Genèse actuelle et maxima perceptifs (1962) a

Ce symposium avait été organisé par le Prof. Sander qui m’avait invité à y participer comme rapporteur. C’est lorsqu’il a renoncé à participer au Congrès que l’on m’a demandé de présider ce colloque.

On peut considérer les problèmes de la genèse actuelle soit du point de vue des contenus perçus, qui intéressent alors la personnalité du sujet, etc., soit du point de vue des mécanismes perceptifs. C’est à ce dernier point de vue seulement que je me placerai (et c’est à ce point de vue aussi que j’ai invité M. Fraisse à parler des vitesses de la perception).

En étudiant un certain nombre d’illusions optico-géométriques au tachistoscope en fonction des durées de présentation (de 0,02 à 0,1 et à 1 seconde) nous avons trouvé des courbes d’évolution avec ces durées qui correspondent de façon assez frappante aux courbes génétiques elles-mêmes (évolution de l’enfance à l’adulte). Il est donc permis de voir dans les premières de ces courbes l’expression d’une véritable « genèse actuelle » au sens de Sander.

Ces courbes tachistoscopiques se présentent sous différentes variétés dont les trois principales sont : (I) diminution de l’erreur avec l’augmentation des durées ; (II) augmentation progressive des erreurs avec la durée et (III) augmentation jusqu’à un maximum (vers 0,1 à 0,5 s) puis diminution jusqu’à un palier plus ou moins stable. (Pour les détails et surtout pour l’explication de ce maximum temporel, voir notre ouvrage sur Les Mécanismes perceptifs, Paris, PUF, 1961, p. 155-175).

Or, il est facile de montrer que la courbe III constitue le cas normal (et d’ailleurs le plus fréquent) : les courbes I correspondent à un maximum précoce (qu’on parvient souvent à déceler vers 0,02 à 0,04 en commençant à 0,01 s) et les courbes II à un maximum tardif (vers 1 s), avec diminution lors d’explorations répétées.

Quant à la genèse réelle, on trouve les trois mêmes évolutions : (I) diminution de l’erreur avec l’âge (= illusions primaires) ; (II) augmentation avec l’âge (= illusions secondaires) et (III) augmentation jusqu’à un certain âge (par exemple 9 à 11 ans) et diminution ensuite.

Or, ici encore les courbes III semblent correspondre au cas normal, pour les raisons suivantes. (1) La différence entre les courbes III et II ne tient qu’à des facteurs d’exercice. (2) Les courbes I ne portent que sur des mesures débutant vers 4-5 ans et l’on ne sait pas ce qui se passe auparavant : il est donc fort possible qu’il y ait d’abord une phase de structuration avec maximum vers 2-3 ans.

L’hypothèse précédente est rendue très vraisemblable par les faits suivants. Si l’on analyse les facteurs des illusions propres aux parallélogrammes au moyen des formules de notre « loi des centrations relatives » (voir ouvrage cité, chap. I), on ne trouve que des facteurs d’angles ou de relations entre les côtés, qui, chacun à part, relèvent d’évolutions de forme I (illusions primaires). Par contre, lorsque l’on présente le parallélogramme de Sander, on trouve une évolution de forme III (comme l’ont montré les mesures de Vinh-Bang : voir ouvrage cité p. 59-60) parce que, chez les enfants de 5 à 7 ans la figure est encore insuffisamment structurée.