet article. En effet, la surestimation des verticales s’explique sans doute par l’existence de centrations privilégiées dans la région du sommet (par opposition aux horizontales centrées surtout en leur milieu) : c’est ce que confirme l’analyse des mouvements oculaires, qui montre nettement une accumulation des centrations vers le haut des verticalesx. Or, dans le cas de nos présentes expériences, il ne saurait être question d’invoquer ce facteur, puisque les centrations sont les mêmes chez l’adulte et chez l’enfant sous l’effet des points de fixation obligée. Sans doute, lorsque la fixation est imposée sur l’horizontale, les erreurs négatives sont-elles plus fréquentes, ce qui vérifie le rôle des centrations. Mais il reste à expliquer les erreurs négatives avec fixation sur la verticale ou au milieu de la figure (III), et surtout la différence entre enfants et adultes. 11 est donc clair que ces faits, joints à quelques autres (voir l’illusion de Delbœuf, etc.), ne sauraient s’interpréter si l’on ne distingue pas entre la distribution des centrations, qui est macroscopique et est ici réglée par la disposition des points obligés de fixation, et la distribution des « rencontres » pour une même centration, distribution située à une échelle inférieure et dépendant sans doute dans une large mesure de la direction imprimée à l’attention.

1 Nous reviendrons sur ce point dans un article ultérieur avec Vinh-Bang sur l’analyse cinématographique des mouvements oculaires en Jeu dans les comparaisons verticales et horizontales.

Cela dit, en ce qui concerne les différences entre enfants et adultes, il nous reste à essayer d’interpréter les éléments communs, c’est-à-dire la curieuse opposition des résultats avec fixation sur la verticale (poinr 1 de fixation) et avec fixation au milieu de la figure (point III). Comme nous l’avons déjà dit, en commentant le tabl. 2 (voir sous 3 dans les commentaires), tandis que la fixation sur la verticale donne une distribution croissante des erreurs avec la durée, puis décroissante après un maximum temporel à 0,1 sec, la fixation III donne lieu au contraire à une distribution presque exactement inverse : erreur maximale aux plus courtes durées (13,6 à 0,02 chez l’adulte et 8,7 à 0,04 sec chez l’enfant), minimum à 0,2 sec (4,2 chez l’adulte et 0,2 chez l’enfant) puis nouvel accroissement de l’erreur jusqu’à 1,0 sec (6,6 chez l’adulte et 7,3 chez l’enfant).

La courbe des erreurs avec maximum temporel relève facilement de l’explication proposée au sujet de l’illusion d’Oppel {Rech. § 6): lorsqu’il y a fixation sur la verticale, les « rencontres » avec cette dernière croissent plus rapidement que celles relatives à l’horizontale, d’où un maximum d’écart en un point intermédiaire entre les très courtes et les longues durées. En ce qui concerne, par contre, la courbe des erreurs avec fixation III, avec grandes erreurs aux plus courtes et aux plus longues durées et minimum aux durées intermédiaires, il faut alors admettre qu’il y a deux manières de surestimer la verticale à partir d’un point de centration situé à mi-distance du milieu de cette verticale et de celui de l’horizontale : l’une est de mal distinguer la longueur de l’horizontale l’attention se portant sur le sommet de la verticale plus que sur l’extrémité libre de l’horizontale) et l’autre est de les bien distinguer toutes deux, mais de ne pouvoir parvenir à une comparaison homogène (les « rencontres » se massant au sommet de la verticale, mais au milieu de l’horizontale, comme c’est le cas des centrations en vision libre).

Si cette explication est valable on comprend alors également pourquoi les courbes d’erreurs adultes avec fixation sur l’horizontale ont leur maximum aux plus faibles durées et sans nouvel accroissement aux plus longues : le phénomène est le même au départ (courtes durées), maais la centration sur l’horizontale empêche une forte surestimation de la verticale aux plus longues durées.

III. Le rectangle

§ 6. Introduction et technique

Nous avons étudié l’illusion du rectangle aux courtes durées de préésentation parce que, du point de vue de ses composantes spatiales la figure en T renversé présente des déformations mixtes, tenant à la

fois des facteurs de verticalité et horizontalité et de ceux du semi- rectangle. On pouvait donc se demander si le maximum temporel observé à propos de la figure en T s’expliquait par ceux des figures faisant intervenir également la verticale et l’horizontale ainsi que des figures rectangulaires. Nous avons constaté effectivement que les figures en T et en équerre donnaient toutes deux un maximum temporel, et toutes deux à 0,1 sec pour l’adulte. H restait donc à vérifier si l’on trouverait une parenté du même ordre entre le maximum temporel de la figure en T et celui du rectangle, et c’est pourquoi nous avons choisi cette dernière figure avant d’autres.

Or, nous allons voir que l’illusion du rectangle, mesurée sur le grand côté qui est alors surestimé par contraste avec le petit, ne donne pas de maximum temporel, du moins avant 1 sec, la question restant à discuter de savoir si la légère diminution des surestimations que l’on observe entre 1 sec et les durées libres permet de parler de maximum à 1 sec.

Nous serons donc conduits à conclure que les ressemblances et différences entre les distributions des illusions en fonction du temps de présentation ne dépendent pas ou pas seulement de leurs affinités ou oppositions du point de vue des facteurs expliquant leurs maxima spatiaux (maxima déterminés par la loi des centrations relatives). Il faudra alors chercher d’autres explications, et, à cet égard l’analyse des réactions tachistoscopiques au rectangle nous sera utile, jointe à l’étude des réactions, en partie analogues, à l’allusion de Delbœuf.

Quant aux techniques de mesure, l’illusion du rectangle en présentation brève nous a causé quelques difficultés. Nous avons commencé par la présentation d’un rectangle dessiné en blanc sur fond noir de 50X20 mm de côtés, couché, avec fixation à mi-hauteur du petit côté de droite. Sur la droite de la figure, à un intervalle variant entre 36 et 56 mm était dessiné un trait vertical de 20 mm et le sujet était prié de comparer la longueur du rectangle à l’intervalle vide compris entre son petit côté de droite et le trait vertical situé sur la droite. C’est là, bien entendu une mauvaise méthode d’évaluation de l’illusion en jeu ; seulement notre but n’étant pas d’étudier celle-ci en elle-même mais simplement d’analyser son évolution en fonction du temps de présentation, nous avons d’abord pensé que cette méthode grossière nous suffirait. Elle nous a, en effet, paru répondre à nos désirs en ce qui concerne les adultes (voir plus loin les résultats), mais les réactions des enfants nous ont paru par contre hétérogènes.

Nous avons alors essayé une autre technique, que nous avons finalement conservée. Le principe en est demeuré le même, mais le rectangle a été dessiné en noir sur fond blanc (avec point de fixation également noir) et il a été choisi comme variable : 20 mm de hauteur

(largeur) et une longueur variant entre 28 et 64 mm (échelon : 2 mm). Quant à l’intervalle vide à comparer avec la longueur du rectangle, il a été maintenu constant à 50 mm de longueur. Et surtout, les sujets soumis à cette seconde technique ont été examinés par groupes séparés, chaque sujet n’étant donc retenu que pour un seul temps de présentation.

§ 7. Résultats numériques et interprétation

Voici d’abord (tabl. 5) les résultats de la première technique, que nous ne mettrons pas sur le même tableau que ceux de la seconde puisqu’ils s’en distinguent à la fois par la couleur du champ de préexposition, par le choix de la variable ainsi que par la séparation des groupes de sujets et ne sont donc pas comparables du point de vue de l’homogénéité des mesures :

Tableau 5. Erreurs systématiques moyennes (en % de l’étalon) sur le rectangle en fonction des durées de présentation (entre parenthèses le nombre des sujets). Technique I (mêmes sujets pour toutes les durées).

Durées : 0,04 0,1 0,2 0,5 1,0
Adultes (28) 8,0 7,6 8,6 10,6 10,0
5-7 ans (19) —  8,6 9,1 10,0 19,1

 

 

 

Durées : 0,02 0,04 0,1 0,2 0,5 1,0 DL
Adultes (13 à 21) …. 2,9 4,2 4,8 5,4 5,4 8,6 6,0
5-7 ans (10 à 12) . .. . —  18,6 4,5 4,7 25,7 26,0

On voit qu’en groupes séparés tant que non séparés, les adultes fournissent leur erreur maximale vers 0,5 à 1,0 sec et non pas à 0,1 ou 0,2 sec comme dans les figures en T ou en équerre. Ce décalage paraît facile à expliquer pour des raisons de centrations enveloppantes. Dans le cas de ces dernières figures la mesure est obtenue par comparaison de l’un des éléments de la figure avec l’autre, c’est-à-dire en utilisant un élément qui est lui-même déformé par l’autre ou qui le déforme (du point de vue des dimensions). Dans le cas du rectangle, au contraire, la mesure est prise par comparaison du grand côté avec une longueur extérieure à la figure, tandis que le grand côté est surestimé relativement au petit, ce dernier n’intervenant pas par contre directement dans la mesure. Il en résulte que l’influence déformante du petit côté sur le grand ne se fera sentir que dans la mesure où il sera suffisamment remarqué, ce qui suppose des temps d’exposition plus longs que s’il était lui-même à la fois instrument de mesure et élément déformant.

Quant à la courbe d’erreurs des enfants, elle est de la même forme que celle de la figure en équerre avec centration III : erreurs maximales aux temps les plus courts, erreurs minimales aux temps les plus longs e* erreurs faibles entre deux. L’explication dont donc être du même type, c’est-à-dire que le mode de surestimation de la longueur du rectangle n’est sans doute pas identique aux durées les plus courtes où la figure est vue très globalement et aux durées où se produit la plus forte erreur adulte, c’est-à-dire où les relations entre la longueur et la largeur ont le temps de s’imposer. Mais l’originalité des réactions de l’enfant (tabl. 6) et la discontinuité nette des erreurs entre 0,04 et 0,1 sec et entre 0,2 et 0,5 sec : tout se passe ainsi comme si à 0,1 et 0,2 sec l’enfant commençait à dissocier la longueur comme telle (par opposition à 0,04 sec), mais sans la relier en retour, ainsi dissociée, à la largeur comme à 0,5 et 1,0 sec.

IV. Les cercles de Delboeuf

La mesure de l’illusion de Delboeuf simplifiée (comparaison d’un cercle libre avec un cercle inscrit dans un plus grand, concentrique) aux temps courts de présentation mérite un examen attentif, car elle aboutit à ce résultat remarquable d’un maximum temporel positif de type ordinaire chez l’enfant (max. à 0,5 sec) mais d’un maximum négatif ou d’un point de départ négatif de l’illusion chez l’adulte aux temps les plus courts ! Il est évident qu’une telle situation est fort instructive du point de vue du problème des centrations enveloppantes ; aussi convient-il de l’analyser de près.

§ 8. Technique et résultats numériques

Les deux cercles concentriques ont été choisi dans les proportions correspondant au maximum spatial de l’illusion, soit de 42 et 56 mm de diamètre. Les rayons sont ainsi dans le rapport de 3 à 4 et la bande de largeur A’ séparant le petit cercle du grand est au diamètre A du petit dans le rapport de 1 à 6. A 75 mm (sur la gauche) du centre de ces deux cercles se trouve le centre d’un cercle libre, variable (de 30 à 70 mm de diamètre avec 2 mm d’échelon) et ces variables sont présentées en ordre concentriques jusqu’à égalisation subjective avec le cercle inscrit de diamètre A.

Quatre points de fixation obligée ont donné lieu à des mesures successives : un point I situé au centre du cercle libre ; un point II situé à mi-chemin (37,5 mm) des centres du cercle libre et des cercles concentriques ; un point III siuté au milieu de la bande A’ séparant les cercles concentriques (et sur le trajet entre leur centre et celui du cercle libre) et un point IV situé au centre des cercles concentriques.

Toutes les mesures ont été prises sur des groupes séparés d’adultes ou d’enfants, tant en ce qui concerne les diverses durées de présentation que pour les quatre points distincts de centration, de manière à éviter tout effet d’exercice.

Les résultats obtenus sont consignés au tabl. 7.

Tableau 7. Erreurs systématiques moyennes (en %) de l’illusion de Delbœuf en fonction des durées d’exposition et des points de fixation.

Il peut être utile, d’autre part, d’indiquer, en % des sujets, le nombre des erreurs négatives et positives correspondant à chacune de ces moyennes d’erreurs (tabl. 8) :

1 Entre parenthèses le nombre des sujets poui’ chaque colonne de durée.

2 16 enfants ont dû être éliminés pour persistance d’un même jugement, alternance régulière ou réponses au hasard (ou seuil plus large que l’échelle, ce qui est peu probable).

Tableau 8. Pourcentage (en % des sujets) des erreurs positives et négatives correspondant aux moyennes du tabl. 73.

Durées : 0,04 0,1 0,2 0,5 1 sec Moyennes
Adultes :
Point I 0(100) 25(75) 12(88) 75(0) 100(0) 42,5(52,6)
 » II … … 33(66) 33(66) 44(33) 66(33) 88(12) 52,8(42,0)
 » III … … 100(0) 57(43) 28(57) 42(42) 100(0) 65,4(28,4)
 » IV … … 87(12) 25(75) 62(38) 50(12) 100(0) 64,5(27,4)
Enfants :
Point II … … 80(20) 66(33) 80(10) 100(0) 100(0) 85,2(12,6)

 

De ces deux tableaux découlent donc les faits suivants :

(1) Chez l’enfant on observe une courbe croissante puis décroissante des erreurs (positives) avec la durée, dont le maximum est situé à 0,5 sec.

(2) Pour tous les temps, et pour le point de fixation II (le seul étudié chez l’enfant), les erreurs négatives ne représentent que le 12,6 % en moyenne, tandis qu’elles sont de 52,8 % chez l’adulte pour la même situation II. En outre l’enfant n’a plus d’erreurs négatives à 0,5 et 1 sec, tandis que l’adulte en présente encore 33 et 12 % avec ces mêmes durées. »

(3) Pour aucun des points de fixation I à IV l’adulte ne présente de courbe des erreurs avec maximum temporel positif : (a) pour les points I (centre de cercle libre) et II (équidistance des centres des cercles à comparer), l’erreur passe de valeurs négatives plus ou moins fortes, pour 0,04 et 0,1 sec à des valeurs positives croissant jusqu’à 1 sec ; (b) pour les points de fixation III (bande entre deux cercles concentriques) et IV (centre commun des cercles concentriques) l’erreur, d’abord positive pour 0,04 ou 0,1 sec, passe par des valeurs négatives à 0,1 ou 0,2 sec puis par des valeurs positives croissant jusqu’à 1 sec.

(4) Pour la durée la plus faible, de 0,04 sec, les moyennes d’erreurs (tabl. 7) se distribuent régulièrement en fonction du point de fixation : fortement négatives pour I, négatives encore pour II, positives pour III et fortement positives pour IV.

(5) Pour les durées de 0,1 à 1 sec on ne voit pas de relation générale entre la moyenne des erreurs (tabl. 7) et le point de fixation.

3 Les % donnés sans parenthèses sont ceux des réponses positives ; entre parenthèses les % d’erreurs négatives.

(6) Par contre, les pourcentages moyens d’erreurs négatives (pour les cinq durées à la fois) donnent une répression relativement régulière du point de centration I (52,6 %) au point IV (27,8 %).

Au total il s’agit donc surtout d’expliquer la différence de réaction des adultes et des enfants et le pourquoi des erreurs négatives si fréquentes de l’adulte. Il s’agit également de recherches si les erreurs positives de l’adulte pour les temps de 0,04 sec (par exemple 100 et 87 % en situations III et IV) sont de même nature que ses erreurs positives pour les temps de 0,5 et 1 sec (100 % également en III et IV).

§ 9. Essai d’interprétation

(1) Le premier point à comprendre est la possibilité même des erreurs négatives (abondantes chez l’adulte et représentées également mais faiblement chez l’enfant) dans le cas de figures qui, en vision libre, correspondent au maximum positif (spatial) de l’illusion de Delboeuf : rayons des cercles concentriques I (extérieur) et II (intérieur) en proportion de 4 à 3 et rapport de 6 à 1 entre le diamètre A du cercle II et la largeur A’ de la bande comprise entre les cercles II et I.

En vision libre on trouve, il est vrai, des erreurs négatives à partir du moment où la bande A’ croissant en largeur (par agrandissement du cercle I relativement à II constant), atteint la valeur A’ = A (illusion nulle en moyenne) et surtout A’ > A. Et encore faut-il pour dévaloriser A, ne pas perdre de vue la zone A’ et ne pas isoler le cercle II (diamètre A) du grand cercle I qui en est alors éloigné (diamètre A+2A’) : c’est pourquoi beaucoup d’adultes n’ont pas cette erreur négative1, cependant dominante en moyenne pour A’ = 1,5 à 2A. Or, dans le présent cas où A’ = A/6, il n’est pas question d’expliquer les erreurs négatives par une simple dévalorisation de A sous l’influence du seul rapport entre A’ et A puisque, même en surestimant A’ de 50 ou 100 %, on aurait toujours A’ <A. Aussi bien le point de fixation 111 ne donne pas plus d’erreurs négatives que le point de fixation IV : il en donne même moins à 0,04 et 0,1 sec ! (voir tabl. 8).

L’erreur négative observée ne saurait donc s’expliquer que du point de vue des relations entre le cercle inscrit II (diamètre A) et le cercle variable isolé III servant de mesurant. Dans les grandes lignes (et avant d’analyser à cet égard le détail des résultats), on peut alors interpréter le phénomène comme suit. Aux temps courts de présentation, il est assez difficile de comparer les cercles II (mesuré) et III (mesurant), du fait que pour effectuer cette comparaison il s’agit de dissocier les cercles II et I, le cercle II, à évaluer, étant inscrit en 1 qui lui-même

1 Mlle Vurplllot n’en a même pas rencontré chez ses sujets aldultes parisiens.

n’est pas à estimer. On peut alors penser qu’aux courtes durées de présentation, le travail principal du sujet est de séparer les cercles II et I, par un effort d’attention à partir du point de fixation obligé, et quelle que soit cette centration. Cet effort de dissociation des cercles I et II aurait alors pour effet de dilater la zone A’ de séparation et de contracter par conséquent le diamètre A du cercle II, non pas en raison des relations objectives existant entre A’ et A mais en raison des relations à établir entre les cercles II et III.

Mais cette interprétation se heurte à deux difficultés : (a) pourquoi n’en est-il pas de même chez l’enfant ? (b) Pourquoi trouve-t-on chez l’adulte une illusion positive en situations III et IV pour les durées 0,04 et 0,1 sec avant que l’illusion devienne négative à 0,1 ou 0,2 sec pour redevenir positive aux durées de 0,5 et 1 sec ?

(2) En ce qui concerne la différence des réactions de l’enfant et celles de l’adulte, il importe de se rappeler l’opposition des attitudes que chacun a observée (en moyenne) et sur laquelle nous avons insisté à propos des « bonnes formes » dans la Rech. XIX : là où l’adulte voit des dessins géométriques ou des « formes », l’enfant perçoit des objets concrets. Dans le cas particulier, où l’adulte voit des cercles concentriques \ l’enfant percevra, pour l’ensemble I et II, un anneau (dans l’espace), un pneu de bicyclette, etc. En ce cas : d’une part, les cercles I et II formeront un tout indissociable (du point de vue de la réalité), ce qui favorise l’intervention des relations perceptives entre A (diamètre de II) et A’ (largeur de l’anneau, c’est-à-dire de la zone comprise entre II et I), d’où un premier facteur d’illusion positive ; d’autre part, il sera plus facile de comparer le cercle (ou « rond ») libre III au cercle intérieur de l’anneau solide (cercle II)2 que s’il s’agissait de comparer III à l’un des deux cercles séparés 1 et II (à dissocier perceptivement), d’où un affaiblissement du facteur supposé d’illusion négative.

Cette hypothèse selon laquelle le caractère « significatif » attribué par les petits de 5-6 ans aux cercles de Delboeuf serait de nature à augmenter leur illusion positive n’est pas une simple vue de l’esprit. Ou plutôt, si nous l’avons tirée par simple déduction de ce que nous croyons savoir des attitudes perceptives respectives des petits et des adultes, elle a reçu par ailleurs une confirmation expérimentale dans les recherches qu’Eliane Vurpillot conduit à Paris pour comparer la perception des formes dites, d’ailleurs à tort, « non-significatives » (formes géométriques) et celle des formes dites « significatives » (objets empiriques). Pour ce qui est de l’illusion de Delboeuf, E. Vurpillot l’a

1 Ne serait-ce qu’à cause de la consigne prescrivant de comparer les cercles III à II et non pas III à I.

2 La comparaison se ferait comme s’il s’agissait d’« encastrer » un disque solide à l’intérieur d’un anneau de bols (comme dans les exercices d’« encastrer » de Mme Montessori).

mesurée sur 20 sujets par âges (5, 7, 9, 12 ans et adultes) : (a) au moyen de cercles concentriques de 18 et 24 mm et de cercles isolés variables de 14 à 24 mm, (b) au moyen de cercles de mêmes dimensions mais placés à l’intérieur d’un visage humain où ils figurent les yeux (les cercles concentriques représentant l’un des yeux et les variables l’autre). La moitié des sujets débutent par la situation non significative, l’autre moitié par la seconde situation. Or les résultats ont été les suivants :

On voit ainsi que pour des sujets dont l’illusion, sous sa forme géométrique (« non significative »), ne varie pas avec l’âge (sauf la diminution habituelle chez l’adulte), l’intervention d’un facteur de signification concrète produit un accroissement de l’illusion dans une proportion de 4 à 3 à 5 ans, en vision libre ; aux autres âges, par contre, l’intervention de ce facteur, ou bien ne change rien, ou bien abaisse l’illusion (sans doute parce qu’à 9-12 ans les formes géométriques attirent plus l’attention qu’un visage quelconque).

(3) Pour ce qui est maintenant de l’illusion positive de l’adulte en situations III et IV aux temps très courts de présentation (0,04 et 0,1 pour III et 0,4 pour IV), il est peu vraisemblable qu’elle soit de la même nature que les illusions positives finales (à 0,5 et 1 sec), car, s’il était possible de percevoir la figure aux temps très courts comme aux temps longs, il n’y aurait aucune raison qu’il intervienne entre deux une situation négative due à l’effort pour dissocier les cercles I et II. Il faut donc penser que l’illusion positive de l’adulte aux temps très courts est plus proche de l’illusion positive de l’enfant que de celle de l’adulte aux temps longs : ce n’est pas naturellement que l’adulte perçoive en ce cas un pneu de bicyclette ou anneau de métal, mais il apercevrait alors une figure globale ou un tout indissociable, quelque chose comme un cercle unique mais marqué par deux traits. S’il en est ainsi il lui serait également plus facile de comparer le cercle 111 au cercle II, perçu comme l’intérieur de ce cercle à bords doubles L Ce n’est qu’aux temps un peu moins courts (0,1 ou 0,2) qu’il essayerait alors de dissocier les deux traits I et II, d’où l’erreur négative.

(4) Cette hypothèse (3) expliquerait en outre le paradoxe suivant : aux temps très courts de 0,04 et 0,1 sec, il y a chez l’adulte moins

1 Ou encore il comparerait le cercle III à un cercle de valeur mixte ou intermédiaire entre les cercles I et II, ce qui est naturellement possible aussi pour l’enfant aux temps courts.

d’erreurs négatives en situation III (fixation sur la zone A’) qu’en situation IV (fixation au centre de A : voir tabl. 8). En fait la fixation sur la zone A’ favoriserait simplement la dissociation des cercles I et II en vue de la comparaison entre les cercles II et III, tandis qu’en fixation IV, la dissociation étant plus difficile, l’effort de séparation entre I et II engendrerait l’erreur négative selon l’hypothèse développée sous (1).

(5) D’une manière générale, ces réactions à l’illusion de Delboeuf fournissent des précisions instructives sur la nature de la « centration enveloppante » qui intervient dans le phénomène du maximum temporel. Ce maximum est très net dans le cas de la figure en ± et de la figure en équerre (L) parce que la mesure de l’illusion se fait en ces deux cas par comparaison directe des éléments Er et E2 (trait horizontal et trait vertical) qui sont par ailleurs les générateurs de l’illusion (contraste entre l’horizontale Ex la verticale E2 dans le cas de l’équerre et même contraste accompagné d’un effffet de semi-rectangles2 dans le cas de la figure en i). Dans les cas du rectangle, a ucontraire, et dans celui des cercles de Delboeuf, où il n’y a pas de maximum temporel avant 1 sec, l’illusion est mesurée par la comparaison entre un élément E3 extérieur à la figure (l’espace vide Es pour le rectangle et le cercle III pour Delboeuf) et un élément E2 appartenant à la figure (le grand côté du rectangle ou sa longueur, dans le premier cas et le cercle II dans le cas de Delboeuf), tandis que cet élément E2 est déformé per- ceptivement par un élément Ej n’intervenant pas dans la mesure ou dans la comparaison directement mesurée (Ej est le petit côté du rectangle et le cercle I dans les cercles de Delboeuf). Si nous appelons centration enveloppante la centration qui permet de mettre en relation les éléments E± et E2 nous pouvons alors penser que les figures en équerre et en i donnent lieu à un maximum temporel net de l’illusion, parce que celle-ci est mesurée précisément au moyen de la relation qui intervient dans la centration enveloppante, ce qui renforce cette dernière. Dans le cas du rectangle et des cercles de Delboeuf, la comparaison intervenant dans la mesure ne coïncide pas avec la relation que devrait atteindre la centration enveloppante, ce qui ne renforce pas cette dernière et l’affffaiblit même à des degrés divers (du moins aux temps courts).

(6) En un mot, dans le cas des cercles de Delboeuf (comme dans celui du rectangle), la centration ne devient enveloppante qu’en fonction d’une durée suffisante de présentation, d’où l’absence de maximum temporel avant 1 sec. Chez l’enfant, au contraire, si notre interprétation est exacte, le fait de percevoir un objet d’un seul tenant pour ce qui est des cercles I et II (donc des éléments Ej et E2) favorise la constitution

2 Entre 1/E, et B*

plus rapide de la centration enveloppante et entraîne ainsi la formation d’un maximum temporel. Dans le cas des réactions des enfants au rectangle, par contre, où la perception d’un objet concret n’ajoute rien à la forme rectangulaire (contrairement à l’opposition existant entre un anneau solide et deux cercles concentriques), le phénomène n’est pas le même et, comme nous l’avons vu, la courbe des erreurs enfantines, sans passer (en moyenne) par des erreurs négatives, se rapproche de celle des adultes pour l’illusion de Delboeuf.

V. Conclusion générale.

Il convient maintenant de rechercher jusqu’à quel point les distributions temporelles des cinq illusions que nous avons étudiées à ce point de vue (Oppel-Kundt, figure en T, équerre, rectangle et Delboeuf) vérifient le schéma des rencontres et des couplages au moyen duquel nous cherchons à expliquer les effets de centration. Trois groupes de faits sont à analyser à cet égard : l’affaiblissement de l’erreur avec l’exercice, le rôle des configurations et les variations du maximum temporel ou même du sens des illusions avec l’âge et avec les changements de points de fixation.

§ 10. L’affaiblissement de l’erreur avec l’exercice

Nous n’avons pas cherché à étudier l’exercice pour lui-même. Mais, en substituant à notre technique initiale, qui consistait à garder les mêmes sujets pour toutes les durées de présentation, la technique des groupes séparés consistant à changer de sujets pour chacune des durées étudiées, nous avons pu mettre en évidence certains faits se rapportant au rôle de l’exercice. Or, ces faits sont précisément instructifs du point de vue de la vérification de l’hypothèse des rencontres et des couplages : du moment qu’à durées égales de présentation et avec les mêmes points de fixation obligée, les sujets des groupes séparés et ceux qui bénéficient d’un exercice ne donnent pas les mêmes résultats quantitatifs, il faut bien admettre, en effet, qu’aux mêmes centrations de mêmes durées ne correspondent pas exacetment, selon qu’il y a exercice ou non, les mêmes enregistrements par le sujet des mêmes données objectives.

Il convient d’ailleurs de distinguer deux sortes d’exercices : un exercice en fonction des présentations successives de même durée, se produisant lorsque l’on présente la série des variables différentes pour prendre une mesure (en un même temps à chaque présentation), et un exercice par transfert d’une durée à l’autre, se superposant au précédent chez les sujets étudiés en groupes non séparés.

4

Nous ne traiteront ici que de ce dernier cas et fournirons d’abord, à son égard, une comparaison entre deux groupes de sujets étudiés les uns en durées croissantes (0,04 à 1,0 et durée libre) et les autres en durées décroissantes. Les résultats de ceux qui ont été étudiés en durées croissantes sont déjà consignés au tabl. 2 (Enfants, groupes non séparés, fixation sur la verticale) ; les autres (durées décroissantes) sont nouveaux (cinq sujets de 5-7 ans) :

Tableau 9. Erreurs systématiques à 5-7 ans sur la figure en équerre (fixation sur la verticale variable) en durées croissantes et décroissantes.

Durées : 0,04 0,1 0,2 0,5 1,0 libre
Durées croissantes 5,6 6,2 6,4 3,1 3,6 2,0
Durées décroissantes …. 4,5 3,6 2,8 3,2 4,0 5,2

 

On voit ainsi qu’il suffit de changer l’ordre des durées de présentation pour modifier non seulement le maximum temporel mais encore l’allure générale de la courbe, qui passe alors d’une distribution avec un seul maximum à une distribution dont les valeurs maximales se trouvent aux durées extrêmes (0,04 et libre) avec un minimum pour la durée de 0,2 (correspondant à celle du maximum en durées croissantes) x. Il n’y a rien à dire de la première de ces deux distributions qui rentre dans la règle. Quant à la seconde, on voit qu’elle est semblable à celle des enfants en groupes séparés pour la figure en équerre également, mais avec point de fixation au milieu de la figure (point III : tabl. 2), et à celle des enfants (groupes séparés) pour le rectangle (tabl. 6). En durées libres, les sujets présentant cette seconde distribution donnent 5,2 % d’erreur, qui équivalent aux 4,6 % de la durée libre en groupes séparés du tabl. 2. De 1,0 à 0,2 sec leurs erreurs baissent de 4,0 à 2,8 sous l’influence de l’exercice (à 0,2 l’erreur est de 3,7 sans exercice : tabl. 14). A 0,1 et 0,04 enfin, elles remontent sous l’effet des courtes durées, avec un maximum de 4,5 et non pas de 8,6 et décalé à 0,04 au lieu d’être situé à 0,1 comme c’est le cas sans exercice (tabl. 7). En ce cas des mesures en ordre décroissant des durées, les deux valeurs maximales extrêmes de 4,5 et 5,2 ne dépassent donc que de peu les valeurs correspondantes en groupes séparés (4,0 et 4,6) et, s’il y a minimum entre deux (à 0,2) et non pas maximum (à 0,1 ou 0,2 sec), c’est simplement qu’il y a exercice entre la durée libre et 0,2 sec, et que celui-ci est contre balancé aux courtes durées de 0,1 et 0,04 par la difficulté de la comparaison en présentations très rapides.

1 Voir au 5 11 la note sur le losange (IV) : S. Ghoneim a trouvé à son sujet, en ordre décroissant des durées, un résultat analogue, mais sous une forme affaiblie.

Si nous comparons maintenant les résultats des sujets en groupes séparés (donc sans exercice d’une durée à l’autre) à ceux des sujets en groupes non séparés (donc avec un tel exercice), nous observons des phénomènes de même nature, mais en plus atténués parce qu’alors l’ordre de présentation est le même dans les deux cas (durées croissantes). C’est ainsi que, pour la figure en équerre, les adultes avec fixation sur la verticale variable ne donnent que 7,9 et 7,8 % d’erreurs à 0,1 et 0,2 avec exercice, tandis qu’ils donnent 12,3 et 10,0 % d’erreurs sans exercice, de telle sorte que le maximum temporel est net en ce dernier cas et moins dégagé en groupes non séparés. Il s’y ajoute ce fait intéressant d’un décalage du maximum temporel vers de plus longues durées en cas d’exercice avec transfert d’une durée à l’autre (0,1 à 0,5 au lieu de 0,1 sec seulement), ce qui est encore mieux visible chez l’enfant : maximum de 6,4 % à 0,2 sec en groupes non séparés et de 8,6 % à 0,1 sec en groupes séparés. Dans le cas du rectangle (tabl. 5 et 6), le phénomène semble être le même 1 mais, les techniques n’étant pas identiques, la comparaison ne saurait être rigoureuse.

Quant à l’exercice au cours des présentations d’une même durée, lors de la présentation successive des variables, on n’en saurait naturellement pas lire les résultats sur nos tableaux, mais il n’en existe pas moins et ne diffère du précédent que par son caractère plus limité.

Cela dit retenons donc des faits précédents l’abaissement du taux des erreurs et le déplacement du maximum avec l’exercice. Or, le mécanisme de ce dernier (dont nous connaissons de nombreux exemples dans le domaine perceptif) consiste en général en ajustement progressif des mouvements oculaires sur le contour ou les articulations de la figure, avec répartition de plus en plus homogène des points de centration ou choix des points susceptibles de fournir le plus d’informations possibles. Seulement, dans le cas particulier de nos mesures, les brèves durées de présentation excluent tout mouvement oculaire, du moins jusqu’à 0,4-0,5 sec, et les points de centration sont obligés. C’est pourquoi le fait qu’il y ait néanmoins abaissement de l’erreur avec la répétition et surtout le fait du déplacement du maximum nous paraissent montrer qu’à une échelle inférieure à celle de la distribution des centrations il doit exister, pour une même centration, un peu de « rencontres » entre les parties élémentaires de la figure (segments ou points, au sens perceptif et non mathématique du terme, des lignes perçues) et les parties des organes récepteurs du sujet (cellules, etc.). En effet, si toutes les parties de la figure étaient « rencontrées » dès le départ d’une manière homogène pour une centration donnée, on ne voit pas comment l’exercice modifierait le résultat puisqu’il n’y a pas de changement de centration et que, du moins pour les durées courtes, celle-ci demeure

1 10,0 % d’erreur chez l’enfant à 0,5 en groupes non séparés et 25,7 % en groupes séparés.

donc constante. Il faut ainsi admettre que pour une même centration, la répétition des mêmes présentations augmente le nombre des enregistrements, comme sous l’effet d’une netteté plus grande, d’une attention plus poussée, etc., et ce sont ces enregistrements « élémentaires » (ce qui ne signifie naturellement pas isolables ni surtout préalables) que nous appellerons « rencontres ». Mais puisque la centration comme telle est un facteur de déformations (surestimations) ,comme ie montre l’expérience, ce n’est donc pas l’accroissement des « rencontres » qui explique la diminution de l’erreur avec l’exercice, mais bien leur répartition plus ou moins homogène. On comprend alors par cela même ie déplacement du maximum temporel qui accompagne la diminution de l’erreur avec l’exercice.

En deux mots le schéma explicatif serait alors le suivant, en conformité avec celui de la Rech. XI (§ 6) : (1) avec la répétition, l’accroissement du nombre des « rencontres » sur l’un des traits dont est formé la figure (par exemple la verticale de l’équerre) augmente sa longueur apparente (surestimation absolue) ; (2) mais, avec la répétition, il y a aussi accroissement des « rencontres » sur l’autre trait (l’horizontale) avec tendance à l’homogénéisation sur les deux ; (3) ce serait cette homogénéité croissante avec la durée (ou « couplage » plus « complet ») qui rendait compte de la diminution de l’erreur (en tant que surestimation relative) ; (4) l’accroissement des rencontres (sur chacun des deux traits de la figure) avec l’augmentation de la durée d’exposition présente, normalement, la forme de courbes logarithmiques, les deux courbes partant du même point au temps O et tendant à converger aux longues durées, mais avec un écart entre deux, d’autant plus grand que les rencontres sont moins homogènes sur l’un et l’autre trait : c’est le point du plus grand écart qui correspond alors au maximum temporel de l’erreur ; (5) mais si, avec l’exercice, l’accroissement des rencontres est plus rapide et si celles-ci sont plus homogènes sur les deux traits, le point d’écart maximum sera déplacé, et cela dans la direction des durées plus longues (du moins dans l’ordre de succession par durées croissantes) : c’est ce qui rendrait compte du décalage des maxima temporels en fonction de l’exercice et cela revient simplement à dire que, si l’homogénéité des rencontres sur les deux traits s’accroît, le point de plus grande hétérogénéité s’éloigne des plus courtes durées parce que les deux courbes logarithmiques sont plus proches l’une de l’autre au début.

§ 11. Le rôle des configurations

Un résultat net des données de cette Recherche et de celles de la Rech. XL 1 est que ni la forme des distributions temporelles d’erreurs

1 Nous pouvons y joindre les résultats obtenus à notre demande par S. Ghoneim sur l’illusion de la diagonale du losange (= illusion des angles) (Rech. XXXVII).

ni la position du maximum temporel ne sont générales pour toutes les figures ou même différenciées de façon régulière ou univoque en fonction des diverses catégories de configurations. Or, comme nous le disions au § 1 de la Rech. XLI, ces faits sont d’une grande importance pour la vérification de l’hypothèse des rencontres et des couplages, car une distribution uniforme pourrait être attribuée à un phénomène physiologique général (satiation, adaptation aux présentations rapides, etc.) et une différenciation régulière par catégories de figures rendrait le maximum temporel trop solidaire du maximum spatial (loi des centrations relatives) et réduirait le schéma des rencontres et des couplages au rang de simple corollaire des effets de centration.

Il convient, en premier lieu, de noter à cet égard que la présence d’un maximum temporel ne constitue pas un phénomène uniforme ni général, mais qu’on en trouve plusieurs variétés ainsi que des répartitions sans maximum. Nous avons ainsi pu distinguer six formes de distributions des erreurs en fonction des durées croissantes (et d’autres variétés encore demeurent possibles):

I. Une distribution croissant rapidement puis décroissant plus lente- meent après maximum aux temps courts. C’est là la courbe typique avec maximum temporel et elle s’observe chez les adultes pour l’illusion d’Oppel (max. à 0,2 sec), pour la figure en T avec centration sur la verticale (max. à 0,1) ou sur l’horizozntale (max. à 0,2) et enfin pour la figure en équerre avec centration sur la verticale (max. à 0,1). Chez les enfants on trouve la même distribution (qui est cependant plus rare) pour la figure en T (centration sur la verticale : max. à 0,2) et pour la figure en équerre (fixation sur la verticale : max. à 0,1 sec).

II. Une seconde forme de distribution est caractérisée par une croissance lente avec maximum tardif (1,0 ou 0,5 sec) et peu accusé suivi d’une décroissance légère : c’est le cas chez l’adulte pour l’illusion du rectangle (max. à 1,0) et chez l’enfant pour l’illusion d’Oppel (max. à 0,5).

Une variété intermédiaire entre les formes I et II de distribution s’observe chez l’enfant pour l’illusion de Delboeuf (fixation II) : maximum très net (donc avec croissance puis décroissance rapides) mais à 0,5 et non pas 0,1 ou 0,2 sec.

III. Une troisième forme de distribution marque une croissance continue de l’erreur et ignore tout maximum avant les durées libres : c’est le cas pour la figure en T avec fixation sur l’horizozntale chez l’enfant. Nous n’avons trouvé (du moins jusqu’ici) une distribution de ce type chez l’adulte que pour l’illusion de Delboeuf (fixation I et II : tabl. 7), mais avec erreurs négatives à 0,04-0,2 sec et sans mesures aux durées libres.

IV. Une quatrième forme consiste en une décroissance lente à partir d’une erreur maximale au temps les plus courts. La question se pose alors de savoir s’il n’y a pas de maximum du tout ou si on le trouverait pour des durées plus brèves encore. Cette forme de distribution s’observe par exemple de façon très nette chez l’adulte pour le losange 1 (sous-estimation de la grande diagonale, ce qui signifie une surestimation des angles aigus du losange) et cela dès 0,02 sec, ainsi que chez l’enfant (pour la même illusion) dès 0,04 (faute de mesurer possibles à 0,02). On trouve une distribution semblable chez l’adulte pour la figure en équerre avec fixation sur l’horizontale (horizontale variable, tabl. 2) mais en partant de 0,04 sec seulement : or, en groupes séparés avec même fixation, on trouve une erreur un peu moindre à 0,02 qu’à 0,04 sec ce qui laisse ouverte la possibilité d’un maximum à 0,04 ou à des durées encore plus courtes.

V. La cinquième forme de distribution observée débute comme la précédente (plus forte erreur aux temps les plus courts) mais en diffère par une remontée des erreurs vers 1,0 sec : c’est le cas de la figure en équerre avec centration au milieu du champ (fixation JH : tabl. 2) pour les adultes (max. à 0,02 et à 1,0) et plus nettement encore pour les enfants (max. presqu’égaux à 0,04 et à 1,0 avec annulation de l’erreur à 0,2 sec).

VI. Enfin une sixième forme de distribution (qui n’est peut-être qu’une accentuation de la précédente, mais pourrait aussi présenter une signification différente) est caractérisée par les illusions positives les plus fortes aux extrêmes (0,04 et 1,0 sec) avec illusions négatives entre deux : c’est le cas des cercles de Delbceuf chez l’adulte avec fixations III et IV (tabl. 7).

Ces formes de distribution des erreurs en fonction de la durée ainsi distinguées, on constate alors qu’on en trouve plusieurs, et non pas une spécifique pour chacune des figures étudiées, selon l’âge des sujets et les variations du point de fixation. D’autre part aucun de ces types I à VI ne correspond à une seule des figures considérées, et la présence de chacun d’entre eux dépend du complexe figure x centration x âge.

En particulier, nous n’avons nullement vérifié l’une des hypothèses que nous faisions au départ et selon laquelle la distribution temporelle des erreurs sur la figure en T constituerait peut-être une synthèse des distributions temporelles relatives aux deux illusions constitutives de

1 Résultats de S. Ghonelm (Rech. XXXVII) :
0,02 sec 0,04 0,1 0,2 0.5 1.0
. . .. f ordre Adultes < croissant …. — 5,2 — 4,7 — 3,8 — 3,3 — 3,2 — 3.0
décroissant .. — 4,3 — 3,7 — 3,4 — 2,6 — 2,8 — 2,9

Enfants ordre croissant …. — 

(groupes non séparés)

— 7,2 — 6,8 — 6,8 — 6,5 — 5.8

celle de cette figure en T : la surestimation de la verticale et l’illusion des semi-rectangles ou des rectangles. En effet, si les figures en T et en équerre donnent des distributions assez voisines lorsqu’il y a centration sur la verticale x, parce qu’il s’agit alors à peu près de la même configuration, la centration sur l’horizontale donne déjà, par contre, chez l’enfant une distribution de type III positif pour le T renversé et de type III négatif (augmentation graduelle des surestimations de l’horizontale et non plus de la verticale) pour l’équerre (en groupes non-séparés). Quant à la distribution trouvée pour le rectangle, elle est du type II bien différente de ce que fournit la surestimation du grand côté (vertical) de la figure en T.

Au total la distribution temporelle des erreurs ne semble nullement dépendre comme leur distribution spatiale (croissante, maximum et décroissance de l’erreur selon les modifications dimensionnelles de la figure) des seules proportions objectives propres à la figure présentée2. Dans le cas de la distribution spatiale, ce sont bien les effets de centration qui expliquent l’erreur, mais à une échelle macroscopique telle qu’il suffise de connaître les proportions objectives de la figure pour que l’on en puisse déduire (grâce à la formule des centrations relatives) la loi de varication des erreurs, et cela sans information sur la distribution réelle des centrations lors des modifications de cette figure. Il n’est donc pas besoin, en ce cas, de faire intervenir le schéma des « rencontres » et des « couplages » sinon à titre d’explication générale (et hypothétique) de la loi. Dans le cas de la distribution temporelle des erreurs, au contraire, le fait que l’on obtienne les mêmes formes de distribution pour des figures différentes et des formes souvent très différentes pour la même figure, selon le point de centration (et l’âge des sujets) conduit alors à substituer à l’échelle macroscopique des centrations une échelle plus fine pour analyser le contenu de celles-ci : on est donc, en ce cas, bien obligé de construire un schéma des mécanismes intérieurs aux effets de centration (comme cela ressort déjà de l’examen des actions d’exercice, § 10) puisque les distributions temporelles ne dépendent plus simplement des rapports objectifs propres aux diverses configurations, et la question se pose maintenant d’établir si nos résultats confirment ou non le bien-fondé du schéma des « rencontres » et des « couplages ».

1 Assez voisines quant à la forme I de distribution, mais avec une erreur plus de trois fois plus grande sur le T que sur l’équerre, alors qu’en vision libre la verticale de l’équerre est surestimée presqu’autant et souvent plus que celle du T renversé.

2 Par contre elle dépend davantage de la configuration d’ensemble, y compris le mesurant, comme nous le verrons au § 11.

§ 12. Le rôle des points de fixation ou des centrations enveloppantes et l’explication des distributions temporelles par le schéma des « rencontres » et des « couplages »

Puisque les six formes de distribution temporelle que nous avons distinguées ne dépendent pas seulement des configurations objectives, et ne s’expliquent donc pas par la loi des centrations relatives, objectives, et ne s’expliquent donc pas par la loi des centrations relatives, il convient donc de chercher à en rendre compte par le contenu des effets de centration de manière à vérifier notre schéma hypothétique d’échelle inférieure (susceptible en retour de fournir la raison du mécanisme des centrations relatives, ce dont nous n’avons d’ailleurs pas à traiter ici).

La première question est de comprendre le pourquoi de la diversité des formes de distribution I à VI, après quoi nous chercherons à les expliquer chacune en ses caractères respectifs.

Si cette diversité ne tient pas seulement à celle des configurations présentées, elle ne peut résulter alors que des relations entre le point de centration et l’ensemble de la figure à percevoir. On répondra qu’il en est de même en ce qui concerne les conditions du maximum spatial (distribution des erreurs en fonction des variations de la figure). Mais en ce dernier cas il suffit d’admettre que toute la figure a été perçue (avec ou sans fixation obligée) pour calculer à partir de ses proportions objectives la distribution des erreurs dans la comparaison demandée. Dans le cas de la distribution temporelle les questions supplémentaires sont : étant donnés les caractères objectifs de la figure et la comparaison demandée entre tel de ses éléments et tel autre, et étant donnée un point obligé de centration, (1) comment le sujet parviendra-t-ïl en un temps t à relier les éléments nécessaires à la comparaison ; et (2) jusqu’à quel point cette mise en relation sera-t-elle influencée par les relations déformantes (c’est-à-dire sources de l’erreur étudiée) propres à la configuration ? Dans ce cas de la distribution spatiale des erreurs, ces deux questions ne se posent pas, puisque le temps de présentation demeurant constant (qu’il s’agisse de durée libre ou d’un temps court quelconque), et la figure seule variant d’une mesure à l’autre, la comparaison demandée au sujet (par exemple entre un élément de la figure mesurée et un mesurant variable extérieur à cette figure, ou entre un élément constant et un élément variable de la même figure) ne dépendra pas de variations temporelles et tiendra donc compte des relations déformantes de façon semblable d’une présentation à l’autre. Au contraire, dans le cas des distributions temporelles, la question (1) se pose ipso facto et la question (2) en découle nécessairement.

Or, ce sont ces deux questions qui nous obligent à nous placer à une échelle inférieure à celle des centrations, puisqu’il s’agit d’expliquer ce qui peut être relié ou non à l’intérieur d’une même centration, celle-ci demeurant constante quant à sa position (spatiale) mais variant quant à sa durée.

D’autre part, si nous posons ces questions en langage de relations (et il n’est pas possible de procéder autrement), nous sommes par le fait même obligé de considérer deux sortes de facteurs à cette échelle inférieure à celle des centrations : d’une part, les termes comme tels de la relation (dont les éléments à relier) et, d’autre part, les relations entre eux. On répondra que ces termes de la relation ne sont autres que les éléments de la figure, donc les lignes ou traits dont les longueurs sont comparées entre elles. Sans doute, mais comme, pour un même point de centration, ces longueurs relatives varient avec la durée de présentation, force nous est de choisir comme termes de la relation, non pas les éléments macroscopiques embrassés par ie regard lors de la centration, mais les parties de ces éléments repérées en plus ou moins grand nombre. Les deux hypothèses à faire sont alors que : (1) la longueur apparente d’un trait est proportionnelle au nombre d’éléments repérés (segments ou « points »)x, donc aux « rencontres » entre ces termes élémentaires et les organes récepteurs du sujet ; (2) le nombre des rencontres augmente avec la durée (deux « rencontres » sur un même point ne comptant par ailleurs que pour une). Quant aux relations entre les éléments macroscopiques (par exemple entre l’horizontale et la verticale de l’équerre, il faut alors les traduire en relations entre « rencontres » sur ces éléments. Ces relations, que nous appellerons « couplages » se définissent de la façon la plus simple comme suit : les « couplages » entre rencontres sur les traits A et B seront dits « complets »si ces rencontres sont homogènes entre elles (même nombre moyen sur A et sur B par unité de longueur) et « incomplets » si les rencontres sont hétérogènes (donc plus nombreuses sur l’un que sur l’autre). L’hypothèse est qu’un couplage complet ne donne pas lieu à déformations, tandis qu’un couplage incomplet engendre une surestimation (relative) de l’élément sur lequel les rencontres sont les plus denses.

Cherchons maintenant à répondre à nos questions (1) et (2) : connaissant, pour une configuration donnée, les éléments qui, avec leurs relations, sont responsables de l’erreur considérée, il nous suffira pour expliquer la diversité des courbes de distribution temporelle des erreurs, de nous demander comment, à partir du point obligé de centration, le sujet parviendra à embrasser du regard ces éléments et leurs relations déformantes tout en comparant le mesurant avec le mesuré.

1 Nombre relatif, p. ex. 8 sur 10 ou 80 sur 100, etc., le découpage en 10 ou 100 demeurant arbitraire.

Appelons Ej et E2 (comme nous l’avons déjà fait au § 9, sous 5) les éléments de la figure considérée dont les relations sont déformantes, et qui sont ainsi responsables de l’erreur. Dans le cas des figures en T renversé ou en équerre, ces éléments Ej et E2 sont l’horizontale et la verticale ; dans celui du rectangle ce sont le grand et le petit côtés ; dans celui de Delboeuf ce sont les deux cercles concentriques ; dans la figure d’Oppel ce sont la longueur totale de la ligne hachurée et les intervalles séparés par les hachures et dans le cas du losange ce sont la diagonale et les côtés des angles. Appelons, d’autre part, E3 l’élément servant de mesurant et qui peut être extérieur à la figure (et en ce

cas distinct de Er et de E2) ou intérieur à elle et se confondant en ce

cas avec E± ou E2. Dans le cas des figures en T ou en équerre, E3 se

confond ainsi avec Ej (verticale variable) ou E2 (horizontale variable). Dans tous les autres cas étudiés, E3 est distinct de Et et de E2 : pour le rectangle il s’agit d’un intervalle vide extérieur à la figure, pour l’illusion de Delboeuf d’un cercle libre extérieur aux cercles concentriques, pour celle d’Oppel d’une droite non hachurée prolongeant la droite divisée et pour le losange d’une droite à comparer à la diagonale du losange mais extérieure à ce losange.

Cela étant, le problème de la distribution temporelle des erreurs se réduit à ceci : lorsque, pour un temps t, le sujet compare E3 avec E^ ou avec E2, quelle est la probabilité pour que sa comparaison soit influencée par les relations entre Ej et E2, selon le point de centration qui lui a été assigné ? Si nous appelons centration « enveloppante » la centration qui permet de mettre en relation les éléments Er et E2 le problème est donc de déterminer jusqu’à quel point une centration obligée Ct est enveloppante pour une durée i.

C’est pour résoudre un tel problème que le schéma des rencontres et des couplages rappelé à l’instant devient indispensable. Supposons par exemple que la centration obligée Ct porte sur l’élément E2 avec pour consigne de le comparer à un E3 extérieur à la figure : en ce cas, bien que le champ visuel centré sur E2 embrasse simultanément Elt E2 et E3, on peut être assuré, en tenant compte à la fois des facteurs topographiques de la centration (fovéa et périphérie) et de la centration de l’attention (qui doit surveiller Es malgré la fixation sur E2), que ces éléments Ej, E2 et E3 ne seront pas perçus de façon homogène L Cela

1 II y a à cela des raisons physiologiques évidentes. Rappelons que Sweet (.Temporal discrimination by the human ege. Amer J. Psychol., vol. 66, 1953, pp. 185-198) trouve un retard, de 1 es à 10° et de 2 es à, 40° de la fovéa, des stimulations périphériques sur les stimulations fovéales en adaptation claire. Le temps de latence dépend d’autre part de l’intensité du stimulus et de l’attention du sujet. Le problème discuté ici est donc d’une extrême complexité physiologique et le schéma abstrait dont nous allons nous servir, des rencontres et couplages successifs en fonction de la durée d’exposition, ne constitue qu’un modèle très global des processus dont l’analyse causale de détail comporterait une multiplicité considérable de facteurs. Mais pour avoir le droit de procéder ainsi, il nous suffit de savoir que physiologiquement la probabilité est extrêmement faible pour que les différentes parties de la figure, ainsi loin que l’on pousse sa subdivision en segments et en microsegments, soient appréhendées

revient donc à dire qu’il faut subdiviser le « champ » de centration en unités ou « rencontres » et que, suivant la durée d’exposition, il y aura (a) plus de rencontres sur E2 que sur E^ à cause des différences de netteté entre la fovéa et la périphérie et (b) plus ou autant de rencontres sur E3 que sur E^ car Es, bien que plus périphérique, est surveillé par l’attention. Tout le problème de la distribution temporelle des erreurs peut alors être traduit sous la forme suivante : aux durées tlt t2, etc., les rencontres sont-elles homogènes sur et sur E2 et s’accroîtront-elles de la même manière, avec la durée, sur ces deux éléments générateurs de l’erreur, ainsi que sur le mesurant E3?

Nous voici alors en mesure d’interpréter les six formes de distribution temporelle de l’erreur distinguées au § 10. Rappelons que le principe général de cette interprétation sera simplement le suivant : (1) l’accroissement des rencontres en fonction de la durée sur un seul élément présentera la forme d’une courbe logarithmique et non pas linéaire puisque deux rencontres sur le même point ne comptent que pour une ; (2) l’accroissement des rencontres en fonction de la durée sur deux éléments ne présentant pas la même vitesse, les deux courbes logarithmiques partant du même point d’origine à la durée 0 n’auront pas la même pente mais s’écarteront l’une de l’autre aux temps t2, t3, etc., pour tendre finalement aux durées ta soit à converger, soit à conserver le même écart moyen ; (3) cet écart, représentant l’hétérogénéité des rencontres donc les « couplages incomplets » correspond ainsi à l’erreur (surestimation relative d’un élément, indépendamment des longueurs apparentes absolues) et peut alors, soit passer par un maximum, traduisant le maximum temporel de l’erreur, soit ignorer tout maximum localisé en une durée déterminée.

Quant aux raisons particulières de chacune des distributions distinguées, on aura :

 

 

I. La distribution I (croissance rapide de l’erreur, maximum aux temps courts puis décroissance plus lente) s’observe typiquement dans les cas simultanément par les organes récepteurs ou par les régions centrales chargées de la coordination des données qui leur sont transmises.

où la mesure se fait sans sortir de la figure considérée (donc où le mesurant E3 se confond avec l’un des éléments déformants Ex ou E2de la figure) et ne se rencontre que peu dans les cas où le mesurant E3reste extérieur à la figure et où la comparaison entre E2 mesuré et E3mesurant échappe donc en partie aux influences de la relation déformante entre Ei et E2.

C’est ainsi que, pour la figure en T renversé, avec fixation au centre de la figure (tiers de la verticale), la mesure se fait par comparaison entre l’horizontale variable et la verticale constante : la centration est alors « enveloppante » au sens le plus fort, puisque les relations entre la verticale et l’horizontale sont par ailleurs les relations génératrices de l’illusion (tant à cause de la verticalité qu’en raison des effets de semi-rectangle) et que la verticale part du milieu de l’horizontale. C’est pourquoi le maximum temporel de l’erreur est très net à 0,1 déjà chez l’adulte et à 0,2 sec chez l’enfant. Avec fixation sur l’horizontale, par contre, le maximum temporel est moins fort et décalé à 0,2 sec chez l’adulte et il disparaît chez l’enfant (forme III de distribution) : la raison en est évidemment que la centration sur l’horizontale est moins « enveloppante » puisqu’elle diminue la rapidité d’accroissement des rencontres sur la verticale et affaiblit ainsi l’effet de la relation déformante.

Les mêmes considérations valent exactement pour la figure en équerre avec fixation sur la verticale, mais avec erreur moins forte puisque les effets de semi-rectangles n’existent plus.

Dans les cas où le mesurant E3 est extérieur à la figure formée par les éléments E± et E2 dont la relation est déformante, la forme I de distribution ne se retrouve plus, sauf pour la figure d’Oppel chez l’adulte et pour celle de Delboeuf chez les enfants. Or ces deux exceptions s’expliquent l’une et l’autre.

Dans la figure d’Oppel la mesure s’obtient au moyen d’une droite non divisée E3 prolongeant la droite hachurée E2. Mais comme l’élément déformant Ej n’est autre que la segmentation (grâce à l’ensemble des hachures) de l’élément E2 lui-même, il est impossible de comparer E3 et E2 sans mettre E2 en relation avec Ex de façon plus ou moins nette. Chez l’adulte dont les habitudes d’exploration plus poussée permettent une analyse instantanée meilleure, il s’établit alors une relation combinée E^ E2 E3 beaucoup plus forte que dans les autres cas ou E3ne se confond pas avec E1 ou E2 (rectangle et cercles de Delboeuf). Chez l’enfant au contraire, la perception des segments est moins poussée, ce que prouvent à la fois les faits que l’illusion augmente avec l’âge et augmente avec l’exercice 1 : la distribution temporelle de l’erreur est alors du type IL

1 Résultat d’E. Vurpillot.

Quant aux cercles de Delboeuf nous avons vu que si l’enfant fournir à leur sujet une distribution du type I (d’ailleurs intermédiaire entre les types 1 et II : maximum net mais à 0,5 sec), c’est que, dans les cas où le sujet perçoit les deux cercles concentriques sous une forme empirique ou significative (anneau, etc.), l’élément déformant E± (le cercle extérieur) est alors mieux lié à l’élément E2 (cercle intérieur) comparé au mesurant Es (cercle libre) que chez l’adulte où ils sont indépendants.

11. La forme II de distribution, caractérisée par un maximum tardif (à 0,5-1,0 sec) et peu accusé, n’est pas autre chose qu’une forme 1 affaiblie par le fait que la comparaison entre le mesurant Es et le mesuré E2 s’effectue à partir d’une centration qui enveloppe moins Ex et ses relations déformantes avec E2. C’est ce qui se produit chez l’enfant dans l’illusion d’Oppel (max. à 0,5) pour les raisons qu’on a vues. Chez l’adulte cette forme II se présente pour le rectangle, parce qu’en comparant le mesurant E3 (intervalle vide extérieur à E2) avec le mesuré E2 (grand côté) le sujet ne tient que peu compte aux durées très courtes de son contraste avec la largeur E± : le petit côté Ex est bien perçu puisque la fixation a lieu sur lui, mais ses relations avec E2ne s’imposent pas aux temps courts puisqu’il s’agit de relier E2 au mesurant extérieur E3, tandis qu’avec une vision plus longue elles renforcent les rencontres sur E2.

III. La troisième forme de distribution n’est elle-même qu’une forme affaiblie de II se produisant lorsque la perception nette des relations (déformantes) entre Ex et E2 ne sont possibles qu’en durées libres. C’est le cas chez l’enfant pour la figure en T renversé lors des centrations sur l’horizontale parce qu’alors les rencontres sur la verticale ne se concentrent sans doute pas au sommet de celle-ci comme en vision libre L C’est aussi le cas chez l’adulte pour l’illusion de Delboeuf lorsque les fixations obligées sont extérieures à la figure E1E2 parce qu’alors les deux cercles sont mal dissociés avant 1,0 sec.

IV. La quatrième forme de distribution marque une erreur maximale pour les temps les plus courts, ce qui se rencontre particulièrement dans le cas du losange où l’élément mesuré E2 (grande diagonale) est comparée à un mesurant extérieur E3 (droite parallèle à E2), l’élément déformant Ex étant constitué par les côtés du losange. D’un point de vue théorique on pourrait hésiter entre deux interprétations : que les rencontres sur Ex ne débutent qu’en un temps t2 tandis que les rencontres sur E2 débuteraient dès fj (fig. IV B) ou que les deux sortes de rencontres débutent ensemble avec un fort écart initial et un accroissement convergent dans la suite (fig. IV A). Mais si à 0,04 il y a erreur maximale (négative) c’est donc que dans la comparaison entre E2 et E3 l’élément E2 est dévalorisé pour une raison quelconque, sinon les deux droites seraient perçues égales : l’angle formé par les côtés Ex

doit ainsi agir dès le départ, et d’autant plus fortement que le losange est perçu plus globalement. C’est donc le schéma IV A qui doit être adéquat, ce qui revient à faire de la distribution de forme IV un cas particulier de la forme I avec maximum encore plus précoce1. En ce cas la figure IV A représenteraient les relations entre Ea (fort accrois-

1 Rappelons que l’analyse des mouvements oculaires (avec Banc) nous a montré une densité plus grande des centrations au sommet pour la verticale et dans la région médiane pour l’horizontale.

sement initial sur la droite isolée servant de mesurant) et E2 (accroissement sur la diagonale E2 d’abord stoppé par l’action des côtés Expuis continuant normalement aves un enregistrement plus durable de la figure). Quant aux relations entre Ei et E2 il faudrait pour en fournir un schéma comparable, figurer le défaut des relations entre l’ouverture de chaque angle et sa hauteur, etc. ce qui ne seraient possibles que par des mesures internes à la figure, c’est-à-dire sans E8 extérieur.

Le fait que l’on retrouve cette forme IV chez l’adulte pour l’équerre avec fixation sur l’horizontale, et qu’en groupes séparés l’illusion soit un peu plus forte à 0,04 qu’à 0,02 sec parle aussi en faveur du schéma IV A.

V. La cinquième forme marque un maximum fort aux temps les plus courts et un second maximum mais plus faible, vers 1,0 sec. On la trouve dans le cas de l’équerre avec fixation au milieu du champ (à mi-chemin de l’horizontale et de la verticale). En ce cas l’erreur maximale initiale ne saurait être de même nature que le maximum final. Aux temps très courts tout se passe alors comme si l’horizontale était négligée au profit de la verticale par une distribution de l’attention renforçant les rencontres sur la seconde aux dépens de la première. A 1,0 sec par contre, ces deux éléments E± et E2 sont comparés avec un nombre suffisant de rencontres pour les détailler. Mais, de même que sans fixation obligée, les centrations s’accumulent au sommet de la verticale et non pas en son milieu, ce dernier cas étant celui de l’horizontale (qui peut aussi témoigner de centrations privilégiées près du point de jonction), de même les rencontres, avec fixation obligée, doivent suivre une loi analogue, sans parler des déplacements possibles du regard à 1,0 sec.

VI. Enfin la sixième forme de distribution (maximum positif initial, erreur négative aux temps moyens et maximum positif final) témoigne également d’une pluralité d’effets renforçant ou freinant l’accroissement des « rencontres ». C’est le cas des cercles de Delboeuf chez l’adulte, avec fixation à l’intérieur de la figure E^ E2 et comparaison entre le cercle intérieur E2 et un cercle libre E3. En cette situation le cercle intérieur E2 est mal dissocié de Er aux temps très courts, puis il donne lieu à un effort de dissociation aux temps moyens puis à l’illusion normale dès 0,5-1,0 sec : ce serait alors cet effort intermédiaire de dissociation qui ralentirait l’accroissement des « rencontres » sur E ! aux temps moyens et renverserait le sens de l’illusion.

On voit ainsi, en conclusion, que le schéma des rencontres et des couplages fournit un modèle acceptable des divers cas possibles de

1 La confirmation expérimentale de cette hypothèse a été fournie depuis : en commençant ses mesures à 0,01 sec et non plus 0,02 Ghoneim a trouvé sur 10 adultes un maximum à 0,04 et non plus à 0,02, ce qui réduit cetta nouvelle courbe de losange à un type n” I.

distribution temporelle des erreurs. Puisque, pour chacune de ces formes de distribution, le point de centration est obligé et ne saurait varier avant 0,4 sec environ, on ne saurait, en effet, rendre compte des diversités observées sans recourir à une échelle inférieure à celle de la centration, d’où l’hypothèse des « rencontres » que se borne à traduire l’effet d’accroissement des grandeurs apparentes en fonction de la centration. Quant aux « couplages » complets ou incomplets, nous faisons le minimum d’hypothèse en les réduisant aux relations entre « rencontres » homogènes ou hétérogènes : cette réduction ne comporte, en effet, aucune adjonction inutile au modèle des « rencontres », mais elle maintient la dualité entre les deux processus, correspondant aux termes des relations (ces termes étant les « rencontres ») et aux relations comme telles (« couplages »), dualité qui est indispensable pour expliquer la présence de maxima.

§ 13. L’évolution des distributions temporelles avec l’age et relation avec les effets de répétition

Une série et différences entre enfants et adultes sont enfin à rapprocher et à interpréter :

(1) Le maximum temporel de l’illusion d’Oppel avec centration au milieu de la figure (Rech. XL ! tabl. 4) est à 0,2 chez l’adulte et à 0,5 chez l’enfant. L’erreur maximale est plus forte chez le premier (8,2 contre 6,0 et l’erreur en vision libre aussi (7,2 contre 5,1).

(2) La figure en T renversé (tabl. 1) donne un maximum à 0,1 sec chez l’adulte et à 0,2 chez l’enfant avec fixation sur la verticale. Il est plus fort chez le premier (43,0 contre 39,5) bien qu’en vision libre l’illusion adulte soit plus faible (26,1 contre 32,5).

(3) Avec fixation sur l’horizontale le maximum est à 0,2 chez l’adulte et en durée libre chez l’enfant. Il est plus fort chez le premier (32,5 contre 29,5) mais l’erreur en vision libre plus faible.

(4) La figure en équerre (tabl. 2) donne un maximum pour le même temps (0,1) chez l’enfant et chez l’adulte avec fixation sur la verticale en groupes ésparés et des distributions analogues avec fixation III. Mais la fixation sur l’horizontale (groupes séparés) donne un maximum à 0,04 sec chez l’adulte et à 0,2 chez l’enfant.

(5) Le rectangle (tabl. 6) et les cercles de Delboeuf (tabl. 7) donnent des distributions bien différentes chez l’enfant et chez l’adulte (forme V pour le rectangle et I-II pour les cercles chez l’enfant et forme II pour le rectangle et III-VI pour les cercles chez l’adulte), mais difficiles à comparer du point de vue auquel nous allons nous placer.

Il ressort de ces comparaisons que, sauf pour les dernières figures (sous 5) où interviennent sans doute des facteurs de « gestalt empirique » ou significative, le maximum temporel est en général à la fois plus tardif (durées plus longues) et plus faible chez l’enfant, même poulies cas (sous 2 et 3) où l’illusion en vision libre est plus forte.

Une telle différence, si elle se confirme, est intéressante. Elle tendrait à montrer qu’aux durées brèves la centration de l’enfant est moins « enveloppante » (au sens défini au § 11) que celle de l’adulte, soit que le nombre absolu des « rencontres » demeure inférieur, soit que, à nombre égal ou supérieur, ces rencontres » ne parviennent qu’à une moins bonne dispersion aux points stratégiques de la figure. Or, on ne saurait interpréter l’erreur moindre de l’enfant aux temps les plus courts comme due à un couplage plus complet s’appuyant sur un nombre à la fois plus grand et mieux distribué de rencontres : si le couplage est plus complet (et dans notre interprétation une erreur plus faible avec maximum plus tardif équivaut effectivement à un meilleur couplage), c’est donc vraisemblablement que les rencontres sont moins nombreuses et par conséquent leur probabilité de couplage complet (= d’homogénéité sur les deux traits à comparer) plus élevée. Mais ce nombre inférieur de rencontres peut rester attribuable au fait que l’enfant ne saurait pas « envelopper » dans une même centration les points importants ou stratégiques de la figure.

Seulement ici se pose un problème. On comprend bien qu’il existe une stratégie des centrations en ce sens que, en vision libre, le sujet sait plus ou moins bien diriger son regard pour explorer la figure en un temps minimum, en choisissant les points de centration susceptibles de fournir le meilleur rendement (maximum d’information et minimum de perte ou minimisation des pertes maximales imposées par une configuration où tout est déformant). Et effectivement on soit assez que l’enfant de 5-7 ans explore une figure moins « intelligemment » que ses aînés et surtout avec moins de précautions, se satisfaisant par exemple d’un temps en moyenne plus courts pour ses estimations. Mais que signifie une moins bonne répartition des « rencontres » lors d’un point de fixation obligée ? Car si la distribution des centrations peut être considérée comme en partie intentionnelle (et encore en bien faible partie), cette qualification n’aurait plus aucun sens en ce qui concerne le détail des « rencontres ».

En réalité, nous ne sommes pas à cet égard dans le domaine de la pure hypothèse comme il pourrait sembler, car nous savons au moins deux choses : (1) Que l’exercice joue un rôle même aux temps les plus courts (§ 10), ce qui prouve bien que pour une même centration et une même durée il y a eu amélioration dans les enregistrements (et nous ne disons rien de plus en parlant d’un accroissement du nombre des « rencontres »). (2) D’autre part, les recherches de G. Noelting (XL), d’E.

s

Vurpillot, de S. Ghoneim (XXXVII) et d’O. Gréco-Filoteau montrent qu’en mesurant 30 à 40 fois de suite la même illusion en vison libre, on obtient des courbes d’apprentissage qui diffèrent d’une figure à l’autre et d’un âge à l’autre : or, il se trouve précisément que les petits de 5-6 ans sont beaucoup moins sensibles que les grands à ce genre d’amélioration.

De ces deux sortes de faits on peut donc tirer cette conclusion que l’expérience acquise modifie les enregistrements perceptifs, même aux temps courts L Il n’est donc pas contraire à la vraisemblance d’admettre qu’un certain schématisme acquis de la perception favorite avec l’âge le caractère enveloppant des centrations même brèves et augmente le nombre des rencontres : or, selon la nature des figures, l’erreur en sera renforcée aux temps courts 2 et diminuée aux temps longs (illusions primaires) ou renforcée à tous les temps (illusions secondaires).

Mais cette allusion aux expériences sur les effets de la répétition des mesures perceptives nous permet surtout de conclure sur un espoir d’amélioration de nos méthodes. La comparaison des données relatives à la distribution spatiale des erreurs (explication de chaque illusion par le mécanisme des centrations relatives), à leur distribution temporelle et à leur apprentissage par répétition des mesures (sans parler de l’analyse des mouvements oculaires) est, en effet, singulièrement instructive. Nous savons déjà, par exemple, que la répétition des mesures sur l’illusion de Müller-Lyer (Noelting) et de la diagonale du losange (Ghoneim) conduit chez l’adulte à une forte diminution des erreurs, en moyenne, tandis que la répétition des mesures sur l’illusion d’Oppel-Kundt aboutit à son renforcement (Vurpillot) et que la figure en équerre donne lieu à des apprentissages de formes les plus variées (Gréco-Flicoteau). Il est impossible de ne pas voir d’analogie entre ces trois groupes de faits et ce que nous apprend par ailleurs l’analyse des distributions spatiales et temporelles (aux temps courts) des mêmes illusions, surtout si l’on compare ces diverses données en fonction des niveaux d’âge. Nous pouvons espérer obtenir par cette voie une série de recoupements qui permettront de contrôler les hypothèses, parfois trop aventureuses, que suggère l’interprétation d’un seul groupe de faits. Nous finirons bien alors par nous convaincre que le sujet existe dans l’acte de la perception et que, pour atteindre adéquatement l’objet, il lui faut non seulement passer par un jeu d’enregistrements avec les erreurs ou les déformations qu’il comporte, mais qu’il lui faut aussi

1 Voir aussi au 5 3 le rappel de l’observation de Fralsse-Vautrey sur la diminution de l’erreur de la figure en j_ chez les étudiants en science.

2 Rappelons, en effet (Rech. XLI, § 6) que l’erreur mesurée est fonction des couplages Incomplets et non pas directement du nombre des rencontres. Or, la probabilité d’un couplage complet, forte pour très peu de rencontres, commence par diminuer avec leur accroissement avant d’augmenter à nouveau pour un nombre suffisant et une exploration plus systématique.

corriger ses erreurs et, pour cela, mettre en relations, coordonner les centrations ou leurs rencontres et les insérer dans le système de correspondances ou de couplages, selon des liaisons de plus en plus étendues, que constitue une telle décentration. Dès les contacts perceptifs, les plus élémentaires, le sujet apparaîtra ainsi sous cet aspect bipolaire que l’on retrouve à tous les niveaux, selon qu’il déforme le réel en se l’incorporant ou qu’il le restructure « objectivement » en le coordonnant.

Résumé

Le but de cette recherche est d’établir si l’on retrouve le phénomène du maximum temporel (Rech. XLI) en d’autres figures que celle d’Oppel-Kundt. Or ce maximum s’est présenté de façon très nette dans la figure en T renversé (tabl. 1) à 0,2 sec à 5-7 ans et à 0,1 sec chez l’adulte. On le retrouve également dans le cas de la figure en équerre (tabl. 2) mais de façon plus accentuée lorsque l’on travaille sur des groupes séparés de sujets pour chacune des durées choisies de présentation. Pour ce qui est du rectangle, on observe aussi un maximum temporel, en groupes séparés (tabl. 6), mais moins accentué, et décalé vers 1,0 sec pour des raisons de centration enveloppante. Dans le cas de l’illusion de Delbœuf enfin, on trouve un maximum temporel très net chez les enfants de 5-7 ans pour 0,5 sec (tabl. 7), tandis qu’aux courtes durées l’adulte éprouve des difficultés à dissocier les deux cercles concentriques et débute par des illusions négatives par surestimation de l’intervalle compris entre eux et sur lequel est centrée l’attention.

Zusammenfassung

Der Zweck dieser Untersuchung ist festzustellen, ob man das Phanomen des zeitlichen Maximums (Rech. XLI) bei anderen Figuren als bei der Oppel- Kundt’schen antrifft. Tatsachlich ist dieses Maxium sehr deutlich aufgetreten in der umgekehrten T-Figur (Tafel 1) mit 0,2 Sekunden für 5-7 jahrige Kinder und mit 0,1 Sekunden für Erwachsene. Man findet es ebenfalls bei der Figur, die einen rechten Winkel darstellt (Tafel 2). In diesem Fall ist das Phanomen zwar ausgesprochener, wenn man mit verschiedenen Gruppen von Vps arbeitet, wobei jede Gruppe einer bestimmten Darbietungszeit entspricht. Beim Rechteck kann man auch ein Maximum beobachten, wenn getrennte Gruppen verwendet werden (Tafel 6). Dieses Maximum ist allerdings weniger aus- gesprochen und bis auf 1,0 Sekunden verschoben, was durch “umschliessende Zentrierung” erklart wird. Was schlîesslich die Delbœuf’sche Tauschung anbelangt, so findet man ein sehr deutliches zeitliches Maximum bei 5-7 jahrigen Kindern, für 0,5 Sekunden (Tafel 7), wâhrend der Erwachsene bei kurzer Darbietungszeit Schwierigkeiten hat die zwei konzentrischen Kreise zu trennen. Indem er den Zwischenraum zwischen den beiden Kreisen, auf den seine Aufmerksamkeit zentriert ist, überschatzt, fàngt er bei kurzer Darbietungszeit mit einer negativen Tauschung an.

Summary

The aim of this research is to discover whether the phenomenon of the temporal maximum (Rech. XL1) found for the Oppel-Kundt figure exists also in other cases. In fact this maximum is found very clearly for inverted T-figures (table 1) at 0.2 sec at 5-7 years of âge and 0.1 sec for adults. It is found similarly in the case of the “figure en équerre” I (table 2) but in this case greatly accentuated when separate groups of subjects are used for each of the times of exposurs. For the illusion of the rectangle there is again a maximum in the case of separate groups (table 6), but less marked and shifted back towards 1.0 sec, as a resuit of envelopping fixations. For the Delboeuf there is a clear maximum at 0.5 secs (table 7) at 5-7 years of âge while adults find great difficulty in dissociating the two circles and so begin with a négative illusion, with an overestimation of the interval between the circles on which attention is centred.