Discours du directeur du Bureau international d’éducation. 25ᵉ Conférence internationale de l’instruction publique (1962) a 🔗
Je vous remercie tout d’abord d’être venus si nombreux à cette XXVe Conférence internationale de l’instruction publique et de représenter vos différents pays par des délégations toujours mieux choisies et dont l’activité est toujours plus efficace.
Cette XXVe Conférence marque un tournant dans nos travaux et vous me permettrez de célébrer d’abord ce jour anniversaire par un bref coup d’œil rétrospectif.
M. le président Chavanne a rappelé que, sans la guerre de 1914-1918, la Première Conférence de l’instruction publique se serait réunie à La Haye en septembre 1914 sur l’initiative d’une éducatrice américaine, Mme Fern Andrews, qui avait réussi à convaincre 14 gouvernements de l’utilité de cette conférence.
Mme Andrews a joué un grand rôle dans les débuts de notre BIE. Elle a participé, comme déléguée américaine, avec le Dr Zook, commissaire des États-Unis à l’éducation, à l’une des premières de nos conférences. Je me rappelle sa double impression : d’une part, enchantée de voir son projet reprendre corps en s’inspirant explicitement de son action antérieure, d’autre part, ne pouvant s’empêcher de nous trouver, mon ami Rosselló et moi, un peu trop jeunes pour avoir une confiance illimitée dans la suite de notre entreprise.
Doit-on rappeler ici qu’entre temps s’étaient fondés la Société des Nations et l’Institut international de coopération intellectuelle. Mais les gouvernements avaient si peur qu’on empiète sur leur autonomie nationale qu’ils n’ont pas voulu inclure l’éducation dans leur programme de collaboration internationale !
Le BIE a donc été fondé sous une forme purement privée en 1925 par Édouard Claparède et Pierre Bovet, dans le cadre de l’Institut Rousseau et financé par lui. En 1929, à la suite de difficultés financières, le BIE s’est réorganisé et nous avons entrepris, mon ami Rosselló et moi-même, de le constituer sur une base intergouvernementale. Nous avons donc décidé de procéder par étapes. Nous avons débuté par trois membres gouvernementaux : la Pologne, l’Équateur et le canton de Genève.
Quant au gouvernement suisse, malgré la sympathie qu’il éprouvait pour notre entreprise, le fait de n’avoir pas de ministère de l’Instruction publique (le seul institut pédagogique fédéral étant l’École polytechnique de Zurich qui dépend du département de l’Intérieur) créait un état d’hésitation bien explicable.
Le Conseil fédéral suisse a quand même donné son adhésion en mars 1934, juste à temps pour convoquer la conférence de 1934.
La première étape vers la réunion de la Conférence internationale de l’instruction publique a consisté à demander à nos pays membres (9 en 1932) de présenter à notre 3e séance annuelle du conseil des rapports sur le mouvement éducatif pendant l’année scolaire 1931-1932. Nous avons aussi invité les pays non membres à se faire représenter à cette séance. Treize pays ont accepté et vingt-deux autres ont envoyé des rapports sans se faire représenter au conseil ; c’est ainsi que 35 rapports — dont l’un des États-Unis et l’un de l’URSS — ont pu être imprimés dans le premier Annuaire international de l’éducation en 1933.
La deuxième étape a été la 1re réunion du conseil en 1933. Dix-huit rapports ont été présentés au conseil et cinquante-trois ont été envoyés pour l’Annuaire de 1934. La preuve était donc faite que le système était viable.
La troisième étape a été la convocation en 1934 de la Conférence de l’instruction publique indépendamment de notre conseil. Si nous l’avions appelée « Première Conférence de l’instruction publique », bien des pays auraient hésité à y participer, car cela aurait constitué un fait nouveau. Comme il y avait déjà eu en fait deux conférences de l’instruction publique réunies dans le cadre des séances de notre conseil, nous avons pu baptiser cette « première » conférence « Troisième Conférence de l’instruction publique » et 37 pays ont accepté de s’y faire représenter.
Les conférences de l’instruction publique se sont depuis réunies chaque année, sauf pendant la Seconde Guerre mondiale, et depuis l’accord avec l’Unesco, la conférence est convoquée conjointement par l’Unesco et le BIE.
Comme vous le savez, nos conférences aboutissent au vote de recommandations et non pas de résolutions impératives comme la Conférence internationale du travail, par exemple. Cette nuance est essentielle : nous avons pensé que, sur le plan international, l’éducation peut progresser surtout par émulation et par échanges d’informations, par la compréhension mutuelle des divers points de vue. Aujourd’hui, la conférence a approuvé 53 recommandations qui comprennent plus de 1000 articles.
La discussion des rapports des ministères de l’Instruction publique sur le mouvement éducatif annuel présente un grand intérêt en permettant de constater qu’en général les mêmes problèmes se présentent partout, de sorte qu’il est possible à chaque pays de profiter des solutions appliquées dans d’autres.
Chaque année aussi, deux points spéciaux sont inscrits à l’ordre du jour et des études comparées sont préparées par le Bureau international d’éducation pour servir de base à la discussion. Les sujets qui seront traités au cours de la présente conférence sont la planification de l’éducation et le perfectionnement des maîtres primaires. M. le président Chavanne et M. le directeur général Maheu en ont parlé et je n’y reviendrai pas. Permettez-moi seulement de rappeler que, au sujet du deuxième point, chaque année des progrès sont accomplis dans les domaines de pédagogie expérimentale et de psychologie de l’enfant et qu’il importe d’en informer les maîtres en exercice.
J’aimerais également dire deux mots sur la procédure de la conférence. Les deux questions à l’ordre du jour sont examinées par deux sections qui travaillent consécutivement et non simultanément. Chaque délégation y est représentée par un seul membre. Il ne s’agit pas de répéter ce qui se trouve dans le volume qui a été distribué ni de faire des interventions d’ordre général, mais de justifier les amendements présentés à l’avant-projet de recommandation.
Je voudrais aussi vous parler d’une petite innovation concernant les questions posées lors de la discussion des rapports des ministères de l’Instruction publique. On a établi cette année une distinction entre les questions d’intérêt général et celles d’intérêt particulier. Les premières seront posées en séance plénière et l’auteur du rapport y répondra globalement. Pour les secondes, des formules spéciales seront distribuées, auxquelles il sera répondu par écrit.
En conclusion, si les conférences de l’instruction publique ont donné d’excellents résultats, il reste beaucoup à faire. Chaque année, des projets d’amélioration sont soumis à la commission mixte Unesco-BIE. Le problème central me paraît être celui-ci : les ministères de l’Instruction publique codifient l’éducation mais ils ont besoin des pédagogues, psychologues ou sociologues. Peut-être que l’avenir nous conduira soit à faire intervenir des experts avant la présentation des documents et leur discussion, soit à examiner l’applicabilité des recommandations au niveau des praticiens. Peut-être qu’un jour on demandera de mettre à l’ordre du jour de la conférence le problème de l’utilisation scientifique de la documentation fournie par les ministères de l’Instruction publique. Ce jour-là , le Bureau international d’éducation accomplira complètement sa tâche, mais ce sera celle de nos successeurs.