Discours du directeur du Bureau international d’éducation. 28ᵉ Conférence internationale de l’instruction publique (1965) a

La Conférence internationale de l’instruction publique a passé ces deux dernières années par une crise dont il serait vain de nier la gravité et dont les responsables — responsables de la conférence et par conséquent aussi de la crise — se doivent de peser les raisons en toute lucidité.

La Conférence internationale de l’instruction publique a été fondée par des intellectuels dont la vocation n’était pas tant celle d’administrateurs internationaux que la recherche en éducation et qui ont cru utile de convier, avec l’appui du gouvernement suisse, les représentants des ministères de l’Instruction publique à des discussions en commun sur des questions d’actualité et d’intérêt général. L’idée a eu du succès et personne ne songe à interrompre ces travaux. Mais ces initiateurs conservaient quelque candeur et s’imaginaient que l’esprit de coopération, qui n’a cessé d’animer nos débats durant les premières années, suffirait à assurer notre cohésion, sans autres statuts et règlements que les usages établis peu à peu au cours de cette croissance spirituelle et organique. Lorsque l’Unesco a bien voulu s’associer à cette entreprise et partager nos responsabilités, la question ne s’est même pas posée d’une réglementation de la conférence elle-même.

La crise qui a surgi a donc été essentiellement une crise de légalité en ce sens que, si nous avions disposé des instruments juridiques nécessaires, le conflit qui s’est élevé parmi nous aurait pu être résolu par des moyens dont la validité aurait été reconnue par tous. Mais tel n’a pas été le cas, de telle sorte que la conférence de 1964 s’est trouvée scindée en deux fractions, l’une adoptant une décision de majorité, et l’autre se retirant sans plus de la scène.

La Conférence internationale de l’instruction publique dépend, en son existence même et en sa convocation, de deux organisations internationales et ne constitue en aucune manière — comme l’est par exemple la Conférence générale de l’Unesco — l’assemblée suprême réglant les destinées de l’une ou l’autre de ces deux organisations. C’était donc à celles-ci de délibérer en premier lieu de la nature et de la réglementation de la Conférence internationale de l’instruction publique, question présentant d’autant moins de difficulté, d’ailleurs, que les gouvernements représentés à cette Conférence internationale de l’instruction publique sont tous (sauf un) membres de l’Unesco ou du BIE ou des deux.

La Conférence générale et le conseil exécutif de l’Unesco, ainsi que le comité exécutif du BIE (où tous ses membres sont représentés), ont donc examiné le problème et ont adopté une solution commune que vous connaissez tous : le statut et le mode de convocation de la Conférence internationale de l’instruction publique dépendent des organes souverains de nos deux organisations, tandis que la conférence elle-même est appelée à fixer son règlement intérieur déjà examiné et approuvé par nos conseils. Telle est la décision que les représentants mandatés de vos gouvernements ont prise en toute validité dans les conseils ou assemblées où vos pays sont tous représentés et dont dépend notre conférence. Il vous reste donc à examiner à votre tour, aussi longtemps que vous le jugerez nécessaire, et à adopter par un vote ne dépendant plus que de vous, votre propre règlement intérieur et c’est là le point I de notre ordre du jour.

Quant aux autres points inscrits à notre ordre du jour, et qui relèvent de nos préoccupations techniques habituelles, ils sont les mêmes que ceux de l’année dernière, puisque la session de 1964 de la conférence a été interrompue avant leur discussion. Je me bornerai donc à ajouter quelques brèves remarques à ce que j’en disais l’an dernier.

L’alphabétisation et l’enseignement des adultes correspondent à un devoir social, sur l’importance et l’urgence duquel il n’est pas besoin d’insister. Ils soulèvent également des séries de questions pratiques et administratives que vous aurez à résoudre et sur lesquelles votre expérience et votre compétence nous fourniront les lumières nécessaires. Un certain nombre de pays, tels que le Mexique par exemple, ont déjà fait à cet égard des expériences admirables et ils contribueront à en faire bénéficier tous ceux qui écouteront leurs représentants en cette enceinte.

Mais il me paraît utile de souligner fortement que le problème de l’enseignement des adultes intéresse tous les pays, car si, en plusieurs contrées, il ne subsiste plus d’analphabètes, les méthodes que l’on sera conduit à mettre au point dans cette éducation des adultes ne peuvent que réagir utilement et efficacement sur les méthodes pédagogiques en général et à tous les âges. Dans le projet de recommandation qui vous est soumis et qui se borne à dégager les principales idées que vous nous avez fournies vous-mêmes dans vos réponses à nos questionnaires, il est dit, par exemple, que l’enseignement des adultes doit réaliser une éducation véritablement fonctionnelle, qu’il doit procéder à partir de certains centres d’intérêt dominants, qu’il doit « supprimer un certain nombre de notions inutiles tant du point de vue des mécanismes d’acquisition des connaissances que de leur valeur pratique» ; or, ces avis judicieux que vous nous avez donnés sont applicables à tout âge et chacun sait combien il est difficile d’en tirer toutes les conséquences dans l’éducation des enfants eux-mêmes. C’est donc toute l’éducation, et pas seulement celle des adultes, qui bénéficiera de vos conseils et des recommandations que vous allez voter.

Quant à l’enseignement des langues au niveau du second degré, vous me permettrez, comme psychologue, de rappeler les avantages des méthodes directes qui correspondent aux activités spontanées des élèves, du moins à titre d’initiation et de procédé de départ, surtout si l’on se rappelle que l’enfant est d’autant plus apte à s’assimiler ainsi les langues qu’il est plus jeune et que l’on débute dès les niveaux élémentaires. Mais la pratique directe n’exclut en rien la réflexion après coup sur les structures grammaticales, réflexion d’autant plus profitable d’ailleurs qu’elle fait intervenir la recherche active de l’élève et ses propres essais de codification. La linguistique contemporaine a fait au sujet des structures grammaticales des progrès considérables et il serait souhaitable que la grammaire du pédagogue se rapproche de celle des linguistes en leurs recherches structuralistes actuelles, si excitantes du point de vue psychologique et pédagogique.

Enfin, la discussion des rapports généraux de vos ministères sur l’année écoulée suscite à chaque session un intérêt plus évident. L’abondance de ces rapports nous a conduits à mettre au point une technique que vous trouverez exposée dans le guide de la conférence. Je n’insiste donc pas et me borne à souhaiter une pleine réussite de vos travaux en une Conférence internationale de l’instruction publique dorénavant pacifiée.