Préface. Étude quantitative sur l’évolution des opérations intellectuelles : le passage des opérations concrètes aux opérations formelles (1963) a

L’intéressant ouvrage de M. Nassefat fournit plusieurs contributions utiles à notre connaissance du développement des opérations de l’intelligence.

Il convient d’abord de féliciter l’auteur pour ses méthodes. M. Nassefat n’a pas voulu se contenter d’analyses qualitatives sur le modèle de celles que nous avions employées avec B. Inhelder (car il était de toute nécessité de commencer ainsi) : son idéal est celui de l’expérimentation standardisée et de l’élaboration statistique et l’on ne peut que féliciter notre auteur de l’effort considérable qu’il a fourni dans ce sens.

Il était alors d’un grand intérêt d’établir si, à l’ordre génétique fourni par l’analyse qualitative des étapes du développement, correspondrait un ordre hiérarchique fourni par le traitement statistique de l’ordination : c’est un premier grand service que rend M. Nassefat à l’étude des opérations de l’intelligence en démontrant l’existence d’une certaine convergence entre ces deux sortes de résultats. Vinh-Bang avait déjà traité et traitera encore de la question pour l’ensemble des épreuves opératoires de 4 à 12 ans. M. Nassefat a serré de près le problème dans la région frontière des opérations concrètes et hypothético-déductives et a fourni un ensemble de résultats nouveaux et très instructifs à cet égard.

En second lieu, M. Nassefat a soulevé d’une manière très suggestive la question des relations entre l’« homogénéité », au sens statistique du terme, des structures auxquelles aboutit un processus génétique et les caractères qualitatifs et déductifs de ces structures. Tout en montrant avec raison que l’« homogénéité » n’épuise pas les caractères structuraux qualitatifs, M. Nassefat trouve néanmoins une relation entre cette homogénéité finale et le caractère génétiquement « équilibré » des structures d’ensemble correspondantes. Or cela est d’un grand intérêt, notamment pour la théorie de la combinatoire et du groupe des quatre transformations, qui constituent toutes deux les structures fondamentales du niveau des opérations « formelles ».

Enfin l’une des questions centrales discutées en cet ouvrage est celle des formes de transition entre le niveau des opérations dites concrètes (classes, relations et nombres) et celui des opérations propositionnelles ou formelles (au sens d’hypothético-déductives). L’originalité des recherches de M. Nassefat sur ce point est de nous fournir un ensemble d’épreuves de transition, de nature opératoire très variée, et qui néanmoins présentent un processus d’homogénéisation comparable à celui d’épreuves correspondant à des niveaux plus spécifiques et mieux équilibrés.

De ces différentes trouvailles et des conséquences méthodologiques qu’en tire notre auteur, nous éprouvons un plaisir sincère à remercier M. Nassefat. Tous ceux qui ont vu à l’œuvre ce travailleur infatigable et qui ont sympathisé avec ses inquiétudes devant l’immensité des calculs à fournir (car si les machines électroniques du CERN ont été mises à contribution il restait à en construire la programmation) et devant l’imprévisibilité de leurs résultats finaux, se réjouiront de l’achèvement heureux de son labeur fécond.